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s Re ere COPTES ET JACOBITES En somme le patriarche d'Alexandrie avait les mains | ir assez libres: il en profita. Dire L'Egypte presque tout entière lui obéissait, Il y avait bien quelques groupes de Gaïanites, restés fidèles à son ancien compétiteur et aux idées de Julien d'Halicarnasse; il y avait surtout les personnes attachées | de cœur à l’orthodoxie officielle, les Chalcédoniens, les Synodites, les Melkites, comme on commençait à dire. Mais, sauf à Alexandrie, ils étaient peu nombreux. Les masses égyptiennes se groupaient plus ou moins secrètement * autour du successeur de Dioscore et de Ti- | mothée Elure. : 5 LIRE On à vu quelle part avaient eu les Egyptiens et très particulièrement le patriarche Théodose dans la De réorganisation du patriarcat monophysite d'Orient, Ce- à lui-ci demeurait très faible. Jacques Baradaï, son chef réel, ne pouvait se montrer que sur les terres de l’émir Re
ghassanide. Pour les autorités impériales, c'était un
CC RON RENTE SN} et +
proscrit: la gendarmerie lui donnait la chasse. Il en
était de même du patriarche nominal et des autres
ni
évêques ou métropolitains non reconnus par l'auto.
. rité impériale. Du reste, il s’en fallait de beaucoup
que la Syrie fût tout entière ralliée à leur opposi-
te tm + à
tion. La force principale du parti se trouvait dans les 108 | provinces de langue syriaque, celles auxquelles pré . D: ! sidaient les sièges d’Amid, d’Edesse, de Maboug. Là, % Vi, | sauf une petite minorité dans les villes, tout le monde
1 On verra plus loin que le gouvernement avait obtenu beaucoup de ralliements extérieurs, insincères.
| était monophysite. Il en était de même dans les campagnes en arrière d’Antioche et d’Apamée, ainsi que dans les tribus bédouines aux ordres de l’émir ghassanide. Plus au sud, plus à l’ouest, et surtout dans les
villes grecques, le « Concile» avait le dessus, et les . fidèles de Jacques ne se rencontraient plus qu’en groupes assez clairsemés. L'église « jacobite» d'Orient faisait moins brillante figure que l’église copte; il lui était . avantageux de se maintenir, sans la protection du pape | égyptien. Plus rapprochés de celui-ci, les dissidents de V’'Asie-Mineure et de la capitale se rattachaient d'autant plus naturellement à lui qu'Anthime, leur patriarche,
demeura toujours inaccessible et indisponible. Du reste
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les monophysites ne se rencontraient, en Asie-Mineure, que dans quelques provinces, la Pamphylie, la Carie surtout. Parmi leurs chefs, le plus actif et le plus en Ë vue était Jean d’Amid, dont il à été question plus haut. Ses missions chez les montagnards païens des provinces asiatiques lui avaient fait décerner par les siens le titre d’évêque d’Ephèse ou d’Asie. Ce titre, bien entendu, n'avait de valeur que dans le monde monophysite. Le gouvernement avait un autre -évêque d’Ephèse, celui-ci en communion avec le patriarche orthodoxe de Constantinople. Dans la capitale, les dissidents étaient plus nombreux et leurs groupes plus compacts. Eux aussi étaient dirigés de Dercos. Le patriarcat officiel les voyait avec peine se maintexir et augmenter de nombre: mais il.lui était recommandé de ne pas trop regarder co côté.
‘En Orient aussi et en Egypte, on fermait les yeux. ss
| Fou reprenait même, de temps à autre, les tentatives
4 d'union. Jean d’Asie ! parle de grandes réunions de
moines, mandés d'Egypte et de Syrie à Constantinople pour discuter avec l'empereur, en 558 et en 563. Tout fut inutile. Les moines durent être renvoyés chez eux, sans que la pacification eût fait un pas. er En dépit de la satisfaction relative que pouvait lui à inspirer la situation intérieure de son église, le patriarche Théodose n'était pas sans inquiétude sur les agitations intérieures qui la troublaient à chaque instant.
F Il Se souhaité ane tout ue Des sen cr définitive-
natures, à la condamnation ï. Tome et du ue ÿ Mais” comment refréner l’activité inquiète des théologiens? Ceux d'Alexandrie avaient déjà mis sur pied de nouvelles sectes. Les Julianistes ne s’entendaient pas. sur le degré d’incorruptibilité qu'ils reconnaissaient An la chair du Christ. Parmi les plus avancés, les disciples d’un certain Ammonius * refusèrent d'admettre qu'il y eût en J ésus-Christ quelque chose de créé : sa chair ellemême, par suite de l’union physique, devait être incréée. Ceux-là, les autres les appelaient Actistètes ?. Ces Julianistes, qui n’avaient pas tardé à se fondre avec les Gtaïanites, étaient des gens très actifs ; on les rencontre,
1 Land, Anecd. syr., t. IT, p. 246-9; Revue de l’Orient chrétien, 1897, p. 491. EF. Michel le Syrien, IX, 80.
? Michel le Syrien, IX, 31.
8 Timothée, P. G., t. LXXXVI, p. 44.
à en Egypte, en Mésopotamie, en Arménie, même dans les lointaines missions du Yémen et de l'Ethiopie. En
Arménie surtout, ils obtinrent de grands succès. Les monophysites modérés, très agacés de cette propagande, | colportaient sur eux des histoires assez étranges. Ils racontaient, par exemple, que l’évêque qu'ils avaient à Ephèse, un certain Procope, étant venu à mourir, son clergé, embarrassé de le remplacer, imagina d’amener k un moine devant le cadavre; ils soulevèrent la main du mort et la placèrent sur la tête du moine, pendant que les prêtres présents prononçaient la prière de l’ordi- nation !
Dans le bercail même de Théodose, on vit paraître D. re Agnoètes et les Trithéistes. Les premiers, interpré- - tant à leur manière quelques textes de l'Evangile ? affirmaient que le Christ avait dû ignorer certaines choses. Ils avaient fait éclat dès le temps de Timo-
__ thée TV; un des diacres de celui-ci, Themistius, avait
été leur premier patron *. Maïs c’est surtout les Tri- CN
théistes qui firent parler d’eux, au temps de Justinien et depuis. En ce temps-là, Aristote, longtemps éclipsé par Platon, reprenait faveur auprès des théologiens de
Michel le Syrien., IX, 31.
2 Marc., XIII, 32; Jean, XI, 34.
3 Liberatus, c. 19; cf. Victor Tunn., a. 539; Léonce, De … Sectis, act. 5. Sur la date, le témoignage de Liberatus est plus grave que celui du pseudo-Léonce. L’idée de l'ignorance du Christ était encore cultivée à la fin du VIS siècle, mais plutôt parmi les moines de Palestine (Greg. M., Reg., X, 14, 21; Photin, cod. 230, p. 284). dé
| toute crre Les No ioiens, dans les derniers | temps, s s'étaient mis à le commenter. Léonce avait ap pelé le philosophe de Stagyre à la défense du dogme chalcédonien. Dans le camp adverse, on l’étudiait aussi. Il apprit aux disciples de Sévère à distinguer deux sortes de natures, l’une abstraite, commune à tous les | individus de même espèce, l’autre concrète, concrétisée dans chaque individu, autrement dit dans chaque hy- | postase: entre ces natures concrètes individuelles et les hypostases, il n’y avait plus de distinction. Dès lors, qui n’admettait qu’une seule hypostase dans le Christ devait n’admettre en lui qu’une seule nature, Jusque là, pour un raisonnement monophysite, tout allait bien; mais la difficulté apparaissait quand du mystère de l’Incarnation on passait à celui de la Trinité. Là, on-se NC: trouvait en présence de trois hypostases, qui réclamaient chacune une nature; pour être conséquent, il fallait reconnaître trois natures concrètes de la divinité et le monothéisme n’était plus sauvé que par la notion bizarre d’une divinité spécifique, d’une divinité en général, et de trois individus divins. En somme, on arrivait ainsi à compromettre le monothéisme et l’épithète de frithéistes, appliqué en dépit de leurs protestations, aux tenants du système, était assez justifiée. “.: Ces idées ? couraient les écoles d'Edesse, de Constantinople, d'Alexandrie. Dans la capitale elles étaient
$ ! Michel le Syrien (d’après Jean d'Asie), IX, 30.
représentées surtout par un certain Jean Ascosnaghès !, par un prêtre d’Antioche, appelé Photin, par Théo- | e | : « «0
dose, moine cappadocien et quelques autres. Ils avaient
l’appui d’un moine d’Edesse, Athanase, petit-fils par sa mère de l’impératrice Théodora *. Celui-ci, grâce à sa haute quoique irrégulière origine, jouissait d’une grande influence à la cour et dans son parti. On le savait fort riche. Il était très lié avec Ascosnaghès et avec le pa- triarche Jacobite Serge, qui avait été son maître: il l’amena presque à ses vues. Deux 6 êques relevant de Serge, Conon de Tarse et Eugène de Séleucie d’Isaurie ® y entrèrent complètement. |
Serge jouissait d’une grande considération auprès des lettrés. C'était l'ami du célèbre « grammairien» d'Alexandrie, Jean, dit le Philipone *, qui lui dédia un de ses livres 5, Par les soins d’Athanase, Jean fut mis au courant des idées d'Askosnaghès; on lui fit même
? Fond d’outre, ou dont les chaussures sont faites avec du cuir d’outres.
? Non de Justinien. L’impératrice avait eu cette fille avant son mariage.
3 Ci-dessus, p. 108.
4 Ce surnom n'a rien à voir avec une assiduité particu-
lière au travail. Un «philopone» à Alexandrie était une sorte de religieux, attaché à l’une des églises de la ville. Cf. Hist. anc. de l'Eglise, t. III, p. 7.
5 Nous avons du Philopone deux traités philosophiques, un contre Proclus, «sur l'éternité du monde»; l’autre, «sur la cosmogonie mosaïque ». Celui-ci est dédié expressément à Serge et à Athanase. On les trouvera tous les deux dans la petite collection Teubner, édités, le premier par Hugo Rabe (1899), l’autre par Walter Reichardt (1897). Le traité contre Proclus est de l’année 529 (XVI, 4). à
il était, 1 philopone ne bail man-
quer d’agréer le Hop vobe système ;
u lui parte très |
pour expliquer le dogme de la Trinité, aussi l’expose-t-
dans un dialogue en dix livres, intitulé l’Arbitre (‘Aawrn rhs) et dédié à Athanase.
concile æcuménique (381) se rouvrait d’une manière inattendue. Comme IV: siècle, les esprits se divisèrent, Il semble qu’il y FA un peu de flottement dans le monde monophysite de Constantinople. Le patriarche Théodose crût devoir intervenir dans la discussion ; il excommunia Fe Ascosnaghès, qui mourut peu après, et écrivit contre les novateurs et aussi contre leurs adversaires extrêmes, qualifiés de néo-sabelliens. Jacques Baradaï était de ces derniers. Théodose eût mieux fait de ne pas dogmab tiser : on l’accusa de pencher vers le trithéisme. Il y eut | même à Constantinople, des gens, qui, s'étant séparés | de lui à ce propos, se formèrent en groupe dissident. ea C’est ce qu’on appela, du nom de leur lieu de réunion, De les Kondobaudites *. Sur ces entrefaites arriva de Syrie l’émir Hâret-bar-Gabala, avec des lettres de Jacques Baradaï et une profession nettement contraire au nouveau dogme *. Il la proposa à la signature des chefs monophysites. Théodose signa, avec sept autres évêqnes.
1 Jean d'Asie, Il, 45; Timothée, dans P. G., t. LXXXVI, p.51. ? Le patriarche Sérgé était sans doute mort, car T n’est plus question de lui dans ces affaires.
propagande. Ils l’étendirent jusqu'à Rome, où ils es-
sayèrent de gagner le patrice Narsès à leurs idées. Narsès ne se laissa pas séduire. , Par le fait des trithéistes, une nouvelle division s’introduisait dans le parti monophysite. Elle fit beau- 3 coup de bruit à Constantinople; les choses y allèrent même si loin que des deux côtés o invoqua l’arbi- trage de l’empereur Justin LE, el remit, pour juger le différend, aux lumières de son patriarche, Jean
le Scolastique. On eut alors ce spectacle extraordinaire,
SE de deux groupes d’évêques dissidents et proscrits plai-
e. dant contradictoirement, en matière doctrinale, devant ble patriarche officiel. Celui-ci ne parvint pas à les con- cilier et chacun resta sur ses positions ?.
Justinien était mort, le 13 novembre 565. Un de
ses neveux Justin, qui exerçait les fonctions de gou-
verneur du palais (curopalate), s'était saisi du pouvoir.
Sa femme, Sophie, personne intelligente et décidée, fut
associée à l’empire. C'était la nièce de Théodora. Elle aussi eut sa part de pouvoir, et c’est surtout dans les choses religieuses que l’on s’en aperçut. Comme sa TR 1
ne ! Les dates de ces excommunications ne sont pas bien
fixées. Je les crois postérieures au colloque de Dara, dont il sera question plus loin.
? Sur cette affaire, v. Michel (Jean d'Asie), IX, 30; cf. X, 8.
Les actes de ce colloque existaient encore au temps de Photius (Bibl, 24). |
| coprEs ET JACOBITES
ns favorisait les monophysites. On dit même lemeura longtemps dans leur communion et % se décida à accepter celle du clergé orthodoxe
que peu d’années avant la mort de Justinien. Son mari lui-même, aurait eu quelques complaisances de ce côté ! |
Les dissidents, en tout cas, fondaient beaucoup k __ d’espoir sur les nouveaux princes. Ils ne furent pas déçus. Ordre fut bientôt donné de relâcher les prélats
et autres clercs internés à Dercos et à Antioche ?. Le
patriarche Théodose admis à l'audience impériale, fut
reçu avec le cérémonial usité pour les patriarches offi- : | ciels. L’empereur lui proposa de retourner à Alexandrie, mais ses jours étaient comptés: il mourut peu de mois après son audience (566). Le gouvernement lé ft enterrer avec la plus grande pompe, et l’un de ses. disciples, le fameux moine Athanase, prononça à cette. : occasion une oraison funèbre, dans laquelle il malmena : ouvertement le concile de Chalcédoine.
Les conférences reprirent, comme aux premiers
temps de Justinien. Elles se tenaient au palais pa- À
1 Jean d’Asie, II, 10. ;
2 Sur ceci, v. Michel (Jean d’Asie), X, I, 2. Les Gaianites d'Alexandrie, soit à ce moment, soit à la suite de l’édit de Justinien sur l’incorruptibilité du Christ (ci-dessus, p. 271) se donnèrent un évêque, Elpidius, qui fut arrêté et envoyé à CP; il mourut en route. Alors, de concert avec un groupe de Théodosiens rallié à eux, ils en choisirent un autre appelé < Dorothée. Ces faits sont connus par Théophane seulement (a. 657); cf. Sophronius, lettre à Serge, P. G.,t. LXXXVII,