L'EGLI
trine de saint Cyrille et les définitions du concile de Chalcédoïine, qui, depuis un siècle, n'avaient cessé de troubler la paix de l’Eglise orientale. L’épiscopat de
l’ancienne Gaule ne s'était guère mêlé de ces questions:
il n’avait avec l’Orient byzantin que des relations fort rares. Le pèlerinage des saints lieux de Palestine, quelques ambassades envoyées à Constantinople par les rois
burgondes ou francs, ont pu conduire en Orient de
rares sujets de ces princes. Plus nombreux étaient les
Orientaux, les Syriens surtout, que le commerce atti-
rait en Gaule. Le roi Gontran fut salué un jour, à son
entrée à Orléans, par un groupe de Syriens; un mar-
L] chand syrien, Eusèbe, réussit, moyennant finance, à se
faire donner l'évêché de Paris, où il installa tout un
personnel de clercs recruté parmi ses compatriotes. Ces Syriens n'étaient pas tous orthodoxes; ils apportaient
en Gaule les idées et les rancunes du parti monophysite.
C’est eux qui avaient si étrangement renseigné saint
Avit sur les querelles religieuses de Constantinople ;
l’un d’eux, un certain Lactance, qui se disait prêtre, fit
accroire à saint Nizier, évêque de Trèves, que Justi-
nien professait l’hérésie « de Nestorius et d'Eutychès ,
misdas, une correction s'impose. Les scribes romains auront confondu Clodoveum et Clodomirum. Le roi d’Austrasie, Théodebert I" consulta le pape Vigile sur une question de pénitence (J. 906). Du reste, les décrétales des papes voisinaient dans les collections canoniques avec les canons des conciles et nul n’en contestait l’autorité. L
1 Il ne faut pas oublier que les Monophysites condamnaient Nestorius et Eutychès, tout comme l'Eglise catholique. Sur cette affaire, v. ci-dessus, p. 191, n. 2.
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mn PIN
suivant laquelle Jésus-Christ n’aurait été
fe,
534 ( CHAPITRE XNI. rs j qu'un pur.
homme ». Nizier écrivit en conséquence à l’empereur byzantin une lettre très pressante où il l’engage à abandonner de telles erreurs et à ne plus persécuter les saints moines (patres). Ce document 1, s’il parvint à la cour byzantine, dût y donner une assez pauvre idée de la théologie franque. | Ainsi renseigné sur les querelles dogmatiques d’Orient, l’épiscopat franc avait bien raison de s’en rap-
# porter à la sagesse du siège apostolique. C’est ce qu’il
fit au concile d'Orléans, en 549, en un moment où les Trois Chapitres faisaient rumeur; le pape Vigile était à Constantinople, en conflit avec l’empereur. On ne savait que penser. Le concile se borna, pour le moment, à renouveler l’anathème déjà porté par le saint-siège
contre les sectes d'Eutychès et de Nestorius. Déjà l’évé-
que d'Arles, Aurélien, avait envoyé à Constantinople un messager avec mission de s'informer. Quelques années plus tard, en 552, des ambassadeurs francs se rendant à Constantinople, rencontrèrent des « clercs »
de l'Italie du nord, plus spécialement de Milan, qui les
mirent au courant des conflits où se débattaient le pape Vigile et le métropolitain de Milan Dacius. En ce temps-là, les Francs d’Austrasie, profitant de la guerre entre Goths et Byzantins, avaient pris pied dans l'Italie du nord, du côté de la Vénétie ?. Tandis que le royaume de Childebert avait, dans l'évêché d'Arles et dans le
+ M. G., Ep., t. IIT, p. 118 (Ep. Austr., T). * Greg. M., Reg., I, 16 a.
= commerce Fe Marseille, une press ne sur l'Orient, te celui d'Austrasie communiquait, du côté d'Aquilée et de la Vénétie, avec les pays soumis à Justinien.
Par ces diverses voies s'établit en France un courant d'opinion, favorable, non à la politique impériale,
maïs à l’opposition qu’elle s'était suscitée en soulevant
maladroitement l’affaire des Trois Chapitres. Quand le pape Vigile se fut rallié, bien malgré lui, au concile de 553, l'opinion, en France, ne le suivit pas dans son.
évolution: son successeur Pélage s’en aperçut bientôt,
car il dut s’engager dans une longue correspondance œ avec le roi Childebert et l’évêque d’Arles Sapaudus;
il lui fallut multiplier les protestations et les explica- #
tions pour obtenir qu’on se tranquillisât. Il paraît d’ail- 5 leurs y avoir réussi; les rapports, sauf les démandes 2 d'explications, semblent avoir été, sous ce pontificat, ce qu'ils étaient avant, ce qu’ils furent après !. Les lettres de saint Grégoire le Grand reflètent cette situation et ° nous ouvrent quelque jour sur les rapports des églises franques avec le saint-siège.
C'est avec la Provence qu’ils étaient le plus fré-
quents. Plus rapprochés de Rome, ces pays communiquaient aisément avec elle, par terre et par mer. L'Eglise
1 La plupart des lettres de Pélage relatives à cette affaire (J. 938-947) proviennent de la collection des Æpistolae Arelatenses (M. G., Ep., t. III), même celles qui n’ont pas été adressées à Arles, mais simplement communiquées. Seule, la dernière lettre à Sapaudus (J. 978) nous est parvenue par une autre voie. Des papes Jean III, Benoît et Pélage II, la correspondance est à peu près rite