‹ L'eglise au VI siecleChapitre 71 sur 105 · QUELS TEST · texte numérisé non relu

QUELS TEST

DS

que ce « silence 4

lestine, de Rome surtout, cime on À

prudent » n'était pas tolérable et que, la question étant posée, il fallait la résoudre. Elle le fut définitivement au VI° concile œcuménique (681), qui proclama les de: | volontés et condamna divers chefs d’églises qui, re temps d’'Héraclius et depuis, s'étaient compromis avec Vopinion contraire. Alors on flétrit ensemble les noms de Théodore de Pharan, de Serge, d'Honorius, de Cyrus, sans rechercher si ceux-ci avaient patronné le monothélisme pour introduire une doctrine nouvelle ou s'ils n’y avaient vu qu'un moyen de refaire l'unité de l'E glise du Christ.

4% La crise monothélite.

J La Pyrrhus, successeur de Serge: sa fuite, son remplacement par le pa- à 5 ë triarche Paul. — Grégoire, exarque d'Afrique; ses ambitions. — Colloque de Pyrrhus avec Maxime. — Pyrrhus rallié à l’orthodoxie. — Invasion musulmane en Afrique: mort de Grégoire. — Nouvelle volte-face de Pyrrhus. — ; Le Type de Constant II. — Le pape saint Martin: concile de Latran. — Mer - 4 Martin enlevé de Rome, son procès à Constantinople, sa mort en exil. —

Procès, exils et mort du moine Maxime. — Les papes successeurs de Martin, Eugène, Vitalien. — Constant II à Rome. — Constantin Pogonat. — > Le VI° concile œcuménique. — Justinien II. — Le concile in Trullo. — ‘où

Essai de réaction monothélite sous Philippiceus.

s'être un peu dégoûté de la théologie. Au fond, il-ne s’y était engagé que pour ce qu'il croyait être le bien de l'Etat, pour rallier à l’unité les Orientaux monophysites. Il n’y avait guère réussi, et le peu qu'il avait Rs. obtenu, la conquête musulmane le lui arrachait des

mains. À quoi bon chercher des formules conciliatrices

. quand il n’y avait plus personne à concilier? A quoi

AIN es

bon, pour soutenir des ralliements chimériques, trou bler la paix religieuse dans ce qui restait de l’empire ? É Ée Ê Dans les provinces grecques, où pourtant l’épiscopat était docile, on s'était heurté çà et là à des résistances ; graves: Sophronius et Maxime, personnes hautement 22 recommandables par leur science et par leurs vertus 0 donnaient le ton à une notable partie de l'opinion ’.

1 Voir les documents palestiniens et chypriotes produits dans la deuxième session du concile de Latran, en 649.

AE ce Mais c’est surtout en Occident que lo

| redouter. Nulle part le concile de Chalcédoine ne comp-

432 | carie Xe EM ES PE phosition était à “tait de défenseurs plus déterminés. Au temps de Justinien, nombre d’évêques africains avaient souffert l'exil

plutôt que d'abandonner les Trois Chapitres; ceux !

la haute Italie, trouvant l'Eglise romaine trop accom

dante en cette affaire, s'étaient séparés de sa commu-

nion, et continuaient de lui garder rancune. L'Eglise

romaine elle-même, malgré les dispositions conciliatrices

dont elle avait fait preuve alors et depuis, malgré la

condescendance dont le pape Honorius avait usé avec le patriarche Serge, laissait voir qu’elle ferait tête et ne souffrirait aucune atteinte à la tradition. Héraclius sentit qu'il importait de battre en retraite; son Ecthèse est un pas en arrière. Il y inculque, à la vérité, le système d’une seule volonté justifié par le danger d’ad-

mettre deux volontés en conflit; mais du monénergisme,

il ne veut plus qu’il soit question. Il alla encore plus

Join: quand on vint le solliciter pour qu’il ratifiât l’é-

lection du pape Jean IV élu à la place de Séverin, il: ne fit aucune difficulté; il alla même jusqu’à écrire au nouveau pontife que l’Ecthèse n'avait été ni rédigée, ni commandée par lui; qu’elle était l’œuvre du patriarche Serge !, Mais si l’empereur mourant ne montrait guère de zèle pour les théories du défunt patriarche, Pyrrhus, successeur de celui-ci, après avoir été son col-

laborateur et confident, en faisait maintenant sa chose

LP. G-tuX Op: 125,

Po D EC >. EU

LA CRISE MONOTHÉLITE 433

“et propageait vigoureusement l’Ecthèse en Orient et en Occident !, sans omettre, bien entendu, de la placer sous le patronage d'Honorius. Ainsi s’attirait-il les récriminations du pape Jean ?. Devenu le principal et le plus actif champion du monothélisme, il ralliait à lui tous les complices ou partisans de l’ancien patriarche ; mais, comme il se posait aussi en protecteur de l’impératrice Martine, il se vit, après la mort d'Héraclius, compromis dans l’impopularité de cette femme. Quand, après trois mois de règne, Constant IIT, fils aîné d'Héraclius, eut succombé à une maladie mystérieuse, on ne manqua pas de voir là un coup de marâtre et d’y impliquer le patriarche. Menacé par l’émeute, Pyrrhus déposa son pallium sur l’autel de Sainte-Sophie, donna sa démission par écrit et partit pour l’Afrique.

Maxime était depuis quelque temps à Carthage, et son influence y grandissait chaque jour ; les moines, les évêques, instruits par lui des dangers que la foi courait à Constantinople, prenaient position contre l’Ecthèse. On n’a aucun renseignement précis sur la promulgation de cette pièce en Afrique ni éur l’accueil qui lui fut fait au premier moment. Il y a bien lieu de penser que cet accueil fut défavorable. Au premier rang des moines se distinguait Thalamius, abbé d’un monastère voisin de Carthage. L’archevêque Fortunius paraît avoir été assez réservé, se tenant plutôt dans les lignes du pape Honorius que dans celles de Ma-

PC. ce; d,2041:

Ducasse, L'Église au VI siècle. 26

xime !. Mais quelle que pût être la tiédeur de ce prélat, l'opposition à l’Ecthèse pouvait se produire librement en Afrique, où l’exarque Grégoire, sans doute ? membre

de la famille impériale, exerçait une autorité à peu

près souveraine. Peut-être nourrissait-il déjà le de qu’il réalisa depuis, de se proclamer empereur : place de Constant II. Celui-ci n’était qu’un enfant; son gouvernement n’avait guère de prestige. Le pape Jean, aussitôt installé, avait écrit * aux successeurs d’'Héraclius, Constantin III et son frère Héracléonas, pour leur demander de retirer l'Ecthèse et protester contre toute idée d'y impliquer la responsabilité de son pré- décesseur Henorius. Quand il mourut, en octobre 642, les Romains lui donnèrent un successeur, Théodore, qui

fut consacré sans attendre que son élection eût été ra-

1 Fortunius fit le voyage de la capitale dans les premières années du patriarche Paul, qui lui fit bon accueil. Il eut ainsi l’occasion d'entendre une autre cloche; mais Paul n’avait pas. encore été condamné par le pape et sa communion n’entraiînait. en elle-même, aucune acceptation du monothélisme. On a eu tort de conclure de ces relations que l’archevêque de Carthage. ee ait été monothélite. (Mansi, t. XI, p. 593, 6° concile œcuménia que, 14° session).

? Il y a bien des raisons de croire que cet exarque était. fils du Nicétas, cousin d’Héraclius, dont il a été question cidessus, p. 378. Cf. Diehl, L'Afrique byzantine, p. 525.

3 J, 2042. Cette lettre ne parle pas du concile, qui, suivant des témoignages assez faibles, aurait été tenu à Rome pour condamner le monothélisme. Le biographe de saint Maxime, ©. 14, parle bien, comme d’un bruit, d’un concile à Rome et du projet d’en tenir un autre à Carthage, mais il ne

résulte pas de son texte que ces assemblées aient été tenues. en réalité.

a LA CRISE MONOTHÉLITE 485.

tifiée à Constantinople. Peut-être la firent-ils approuver par l’exarque de Ravenne, Isaacius; mais celui-ci no

taire dirigée par le « cartulaire » Maurice, éclata à Rome

de.

plus ’inspirait guère de respect ; une conspiration mili-. à,

ontre lui. Elle fut réprimée, mais elle avait donné ndice d’un état troublé.

Suivant l’usage, le nonveau patriarche Paul et ses

consécrateurs avaient notifié au pape le changement

qui venait de se produire à Constantinople. Leurs let-

tres ne faisaient aucune allusion à la question dogma-

tique; la démission de Pyrrhus y était imputée à la

haïine du populaire. Théodore, dans ses réponses, ne jugea pas que la haine du populaire fût un motif suffisant pour légitimer une démission, et surtout un rem-

placement. Il engagea donc Paul et ses collègues à

instituer contre Pyrrhus un procès en règle, indiquant

même, comme motif de déposition, le zèle qu’il avait

déployé pour l’Ecthèse. Il considérait ce document

comme officiellement désavoué ? et s’étonnait que Paul souffrîit qu'il demeurât affiché en divers endroits publics. En tout cas, il le condamnait à nouveau. L’archidiacre Sericus et l’apocrisiaire Martin, le futur pape,

1 Il est possible que ce mouvement se soit produit vers le temps de l'élection de Théodore et que l’on ait jugé à Rome qu’il n’était pas possible de prolonger la vacance en demandant la ratification impériale.

2 Je ne vois pas sur quoi le pape fondait cette assertion, pourtant bien précise (per iussionem filii nostri mansuetissimi principis). On n’a pas la preuve que Constantin IIT ait suivi une autre politique religieuse que son père.

MAP Er 0 Le DELL

Hi rar

KArRTeE

chargés de le représenter en cette affaire, emportèrent | Je texte d’une déclaration que le pape voulait faire afficher à la place de l’Ecthèse. Le patriarche Paul et son concile pouvaient, suivant lui, juger Pyrrhus par contumace ; quant à lui, il écrivait à l’empereur pour se le faire envoyer à Rome *. ;,

Si Théodore s’imaginait que le patriarche Paul était disposé à faire passer son prédécesseur en jugement pour avoir soutenu l’Ecthèse, et surtout à décrocher ce document officiel des murailles de Constantinople, il se faisait de grandes illusions. Mais il est naturel de croire que, dans sa correspondance, le pape parlait uniquement d’après les faits et dispositions dont témoignaient les lettres du patriarche et qu’il comptait sur ses envoyés et leurs informations pour agir en pleine connaissance de cause. Arrivés à Constantinople, Sericus et Martin eurent avec le patriarche de tels entretiens qu’ils le décidèrent à exposer sa foi dans une lettre adressée au pape Théodore. Nous avons encore cette pièce ?, qui n’est au fond qu’une réédition de l’Ecthèse, mise sous le patronage, non de Pyrrhus, mais de Serge et d'Honorius. Théodore fut édifié. Mais les choses allaient se gâter bien autrement, à la suite d’événements inattendus.

Entre Pyrrhus et Paul il n’y avait aucune divergence doctrinale ; tous deux étaient monothélites comme l’Ecthèse. Mais l’un occupait le siège que l’autre avait

* J. 2049-2052. La lettre à l’empereur (2051) est perdue. * Mansi, t. X, p. 1039; concile de 649, secret. IV.

LA CRISE MONOTHÉLITE 437

, , DORRTS * .

été forcé d'abandonner, et celui-ci, à force de vivre en

Afrique, avait pénétré les aspirations, peut-être déjà

les intentions, du patrice Grégoire; il se disait que son rétablissement sur le trône patriarcal, impossible tant que Constant conserverait le souvenir de Martine, et les rancunes qui s’y rattachaient, pourrait être favorisé par un changement dans le personnel impérial. De Grégoire Auguste, on obtiendrait ce qu’on ne pouvait attendre de Constant Auguste. Mais Grégoire était fort engagé avec les orthodoxes d'Afrique, lesquels, appuyés à Rome | et peut-être ailleurs encore en Italie, constituaient la base de ses opérations politiques. S'il levait un jour l’étendard de la révolte, on pouvait être sûr qu’il se prononcerait contre l’Ecthèse et la politique religieuse dont il était le symbole. Donc, si l’on voulait être réinstallé par lui sur le trône patriarcal, une volte-face était indispensable. Pyrrhus en fut bientôt convaincu et résolut, lui, l’un des inventeurs et des plus actifs propagateurs du monothélisme, de renier cette doctrine et de passer à ses adversaires, Pour colorer sa désertion, il organisa un colloque entre lui et l’abbé Maxime. Celui-ci était un si savant homme, un personnage si considéré, que l’on pouvait, sans trop s’humilier, céder à ses raisons. La conférence eut lieu en juillet 645, sous Ja présidence du patrice Grégoire, devant une nombreuse assemblée d’évêques, de moines et de laïques

distingués: nous en avons le procès-verbal !, pièce des

1 P.G., t. XCI, p. 287.

tombeau des Apôtres,

lus curieuses, pleine de renseignements sur l’histoire

du monothélisme et sur les arguments par lesquels il

était attaqué ou défendu. La conclusion fut que Pyrrhus s’avoua convaincu LS de se rendre à Rome, au

écrit, les déclarations opportunes.

En effet, il “partit pour Rome, présenta au pape Théodore, en assemblée du clergé et du peuple, une pro-

fession catégorique, où il rétractait tout ce que lui et

ses prédécesseurs avaient écrit contre la foi; en con-

où il remettrait au pape, a

séquence, il fut, non seulement admis à la communion,

mais traité en patriarche, si bien qu’à certains jours,

on le vit officier à la place du pape. La profession

(libellus) de Pyrrhus fit sensation en Italie et en Afri-

que. En Numidie, en Byzacène, en Mauritanie, en Pro-

consulaire même, où l'archevêque Fortunius fut remplacé (16 juillet 646) par Victor, les évêques s’assemblèrent en concile, écrivirent au pape, à l’empereur, au

patriarche Paul, pour que l’on ges enfin la ma-

lencontreuse Ecthèse ?.

À Constantinople on n’était guère disposé à accueillir les réclamations des prélats africains. Il arrivait des

nouvelles peu rassurantes sur les mouvements de Gré-

. goire et l’on se doutait que les évêques, excités par

Maxime, exaltés par le succès remporté dans l'affaire

* L. P., Théodore. Voyez aussi le procès du pape Martin (P. L., t. CXXIX, p.597; Mansi, t. X, p. 859, 878).

? V. ces lettres dans la 2° session du concile de Latran ; Mansi, t. X, p. 919-950.

Re

| LA CRISE MONOTHÉLITE

de Pyrrhus, n'étaient pas les amis de Constant IT<et de son gouvernement. Les lettres qu’ils venaient d'adresser. à l’empereur et au patriarche Paul, ils les avaient confiées au pape, ne se jugeant sans doute pas en situation de correspondre directement. Le pape lui-même n’était guère bien vu; ses lettres au patriarche Paul, les instances que multipliaient ses envoyés, la façon ER dont il traitait Pyrrhus, tout cela était peu propre à. lui concilier la bienveillance impériale. On patientait

cependant, car Grégoire donnait des inquiétudes de. Fe

plus en plus vives. Enfin, en cette même année 646, + ue

celui-ci leva le masque et se proclama empereur. Fÿres rhus pensa sans doute qu’on allait revoir le temps où Héraclius, parti de Carthage, avait conquis Constantinople: il voyait déjà Grégoire au palais sacré et lui

même sur le trône de Sainte-Sophie.

Il n’en fut rien: quelques mois s'étaient à peine

écoulés que la Byzacène fut envahie par Abdullah ben

Saad, le successeur d’Amr au gouvernement de l'Egypte. Lis

Dans une bataille livrée près de Sufetula, « l’empereur » Grégoire fut vaincu et tué. Abdullah se fit payer très cher l’évacuation du pays; cependant l’Afrique échappa cette fois à la conquête musulmane. Mais quelle déception pour tous ceux qui avaient mis leur confiance en Grégoire ! à

Nous ne savons pas ce qu’il advint des évêques africains. Maxime avait suivi Pyrrhus à Rome; il le vit converti et pontifiant; hélas ! il ne le vit pas longtemps.

La mort de Grégoire fermait à l’ambitieux patriarche

rt Ph RENE RS A SR En jrs, 2 3 ÿ de E (1 a W

Fe LT

US

la voie par laquelle il avait espéré recouvrer sa situa-

tion d'autrefois. Sans tarder, il rentra dans le giron

de l’orthodoxie impériale. On apprit bientôt qu’il était

parti pour Ravenne, à l’instigation de certains émissaires de l'exarque Platon, puis qu’il avait rétracté sa rétractation, enfin qu’il avait repris le chemin de Constantinople.

A la nouvelle de ce revirement, le pape Théodore réunit un synode à Saint-Pierre et prononça l’anathème contre le relaps !. Entre-temps, voyant que le patriarche Paul restait insensible à toutes les démarches par elsquelles il essayait de le ramener dans le bon chemin, il s'était décidé à prononcer contre lui une sentence de déposition. Paul n’en tint pas compte; irrité contre les envoyés du pape, il jeta l’interdit sur la chapelle du palais de Placidie, résidence traditionnelle des représentants du saint-siège. D'autre part, comme il lui semblait de plus en plus clair que l’unité de volonté (monothélisme) soulevait autant de difficulté que l’unité d’« énergie » (monénergisme), il conseilla à l’empereur d’imposer le silence sur les deux choses à la fois. À sa demande, Constant II publia, non plus une simple profession de foi, comme l’Ecthèse, mais un véritable édit impérial, avec sanctions pénales pour les contrevenants. Désormais il était défendu par la police de

: D’après Théophane, il aurait, pour signer cette condamnation, trempé sa plume dans le calice consacré; cet appareil

invraisemblable n’est pas mentionné dans les documents romains.

ae

LA CRISE MONOTHÉLITE 441

parler d’une ou deux « énergies», d’une ou deux volontés. C’est ce qu’on appelle le Type ; il fut promulgué vers la fin de l’année 648.

Ainsi, les promoteurs de cette campagne théologique reculaient sur deux points au lieu € un; mais ce progrès de silence prudent ne faisait pas l'affaire des défenseurs de l’orthodoxie. Ce qu'ils voulaient, ce n’est pas qu’on enveloppât dans une même réticence l’erreur et la vérité; c'est que l’erreur fût répudiée et la vérité proclamée. Le Type souleva autant d'opposition que l’Ecthèse et les conséquences en furent beaucoup plus graves. Héraclius, qui était un homme d’âge mûr, avait bien senti que de telles questions ne se traitaient pas par des moyens de police; Constant IT, tout jeune prince, très fier de son autorité, n’admit pas qu’on lui résistât, même dans le domaine religieux.

Le pape Théodore mourut (14 mai 649) avant d’avoir pu protester comme il convenait. Cette tâche incomba à son successeur Martin. Celui-ci, l’ancien apocrisiaire à Constantinople, avait vécu de longues années dans ces controverses et les connaissait à fond, comme aussi le personnel, tant ecclésiastique que laïque, de la cour impériale. Nature énergique, caractère indomptable, il s'était déjà mesuré avec le patriarche Paul; on ne pouvait avoir aucun doute sur son attitude. Son élection ne fut pas ratifiée par l’empereur, à qui sans doute on s’abstint de la soumettre. Aussi, quand on en vint contre lui aux voies de rigueur, prétendait-on qu'il s’était emparé illégalement de l’épisco-

LR

1 A peine élu, il s’empressa de répliquer au Type par une manifestation conciliaire. Le 5 octobre 649, s'ouvrit « dans la basilique du Sauveur appelée Cons-

tantinienne », la première séance (secretarius) du con-

cile de Latran. évêques, à peu près tous

italiens, s’y étaient assemblés. Aucun n'était venu de

la province de Milan, ni de la partie lombarde, encore

schismatique, de celle d’Aquilée; quant à l'Italie péninsulaire, où tons les évêques étaient suffragants du pape, les régions devenues lombardes envoyèrent quelques-uns de leurs évêques; mais le plus grand nombre vint des territoires byzantins. Il y eut cinq sessions, qui s’'échelonnèrent le long du mois d’octobre. Après

le discours d’ouverture prononcé par le pape, on lut

les diverses pièces provenant de l'archevêque de Ra-

venne, de l’épiscopat et des moines de Palestine, de

Serge, archevêque de Chypre, enfin des évêques africains; le pape y était sollicité de mettre un terme aux divisions qui désolaient l'Eglise et de MP clamer sa tradition en face des nouveaux hérétiques. On lut ensuite les documents incriminés, l’Ecthèse et le Type, les manifestes divers de Cyrus, Serge, Pyrrhus et Paul, puis les symboles ou canons dogmatiques des cinq premiers conciles, enfin toute une série de textes extraits des œuvres des Pères de l'Eglise. Cela fait, le concile adopta,

en son propre nom, vingt nouveaux canons, avec le texte

* Irregulariter et sine lege episcopatum subripuisse. Ep. 15; J. 2079.

É Bb.

ge

a. (be — + J

LA CRISE MONOTHÉLITE É 443 5

d’une encyclique par laquelle ses décisions devaient être portées à la connaissance de l'Eglise.

Les actes du concile et l’encyclique furent envoyés aussitôt à l’empereur Constant !; mais non au patriarche k Paul, depuis longtemps déposé, ni patriarches mel kites in partibus d'Alexandrie et d'Antioche. Dans leres sort d’Antioche la plupart des évêques melkites avaient accepté le monothélisme ; cependant il restait encore çà be

et là quelques prélats orthodoxes; il y en avait aussi,

et en plus grand nombre, dans le patriarcat de Jérusalem, où, du reste, la double invasion des Perses et des Arabes avait introduit beaucoup de désordre. Au départ des Perses, l'évêque de Joppé, Serge, s'était porté, avec l’appui séculier, /ocum tenens du patriarche, à la place du moine Modeste, et avait fait des ordinations; par la suite, les évêques consacrés de cette façon irrégulière jugèrent à propos de consolider leur situation en se ralliant aux nouveautés propagées par

le patriarcat Ab onstantinople, notamment par le patriarche Paul. Depuis la mort de Sophronius, aucun pe: patriarche melkite n'avait été installé dans la ville a sainte. Le pape Théodore, informé de tout cela, avait nommé un vicaire apostolique, Etienne, évêque de Dor, 2 ami et homme de confiance de Sophrone. Etienne fit trois fois le voyage de Rome; il assista au concile de Latran. Comme son action était contrariée sur les lieux, on le déchargea de son vicariat et on nomma à

1 Ep. III, J. 2062.

AN Re

sa place Jean, évêque de Philadelphie en Arabie, qui reçut commission d’exercer les pouvoirs patriarcaux tant dans le ressort d’Antioche ! que dans celui de Jérusalem ?.

Les documents synodaux furent aussi envoyés en Afrique *, où le siège de Carthage était alors vacant. L’épiscopat africain, s’il avait été faiblement représenté au concile, y avait pourtant figuré par les lettres de 646 ; on en avait toute satisfaction. Il n’en était pas de même du métropolitain de Thessalonique, Paul, qui, déjà suspect et prié de signer une formule à lui envoyée de Rome, avait eu le soin de l’amender en son propre sens, abusant ainsi de la simplicité des envoyés pontificaux. Martin le frappa d’anathème #.

Même en dehors de l’empire, le pape chercha des adhésions. L’archevêque de Milan et l’évêque de Dertona, sujets lombards, signèrent après coup les actes du concile. On les envoya aussi en France. Amand, évêque de Maestricht, missionnaire célèbre, avait écrit à Rome annonçant l'intention de se démettre de son

évêche; en lui répondant le pape l’informa de la nais-

! L’Arabie (Bostra) dépendait du patriarcat d’Antioche.

* Ep. V, VI, VII, J. 2064, 2065, 2066, aux évêques de Philadelphie, d’'Hésébon et de Bacatha. Le pape écrivit aussi à Georges, archimandrite du grand monastère de Saint-Théodose, à deux notables de Palestine, et, en général, aux fidèles des deux patriarcats. (Ep. VIII-XI, J. 2067-2070).

# Ep. IV, J, 2068.

* Ep. XII, J. 2071 ; notification à l'église de Thessalonique, Ep. XIII, J. 2072.

LA CRISE MONOTHÉLITE 445

sance et de la propagation de la nouvelle hérésie !, lui parla du concile récemment tenu à Rome pour l’extirper et lui demanda d’abord de provoquer la réunion d’un grand concile national qui homologuerait celui de Rome, puis de décider le roi d’Austrasie Sigebert III à choisir

parmi ses évêques quelques personnes capables de faire

le voyage de Constantinople avec les légats du pape,

et d'appuyer ses démarches auprès du gouvernement impérial. On ne voit pas qu’il soit sorti de là quelque chose d’important*®. Cependant le concile, convoqué

en 650 à Châlon-sur-Saône par Clovis IT, roi de Neus-

trie-Bourgogne, rappelle dans son premier canon le respect qui est dû aux conciles de Nicée et de Chalcédoine. Il semble que les évêques francs aient eu vent de quelques dangers du côté de la foi.

Les défenseurs de l’orthodoxie avaient employé toutes les armes en usage *, professions de foi, colloques, polémiques écrites, discussions de textes, manifestations

conciliaires. Maïs l’empereur, contre les innovations doc-

1 Ep. II, J. 2059. Le pape y assimile le monothélisme à diverses erreurs dès longtemps condamnées : Apollinaristarum, et Severianorum, Eutychianistarum atque Manichaeorum errorem renovans. C’est une bien grande exagération.

2 Il n’y a rien à fonder en cette affaire sur la vie de saint

Eloi, document peu sûr. V. l’édition de Krusch, M. G. Merow.,

t. IV sd 3 Des peintures commémoratives du concile furent exécutées dans l’église $S. Maria Antiqua, au pied du Palatin. Vu la

connexion de cette église avec la demeure impériale du Pala-

tin, on peut affirmer que cette décoration est de peu postérieure au concile, du temps où Martin siégeait à Rome, en bonne entente avec l’exarque Olympius.

trinales duquel ils protestaient, tout en le désignant le moins possible, avait d’autres armes à sa disposition. Il ne tarda pas à s’en servir. Le concile n’était pas terminé qu’un nouvel exarque, Olympius, arrivait à Rome avec des instructions très sévères. Il devait faire accepter le Type par les évêques, clercs et autres personnages notables, pourvu toutefois que l’armée s’y prêtât. Mais l’armée ne s’y prêta pas et le clergé offrit une résistance tellement compacte qu’il fut impossible d'y organiser un parti contre Martin. De celui-ci, on essaya, dit-on, de se débarrasser par l'assassinat !. Quoi qu’il en soit, tous les moyens ayant échoué, l’exarque prit le parti de s’entendre avec le pape, en quoi il contrevenait à ses instructions. Du reste, il ne tarda pas à prendre les allures d’un rebelle et, sans doute, on aurait de Constantinople instrumenté contre lui, si Ja mort n’était venue le surprendre, en Sicile, où il était allé guerroyer contre les Sarrasins. Théodore Calliopas, un ancien exarque d'Italie, fut nommé à sa place (653) ?. Il vint à Rome et fit annoncer sa visite au pape. Comme

ses envoyés s’alarmaient de prétendues dispositions mi-

1 Le L. P. nous raconte cela sur le témoignage d’un armiger de l’exarque, qui disait avoir reçu de son maître la commission de tuer le pape au moment où il lui donnerait la communion; mais, miraculeusement aveuglé, il n’aurait pu apercevoir le pontife et le coup aurait manqué. Je ne me fie pas trop au récit de cet armiger.

? Sur l'arrestation du pape et ses tribulations à CP. et ailleurs, le L. P. est très succint; mais nous avons quatre lettres de Martin lui-même (Æp. XIV-XVII; J. 2078-2081).

sie LA CRISE MONOTHÉLITE 447

. LC: . Û D à L .

litaires prises au palais de Latran, on le leur fit visiter et ils purent s'assurer qu’il n’y avait dans le palais, ni.

une arme, ni une pierre. Enfin, l’exarque se présenta

le 17 juin; le pape était, depuis huit mois, aux prises avec la goutte; prévoyant ce qui allait arriver, il se fit transporter dans la basilique ; comme il ne pouvait s’as-

seoir sur le siège épiscopal, on le déposa sur un lit, de-

vant l'autel. Une troupe d'hommes armés envahit l’église

êtres et aux diacres

destitué, et où on

avec grand fracas; on présenta aux]

al

un décret par lequel Martin ét

le représentait comme ayant été élu irrégulièrement et

comme indigne du siège apostolique; il était enjoint de

l’expédier à Constantinople et de lui donner un successeur. Apparemment la foi du pontife était incriminée dans le document impérial, car le clergé proféra l’ana-

ème contre quiconque oserait la mettre en doute. Le pape interdit toute résistance et se remit aux gens de l’empereur. On l’emporta au Palatin, résidence de l’exarque, et le surlendemain, on l’embarqua, avec quelques serviteurs, sur un bateau qui descendit le Tibre et le porta jusqu’à Misène. Là, il trouva un autre navire qui le conduisit à Constantinople, après beaucoup de relâches, dont une d’un an environ, dans l’île de Naxos !, Tout le long du voyage il fut butte aux plus mauvais traitements: on l’empêchait ondre à terre, de se laver; si les gens du pays lui apportaient des provisions, ses gardiens les mangeaient devant lui et défen-

2, D, fl, p'B40n1d.

L A 26 É NL Ce

TT

Si de A

Page 1