‹ L'eglise au VI siecleChapitre 81 sur 105 · VAE E PRE ER · texte numérisé non relu

VAE E PRE ER

ie 200 CHAPITRE XIII. :

de la cour burgonde; c'était la fille de Chilpéric, frère du roi Gondebaud 1.

Dans cette famille royale les catholiques ne manquaient pas. Clotilde était catholique. Elle obtint du roi que leurs enfants fussent baptisés®. Le premier mourut aussitôt après; le second, Clodomir, faillit en “faire autant, ce qui oût été pour Clovis un grave

argument contre le baptême. Le Sicambre avait très bien conscience de l’importance politique de sa conversion; mais il n’entendait pas se rendre à des motifs É) d'intérêt. Il voulait s'assurer que la religion chrétienne était la bonne et ne céder qu’à des raisons

? Sa mère, Caretena, dont l’épitaphe s'est conservée dans les manuscrits (CI. L., t. XTII, n. 2872) était catholique et Propageait sa religion dans sa famille. Sidoine l'avait connue, elle et son mari Chilpéric, sur lequel elle exerçait une influence Miavorable, (Ep., V, 5-7, lettres écrites avant 475). Cf. la vie de saint Lupicin, c. 10 (M. G. Scr. merov., t. IIT, p.149), où Chilpéric est qualifié de vir singularis ‘ingenii et praecipuae bonitatis. Grégoire de Tours (Hist. Franc., II, 28) raconte que Chilpéric fut tué par Gondebaud, lequel aurait fait noyer sa veuve. Mais ce récit est peu croyable, inconciliable, en tout cas, avec l’idée que Caretena fût l’épouse de Chilpéric. D'après l’épitaphe, Ca- retena mourut en 506, à plus de cinquante ans, dans la situation de reine veuve et de religieuse professe.

? Sur la conversion et le baptême de Clovis, les documents utilisables sont, dans l’ordre chronologique: 1. La lettre de saint Avit à Clovis (Ep. 46; edit. Peiper) écrite peu après le baptême ; 2. La lettre de saint Nizier de Trèves à Chlodosuinde, écrite, vers 570, par un évêque qui avait connu Clotilde et peutêtre Clovis lui-même ; 8. Grégoire de Tours, Hist. Franc., IT, 28-81, récit très circonstancié, mais déjà un peu légendaire.

* Cum esset homo astutissimus, noluit adquiescere antequam vera agnosceret (Nizier, cf. Greg. Tur., H, 29, 80).

| Ses raisons, bien entendu, pas plus que ses objections, n'étaient de nature subtile. C’étaient des raisons de barbare. Les miracles des sanctuaires chrétiens le frappaient beaucoup; en revanche, il reprochait au Christ de n’être pas de la race de ses dieux et doutait de son efficacité dans les combats !. On l’instruisit sur la fase # divine. Pour le reste il s’en rapporta à son expérience. Dans une bataille contre les Alamans? il invoqua, en à un moment critique, le secours du dieu de Clotilde, et : les siens reprirent l’avantage. Au sanctuaire de saint. Martin, où l'avait conduit quelqu’une de ses expéditions contre les Wisigoths, il fut témoin de guérisons miraculeuses. C’en fut assez. Sur le tombeau même du grand | thaumaturge il promit® de se faire baptiser et bientôt

1 Nullatenus ad credendum regis animus movebatur, sed dicebat: deorum nostrorum iussione cuncta creantur ac pro- deunt, deus vero vester nihil posse manifestatur, et, quod magis est, nec de deorum genere esse probatur. (Greg. Tur., Hist. - Franc., IX, 29). J |

2 Greg. Tur., II, 30. C’est le point où la tradition paraît le plus embellie par la poésie populaire. Ce n'est pas à propos de cette bataille que Grégoire prononce le nom de Tolbiac.

8 Nizier, Z.c. Sans doute, avant la guerre de 507, la ville de Tours était en dehors du royaume franc. Mais il faut tenir compte de certaines expéditions qui ont pu amener Clovis à s'emparer de cette ville et à y séjourner momentanément. Un continuateur de la chronique de Prosper (M. G. Scr. ant., t. IX, p. 331, Contin. Havniensis) marque à l’année 498: Franci Burdigalam obtinuerunt et a potestate Gothorum in possessionem sui redegerunt capto Suatrio Gothorum duce. À l’année 496, il note qu'Alaric IT s’empara de Saintes, Santones obtinuit. Comme cette ville appartenait aux Goths depuis 419, il faut qu’elle leur eût été enlevée par quelqu'un; on ne voit FTue que les Francs à qui attribuer cet exploit.

on apprit, dans toute la Gaule, que le roi des Francs était catéchumène t,. ;

Le baptême eut lieu à Reims, le jour de Noël 496 *. L'évêque Remi, entouré de plusieurs de ses collègues, présida à l’auguste cérémonie, pour laquelle on déploya une grande pompe. L'exemple royal fut suivi. Beaucoup de guerriers francs descendirent, à la suite de leur chef, dans la piscine baptismale.

Clovis avait trois sœurs: Andoflède, Lantechilde et Albofñlède. La première, mariée au roi ostrogoth Théodoric, était probablement arienne ; il en était de même de Lantechilde. Quant à Alboflède, elle fut baptisée

1 Il le fit notifier à saint Avit de Vienne: « competentem vos profitebamini ». C’est le terme liturgique.

? Le jour est attesté par saint Avit, l’année résulte de la chronologie ambiante. On a vainement essayé de transporter la cérémonie à Tours et au temps de la guerre des Goths. C’est à Tours, il est vrai, que la promesse de baptême, baptizari se sine mora promisit (Nizier) eut lieu et que le roi se déclara competens (Avit). Ce mot est un terme technique: il s'emploie pour désigner un catéchumène dont la probation est terminée et qui se prépare ‘à recevoir le sacrement à la plus prochaine solennité baptismale. Noter le sine mora de saint Nizier. C'était le pas décisif, et c’est pour cela que la nouvelle en fut portée au loin et officiellement (Avit). Nizier ne dit nullement que le baptême ait été célébré à Tours ; Grégoire n’en a pas le moindre vent, et Dieu sait si lui, évêque de Tours, était au courant des traditions de son église et peu disposé à négliger un souvenir si glorieux pour elle. I1 ne nomme pas expressément la ville de Reims. Mais le rôle qu’il donne à saint Remi, les dispositions qu’il Jui fait prendre, tout donne l’idée d’un évêque qui agit non dans une église étrangère, mais dans la sienne. Grégoire

pensait certainement à Reims. Il est étonnant qu’on s’y soit trompé.

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L'EGLISE DANS LA GAULE FRANQUE 495 avec le roi dans l’église catholique, à laquelle Lantechilde se rallia aussi . | : de

Ainsi, à la différence des autres familles royales

qui se partageaient le gouvernement de l’ancien ‘em Tr pire d'Occident, le roi des Francs et les siens, écartant k, la confession de Rimini, étaient entrés de plain pied N dans la religion catholique, dans celle que professaient pre toutes les populations romaines. Cette démarche, délibérée et voulue ?, était de conséquence. Pour le mo

. ment elle qualifiait Clovis comme le plus grand repré sentant de la foi orthodoxe dans le groupe des domi- : nateurs de l'Occident. Le roi des Ostrogoths, Théodoric, depuis peu maître de Ravenne, y prenait un aspect de jour en jour plus imposant. Maître des capitales traditionnelles de l’empire d'Occident, il semblait en continuer la tradition; par la sagesse de son gouverne- . € ment, il se conciliait les populations italiennes, en même temps que, par des alliances matrimoniales et autres, il se rattachait tous les dynastes germaniques. Entre lui toutefois et ses sujets italiens, la religion mainte nait une barrière. En Italie, en Gaule, en Espagne, Œ maîtres et sujets ne priaient ni dans les mêmes églises, Ve ni dans la même langue. Cette différence était d’une

gravité extrême; quelques efforts que des souverains

1 Confessa aequalem Filium Patri et Spiritum Sanctum "10 crismata est. (Hist. Franc., IT, 31). Homélie (perdue) de saint Avit in conversione Lanteildis Chlodovaei sororis, éd. Peiper, p. 152.

? Des suggestions se produisirent pour incliner Clovis à l’arianisme. (Avit).

comme Théodoric, Alaric II, Gondebaud, eussent faits | pour l’atténuer, elle subsistait, avec ses fâcheux effets,

Alaric IT avait succédé à son père Euric !: en 485, l’année même de la bataille de Soissons. Clovis lui fut toujours un voisin gênant; il semble avoir mis quelque insistance à lui disputer le littoral, Saintes et Bordeaux ©. Les querelles incessantes de ces jeunes princes inquiétaient le roi Théodoric, sa diplomatie s’employait à les apaiser *; elles excitaient les populations romaines, peu favorables, au moins en certains endroits, au gouvernement des Wisigoths. Il est question d’évêques exilés ; ceux de Tours avaient particulièrement à souffrir, C’est par leur diocèse, à cheval sur les deux rives de la Loire, que les Francs envahissaient l’Aquitaine: la ville

épiscopale se trouvant sur la rive gauche de la Loire,

son clergé, sujet des Wisigoths, excitait toujours leurs

soupçons. En 498, l’évêque Volusien fut interné à Toulouse; Verus, son successeur, subit le même sort un peu plus tard ‘. La tension que ces mesures indiquent préoccupait extrêmement le gouvernement wisigoth. Il

* Hist. anc. de l'Eglise, t. III, p. 602 et suiv.

3 Ci-dessus, p. 490.

* Cassiodore, Var., IIX, 1-4. On rattache ordinairement ces démarches à la dernière crise, celle de 507; il me semble que le ton paternel des exhortations adressées à Clovis et à Alaric, indique une date plus ancienne. C’est peut-être en suite de cette intervention qu’eut lieu la rencontre de Clovis et d’Alaric dans une île de la Loire (Greg. Tur., Hist. Franc., II, 35).

4 Greg. Tur., Hist. Franc. X, 31. Cf. Fausti, ep. 12 (M. G. Scr. ant., t. VIII, p. 274. Les évêques de Poitiers, Saintes, Angoulème et Agen ne Parurent pas au concile d'Agde.

s’efforçait de la diminuer en multipliant les attentions pour ses sujets romains. C’est ainsi que, le 2 février 506, L

recueil, formé à la hâte et publié avant d’avoir été ter-

une commission d’évêques et de notables. C’est par lui

Alaric promulgua à Toulouse le code connu sous le nom. de Lex Romana Wisigothorum, ou Bréviaire d’Alarie, abrégé, avec interprétation, du Code Théodosien. Ce as

miné !, fut soumis, préalablement à sa promulgation, à

que la législation théodosienne, c’est à dire le corps

des lois émanées des empereurs chrétiens, se perpétua

en Gaule. Wisigoths, Francs et Burgondes, avaient, ou

| droit théodosien.

eurent bientôt, des codes de lois nationales, lois d'Eurie, loi salique, loi Gombette ; mais leurs sujets romains : ; conservèrent la loi romaine ?.

On voulut faire davantage: « avec la Permission du très glorieux, très magnifique et très pieux roi», un grand concile se réunit, le 11 septembre 506, dans lé glise Saint-André d'Agde ?. Vingt-quatre évêques étaient présents; dix autres avaient envoyé des représentants.

1 Mommsen, Code Theod., t. I, p. XXXV.

2 Le droit justinien ne fut guère connu en Gaule avant le XIL siècle; droit romain demeura longtemps synonyme de

3 Nous n’avons pas encore une bonne édition du concile d'Agde. Tel que le donnent les collections imprimées, ce concile comprend 71 canons, mais les 36 premiers et le 71° sont les seuls à considérer; les autres ont été ajoutés après coup. Les canons 37-42 sont reproduits du concile de Vannes, 43-47 sont des additions arlésiennes ; le reste représente une collection primitivement indépendante ; ils ne se trouvent que dans les x. mss. de l’Hispana. 10

Ducuesxe, L'Église au VI siècle. 82 es

Parmi les présents figuraient les trois métropolitains d'Aquitaine; la présidence, pourtant, fut déférée à l’évêqué d'Arles, Césaire, récemment (502) installé sur ce siège important; le roi Alaric, après l’avoir maltraité pour des raisons politiques, l’avait présentement en très

haute considération.

Les conciles tenus à Rome en 501 et 502 prouvaient: que de telles assemblées étaient possibles sous des. princes arlens, pourvu que la paix régnât entre eux et le clergé catholique. C’était le cas dans le royaume wisigoth. Les évêques d'Agde, avant toute délibération, adressèrent au ciel de ferventes prières pour leur roi hérétique, et pour la prospérité de son état; ils s’abstinrent, dans leurs règlements, de toute allusion aux questions délicates que posaient les rapports avec les ariens. Avant de se séparer, ils décidèrent de: se réunir ainsi chaque année. Césaire s’empressa de

préparer le prochain concile: il devait se tenir à Tou-.

louse; Eudonius, un des grands dignitaires de la cour,

s’intéressait à cette affaire et promettait que cette fois, non seulement les évêques de Gaule, mais ceux d’Espagne aussi seraient convoqués 1.

La guerre, qui éclata au printemps de 507, coupa court à ce projet. Alaric vaincu et tué à Vouillé, près de Poitiers, Clovis ne tarda pas à occuper Bordeaux, où il passa l'hiver; l’année suivante il s'empara de Toulouse, la capitale des rois wisigoths. Pendant ce

1 Lettro de Césaire à Rurice de Limoges, (Ruricii Epp.).

temps, son fils Thierry opérait dans la région d’Au- vergne, et le roi des Burgondes, Gondebaud, allié .des Francs après avoir été combattu par eux !, se portait vers les cités du littoral méditérranéen. Théodoric intervint alors ; il dégagea la ville d'Arles qu’assiégeaient les alliés; des arrangements furent pris, d’après lesquels l’état wisigothique conservait en Gaule la Septimanie jusqu'au Rhône et quelques cités d'Aquitaine, tandis que la Provence, depuis le Rhône et la Durance était annexée au royaume italien des Ostrogoths. Avec

ceux-ci le régime romain reprit pied en Gaule. Arles

vit reparaître les hautes magistratures de l’empire, le

préfet du prétoire et les autres dignitaires que Théo.

doric avait conservés en Italie. Cela dura trente ans encore.

Ainsi le littoral méditerranéen de l’ancienne Gaule

était partagé entre les deux royaumes goths, dont l’un

avait son siège en Italie, l’autre transféra le sien en

Espagne. A l’intérieur il n’y avait plus que les Francs

. et les Burgondes, fort inégalement partagés. Les prin-

ces burgondes avaient toujours fait grand étalage de leur dévouement à l’empire romain, c’est à dire, désor-

sormais, à l'empire d'Orient, le seul qui subsistât, Ils

se paraient des titres de maître de milices et de pa-

trice. Le vieil empereur Anastase les encourageait dans

1 En 500, son frère Godégisèle, révolté contre lui, avait appelé les Francs à son secours; mais les choses, après une période de succès, avaient fini par tourner fort mal. Godegisèle vaincu et tué, Gondebaud s’était arrangé avec Clovis.

cette attitude ; il ne lui déplaisait pas que Théodoric eût, à l’ouest, des voisins respectueux de la majesté impériale. C’est ce sentiment qui lui inspira l’idée d’affubler Clovis, astre nouveau, de titres et d’insignes imposants. Le Sicambre se laissa nommer consul honoraire: on le vit chevaucher en grand cortège, dans les rues de Tours, vêtu d’une tunique de soie et d’une chlamyde, un diadème sur la tête, faisant largesse à la foule. Ses successeurs après lui continuèrent à se parer des ‘ornements venus de Constantinople; ils en prirent même un peu plus qu’on ne leur en envoyait. Mais cela ne fut d'aucune conséquence; ni sous Anastase, ni sous Justinien, ni plus tard, l'empire byzantin n'eut une prise quelconque sur l’autorité des rois francs. Une puissance avec laquelle il importait bien plus de s'entendre, c'était l'Eglise. Les rapports, depuis l’avènement de Clovis, avaient toujours été bons; sa con-.

- version ne pouvait manquer de les améliorer encore.

Nombre de vies de saints parlent des bienfaits du roi. Au moment de la guerre gothique il donna des ordres”

précis pour que ni les églises, ni les religieuses, ni les.

clercs n’eussent à souffrir des hostilités ; la guerre finie, il s’efforça de réparer les dommages que, malgré tout, elle avait pu causer !. Puis, comme il y avait d’autres questions à régler, il jugea utile de convoquer une grande assemblée de ses évêques, comme Alaric l'avait fait avant son désastre. L'assemblée se tint en juillet 511,

1? Lettre de Clovis aux évêques, M. G., Capitul., t. I, p. 1.

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-à Orléans. Il s’y trouva trente-deux évêques t. Le roi leur fit présenter un projet de décret ou tout au moins un questionnaire sur lequel ils eurent d’abord à déli-

rh" 26.

bérer ?. Nous n’avons plus ce document, mais les dix Lr. premiers canons du concile paraissent correspondre au

. projet royal; ils traitent de matières mixtes ou de

choses dans lesquelles l'autorité publique est intéressée, la réglementation du droit d’asile, l’autorisation royale & à pour les ordinations, l'emploi des largesses royales faites dE:

aux églises, le droit de citer les évêques en justice, la fréquentation de la cour par les religieux solliciteurs, se les ordinations d'esclaves, le châtiment ecclésiastique des prêtres criminels, l'appropriation des églises enlevées aux Goths et l’utilisation de leur clergé. Suivent d’autres canons, qui rentrent dans le cercle habituel des règlements conciliaires. LE Par sa première partie, le recueil des canons d'Or-

léans représente le plus ancien des arrangements écrits

4 1 Les mss. ne nous ont conservé que les signatures épisco- L. pales; il est possible, probable même, qu’il y ait eu des signatures de légats et'qu’elles aient été négligées par les copistes.

2 Lettre d’envoi des canons du concile: Domno suo catholicae Ecclesiae filio Chlotovecho gloriosissimo regi omnes sacerdotes quos ad concilium venire iussistis.

Quia tanta ad religionis catholicae gloriosae fidei cura vos excitat ut sacerdotalis mentis affectu sacerdotes de rebus ne- PA cessariis tractaturos in unum collegi iusseritis, secundum vo- eu luntatis vestrae consultationem ef titulos quos dedistis, ea quae A nobis visum est definitione respondimus; ita ut, si quae nos statuimus etiam vestro recta esse iudicio conprobantur, tanti consensus regis ac domini maiori auctoritate servandam tantorum firmet sententiam sacerdotum.

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ou concordats entre l'Eglise et le pouvoir souverain du pays de France. Le canon sur les ordinations est

Surtout remarquable: Aucun séculier ne doit entrer

dans le clergé sans l'autorisation du roi ou de son représentant !; exception toutefois est faite pour les fils ou descendants de clercs. Il n’est pas douteux que cette règle ait été appliquée; nous avons encore ? le texte de la formule qui servait aux fonctionnaires mérovingiens pour délivrer ces autorisations. Il y a là, de toute évidence, une limitation apportée aux choix de l’Eglise et même aux vocations, une limitation coordonnée à la reconnaissance tacite d’une situation privilégiée. Il n’est rien dit expressément sur le choix des évêques; mais les récits de Grégoire de Tours, les vies des saints et en général toutes les sources d’information relatives au temps de Clovis et de ses successeurs, ne laissent aucun doute sur l’usage qui s'établit alors de ne consacrer aucun évêque sans l’autorisation du roi.

Les Burgondes avaient aidé Clovis à se débarrasser des Wisigoths, sans toutefois que le partage des dépouilles leur eût rapporté beaucoup. Avec des voisins aussi entreprenants que les Francs, ils avaient tout à craindre. Cependant, tant que vécut Clovis, on les laissa en paix. Le roi Gondebaud gouvernait sagement ; lui aussi, il s’occupait de législation; par ses soins, un

? Nisi aut cum regis iussione aut cum iudicis voluntate, ? Marculf, I, 19.

code fut formé pour ses sujets burgondes, un autre pour ses sujets romains !, Au nombre de ses conseillers figurait le métropolitain de Vienne, Avit, lettré

distingué, dont il nous reste des poésies, des lettres en style recherché, comme celles de Sidoine Apollinaire,

et aussi des homélies ?. Avit, apparenté à l’empereur

de ce nom et à l’illustre Sidoine, représentait avec

dignité, dans le royaume des Burgondes, la tradition du régime disparu. Il connaissait le sénat © et le clergé

de Rome; pendant que sévissait le schisme entre Sym-

maque et Laurent, il eut l’occasion d'intervenir et il

le fit avec un très haut sentiment de l'importance et des titres du pontificat romain. Il s’intéressait aussi aux rapports du saint-siège avec l'Orient, alors troublés par la querelle d’Acace. Sur ce point, cependant, il lui arrivait d’être mal renseigné. Däns un livre qu’il écrivit pour édifier le roi Gondebaud sur ces affaires lointaines, on le voit attribuer à Eutychès les erreurs de Nestorius, prendre parti pour la formule « Crucifié pour nous» des monophysites et critiquer la conduite du patriarche orthodoxe Macedonius à qui l’on n'avait pu la faire accepter “,

1 La loi Gombette et le Papien.

2 Ed. Peiper, M. G. Auct. ant., t. VI.

5 On a cru, sur la foi d’un texte mal lu, qu'il avait été lui-même sénateur.

4 Contra Eutychianam haeresim, p. 16, 22 (Peiper). Suivant

Avit, Eutychès n’admettait pas que le Fils de Dieu fût descendu

pour prendre un corps in alvum femineum. Ceci est conforme aux idées d’Eutychès. Mais Avit ajoute que celui-ci reconnais-

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