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Prosper, lequel est un recueil de textes de saint Augustin. Il lui avait été demandé de s’en servir pour
PEN il invita le métropolitain et ses suffragants. Il vint en * tout quatorze évêques. Césaire avait recu de Rome une
mettre les choses au point. L’archevêque profita de
cette réunion épiscopale pour faire signer le formulaire.
Il le présenta à ses collègues, encadré entre une suite
de huit canons rédigés par lui et une profession de foi. Dans ces textes, ce qui est exprimé, c’est la doc-.
trine de la nécessité de la grâce pour toutes les bonnes actions, même pour le premier mouvement de la con-
version, et la subordination du libre-arbitre, vicié par
le péché originel, à l’action de la grâce. On n'entre pas dans la question de la prédestination, si ce n’est pour dire que l’idée de la prédestination au mal est
une idée détestable 1.
Après les évêques, le patrice Libère et sept autres
fonctionnaires apposèrent leurs signatures à ce docu-
ment. Ceci est un signe de l'intérêt que, même dans
le monde laïque, on portait à ces questions.
La manifestation d'Orange, malgré ou peut-être à cause de cet appui officiel, déplut à l’épiscopat du
royaume burgonde. Il n’était pas difficile de se la re-
1 Saint Augustin n’enseignait pas la prédestination au mal, ad culpam, mais seulement la prédestination au châtiment, ad paenam, en ce sens que ceux que la miséricorde de Dieu n’avait pas prédestinés au salut éternel, tombaient comme toute la massa perditionis sous le coup des peines par lesquelles la justice divine vengeait la faute originelle.
présenter comme un coup porté à la tradition des maîtres de Lérins et de Marseille. Fauste de Riez n’avait pas été nommé, mais il était frappé, et avec lui, Vincent de Lérins, Cassien, toutes les notabilités de la théologie provençale. Un concile des évêques « au-delà de l'Isère» se réunit à Valence, annonçant l'intention de démander des comptes au métropolitain d'Arles. Césaire, empêché par la maladie, ne put se rendre à la convocation, mais il envoya une députation d’évéques et de prêtres; l’évêque de Toulon, Cyprien, son disciple fidèle et son futur biographe, porta la parole à sa place et fit entendre raison à ses confrères de Burgondie. Avit n’était plus à leur tête depuis une dizaine d’années ; ils étaient présidés par son successeur Julien.
Je ne sais ce que pensait celui-ci. Quant à Avit, de qui nous avons une littérature assez étendue, il ne . semble pas s'intéresser à ces questions, qui, du reste, ne furent ravivées qu'après sa mort ?. Jamais il ne cite saint Augustin; de la grâce, de la prédestination il ne parle jamais ?.
! On n’a pas les actes de ce concile de Valence; il n’est connu que par la vie de Césaire, I, 60, laquelle, en revanche, ne mentionne aucun des conciles dont les canons sont parvenus jusqu’à nous. J'ai placé le concile d'Orange avant celui de Valence ; d’autres suivent l'ordre inverse ; il n’y a de raisons définitives pour aucun des deux systèmes.
? Avit est mort en 518; c'est seulement en 520 que les livres de Fauste commencèrent d'être discutés.
* Adon, dans sa chronique (P. Z., t. CXXIII, p. 107) rap-
porte qu’Avit combattit le pélagianisme de Fauste. C’est une confusion. Avit écrivit bien contre Fauste (ci-dessus, p. 506) mais non sur ce sujet.
Pour couper court à toute opposition, Césaire erut devoir envoyer le concile d'Orange au pape Félix IV et solliciter de sa part une approbation formelle. Fé- Ux IV mourait sur ces entrefaites ; ce fut Boniface II, son successeur, qui donna l'approbation demandée t. L’opposition, ou ce qui en restait, s'était exprimée dans
une lettre (perdue), où le pape trouva des «inepties »
pélagiennes. Césaire fut chargé de donner à qui de
droit les explications opportunes. Ainsi fut terminé un conflit doctrinal qui, depuis cent ans, avait souvent agité les moines de Provence et les disciples de saint Augustin. Aucun nom ne fut prononcé, aucun souvenir ne fut répudié. Ce qu'il y avait d’inexact dans les theses provençales fut écarté sans ambages; on évita de marquer ce en quoi on ne s’empressait pas à la suite du saint d’'Hippone. La grâce prévenante, répudiée par Cassien et Fauste de Riez, fut acceptée et proclamée; on ne parla pas de la grâce irrésistible, ni de la prédestination au salut, ni de la question de savoir si Dieu veut ou ne veut pas le salut de tous les hommes. C’est bien par extraordinaire que Césaire, homme pratique avant tout, intervenait en ces questions. Son affaire à lui, c'était le soîn de son troupeau, la formation de son clergé, la propagation, dans les églises soumises à son autorité métropolitaine, des bonnes règles de la vie chrétienne et du bon gouvernement ecclé-
siastique. J'ai déjà parlé de ses conciles. Dans sa lit-
1 J. 881, 25 janvier 5381.