‹ L'eglise au VI siecleChapitre 93 sur 105 · LEE · texte numérisé non relu

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550 CHAPITRE XIIL

pour l'exercice des fonctions publiques, et dans le mariage, elle était devenue praticable : les évêques acceptèrent ces formes nouvelles! et ce fut, dans l’ordre de la religion et de la morale, un grand bienfait.

Les évêques, en effet, ou plutôt les meilleurs d’entre eux, étaient entrés dans le mouvement. Donat, fils du duc Wandelen, avait été élevé à Luxeuil. Devenu évêque de Besançon, il fonda, dans sa ville épiscopale, deux monastères, l’un d’hommes, l’autre de femmes, et, pour celui-ci, il écrivit une règle où sont combinées celles de saint Colomban et de saint Césaire. Saint Faron de Meaux, saint Ouen de Rouen, saint Eloi de Noyon, figurent au nombre des promoteurs de la discipline colombanienne et des fondateurs de monastères.

Ils s’efforçaient ainsi d'arrêter la décadence religieuse dont ils constataient autour d'eux les progrès incessants. Mais la digue était faible. En vain les privilèges d’immunité s’interposaient entre le patrimoine monacal et les avidités ecclésiastiques ou laïques; en vain les rois s’ingéniaient à le protéger contre leurs fonctionnaires, les évêques fondateurs contre leurs propres successeurs, rien n’y fit: la décomposition de l'Etat entraîna pour l'Eglise la sécularisation brutale à laquelle reste attaché le nom de Charles Martel, rude et salutaire guerrier, mais médiocre représentant de cet idéal chrétien que son bras défendit contre les infidèles.

1 Conc. Cabillonense (650), c. 8.

L'Eglise d’Espagne.

Les rapports avec Rome au début du VI siècle. — Byzantins et Wisigoths. — L’arianisme en Espagne. — Martin de Braga. — Léovigild et Her-

ménégild. — Conversion de Reccarède et fin de l’arianisme. — Les conciles nationaux et provinciaux. — Leur importance dans l’état. — Tolède métropole. — Les rapports avec Rome au VII* siècle. — Persévérance de la cul-

ture latine en Espagne.

La grande marée barbare qui, deux ans durant (407-409), avait submergé la Gaule, finit par s’écouler en Espagne avec toutes ses horreurs. Pendant près d’un siècle, la malheureuse péninsule vécut sous le régime de l'invasion. Encore s’il n’y avait eu qu’un seul envahisseur! En peu de temps il fût devenu le maître, car l'empire n’avait plus de résistance, et l’on aurait eu la paix. Mais ils étaient plusieurs, sans cesse en lutte les uns avec les autres; de leurs querelles la population faisait les frais. Des écrivains comme Orose et Salvien en prenaient, il est vrai, leur parti; c'étaient des gens à thèse : ils avaient trouvé le moyen d’accommoder les calamités publiques à leurs théories et cela les apaisait. Les habitants des villes où sévissaient l’incendie, le pillage et le massacre, les populations des campagnes, sans cesse ravagées par les marches des barbares et leurs perpétuels combats, voyaient les choses sous un autre aspect et s’en lamentaient. À certains

moments l'empire semblait reprendre pied, surtout dans

. le nord, à Tarragone et dans la vallée de l’Ebre. Mais

ses jours étaient comptés, même en Italie, et les aspirations à la paix s’orientaient vers le succès des Wisigoths; ceux-ci, sous Théodoric II, Euric et Alaric Vi s'étaient fortement établis en Gaule et semblaient capables d'assurer autour d’eux un peu de tranquillité. Leur capitale, Toulouse, fut quelque temps le centre d’un empire qui s’étendait de la Loire jusqu’au détroit de Cadix. Les événements de 507 et des années sui-

vantes ramenèrent de Toulouse à Narbonne, puis trans-

. portèrent en Espagne, à Barcelone, à Mérida, à Tolède

enfin, la direction de cet: état, fort réduit désormais, au

nord des Pyrénées. Cependant on était fier de conserver

pied en Gaule et de s’étendre jusqu’au Rhône. Les quelques cités de Septimanie étaient désignées dans les écritures publiques, sous la rubrique un peu excessive de Gallia. Pendant quelques années (511-526), le royaume wisigoth fut placé sous l’autorité du roi des Ostrogoths italiens, Théodoric; ce furent des années de repos ; les peuples de la péninsule en profitèrent pour réparer des forces que tant de vicissitudes devaient avoir singu liè rement usées 1,

Bousculées, meurtries par l'invasion, les églises d’Espagne s’efforçaient, elles aussi, de se remettre en équilibre. Le désarroi général y avait engendré bien dés abus, sur lesquels, à défaut d’historiens, nous som-

mes un peu renseignés par la correspondance des papes

* Cassiodore, Var., V, 39.

DRM MNT UC L'EGLISN D'ESPAGNE : HN ARE

et les conciles locaux. L'empire durait encore en Tarraconnaiïse, quand les évêques de cette province, avec leur métropolitain Ascanius, portèrent plainte au pape Hilaire contre un de leurs collègues,.Silvanus de Ca-

lahorra sur le haut Ebre, qui fondait dans sa région, des évêchés nouveaux, sans se soucier de son métropolitain et préparait ainsi le démembrement de la pro-

vince. Dans cette affaire étaient en jeu certaines néces-

sités locales que le pape apprécia, si bien que, tout en

reprochant à Silvanus son peu d’égards envers le métropolitain de Tarragone, il ne le blâma pas d’avoir

organisé de nouveaux évêchés 1. Sa sévérité se déploya …

au contraire contre l’épiscopat plaignant, parce qu’il

avait laissé l’évêque de Barcelone se désigner un suc-

cesseur, un certain Irénée, déjà évêque dans les dépen-

dances de cette cité?. Cette affaire lui tenait tant à

cœur qu’il envoya un de ses clercs ? en Espagne pour faire évincer le malencontreux prélat.

Après ces querelles dont nous ignorons la suite, il

n’y a, pendant longtemps, aucun renseignement sur les

rapports de l'Eglise d'Espagne avec le saint-siège. Tout ce qu’on sait, c’est qu’un évêque de Séville, Zénon, sur lequel on faisait à Rome les rapports les plus flatteurs, reçut des papes Simplicius et Félix ITT des lettres très

1 Cependant l’approbation du pape ne paraît pas les avoir sauvés, car on n’en entendit plus parler. Cf. Hist. anc. de l’ Eglise,

t. III, p. 589. -

2 Sans doute à Egara (Florez, España sagr., t. XXIX, p. 115). 3 Le sous-diacre Trajan, Hist. anc. de l’ Eglise, t. III, p. 678.

aimables *; le premier lui conféra même des pouvoirs de vicaire, avec une commission pour la défense des règles disciplinaires, commission fort vague, dépourvue de ces précisions, d’ailleurs plus théoriques que pratiques, dont on usait à Rome quand il s'agissait du vicariat d’Arles.

Le royaume une fois placé sous la tutelle de Théodoric, nous retrouvons les conciles et la correspondance avec Rome. En 517, Jean, évêque d'Ilici (Elche), dans la province de Carthagène, écrit au pape pour lui demander d'intervenir en faveur de la discipline et aussi d'indiquer la conduite à tenir envers le clergé grec ?, dont certains membres paraît-il, arrivaient jusqu’en Espagne. Hormisdas répondit à cette double demande par des lettres distinctes, adressées à tous les évêques d’Espagne *, rappelant les règles antiques sur le choix des évêques, réprouvant la simonie, exhortant à célébrer chaque année le synode provincial. L’évêque d’Elche, «sauf les privilèges des métropolitains » était, en vue de ces réformes, investi des pouvoirs de vicaire #. Quant aux Grecs, le pape envoya en Espagne le formulaire sur lequel il les recevait à sa communion. Cette précaution, du reste, ne tarda pas à devenir inutile, le

schisme ayant cessé deux ans après. Nous avons encore la

? Alors en schisme avec Rome à propos d’Acace et de sa mémoire.

? J. 787, 788, 2 avril 517.

J. 786, 2 avril 517.

lettre par laquelle Hormisdas en avertit Jean d’Elche !. Il l’annonça aussi à l’évêque de Séville, Salluste, et aux évêques de Bétique, qui l’avaient informé de l’heureux état dans lequel vivaient leurs églises. À l’évêque Salluste il renouvela les pouvoirs de vicaire accordés antérieurement à son prédécesseur Zénon, en spécifiant que ces pouvoirs s'étendent, sauf le droit des métropolitains, aux deux provinces de Bétique et de Lusitanie?,

Mais l’épiscopat espagnol s’aidait lui-même. Dès avant que s’engageât la correspondance entre Jean d’Elche et le pape Hormisdas, nous voyons s'ouvrir une série de conciles provinciaux qui tous témoignent du même zèle pour le rétablissement de la discipline; en Tarraconnaise, les conciles de Tarragone en 516, de Gtérone en 517, de Barcelone en 540, de Lérida en 546; en Carthaginoiïse, les conciles de Tolède en 527, de Valence en 546.

Les rois ariens des Wisigoths s’abstenaient en général de molester les catholiques, qui formaient l’immense majorité de leurs sujets. Toutefois les rapports du roi et des évêques n'étaient plus aussi intimes qu’au temps du concile d'Agde. Un seul des conciles espagnols, celui de Tolède, mentionne le souverain, et encore dans une phrase assez banale: «Nous rendons grâces à Dieu et à notre seigneur, le glorieux roi Amalaric, priant la divine clémence pour que de longues années encore, il nous accorde la liberté de notre action

1 J. 828, été 519.

2 J. 855, 856, 30 nov. 520.

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religieuse » !. Dés ariens aussi, il est rarement question ?, Il est évident qu'on ne tient pas à faire des frais; on reste chez soi.

J'ajoute qu’on s’y organise: le conciles de Tarra-

| connaise insistent sur les devoirs des suffragants en-

vers le métropolitain et sur la nécessité d'observer dans toute la province les mêmes usages liturgiques. Le concile de Tolède nous fait assister come à la fondation de cette métropole, destinée à une si grande célébrité.

Tolède, la sombre forteresse autour de laquelle s’enroule le cours torrentueux du Tage, était, sous le haut empire, une cité quelconque, une des nombreuses cités de la province de Tarragone (Hispania citerior), et depuis Dioclétien, de celle de Carthagène. Celle-ci comprenait une partie maritime, Carthagène, Valence, Elche, etc., et une partie intérieure, sur le plateau qui prit plus tard le nom de Castille, jusqu'aux environs de la Burgos actuelle. Rien, dans sa situation administrative, ne prédestinait Tolède à devenir une métropole ecclésiastique. Les origines chrétiennes n’y offrent rien de particulier; la légende ne les cultiva que très tard après les Maures. Cependant sa position géographique l’indiquait comme centre de relations entre les contrées diverses dont est formée la péninsule. Du mo-

* Du reste, à ce concile de Tolède assiste un évêque Marcien exilé pour sa foi, et qui le dit, ob causam fidei catholicae in Toletana urbe exilio deputatus. Les deux évêques d'Egara (Nebridius) et d'Urgel (Justus), de la province de Tarraconnaise, signèrent aussi le protocole, ajrès coup.

? Lérida, can. 8.

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Tate CAR. = L'EGLISE D'ESPAGNE

| gnes, comme Ç'avait été le cas sous les Romains, c’est | de ce côté que devait être la capitale, et, de fait, une à a fois installée dans la vieille Tolède, elle ne la quitta que pour un emplacement plus commode, mais tout | voisin, celui de Madrid.

Au temps où nous sommes arrivés, l’unité de l’Espa- …

gne n’était pas encore faite, car, sans parler de populations restées indépendantes dans les montagnes cantabriques et ailleurs, le royaume Suève tenait encore en el

Galice; l'attraction de la Gaule, qu’on ne croyait pas

À | perdue sans retour, retint longtemps les rois “à à proximité des Pyrénées. Amalric (526-531) avait régné à Narbonne; Theudis (531-549) s’installa à Barcelone; | Agila (550-554) à Mérida, capitale de la province de Lusitanie; Tolède n’en était guère éloignée. AT T À la fin du IV°* siècle, il s'était assemblé à Tolède plusieurs conciles interprovinciaux pour juger les conflits issus du priscillianisme !, Celui de 400, dont nous avons des protocoles, est, à la vérité, présidé, non par l’évêque de Tolède, mais par le métropolitain de Mérida. Mais en ces choses-là les transitions se trouvent. Au concile de 527, l'évêque de Tolède, Montanus, a déjà l'attitude et le langage d’un métropolitain; le concile dit qu’il est évêque in metropoli et qu’il lui appartient de convoquer les synodes. Les déclarants sont peu nom-

breux, il est vrai, quatre en tout, et l’on ne voit pas

1 Hist. anc. de l'Eglise, + IL, p. 542 et suiv.

b58 . CHAPITRE XIV -

de quels sièges ils sont titulaires. Plus intéressantes que le concile lui-même sont deux lettres annexes !, où l’on voit que la province métropolitaine comprenait la cité de Palencia, située assez loin vers le nord, au voisinage de la Galice, voisinage dangereux, qui entraînait le clergé à des compromissions avec les Priscillianistes. Au temps où Montanus écrivait, le siège était vacant; les prêtres de Palencia s'ingéraient à consacrer le saint-chrême et appelaient, pour dédier leurs églises, des évêques de provinces voisines. A tout cela le métropolitain s’efforçca de porter remède, tant par ses exhortations au clergé palencien que par l’influence d’un certain Turribius, fonctionnaire retiré du monde. On le voit disposé, au cas où il n’aboutirait pas par les voies de douceur, à recourir au roi et au gouverneur local ?. Son ressort comprenait, outre Palencia et ses dépendances, les pays de Celtibérie et de Carpétanie. Il devait avoir été constitué, au plus tard, sous son prédécesseur Celsus.

Les évêques du littoral avaient conservé leur organisation provinciale, autour de la métropole primitive, celle de Carthagène. C’est ce groupe que nous trou-

? Florez, España sagrada, t. V, p. 390, 396.

? Il est aussi question d’un évêque sans diocèse, auquel

Montanus a attribué, sa vie durant, les « Municipes» de Ségovie, Brittablo et Cauca. Florez conjecture (España sagrada, t. V, p.401; t. VIII, p. %) que cet évêque avait déjà été ordonné pour Palencia et que Montanus aurait cassé l’ordination. Il croit aussi, peut-être à tort, que les trois localités ci-dessus, étaient auparavant dans le diocèse de Palencia. Montanus, en les attribuant, eût, semble-t-il, disposé du bien d'autrui.

vons réuni au concile de Valence, tenu en 546, la dernière année du roi Theudis. Le premier signataire, Celsinus, semble bien être le métropolitain; après lui vient Justinien, l’évêque de Valence. Sur celui-ci, nous sommes un peu renseignés par saint Isidore *. Il sortait d’une famille vraiment sacerdotale; trois de ses frères étaient évêques comme lui ?. Il composa quelques traités de controverse théologique, contre les Ariens principalement, et aussi contre les Bonosiaques ds

On ne voit pas qu’il y ait eu conflit entre les deux métropoles ; le partage de la Carthaginoise semble s’être effectué pacifiquement. Un événement très grave, qui se produisit en 552, vint le consacrer en séparant politiquement les deux régions. Athanagild, révolté contre Agila, s'était assuré l’appui de l’empereur Justinien, toujours à l’affût des occasions d'intervenir en Occident et de reprendre pied dans les anciennes provinces de l'empire. Une flotte commandée par le vieux patrice

Libère 4, débarqua sur la côte espagnole une armée

1 De viris ill, 33.

2 De l’un d’eux, Juste d’Urgel, il reste un commentaire sur le Cantique des Cantiques, adressé à Serge, métropolitain | de Tarragone (P. L., t. LXVII, p. 961); les deux autres, Ne-. bridius d’Egara et Elpidius d’'Huesca (H. Quentin dans Rev. Bénéd., t. 28 (1906), p. 257) laissèrent aussi des écrits dont Isidore connut l’existence, non le texte (De viris, 84).

8 De Spiritu Sancto; Contra Bonosianos; De baptismo Christi; De distinctione baptismi loannis et Christi; Quia PA sicut Pater invisibilis est (Tsid., Z. c.). LS 4 Celui du concile d'Orange. Ci-dessus p. 514. Joan ‘a

tica, 303.

ci ; LU , & FANS À +

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