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grammaire. Vers le même temps le pape saint Grégoire subissait à Rome les mêmes nécessités et renonçait, lui aussi, au style recherché; mais son latin, tout in correct qu’il soit, est encore bien loin de la rusticité "
qui se manifeste dans les écrits de l’évêque de Tours
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Avec la rusticité, la barbarie. Sans doute, les peuples | vainqueurs avaient accepté la loi chrétienne, mais il “## s’en faut que dans les piscines baptismales, abordées È x sans préparation, ils eussent laissé leur brutalité native. “4 A la moindre contradiction on la voyait reparaître. Il n’était pas facile de les plier aux lois de l'Eglise, surtout à celles du mariage, ni de leur faire respecterle droit d’asile, ni de se défendre contre leur cupidité, spécialement excitée par le patrimoine ecclésiastique. # Celui-ci, depuis la prohibition absolue de l’aliénation des immeubles, ne pouvait plus être diminué, au moins dans des conditions régulières, et la force des choses voulait qu’il ne cessât de s’augmenter. Le sort des
évêques, administrateurs et bénéficiaires de patrimoines
considérables, était fort envié. À la mort de chacun. de d’eux, tout un jeu d’intrigues se formait autour de la AE +700 FE
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place à prendre. Au milieu de ces convoitises effrénées, quelle pouvait être la résistance du vieil usage, d’après lequel la vacance devait être pourvue par les suffrages
du clergé local et du peuple? En fait, c'était le roi
qui nommait. On le voit, et par les récits de Grégoire de Tours, et par l’insistance discrète, mais continuelle, avec laquelle les conciles défendent ce point de discipline. Le roi choisissait entre les diverses candidatures sorties des influences locales, et l’on devait s’estimer heureux quand son choix était exempt de simonie. Souvent, il donnait l'évêché, comme une récompense et une situation de retraite, à quelque fonctionnaire bien
en cour. De tout cela il sortait un personnel très mêlé.
Grégoire de Tours, qui est la sincérité même, le décrit
sans aucun parti pris d’indulgence ou de sévérité 1. A
côté d’honnêtes gens comme lui, — et je crois que
de son temps encore ils étaient nombreux — que de tristes personnages, ignorants, ivrognes, avares, cruels ! Ainsi ce Cautinus ?, évêque d'Auvergne, que Grégoire avait vu de près, buveur crapuleux, qui, les soirs de
festin, rentrait chez lui sur les épaules de quatre ser-
viteurs et que ses libations finirent par rendre épilepti-
que. Ce lamentable prélat convoitait une propriété donnée par la défunte reiné Clotilde à un prêtre Anastase. Celui-ci se défendait comme il pouvait et refusait de
* Grégoire de Tours n’approuve nullement les évêques qui cherchaient à négliger sur ce point l’autorité royale (Hist. Franc., IV, 11).
? Hist. Franc., IV, 12.
se dessaisir de ses rot L’évêque le fit enfermer dans un souterrain qui servait à la sépulture. On ouvrit un
sarcophage où se trouvait un cadavre en putréfactio on ÿ inséra le malheureux et l’on ramena sur lui l’é norme couvefcle. Pour plus de précaution, des gardes furent mis à l'entrée de la crypte. Suffoqué, le malheureux Anastase tâtait de tous côtés les parois de sa prison; il finit par mettre la main sur un morceau de : bois, resté engagé entre le sarcophage et son couvercle; fE en le faisant jouer avec précaution, il déplaça un peu la lourde pierre; puis, après bien des efforts, il réussit à passer la tête et enfin à se dégager tout à fait. Comme la crypte avait deux issues, il put échapper aux gardes et s'enfuit avec ses papiers. Tant il chevaucha qu'il arriva à la cour du roi Clotaire, où Be récit de son aventure souleva de grandes indignations: jamais Néron, jamais Hérode n’en avaient fait autant. Mais l’évêque survint. On aurait dû déposer ce prélat indigne, à qui, comme dit Grégoire, nihil sancti, nihil pensi fuit. On se contenta de ne pas lui livrer l’objet . du litige, la propriété d’Anastase. Celui-ci en jouit de longues années, pendant que Cautinus continuait TE vivre dans son évêché. Cautinus, son nom l'indique, était un Gallo-Romaiïin; on voit que, par ses vices, il était à la hauteur de la nation conquérante. Du reste,
tent, à cet égard, les Romains et les Francs sur le À même pied. Les vainqueurs ont fait école et donnent
le ton.
B28. CHAPITRE XIII. à PRES
Bien ou mal recruté, l’épiscopat de la Gaule franque
était au fond, comme celui d'Orient, très loyaliste ; sa fidélité était à l’abri même de la tentation. À qui pou-
vait-il venir en tête de faire, contre la race de Clovis,
les affaires des rois ariens d'Espagne et d'Italie, ou de
reporter sur le pauvre et lointain empire d’Orient le
peu de sympathies qu'avait pu laisser celui d'Occident?
Comme en Orient, les évêques francs marchaient avec
leurs souverains la main dans la main. Quand ils n’é- taient pas en veine de brutalité, les rois se montraient Ë généreux, bienveillants, respectueux. De leur côté, les
évêques ne se ménageaient pas à leur service. L’entente toutefois n'allait pas aussi loin qu’en Orient: les rois
francs ne se mêlaient ni du dogme, ni de la législa-
tion ecclésiastique, sauf quand celle-ci les gênait, au-
quel cas ou bien ils n’en tenaient pas compte dans la
pratique, ou bien ils lui refusaient la sanction de l'Etat.
et à certaines novelles de Justinien , Ne légiférant pas
eux-mêmes, ils laissaient volontiers leurs évêques rafraîchir les vieilles lois canoniques, et au besoin en édicter de nouvelles. À cet effet ils s’assemblaient.en conciles nationaux, que le roi convoquait ou autorisait, mais qu’il s’abstenait de diriger ?. Nul ne mettait en doute
: L'édit de Clotaire IT, du 18 octobre 614, par lequel sont homologués, avec de graves restrictions, les décrets du concile de Paris, est tout autre chose.
? Conciles du VI® siècle dont nous avons des canons : OR- LÉANS, 533: Cum ex praeceptione gloriosissimorum regum (Childebert et Clotaire) convenimus — AUVERGNE, 535: Cum con-
son droit d'intervenir dans les nominations d’évêques,
dans les ordinations des clercs, dans la convocation
des conciles: on cherchait seulement à prévenir où à
limiter les excès d’ingérence.
L’épiscopat franc participait au morcellement du
royaume. Le seul chef avec lequel il eût à compter,
le roi des Francs, était le plus souvent divisé en trois
ou quatre personnes, entre lesquelles se répartissaient
les obéissances. Cette circonstance était peu favorable
à la naissance d’une organisation d’ensemble, qui eût
groupé tout ce personnel épiscopal en un corps ou «concile» unique, et abouti à la reconnaissance d’un
chef déterminé. Ceci se vit en Espagne, grâce à des
circonstances toutes différentes. En Gaule, il y avait les
sentiente domino nostro... rege Theudeberto in Arverna urbe s. synodus convenisset — ORLÉANS, 538 — ORLÉANS, 541 — OrLÉANS, 549 : Cum clementissimus princeps domnus ... Childebertus rex... congregasset in unum Dei sacerdotes — PARIS, 552: Cum in urbe Parisius ad invitationem domni regis... Childeberthi venissemus — Tours, 567: Iuxta coniventiam gloriosissimi domni Chariberthi regis coadunati — Paris II — Lyon, 570 (Grég. de Tours, Hist. Fr., V, 20 : Rex Guntchramnus congregari synodum apud urbem Lugdunensem iussit) — Paris, 573: Non abque coniventia gloriae vestrae, sicut credimus, evocati... — Lyon, 581 — MÂcon, 581: Cum ad iniunctionem .gloriosissimi domni Guntramni regis...in urbe Matiscensi nostra medjocritas convenisset (sur ces deux conciles, placés à tort en 583, v. mes Fastes épiscopaux, t. I, p.371) — VALENCE, 584-5 : Cum in urbe Valentina iuxta imperium gl. domni Guntramni regis nostra mediocritas convenisset. — À Rome on ne concevait pas les choses autrement; saint Grégoire le Grand souhaitait la réunion d’un concile; il écrit à la reine Brunehaut : Synodum fieri iussio vestra constituat (Reg., IX, 213).
Ducuesne, L'Église au VI siècle.
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évêques du royaumé de Childebert et ceux du royaume de Théodebert, ceux de Gontran et ceux de Chilpéric. Vers Ja fin du VI siècle, comme le royaume de Gontran était devenu très considérable, il se produisit une tentative de concentration autour de la métropole de Lyon, la principale de ce royaume. Au grand concile de Mâcon, en 585, où plus de soixante sièges épiscopaux furent représentés, le président Priscus, métropolitain de Lyon, se qualifie de patriarche et fait décider que le concile national se réunira périodiquement, tous les trois ans, au lieu que déterminera, d'accord avec le roi, l’évêque de Lyon. On n’était pas loin de la primatie nationale, telle qu’elle s'établit à Tolède; mais. Gontran n'était pas seul maître en Gaule et, de la tentative de Priscus, il ne sortit rien de pratique. Toutefois, au VII* siècle, les évêques de Lyon jouissaient. d’une qualification spéciale. C’est toujours eux qui président les grands conciles nationaux; ils figurent les premiers dans les signatures de privilèges épiscopaux, et c’est à eux, que, par deux fois, les évêques de Cantorbéry viennent demander l’ordination.
Nul ne paraît avoir songé à tirer parti, pour un groupement de l’épiscopat, des privilèges de vicaire, accordés par le pape aux évêques d'Arles. Aux conciles nationaux du VI siècle, le métropolitain d'Arles ne préside, à notre connaissance, que deux fois, en 552, au concile de Paris, et, en 584, au concile de Valence ; or, en 552, il n'avait pas encore reçu ses pouvoirs de vicaire, et, en 584, il avait au moins vingt ans d'épiscopat
| L'EGLISE DANS LA GAULE FRANQUE CpSL
de plus que les deux autres métropolitains présents, ceux de Lyon et de Vienne, et passait ainsi avant eux par simple droit d'ancienneté, sans avoir besoin de seré-
clamer du vicariat. | tee &
Avec le saint-siège lui-même, les relations continuaient d’être bonnes, mais peu fréquentes. Saint Avit, | très connu à Rome, bien qu’on ne voie pas qu’il ÿ soit jamais allé, s’intéressait aux crises intérieures et aux. préoccupations extérieures de l'Eglise apostolique. Avec + ; saint Césaire d’Arles et ses successeurs, vicaires du saint-siège et voisins de l'Italie, les rapports furent un ee peu plus fréquents. Toutefois, quand la frontière franque fut portée jusqu'aux Alpes et que les Lombards se fu- & rent installés en Italie, les communications devinrent plus difficiles. Lombards et Francs furent quelquefois en querelle, toujours en défiance. On ne cite guère d'évêques francs qui aient fait, au VI° siècle, le voyage de Rome. Les seuls dont on ait connaissance après saint Césaire, ce sont deux jeunes prélats, l’un d’Embrun, l’autre de Gap, Salonius et Sagittarius, qui, dé: posés par un concile pour divers méfaits, demandèrent au roi Grontran l'autorisation d’aller à Rome porter leur cause devant le pape Jean III. Gontran les envoya à Rome avec des lettres. En l’absence de tout contradicteur, ils exposèrent leur affaire, et le pape les ren- sf voya absous: le roi leur fit aussitôt rendre leurs évêchés. Mais, comme dans l'affaire d’Apiarius, la suite des événements ne justifia pas l’indulgence pontificale, Les deux évêques recommencèrent à se mal conduire, >
si bien qu’un autre concile se décida à les remplacer; après quoi, ils se lancèrent dans les aventures !. Sagittarius prit part à la rébellion de Gondovald; il y périt de malemort. | C’est, pour le dire en passant, le seul cas d’appel
au pape que nous présente la période mérovingienne.
Il faut en rapprocher ce fait que, le roi Childebert ayant eu l’idée de démembrer le diocèse de Sens en créant un évêché à Melun, l’évêque de Sens, Léon, pro- | testa que, si l’on donnait suite à ce projet, il tiendrait pour excommuniés, tant le nouvel évêque que ses consécrateurs, jusqu’à sentence contraire du pape ou du
concile (national) ?. Les clercs qui allaient à Rome y
allaient surtout comme pèlerins pour vénérer les sanc-
tuaires et en rapporter des reliques ?.
Ceci soit dit en général 4, Mais il y avait des mo-
ments où les circonstances imposaient des rapports plus
étroits. Vers le milieu du VI° siècle, l'affaire des Trois .
Chapitres donna lieu à quelques correspondances. Cette
affaire, on l’a vu, se rattachait aux conflits sur la doc-
* Greg. Tur., Hist. Franc., IV, 42; V, 20, 27; VII, 88.
? Lettre de Léon de Sens, M. G. Ep. t. LIT NP ASS:
* Un prêtre d'Auxerre est chargé en 580 d’une mission de ce genre par son évêque Aunarius et par le roi Gontran (J. 1048); le diacre Agiulf, en 590, par son évêque Grégoire de Tours (Hist. Franc., X, 1); le prêtre Leuparic, en 596, par son évêque Palladius et par le roi Gontran (Greg. M., Reg., VI, 48, 55).
* Il faut cependant mentionner l’envoi à Saint-Pierre d’une couronne d’or gemmée, par le roi Clodomir, sous le pape Hormisdas (514-523); le Lib. Pont. porte a rege Francorum Cloduveum, mais comme Clovis mourut trois ans avant l'avènement d’Hor-