‹ L'eglise au VI siecleChapitre 6 sur 105 · MA ET A POLITIQUE RBLIGIEUSE · texte numérisé non relu

MA ET A POLITIQUE RBLIGIEUSE

nes après.

Les autres Isaures se mirent en état d’insurrection %

et marchèrent sur Constantinople. Parmi leurs chefs |

on remarquait Conon, métropolitain d’Apamée, isaure

d’origine, qui, n’admettant pas que ses compatriotes se ER sans lui, avait jeté son peus aux

où, six ans durant, ils exercèrent la patience des 0 1 néraux de l'empire. On finit par en venir à bout: + une partie de la population fut transportée en Thrace L # pendant longtemps, on n’entendit plus parler des Isaures.

Don :1l fallut aussi guerroyer avec les Perses du côté | d'Edesse et d’Amid, avec les Huns échappés du Cau- 3 perse avec les Bulgares, qui, en ces temps-là, faisaient |

en

leurs premières apparitions aux “Abe de Constant

| nople.

Pour protéger sa capitale contre les insultes des : barbares danubiens, l’empereur Anastase barra la pé-

acrés évêques. C’est une des grandes familiarités que l'Etat À TÉaa avec D Toutefois il est bon de se ee

de Selymbria sur la Propontide, aboutissait au Pont- Euxin près du lac de Dercos .

C'était un souverain sérieux. Il se fit porter aux nues pour avoir aboli le chrysargyre, impôt sur les patentes, onéreux et tracassier. Cela ne l’empêcha pas de soigner ses finances : ses successeurs trouvèrent le trésor bien garni. Il ne fit guère de sottises, si ce n’est dans

le domaine religieux.

Entendu comme :il l’avait été par Pierre Monge en ses derniers temps et comme il le fut par ses successeurs,' Athanase IT (490-496), Jean IT Hemula (496-505), Jean IIT de Nikiou (505-515), Dioscore IT (515-518), Timothée IV (518-585), l'Hénotique donnait à l'Egypte la paix religieuse, ou à peu près, car il y avait toujours des exaltés qui ne goûtaient pas les relations extérieures du patriarche. Celles-ci, du reste, se réduisaient à peu de chose. Ni à Rome ni à Constantinople on n'était en communion avec Alexandrie. Les Egyptiens s’arrangeaient comme ils pouvaient avec Antioche et Jérusalem. Chez eux, en tous cas, on avait la voix libre et

Von pouvait crier à pleine gorge contre Léon et le concile.

En Syrie la situation était plus diverse. À la vérité, les évêques furent quelque temps maîtres de la sibuation. Ils avaient accepté l’'Hénotique et l’appliquaient dans son esprit, Telle était la direction donnée par le

* On en voit encore les restes à quelque distance, vers l’ouest, des fameuses lignes de Tchataldja,

. patriarche Palladius, successeur de Pierre le Foulon.

Quelques-uns, dans les provinces du nord, excités sans

doute par de vieilles habitudes de controverse et par

: la persistance, çà et là, d'éléments chalcédoniens, affi-

chaient un zèle spécial et préconisaient la façon égyp-

tienne d’interpréter l'acte de pacification. À cet égard

on doit signaler l'attitude de Philoxène ou Xenaïas, métropolitain de Hiérapolis (Maboug). Ce personnage, originaire de la Graramée persane, avait déjà fait parler

de lui à l’école édessénienne des Perses !, comme ad-

versaire acharné de la théologie d'Antioche. Plus tard, il avait eu des difficultés avec le patriarche Calendion, inquiet de sa propagande monophysite. Calendion évincé, son successeur Pierre le Foulon avait pris Philoxène en haute estime, au point de l’élever au siège métropolitain d’'Hiérapolis. Célèbre par de nombreux et savant écrits *, c'était, dans la Syrie du nord, l’oracle du parti monophysite. Beaucoup d’évêques subissaient son influence.

Les moines étaient divisés. En Palestine, l’ancien couvent de Pierre d’Ibérie était toujours un foyer de monophysisme et d’intransigeance; mais la plupart des solitaires, dirigés par des chefs de grande sagesse, comme Théodose et Sabas, demeuraient en communion avec l’é-

piscopat. Dans la vallée de l’Oronte et dans les déserts

l Histoire ancienne de l'Eglise, t. III, pag. 567.

2 V. le catalogue donné par M. Vaschalde, Corpus scriptor. christ. or., Scriptores Syri, 2° série, t. XX VII, p. 3-5. Philoxène est un auteur exclusivement syriaque; il ignorait le grec.

en deçà et au delà de l’Euphrate, il y avait partage aussi, mais l'élément monophysite devint bientôt prédominant.

En somme, ce que le gouvernement, même s’il l’avait voulu, était impuissant à obtenir en Egypte, le ralliement au concile, ou, tout au moins au système de silence prudent représenté par l’Hénotique, il aurait pu, à la rigueur, l’imposer en Syrie, pour peu qu'il y eût mis un peu de suite et d'énergie. Mais l’empereur Anastase ne tenait pas du tout à en arriver là. De temps à autre il sermonnait les Egyptiens, les engageant à ne pas tant vociférer contre le concile; au fond il les ap-

| prouvait et n’aurait pas manqué de faire chorus avec

eux, si, au lieu de résider à Alexandrie, il n’eût été

obligé de vivre à Constantinople.

Avec son patriarche Euphème, il était dans les plus mauvais termes. Les procédés de celui-ci, au temps où lui, Anastase, n’était encore que silentiaire, lui étaient restés sur le cœur. On peut croire qu’il avait signé de mauvais gré l’engagement de ne rien innover dans les choses religieuses. Cette pièce avait été déposée dans les archives du patriarcat et tous les efforts pour la lui faire rendre étaient demeurés inutiles. Peu après l’avènement du nouvel empereur, KEuphème profita de ses avantages et organisa une manifestation synodale en faveur des décrets chalcédoniens !. Entre Anastase et

lui, il y avait à chaque instant des échanges de viva-

! Théophane, a. 5984; Victor Tunn., a. 492.

prétendait qu'il était partisan des Isaures et même de

connivence avec eux. Ceci était grave, alors que l’em- pire se trouvait engagé dans une guerre assez difficile contre les gens d’Isaurie. Une indiscrétion commise par Euphème fournit à l’empereur le prétexte qu'il cherchait. Des gens trop zélés essayèrent d’assassiner le patriarche ; l’empereur voulut procéder suivant les formes. Un concile fut réuni à Constantinople ; Euphème lui fut déféré comme coupable de trahison. Il fut déposé et interné aux Euchaïtes ! (été 496), en dépit des | manifestations populaires. Euphème était très aimé; son ardeur, sa vivacité, le recommandaient à la foule, qui appréciait aussi son manque absolu de platitude à l’égard d’un souverain peu sympathique. à

Le prêtre Macedonius, neveu de l’ancien patriarche Gennade, gardien du matériel sacré (oxevopohaË), fut installé à sa place; on le fit adhérer expressément à l’Hénotique. Cette démarche lui fit tort. A Constanti-

> nople, les partisans du concile de Chalcédoine, c’est-à-

dire le monastère des Acémètes et quelques autres * qui

1 Sur cette affaire, v. le récit assez circonstancié de Théo-. dore le lecteur, II, 9-15 ; cf. Marcellin, a. 495, et Théophane a. 5987, 5988.

? Ceux de Dius, de Bassien et de Matrone. Celui-ci était un monastère de femmes. La fondatrice Matrone vivait encore et faisait beaucoup de miracles (Vie de sainte Matrone, dans les Acta S$S. de novembre, t. III, p. 86). Sur ceci, v. Théophane, a. 5991, qui doit avoir tiré son récit de Théodore le lecteur. La

date exacte n’est pas facile à déterminer; si l’on s’en tient à

Théophane, ce serait l’année 499.

suivaient sa règle ou sa direction, donnaient alors le ton à l'opinion monacale. Ils se séparèrent du patriarche. Celui-ci fit les plus grands efforts pour les ramener; une réunion d’évêques, avec l’autorisation de l’empereur, proclama à nouveau et par écrit la définition de Chalcédoine. Tout fut inutile. On se résigna à laisser tranquilles les monastères opposants *.

Ainsi, à Constantinople, le concile n’était pas sans défenseurs. Le patriarche était pour lui au fond, les moines plus ouvertement, et aussi la population, dans ‘son ensemble; mais il y avait la question d’Acace sur laquelle Rome ne transigeait pas.

À Félix III, mort le 1° mars 492, avait succédé Gélase, son conseiller fidèle. Gélase était l’homme de l'attitude adoptée par le saint-siège dans ses rapports avec l'Orient. Il l’avait déjà défendue, sous le nom de son prédécesseur et autrement”. C'était, paraît-il, un africain: on s’en douterait, rien qu’à le lire. Il a de Tertullien et le goût de la controverse et les talents du controversiste *: le raisonnement ri-

goureux, impitoyable, la verve, la vigueur, et aussi

! Evagrius, dans un endroit où son récit est singulièrement rapide (III, 32), raconte que Macedonius, requis de restituer le document signé par Anastase au moment de son couronnement (ci-dessus, pp. 6, 10) s’y serait refusé, et que depuis lors, l’empereur lui aurait voulu tout le mal possible,

? Gesta de nomine Acacii, Thiel, p. 510 (cf. Hist. anc., t. IL, p. 456, note); Æpistola ad Orientales, J. 611; Thiel, p. 287; ce document est au nom de Félix II.

* Cependant il est assez verbeux et se répète beaucoup.

l’âpreté. Intraitable par devoir, il l'était aussi par nature ?.

Il s’abstint de notifier son élévation au patriarche de Constantinople. Euphème lui écrivit le premier, se

plaignant doucement de ce silence. I] s’attira une lettre

fort dure et les choses restèrent en l’état. L'empereur,

lui, avait été avisé de l'avènement du nouveau pape ;

… mécontent de la réponse envoyée à son patriarche, il mit Gélase en quarantaine, à tel point que des personnages venus de sa part en Italie eurent ordre de l’éviter. Gélase, de son côté, donnait des instructions ?

… analogues au sénateur Fauste envoyé par Théodoric

“ (493) auprès de l’empereur. Cependant, celui-ci s’étonnant de son silence, il lui écrivit, avec respect, mais en justifiant son attitude, en faisant valoir hautement sa dignité d’évêque et la situation supérieure de l’église romaine.

Tant qu’il vécut, il ne cessa de maintenir ses principes sévères et de les inculquer en toutes occasions. Les évêques de Dardanie (Haute-Macédoine), pays de langue latine, avaient pris position du côté du saintsiège. Il leur écrivit plusieurs fois pour les encourager

et les prémunir contre les exemples qui pouvaient leur

À 1 Il s’en rendait bien compte, sans pourtant reconnaître | qu’il eût tort d’être ainsi: « On verra bien, dit-il, devant le souverain juge, wérum ego, sicut putatis, acerbus, asper et nimis durus difficilisque sim vobis » (Lettre à Euphème, Thiel, p. 320).

2 J. 622 ; Thiel, p. 341.

3 J. 682; Thiel, p. 349.

venir de Thessalonique ‘, Un évêque africain, Succo-

nius, exilé et résidant à Constantinople, avait accepté la communion d’Euphème: il le tança vertement *. En dehors de ces lettres, qui ne pouvaient avoir qu’une notoriété restreinte, il composait de grands traités où sa controverse se développait à l'aise Ÿ.

Cependant il y avait à Rome, dans le sénat surtout, des personnes qui goûtaient peu cette attitude intransigeante et qui pensaient que, pourvu que le concile de

Chalcédoine demeurât sauf, on pouvait laisser en paix

la mémoire d'Acace. Quand Gélase fut mort (21 novem-

bre 496), il y eut un peu de détente. Son successeur

Anastase [I semble avoir été préoccupé des inconvénients du schisme et désireux d’entrer en accommodement. Profitant d’une légation envoyée à Constantinople par le roi Théodoric, sous la conduite du patrice Festus, il écrivit‘, non sans doute au patriarche Macedonius, mais à l’empereur Anastase, lui notifiant son élection. Il réclamait toujours, et avec insistance, la suppression

du nom d’Acace. C’était l'attitude de Gélase: mais le

style est plus conciliant: « Félix et Acace sont morts,

disait-1l; pourquoi vous inquiéter du nom d’Acace?».

! J. 628, 624, 638, 664, 715, 716; Thiel, p. 385, 337, 348 (ré-

ponse des évêques de Dale nn se 383, 392, 435, 436.

? J. 628; Thiel, p. 339.

3 De mnt nominum Petri et Acacii, Thiel, p. 524;

De duabus naturis (avec un long recueil de textes, sur lequel à .v. Hist. ane, t. III, p.864, n. 1); Thiel, p. 580; De anathematis

vinculo, Thiel, p. 557.

4 J. 746; Thiel, p. 615.

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