‹ L'eglise au VI siecleChapitre 65 sur 105 · ARS · texte numérisé non relu

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que Serge, son contemporain, se n'était pourtant pas sans relations avec Alexandrie, l’a complètement ignoré

ou négligé. En dehors de ce document qui reste dou-

teux, il faut reconnaître que, sur ce point particulier,

autorité, ne pouvaient manquer d’être introduits dan: le débat et le furent en effet. L'un, de Denys l'Aréo pagite *, concluait à « une énergie théandrique », », Ce qui! paraissait favorable aux idées de Serge; l’autre tiré du |

fameux tome de saint Léon , était inconciliable av

ces mêmes idées. Serge trouva, bien entendu, des con- Re tradicteurs diphysites. Ceux-ci, pour qui, comme pour leurs adversaires, les écrits du Pseudo-Denys engageaient la responsabilité d’un disciple de saint Paul, durent mettre en œuvre beaucoup de subtilité pour se débarrasser de son «énergie théandrique ». L'autorité a

du tome de Léon leur donnait en revanche, contre

1 Sans parler de beaucoup d’autres moins caractérisés, que l'on se jetait mutuellement à la tête et que l’on écartait er, des procédés plus ou moins ingénieux. È

? Ep. IV ad Gaium (P. G., t. III, p. 1072): Où xarà sv Sa Tù bei Opécac, où T& àvôporsix xara Avbpwroy, &XVà àvôpwlévros Ocod LS XOUVAY. TIVQ TRY Beavopurh évépyerav huîy remokureuuévos, Les Monénergistes substituèrent souvent au mot xavñv le terme piav, plus expressif, et on le leur reproche fort; mais le sens général d la phrase et même de la lettre FAR l'impression, non d’une troisième « énergie » surajoutée à deux autres, mais d’une «énergie» unique. SUR

8 « Agit utraque forma cum alterius communione quod: pro- | prium est». Cf. Hist. anc. de l’Eglise, t. 11, p. 412, note.

we

Serge, une position très forte. Quant aux Monophysites,

habitués depuis longtemps à couvrir le tome de leurs imprécations, ils étaient ravis, on le pense bien, de voir le patriarche de Constantinople aux prises avec ce document détesté. Dès avant l’entrée des Perses à Ale-

xandrie, Serge avait sondé, à propos du monénergisme

l + . pr + . e un certain;Georges Arsas, qui présidait, dans la capi

tale même de l'Egypte à un petit groupe de Paulianistes, monophysites demeurés fidèles au souvenir et aux droits de l’ancien patriarche jacobite d’Antioche,

Paul le Noir, mort depuis longtemps !. Arsas reçut de

Jui une léttre * qui tomba entre les mains de saint Jean

l’Aumônier et l’excita fortement contre son collègue

… de la capitale. Il allait manifester contre lui, quand les

Perses survinrent. Ceci se passait en 617. On ne sait

ce que Georges répondit à Serge, ni même s’il lui ré-

lui trouver des textes. On finit par lui en fabriquer.

pondit. Le patriarche, qui sentait combien sa documen-

tation était faible, demandait aux uns et aux autres de

Il eut bientôt entre les mains un traité adressé par son

prédécesseur Ménas au pape Vigile, où les nouvelles

! Timothée, P. G., t. LXXXVI, p. 41, 53, 56, 60. On ne s’attendrait pas à trouver en Egypte une secte de cette dénomination. C’est sans doute le reste du groupe qui s'était attaché au patriarche Théodose (ci-dessus, p. 347). Noter que cette tentative de rapprochement se place an même moment que l’union entre les églises copte et jacobite (ci-dessus, p. 319). Les Paulianistes d'Alexandrie ne durent pas être compris dans l’accord entre Athanase et Anastase.

? Mentionnée S Maxime, dans sa Dispute avec Pyrrhus, PG:, t. XCI, p, 582. | |

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expressions étaient employées et défonduies servit de cet écrit pour faire de la propagande. C'est

!, Serge se

ainsi qu'il le fit passer à l’évêque de Pharan, Théodore, qui s’empressa d'entrer dans ses idées ?. Il eut aussi l’occasion de s’en servir en Arménie. FES -

L'empereur Héraclius s'était transporté en 622 dans ce pays. Dans les intervalles de ses opérations militaires, il s’occupait volontiers des questions religieuses et surtout des moyens de ramener les dissidents. Il avait eu le temps, pendant les onze ans qu'il s'était tenu confiné à Constantinople, de s’entretenir de cela avec le patriarche Serge. On ne sait à quel propos un des chefs sévériens, Paul dit le Borgne, vint de l’île de Chypre le trouver à Théodosiopolis (Karin, Erzeroum). L'empereur discuta avec lui; Serge lui envoyalelivre de Ménas et la lettre de l’évêque de Pharan. Mais on n’en eut pas satisfaction; Héraclius dut le renvoyer dans son île, en le faisant accompagner d’une lettre très sévère adressée au métropolitain Arcadius*. Dans

1 Le texte de ce livre est perdu. Il en fut question aux sessions 82 et 12° du VI® concile œcuménique. (Mansi, t. XT,.p1220 528).

? Fragments d’une réponse de Théodore à Serge, es à 42 d’Arsinoé, et d’un autre écrit de Théodore, dans le concile de Latran de 649, act. III, Mansi, t. X, p. 957; reproduits au VIe concile, treizième session, Mansi, t. XI, p. 568. Cf. Maxime, Dia- £

logue, P. G., t. XCI, p.882. On n’a pas sa réponse au patriarche Serge, à moins qu’elle ne soit identique au second des deux À .

- écrits mentionnés par les conciles. art

8 VIe concile, act. 12 et 13, Mansi, t. XL p. 525, 561. CsP De: Maxime, . c.

cette lettre, que nous n’avons plus, l'expression des deux

«énergies» était proscrite.

Peu d'années après, (626), l’empereur se trouvant

en Lazique eut l’occasion de causer avec le métropo-

Jitain du pays, Cyrus, évêque de Phasis, et de lui pro-

poser la nouvelle formule. Cyrus, qui ne voyait pas

comment elle se conciliait avec le tome de Léon, s’en ouvrit à Serge, lequel lui donna ses explications, ap-

puyées encore de l'envoi du faux traité de Ménas ‘.

Cyrus se laissa convaincre.

__ La guerre finie, la Vraie Croix étant déjà réinstal-

lée à Jérusalem, Héraclius put passer de la contro-

verse aux mesures d'exécution. Il y fut procédé sans

à obtenus. Pour l'Arménie, une grande assemblée des évêques et des docteurs se tint à Erzeroum (Karin, Théodosiopolis). Le catholicos Esdras y prit part avec

l'union fut conclue et signée *. Ceux qui résistèrent, car, en ces affaires, il y a toujours des mécontents, ne tardèrent pas à raconter que tout ne s'était pas passé régulièrement: on avait fait comprendre à Esdras que, sil s’obstinait, on nommerait un autre catholicos ; ainsi,

il ne lui resterait plus que le territoire perse, fort ré-

! Les deux lettres sont dans les sessions 12° et 13e du VIe concile, Mansi, t. XI, p. 525, 560. La date de celle de Cyrus est fixée par une assertion produite en ce concile, 4. e., pe 557 ; cf. Théophane, a. 6117.

? Narratio. Voir la discussion de la date dans Owsepian,. dc: p. b3.

- triarche Athanase, relativement à ces affaires ?. L’em-

que répondit Eubule, évêque de Lystra, mpèc xäprnv émèchévra

| HÉRACHUS ET MAHOMET

duit par les en traités. Esdras vint en Mésopo-

ments furent tels qu’il se rallia. Il repartit, pourvu, dit-on, d’une forte dotation !. : se On agit de même avec les Jacobites. Nous avons

encore deux lettres, l’une d’Héraclius, l’autre du pa-

en maintenant les griefs des siens contre le concile de … Chalcédoine *. Des conférences eurent lieu à Maboug, avec le patriarche et douze évêques. Il semble bien, quoique les écrivains jacobites évitent d’en faire l’ayeu, que l’on finit par aboutir‘, et qu’un certain nombre

1 Sebeos, c. 29. Au AGDE des opposants figurait l’ancien catholicos, Cheistophet) J’est ce qui paraît résulter d’une lettre. à lui adressée par le patriarche jacobite Athanase. (Michel, Z. c.) |

2 Michel le Syrien, XI, I, 2. Cf. Théophane, a. 6121, dont le récit contient plus d’une inexactitude. 3608

3 Michel (XI, 3) raconte à ce propos des choses qui sentent parfois la légende. Aïnsi Héraclius, se trouvant à Edesse, aurait assisté à la messe jacobite; mais l’évêque Isaïe lui | aurait refusé la communion s’il n’anathématisait pas par éerit Léon et Chalcédoine. C’est sans doute à la lettre d’'Athanase

“Hpaxheio Bacike dmd ?Abavaoiou Eeunutav®v érioxémou, De cette réponse, Lequien (Or. chr., t. II, p. 1861), eut sous les yeux un fragment; je ne sais si ce fragment, alors inédit, a été publié.

4 La documentation est assurément insuffisante. Cependant, | ïl faut tenir compte de deux faits incontestables ; le premier, c’est que, Antioche rentrée sous l’autorité de l’empereur, aucun successeur melkite ne fut donné à Anastase IT, et cela jus-

d’évêques et de monastères se rallièrent sur la base du monénergisme. Beaucoup de moines, avec Michel, adhérèrent au Synode. Ceux de Beit Marm, de Maboug, d'Emèse et des pays du sud laissèrent paraître leur malice: un graud nombre d’entre eux acceptèrent le Synode et s’emparèrent de la plupart des églises et des monastères !. Bien entendu, il y eut des réluctants. Pour eux, les «énergies» importaient peu. Ce qui était criminel, c’est l’acceptation du concile de Chalcédoine.

Les orthodoxes de Palestine se montrèrent médiocrement satisfaits de ce succès. On n’osait pas blâmer

qu’au dernier moment, jusqu’en 636: on gardait la place, semble-t-il, pour le patriarche jacobite Athanase, que l’on espérait

amener à l'union ; le second, c’est qu’il y eut certainement

des défections, non peut-être en Mésopotamie, mais en Syrie; Michel le constate et les Maronites ont perpétué jusqu’à nous. l’existance d’un groupe issu de cette dissidence. D’autre part, le biographe de saint Maxime (c. 8) rattache au patriarche jacobite Athanase les origines du monothélisme.

l Aux conférences de Maboug assistèrent, avec le patriarche Athanase les évêques Thomas de Palmyre, Basile d'Emèse, Serge de ’Apas (?), Jean de Cyr, Thomas de Maboug (le traducteur du N.T.), Daniel de Harran, Isaïe d’Edesse, Sévère de Qennesrin, Athanase d’Arabissos, Cosmas d’Epiphanie en Cilicie, Sévère de Samosate (Michel, XI, 3). D’après Michel, après douze jonrs de débats, ces évêques remirent à l’empereur la profession de foi contenue dans la lettre ci-dessus mentionnée du patriarche Athanase. Héraclius leur demanda alors de l’admettre à leur communion; ils s’y refusèrent et la brouille éclata. Ceci paraît être une seconde version du fait relatif à Isaïe d'Edesse. La date de l’union n’est pas bien sûre. On peut hésiter entre 629 et 631 au plus tard, car c’est en cette année que mourut Athanase (Michel, XI, 5); cette dernière paraît plus probable. Cf. Owsepian, Z. €., p. 25. et suiv.

ouvertement le héros qui venait de rendre à l’empire

chrétien et sa frontière et ses Lieux saints; mais on

ne goûtait guère Athanase : «J'entends, écrivait à Saint- Sabas le moine Antiochus, j'entends dire que l'Orient!

voit arriver un précurseur de l’Antechrist, qui veut

s'emparer du trône d’Antioche. On l'appelle Athanase ;

il prêche les dogmes d’Apollinaire, d’'Eutychès, de Sévère, de Jacques (Baradaï). Troublante nouvelle pour

les habitants orthodoxes de la Ville Sainte et pourles

monastères de son voisinage » ?.

Antiochus eut beau dire: l’union tentée par l’empereur Héraclius, si elle ne ramena pas tous les Jacobites de Syrie, en ramena au moins un grand nombre.

C’est même en ce pays que le monénergisme (mono-

thélisme), abandonné bientôt dans l'empire, conserva le plus longtemps des fidèles.

En Egypte, l’œuvre d'union offrait des difficultés spéciales. Depuis les Perses, il n’y avait plus eu de

patriarche reconnu par le pouvoir impérial. Celui des

Coptes, Benjamin, trônait au Caesareum d'Alexandrie.

On ne jugea pas possible de s'entendre avec lui. Mais, les fonctionnaires byzantins réinstallés, la confiance qu’inspiraient les nouvelles formules donna lieu de

croire qu’en Egypte aussi elles manifesteraient leur ef-

1 Par Orient il faut entendre ici sa capitale, Antioche. Athanase, en effet, habitait l'Orient et n'avait pas à y venir.

2 Antiochus, hom. 180; P. G., t. LXXXIX, p.184. Il y a dans ces propos beaucoup d’exagération. Les Jacobites ne prèchaient nullement les dogmes d’Apollinaire et d'Eutychès.

FLE

400 paie | CHAPITRE XL. SÉRS TRI TETE ficacité. Un patriarche melkite * fut désigné (631) pour Alexandrie. Le choix tomba sur le métropolitain de ; Phasis, Cyrus, connu de l’empereur et du patriarche Serge. Les circonstances exigeaient qu'on l’investît de pouvoirs extraordinaires ?. On raconta plus tard qu’il portait un soulier rouge, couleur impériale, et un soulier noir, couleur du clergé, pour symboliser ses deux pou- voirs. Quoiqu'il en soit de ses titres et de ses chaus-

sures, il est sûr qu’il disposait de la force publique,

au moins en ce qui concernait l’œuvre d’union. ‘A son approche, les églises furent enlevées aux

«théodosiens» et remises au clergé melkite. Benjamin

se retira dans la Haute-Egypte. Cyrus commença par

des négociations. Elles durèrent quelque temps, mais

! Georges (ci-dessus, p. 349) semble être revenu à Alexandrie

avec les magistrats byzantins, mais il est douteux qu’on l’ait

installé ou maintenu dans les fonctions de patriarche. Celles-

ei furent dévolues à Cyrus, sous lequel, néanmoins, Georges

jouit d’une certaine autorité. Sur ces relations assez peu claires, v. Jean de Nikiou, p. 571, 5%4.

2? Sévère d’Aschmouneïn, vie de Benjamin (P. Or., t.I,

p. 489); cf. la vie de Schnoudi, publiée par Amelineau (Journal

Asiat., 8 série, t. XII, 1888, p. 404) et le fragment de la vie

de Samuel de Kalamon, ibid, p.863. Voir la discussion des

textes dans Butler, The Arab conquest of Egypt, p. 508 et suiv.,

et surtout dans Caetani, Annali dell’Islâm, t. IV, p. 86 et suiv., et dans le mémoire de L. Cantarelli sur les préfets d'Egypte, Memorie dell’ Accademia dei Lincei, année 1912, p. 431'et suiv. Les pouvoirs donnés à Cyrus étaient évidemment en dehors des cadres administratifs et militaires; il ne fut ni duc, ni augustal, mais s’il n’avait pas eu la haute main sur les affaires temporelles de l'Egypte, comment Héraclius aurait-il pu. le rendre responsable du mauvais état où, en 640, les avait mises l'invasion arabe?

Iles aboutirent. Un acte d’union fut dressé et signé, le 3 juin 633; nous en avons encore le texte en neuf articles. Le septième est le plus important. Il explique, …

par une sorte de logomachie, comment on peut parler

des deux natures tout en ne reconnaissant qu’une seule

nature, selon saint Cyrille, et qu’une seule « énergie», selon saint Denys. Tout le clergé copte (théodosien) d'Alexandrie, tous les fonctionnaires et des milliers de … gens du peuple acceptèrent, dans ces conditions, d’entrer

en communion avec le nouveau patriarche. Celui-ci, en

.cette affaire, agissait et comme évêque d'Alexandrie et

comme représentant de l’empereur Héraclius. Il fit part au souverain et au patriarche Serge du succès de sa mission ‘. L2

L'union faite à Alexandrie, Cyrus s’employa à la propager dans toute l'Egypte. C’est alors que les difficultés commencèrent. Au premier moment, comme on le voit par la lettre de l’heureux patriarche, Alexandrie était tout entière à la joie de, la paix religieuse. Si les obstinés déploraient qu’on n’eût pas encore obtenu la condamnation explicite et directe du concile de Chalcédoine, les ralliés pouvaient dire qu’un grand pas était fait contre le dualisme chalcédonien, qu’il ne fallait désespérer de rien, et qu’on pouvait même prévoir le jour où de Chalcédoine et de Léon il en serait comme de Théodore, d’Ibas et de Théodoret.

1 Lettre à Serge avec le texte de l'accord, dans la 18° session du VI° concile (Mansi, t. XI, p. 561).

Ducarsxe, L'Église au VI siècle. 26.

LA

Quoi qu’il en soit de ces réflexions, l’union était »

signée et proclamée avec les trois grands groupes mo-

nophysites qui ressortissaient de l'empire: Arménie,

Syrie, Egypte. L'empereur pouvait se féliciter d’avoir

enfin rétabli l'unité religieuse, et son ministre, le pa-

triarche Serge, de lui en avoir fourni le moyen.

« Mais quelqu'un troubla la fête »

Depuis assez longtemps on connaissait à Alexandrie un moine aussi savant que pieux, appelé Sophrone. Originaire de Damas, où il avait enseigné les belleslettres, ce qui lui valait le titre de «sophiste», il s'était lié avec un autre religieux, Jean Moschos * (le Veau) ou Eucratas, lequel, au lieu de se fixer, comme on le faisait ordinairement, dans un monastère, passait sa vie à circuler de couvent en couvent. Avec lui, Sophrone voyagea beaucoup. On les trouvait sans cesse sur les chemins de Palestine et d'Egypte, visitant les monastères et surtout les ascètes en renom, recueillant leurs maximes et leurs récits. Sophrone n'avait pas tardé à embrasser définitivement la profession monacale. Alexandrie surtout attirait les deux amis errants. Aux environs, les monastères pullulaient; quelques-uns

desservaient des sanctuaires célèbres, à l’ouest, celui

1 Sur Jean Mosch, v. le mémoire de S. Vailhé, dans les Echos d'Orient, t. V, p. 107. Du même auteur, dans la Revue de l'Orient chrétien, t. VII et VIII, une dissertation approfondie sur Sophrone. Les écrits de ces deux personnages sont réunis dans le t. LXXX VII, 3 p., de la P. G. de Migne.

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de saint Ménas, dans le désert de Lybie, à l’est, celui des saints Cyr et Jean (Aboukir), sur le rivage de Ca-

nope '. En ville, ils se mêlaient volontiers aux controverses entre melkites et théodosiens, secondant les ét forts des patriarches Euloge, Théodore, Jean, pour ramener les dissidents au bercail. Ils avaient figuré parmi FR les familiers de Jean l’Aumônier., Comme lui, ils avaient eu peur des Perses, et, à leur approche, avaient quitté < Alexandrie. C’est à Rome qu'ils allèrent se réfugier ?.

C'est là, dans un milieu où vivait le souvenir récent du

saint pape Grégoire, où ses Dialogues étaient lus assidûmènt, qu’ils composèrent le curieux recueil d’anecdotes monacales qui porte le nom de Pré Spirituel. Jean Moschos y mourut (619), après avoir fait promettre à à Sophrone de rapporter son corps au Sinaï ou à Saint- |

Théodose de Judée, deux couvents pour lesquels il pro-

fessait une vénération spéciale. Sophrone ne put aller

au Sinaï, dont les abords étaient remplis d’Arabes pillards; il déposa le corps de son ami à Saint-Théodose ÿ,

où il se fixa lui-même pour quelque temps. La Pa- a

1 C’est dans celui-ci que Sophrone avait été guéri d’un mal d’yeux fort grave. En reconnaissance, il rédigea un recueil de miracles des saints Cyr et Jean, qui est un des livres les plus curieux de ce temps. Il n’y a pas moins de © récits, remplis de détails intéressants pour la topographie et l’histoire des mœurs.

2? En passant par l'Afrique où ils rencontrèrent saint Maxime (P. G., 6. XOI, p. 142).

3 Déir-Dosi, près de Bethléem. Sur ce monastère, v. Edm. Weigand, Das Theodosioskloster (Byz. Zeitschrift, t XXIIT, 1914,

lestine et l'Egypte étaient alors aux mains des Perses, qui, après les violences de l'invasion, gouvernaient assez pacifiquement. |

Leur départ eut pour effet, comme on l’a vu, de ral-

lumer à Alexandrie les querelles religieuses. Saint So-

phrone, vieilli dans ces controverses, ne pouvait manquer de suivre avec un intérêt spécial les tentatives de conciliation inaugurées par l’empereur Héraclius. Il ne les voyait pas d’un bon œil. En Palestine, où il n’y avait guère de monophysites, on ne sentait pas le besoin de se rapprocher d’eux. Comme Antiochus de Saint-Sabas *, Sophrone se défait extrêmement des nouvelles combinaisons, de ces concessions excessives où la tradition était vraiment sacrifiée. Il revint à Alexandrie, se mit en rapport avec le patriarche Cyrus et fit les derniers efforts pour l’empêcher de conclure un accord qu'il déclarait être monstrueux.

Sophrone, savant célèbre, religieux d’une vertu con-

. Sommée, se recommandait encore par son âge (il avait

près de quatre-vingts ans) et par son expérience. Il avait été le conseiller et l’ami des prédécesseurs de Cyrus sur le siège d'Alexandrie. Son opposition n’était donc pas indifférente. Mais le nouveau patriarche était venu pour faire l’union; il voulait la faire; il la fit, malgré Sophrone. Sans doute, pour l'écarter, il s'était retranché derrière l'autorité du patriarche de Constan-

tinople. Sophrone se décida à porter jusque là sa pro-

! Ci-dessus, p. 399.

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