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vaient point alors de titulaires, furent représentés d’une façon telle quelle; les apocrisiaires du pape assistèrent aussi, sans, paraît-il, avoir de mission spéciale à cet. effet. La réforme disciplinaire fut libellée en cent-deux canons, parmi lesquels je ne releverai que ceux qui devaient mettre en conflit Rome et Constantinople. D'après le droit byzantin, les prêtres et diacres ne pouvaient, une fois ordonnés, contracter mariage, mais ils pouvaient continuer à user comme auparavant, d’un mariage antérieur. Ce dernier point n’était pas admis à Rome et c'était une première divergence (c. 18). Il y . en avait d’autres sur les pénalités dont étaient menacés les clercs engagés dans des unions prohibées (c. 3), sur le nombre des diacres {c. 16), sur la liturgie (c. 52) et le jeûne (c. 54) du Carême, sur l’usage romain de donner aux nouveaux baptisés du miel et du lait bénis (c. 57). Le concile n'avait pas manqué de renouveler (c. 36) le fameux 28° canon de Chalcédoine, qui mettait sur le même pied les sièges de Rome et de Constantinople, un canon contre lequel les papes avaient dirigé tant de
protestations. Enfin (c. 2) il avait présenté comme lois
“ecclésiastiques toute une série de textes envers lesquels
l'Eglise romaine ne pouvait avoir aucun engagement,
soit parce qu’ils étaient apocryphes (Canons apostoli-
ques), soit parce qu’ils émanaient d’autorités conciliaires
ou autres, qui ne pouvaient s'imposer à elle 1 mn.
* L'Eglise romaine, encore que dans sa chancellerie on se
servit parfois de la coller de Denys le Petit, n’avait encore aucun code officiel,
Les légats, comme presque toujours, se laissèrent
enjôler et signèrent le protocole. Mais, comme on tenait
à avoir la signature du pape, un. lui envoya six exem-
plaires, — un pour l’empereur, cinq pour les patriarches, — où la place pour la recevoir avait été laissée en
blanc, au-dessous de celle de l’empereur, au-dessus de
celles des patriarches. Le pape Serge,un sicilien d’o-
rigine syrienne, instruit de leur contenu, refusa d’en
donner lecture publique et fit savoir qu’il n’acceptait pas le concile. Avec un prince comme Justinien, cette
opposition ne pouvait manquer d’avoir des suites fort
graves. On vit bientôt arriver à Rome un fonctionnaire (magistrianus) chargé d’arrêter l'évêque de Porto, Jean, (celui du concile de 681), et le « conseiller » Boniface,
jugés responsables de la résistance pontificale. Plus tard se présenta le protospathaire Zacharie, lequel, lui, devait se saisir du pape en personne et l’emmener à Constantinople. Mais on n’était plus au temps du pape Martin. Les troupes byzantines qui occupaient Ravenne et la Pentapole se révoltèrent, marchèrent sur Rome et prirent une telle attitude que le protospathaire jugea prudent de se réfugier au Latran. On avait raconté à ces braves gens que le pape était déjà embarqué, qu’on l’avait enlevé à la faveur de la nuit. La vérité, c’est que l’envoyé de Justinien IT se cachait dans la chambre du pape et que le bruit de l’émeute autour du Latran lui faisait perdre toute contenance, si bien qu'il finit par se glisser sous le lit et s’y évanouit. Serge parut à un balcon et s’efforça de calmer ses défenseurs.
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Mais ceux-ci ne consentirent à s'éloigner que quand ils eurent reconduit le protospathaire hors de Rome, avec beaucoup d’injures. |
Il y aurait eu là, avec un prince comme J'ustinien IT, de quoi faire détruire la ville de Rome. Mais la Providence voulut que celle de Constantinople s’insurgeât contre lui (695). On lui coupa le nez, ce qui lui valut
le surnom de Rhinotmète (nez coupé) et on l’envoya
à Cherson. Léonce, qui lui fut donné pour suecesseur,
fut peu après évincé par un autre compétiteur, Tibère Absimare. |
Dix ans ne s'étaient pas écoulés que les gens de Constantimople regrettaient amèrement de n'avoir pas poussé jusqu’au bout l’exécution de leur tyran. Justinien était revenu: il avait réussi à se concilier l'appui
tant des Khazars que des Bulgares, qui le ramenèrent
dans la capitale et le réinstallèrent sur son trône. Il
s'était fait mettre un nez d’or: on le vit dans sa loge de l’'Hippodrome présider les courses, les pieds appuyés sur les deux têtes de ses rivaux vaincus; ces têtes tombèrent le même jour et les massacres recommencèrent. Le patriarche Callinique, en fonctions depuis onze ans, qui paraît avoir servi les « usurpateurs » avec plus de zèle que le souverain légitime, eut les yeux crevés et fut expédié à Rome.
Au milieu de ses débauches sanguinaires, Justinien n’oubliait pas son concile. Il s’empressa d'envoyer à Rome, pour obtenir du pape Jean VIT ce que Serge lui avait refusé. Mais comme il ne pouvait pas em-
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ployer en Italie les procédés qui lui réussissaient à
Constantinople, il recourut aux voies pacifiques. Deux métropolites rapportèrent le concile à Rome, avec une
lettre par laquelle le pontife était invité à l’amender, s’il le jugeait à propos, en cassant ce qu’il trouverait
inacceptable, et à confirmer le reste. Le pape Jean,
fils d’un fonctionnaire byzantin et byzantin lui-même,
intimidé peut-être par le traitement dont Callinique
avait été l'objet, n’osa faire le choix et renvoya le tout à l’empereur, avec une sorte d’approbation !. L'opinion à Rome ne fut pas très satisfaite. Peu 5 après, quand Jean VIT eut été remplacé par Constantin, elle eut de quoi s’exciter de nouveau. Ordre arriva au pape de partir pour la capitale. Constantin obéit et s’embarqua, en octobre 710, avec uné suite nombreuse
d’évêques et de dignitaires du clergé romain. Ce n’était
pas sans grande inquiétude que l’on s'était plié à la
volonté du tyran. Arrivés à Naples, les voyageurs s’y croisèrent avec un nouvel exarque, Jean Rhizocopus ?, qui se rendait à Rome porteur d'ordres sanglants. En
De
1: Sed hic humana fragilitate timidus, hos (tomos) nequaquam emendans per suprafatos metropolitas direxit ad principem (Z. P.). Il semble résulter de ce texte du L. P., le seul qui nous renseigne sur ceci, que le pape approuva le concile in Trullo, ou que du moins, telle était l’opinion du biographe de Jean VIl. Cependant, on ne concevrait guère, s’il en était ainsi, que Justinien n’eût pas considéré l'affaire M. minée et qu’il l’eût reprise avec le pape Constantin. hésion du pape, si elle fut donnée, dut comporter quelques réserves.
2 1 avait le nez coupé comme son maître.
Ducuesxe, L'Église au VI siècle. 31
route on apprit qu’il avait fait décapiter quatre membres
du haut clergé. Il y avait de quoi mal augurer du
voyage. Cependant il n’arriva de Contantinople que
des messages ‘avorables. Pendant tout le voyage, qui
> comporta une relâche à Gallipoli pour y passer l’hiver,
d le pape fut accueilli avec les plus grands honneurs;
4 quand il parvint à l'Hebdomus, il y trouva Tibère, fils
4 de l’empereur, les patrices, le sénat, le patriarche Cyrus.
. On le conduisit au palais impérial et de là, en grande
* pompe, au palais Placidien, résidence ordinaire des 4 apocrisiaires romains.
‘TES Justinien était à Nicée; il fit prier le pape de venir
vers lui; ils se recontrèrent à Nicomédie. L'empereur
se livra aux plus extraordinaires démonstrations: il se
prosterna devant le pontife, voulut entendre la messe
a célébrée par lui et communier de sa main. Eu dehors de ces cérémonies, on traita des affaires qui avaient motivé le voyage; le diacre Grégoire !, personnage très expérimenté et très sage, prit part aux entretiens et donna à l’empereur des explications qui le satisfirent. Celui-ci n’insista plus sur le concile et renouvela tous 5 les «privilèges» de l'Eglise romaine. Ce qui dut être
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une grande satisfaction pour les vénérables voyageurs, c’est qu’il ne leur fit pas trop attendre le congé de s’en retourner. Le 24 octobre 711, ils rentraient à Rome.
S'ils l'avaient échappé belle, d'autres avaient été
heureux. C’est juste au temps de ce voyage que
: Le futur pape Grégoire II.
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se placent les expéditions sanglantes par lesquelles Justinien II régla les comptes avec les gens de Ravenne et de Cherson. Ces derniers, ou plutôt ce qu’il en restait après plusieurs massacres, finirent par accla-
mer contre lui un compétiteur, un arménien exilé chez
eux, Bardane, qui s’appelait aussi Philippicus. Les
insurgés parvinrent à se rendre maîtres de Constantinople. Justinien IT et son fils Tibère, périrent égorgés (décembre 711). |
Lugubre nouvelle! dit le Liber pontificalis. Il était
donc mort le « bon prince, l’empereur orthodoxe et très
chrétien ». Cette explosion de douleur a de quoi étonner.
Telle ne fut sûrement pas l'impression de la population de Rome, à laquelle les envoyés de Philippicus montraient la tête du tyran exécré. Mais dans le clergé, les victimes avaient été relativement peu nombreuses ; on s’y félicitait que le pape eût trouvé à Constantinople un tout autre accueil que celui qu’il redoutait; enfin, et ceci est le plus grave, Philippicus, dès le premier moment, s'était affiché comme un fanatique partisan du monothélisme, poursuivant ainsi, jusque dans le domaine religieux, la réaction contre Justinien IT et sa dynastie. Le VI*° concile fut, à Constantinople, l’objet des manifestations les plus hostiles. Une peinture représentant cette assemblée, se voyait sur la façade du palais impérial; le nouveau prince n'avait pas voulu en franchir le seuil avant qu’elle ne fût to 6e 1
1 On peut s’étonner qu’une question aussi subtile ait pu passionner les esprits au point d’influer sur la politique. Mais