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blée. Pour la diriger officiellement il comptait sur Dr grius et sur les métropolitains d’Arles, Lyon et Vienne, mais il avait à côté d’eux ses hommes de confiance, un
moine romain appelé Syriaque et l’évêque de Gap, Aridius, avec qui il était en grande amitié.
Le projet échoua, d’abord parce que Syagrius mourut ? avant qu'on eût pu le réaliser, ensuite et surtout parce qu’il était irréalisable. Ce que le pape demandait, c'était que le gouvernement royal se corrigeât luimême, On se plaignait de la simonie: qui est-ce qui
protestait contre l'élévation, des laïques à l’épiscopat qui les désignait pour ces fonctions? Le roi. Le concile le plus solennel, eût-il été présidé par le pape en … personne, n’aurait obtenu de Brunehaut et de ses petits-fils que ce que les évêques francs avaient obtenu D, de Gontran et de Childebert IT: de belles promesses. # Du reste, derrière ces abus, qui sont de vrais désordres et à propos desquels des promesses pouvaient être faites par le roi eb même tenues, il y avait un principe de gouvernement sur lequel l'Etat mérovin- «7 gien ne céda jamais, c’est que nul ne devient évêque sans le consentement du roi. Quand Brunehaut eb sa postérité eurent disparu, quand le fils de Chilpéric et de Frédégonde, Clotaire IT, eut groupé tous les royau-
mes francs sous son sceptre, un grand concile national,
1 Les lettres relatives à cette affaire, Reg., 213, 215, 218, 219, 222, sont de mois de juillet 599.
540 CHAPITRE XIIL DE.
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celui qu'avait souhaité le pape Grégoire, fut réuni à Paris (614); l’épiscopat formula cette fois encore ses vœux sur la liberté des ordinations. II demanda que les évêques fussent élus sans aucune simonie, sans intervention de l'autorité séculière (potestatis subreptione) *, par le métropolitain et ses collègues, par le clergé et le peuple de l’église à pourvoir. À cela l’édit royal par lequel furent homologuées en partie les décisions du concile répondit que le nouvel évêque
serait élu par le clergé et par le peuple, et consacré,
sur autorisation du prince, par le métropolitain et les évêques de la province, si l'élection avait désigné une personne digne de l’épiscopat ; si l’on élisait quelqu'un de la cour, ce serait en raison de son mérite et de sa doctrine. Ainsi l’autorisation du prince était proclamée indispensable; c'était, du reste, la pratique observée depuis Clovis. Elle se maintint après les rois mérovingiens jusqu’à des temps peu éloignés du nôtre.
À la situation lamentable de l’église franque la = hiérarchie n’avait pu apporter aucun remède efficace. Ni la bonne volonté de certains évêques influents, attestée par la tenue des conciles, ni le zèle du pape Grégoire n’avait prévalu contre des abus trop profondément enracinés. Une secousse, tout à coup, traversa cette torpeur. Du feu qui consumait, au delà de la mer britannique, tant d’âmes irlandaises, une étincelle attei- -
* Les deux manuscrits de ce texte portent potestati subreptum, cacographie de potestatis subreptu, V. Maassen, Concilia, t. I, p.186. Le sens n’est pas douteux.
Fix a]
L'EGLISE DANS LA GAULE FRANQUE 54l
| gnit le pays des Francs; l'incendie spirituel qu’elle y N
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Colomban et de ses disciples, M. G. Passiones etc. aevi Merovin-
alluma ici et là, ranima la vie religieuse et dressa contre Fe Fe le mal dominant la protestation de la sainteté monastique.
| Vers l’année 591 !, on avait vu arriver à la cour de … Bourgogne une troupe de douze moines, scots pour la plupart, sous la conduite d’un chef appelé Colomban ?. Ils venaient du monastère irlandais de Bangor #. Co- E à. lomban, issu d’une noble famille de Leinster, avait été : formé à la piété, à l’ascèse et aux lettres tant sacrées
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que profanes, d’abord par un maître appelé Sinil, puis 1
qu'ils s'étaient assigné, ses compagnons et lui, était avant tout de vivre exilés et misérables, en esprit de
pénitence, ensuite de prêcher autour-d'eux le retour
à la vie chrétienne. Au cas où leur ministère n'aurait Ée do
1 Sources spéciales: I° les lettres de saint Colomban, éd. Gundlach, M. G. Epistolae, t. IIL; Jonas de Suse, vies de saint
gici, t. IV, avec l’excellente préface de Br. Krusch. Jonas est sujet à arrondir les angles ; il y a lieu quelquefois de se'défier de son optimisme. A. Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, Æ t. I (1898), p. 250-308; A. Malnory, Quid Luæovienses monachi ad regqulam monasteriorum atque ad communem Ecclesiae profectum contulerint, Paris, 1894.
2 Columba ou Columbanus ; les deux orthographes sont employées par le saint lui-même. Je me tiens à Columbanus, pour éviter la confusion avec Colomba de l’île d'Hy. er.
3 Ne pas confondre ce Bangor irlandais (comté de Down) ET; avec le célèbre monastère gallois du même nom. C’est du Bangor ne d'Irlande que vint à Bobbio le célèbre antiphonaire du VIL siècle que l’on conserve actuellement à l'Ambrosienne de Milan (Migne, per, Pi Lt. LXXIL, p.562). | | :*, DES
pu s'exercer chez les Francs, ils se proposaient de pousser plus loin et de se vouer à la conversion des Alamans. On leur persuada de rester en Bourgogne, où les solitudes du pays vosgien leur offraient toute facilité pour se livrer aux plus dures mortifications. Le roi Gontran leur donna, dans ses forêts, un vieux château abandonné, appelé Anegray. Ils s’y installèrent ; leur dénuement était extrême, mais leur piété ne l'était pas moins. Des populations voisines de leur désert il leur vint un peu d’aide; ils s’aidèrent eux-mêmes et vécurent de leur travail. Ardents, éloquents comme ils l’étaient, ils se recrutèrent des disciples, et en si grand nombre qu’il leur fallut essaimer à Luxeuil, puis à Fontaines. Colomban résidait d'ordinaire à Luxeuil et de là gouvernait les trois communautés. Les moines ne manquaient pas en Gaule; les monastères y étaient même devenus très nombreux. À l’indépendance relative dont ils avaient joui aux premiers temps, à l’égard du pouvoir épiscopal, avait succédé une absolue sujétion. Les monastères étaient surveillés et dirigés par les évêques, tout comme les paroisses rurales de leur diocèse. Ces rapports étaient réglés par l’usage commun et par une législation locale qui s'inspirait du concile de Chalcédoine beaucoup plus que des accords intervenus, au V° siècle, entre Fauste de Lérins et l’évêque de Riez. Cependant, si dépendants qu'ils fussent de leurs évêques, les moines n'avaient pas à s'occuper du ministère pastoral. Ils prêchaient d'exemple et priaient pour les fidèles de leur voisinage: c'était tout.
En Irlande, où il n’y avait guère d’autres établisse-
« - . # . D ments ecclésiastiques que les monastères, c’est à ceux-ci seulement que les populations pouvaient s'adresser pour
les sacrements et pour la direction spirituelle. Les De: nouveaux venus nè manquèrent pas d'introduire les cou- | ames de leur pays d’origine, de prêcher et d’inculquer des observances qui ne pouvaient manquer de paraître 0 étranges au clergé franc. On ne voit pas que Colomban se soit mis en rapport avec l'évêché de Besançon, dans
le ressort duquel étaient ses monastères. Son biographe ,
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n’en dit mot. Il rapporte en revanche que, dans le monde laïque de la métropole bisontine, le saint de Luxueil entretenait les meilleurs rapports avec le duc local Wandelenus. Les conquêtes de ce genre se multiplièrent; les monastères se peuplèrent et ce coin perdu ‘aux confins de la Bourgogne et de l’Austrasie devint = un grand centre religieux. ES
Un tel succès ne pouvait manquer d’exciter l'attention du clergé, moins accessible à l’enthousiasme ; que les simples gens ou même les grands seigneurs de la Séquanaise. On pouvait passer condamnation surles
bizarreries, sur les excès de sévérité de la vie conven-
tuelle telle que Colomban l’imposait à ses religieux ; on pouvait négliger leur étrangeté de costume, leurs
empiètements sur les droits épiscopaux; mais il y
avait des points où l’observance de Luxeuil se heur- 130 tait trop manifestement à la tradition de l'Eglise. Co- à lomban et ses moines étaient sûrement des saints, mais des saints d’un type extraordinaire. Luxeuil était comme
une colonie irlandaise au milieu de la Gaule franque,
et, dans cette colonie, on blâmait sans mesure ni mi-
séricorde tout ce qui, dans les usages francs, ne ca-
drait pas avec ceux de Bangor. Parmi les dissonances, la plus grave avait trait au calcul de la date de Pâque
En Irlande, ce calcul se faisait d’après des principe
et à l’aide de tables lunaires importées de Rome en Bretagne, au temps lointain de la première évangélisation. Principes et tables correspondaient à l'usage romain du temps de Constantin environ. Depuis lors, on les avait modifiés à Rome pour les conformer aux calculs grecs, notablement plus exacts. Mais les Bretons et les Scots étaient restés fidèles à l’ancien système, qu’ils défendaient ‘comme une tradition nationale. Quand, dans les discussions, ils en venaient à produire leurs autorités, ils se réclamaient d’un certain Anatole, auteur d’un traité sur la matière, célébré par Eusèbe et saint Jérôme. Il y avait bien eu un Anatole, évêque de Laodicée, au III° siècle, un savant homme, qui avait en effet disserté sur le comput pascal &- mais dans un sens on ne peut plus opposé aux idées des Scots. L’Anatole de ceux-ci était un faux Anatole; son traité sur la Pâque, un apocryphe des plus caractérisés, fabriqué en vue de soutenir le système scotique ?.
: Eusèbe, H. E., VII, 32.
* Colomban alléguait aussi le Liber Dogmatis (Lib. eccle-
Siasticorum dogmatum, dit de Gennade, ce, 87; Migne, P. L.,
t. LVIITI, p. 1000), par lequel, pourtant, il est nettement con-
tredit (Ep. I, éd. Gundlach, p. 157; cf. Krusch, Neues Archiv, t. IX, p. 124).
En France on se servait pour ces lo non pas ? précisément des livres romains, mais d’un comput imaginé au V* siècle par un certain Victurius d'Aquitaine Lu différent, à la fois de l’ancien comput. romain et du ne
| nouveau: ce système avait été canonisé, en 541, pour aule, par le concile d'Orléans ?. Colomban, mal nseigné en ceci comme en d’autres choses, ne dis tinguait pas entre le calcul victorien et le calcul de Denys le Petit, en vigueur à Rome de son temps. En 600, année où les calculs étaient en désaccord, il eut querelle, à ce sujet, avec les évêques de son voisinage. à Ne réussissant point à les amener à ses idées, il s’a- dressa au prêtre romain Candide, recteur du patrimoine pontifical en Provence, mais il n’en tira qu’une
+ réponse vague. Alors il se décida à s’adresser au pape Grégoire. Nous avons encore sa lettre, mais elle ne
paraît pas être parvenue à destination: les Lombards assiégeaient Rome et, à plusieurs reprises, les messagers de Colomban furent empêchés d’y arriver. En 608, nouveau conflit. Cette fois, un concile réuni à Châlon- sur-Sâone, pour juger le métropolitain de Vienne, Di- dier, convoqua Colomban pour rendre compte de son
observance pascale. Le moine s’abstint de venir; il se
1 Ci-dessus, p. 140.
. ? Avec cette réserve qu’en cas de doute on devrait s’informer de la solution adoptée par le saint-siège et s’y tenir. Cette recommandation était d'autant plus opportune que les 4 tables victoriennes présentaient un certain nombre de cas am-
; bigus, pour lesquels deux dates étaient indiquées. | 3 Columbani ep. 1.
$ é te À É L Ducnesxe, L'Église au VI siècle: # ve 35 Enr
kr de -
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défiait de sa patience et se borna à envoyer une lettre !. Dans ce document, on voit que, si Colomban se trompait sur les règles pascales, il n’avait que trop raison de protester contre les abus, autrement graves, qui sévissaient dans le clergé franc. Il le fit avec son énergie accoutumée; quant à la question de la Pâ
il renonça à imposer en Gaule les usages d'Irlande, mais réclama le droit de les observer dans l’intérieur de ses monastères.
En dépit, ou plutôt à cause de ses querelles avec l’épiscopat, la figure de saint Colomban ne cessait de grandir. On lui savait gré de s’opposer à ces prélats mondains, simoniaques, vicieux, insoucieux de leur devoir pastoral, capables de tout pour complaire à la cour scandaleuse de Thierry II et de sa grand’mère Brunehaut. Ne venaient-ils pas, dans ce même concile de Châlon, de prononcer une sentence inique contre leur collègue de Vienne? Colomban n'avait peur de rien. À l’occasion, il admonestait sévèrement le jeune roi et refusait de bénir les enfants de ses concubines. Le roi étant venu à Luxeuil faire acte d'autorité, en était sorti chargé des malédictions du vieux prophète. La cour décida qu’il serait séparé de ses moines et tiré de son monastère; interné à Besançon, il s’en échappa et finalement fut conduit sous escorte jusqu’à Nantes (610). On allait l’'embarquer pour son pays natal, lorsque, profitant d’une occasion, il réussit à passer
1 Ep. II.
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en Neustrie sur les terres de Clotaire IT, fils de Chilpéric et de Frédégonde. De là il se fit conduire à la cour du roi austrasien Théodobert IT, qui l’installa à Brégenz, sur les bords du lac de Constance. Il y resta
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peu de temps, car les prédictions qu’il avait faites à
Thierry IT tardèrent peu à s’accomplir: la guerre s’étant allumée entre les rois d’Austrasie et de Bourgogne, Théodebert y perdit son royaume et la vie (612). Colomban repassait sous la coupe de Thierry, son ennemi déclaré. Il franchit les Alpes et trouva le meilleur accueil à la cour lombarde, qui lui fournit, auprès
de Bobbio, sur les bords de l’antique Trébie, un do-
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Pie mor <
maine approprié aux conditions d’une nouvelle fonda- :
tion monastique.
Il faut ajouter que, dans l'entourage de la reine Théodelinde, si dévouée au schisme des Trois Chapitres, il se laissa renseigner d’une façon inexacte et fâcheuse sur l'affaire qui divisait alors les catholiques de l'Italie du Nord. On parvint à lui faire écrire au pape Boniface IV une lettre ! curieuse, il est vrai, et respectueuse, mais où l'Eglise romaine est accusée d’avoir prévariqué dans la foi et invitée à faire le nécessaire pour corriger l'erreur où «le peu vigilant» pape Vigile l’avait jadis entraînée.
Cependant la catastrophe dont il avait menacé les souverains de Bourgogne avait fini par se produire: vainqueur de Thierry Il, Clotaire IT était devenu le
1 Ep. VI.