‹ L'eglise au VI siecleChapitre 94 sur 105 · PES · texte numérisé non relu

PES

maladroïtement offensé les sentiments catholiques, fit accueil aux nouveau-venus. Agila, battu près de Séville, se réfugia à Mérida, où les siens l’assassinèrent, accla- mant Athanagild. Parvenu à ses fins, celui-ci trouva les Byzantins moins utiles. Il se tourna contre eux, et

chercha, mais en vain, à les faire se rembarquer. Ils côte, et s’étendirent même en Bétique: Cordoue leur

née 625 que le roi Suinthila parvint à s’en débarrasser. Encore conservèrent-ils, avec les îles Baléares, quelques points de la côte et, de l’autre côté du détroit, la fortesse de Ceuta (Septem). L'Espagne byzantine, quoi-

que très réduite, dura, comme l’autre, jusqu’à l'invasion

De toutes ces vicissitudes, qui ne permettent pas de délimiter, à un moment donné, la frontière entre - Wisigoths et Byzantins, un point au moins est à re-

tenir, c’est que la région maritime de la Carthaginoise,

voir de l'empire, tandis que le haut pays demeurait sous l'autorité du roi des Wisigoths. Celui-ci, sollicité sans doute par des nécessités militaires, finit par s’établir à Tolède, qui devint et resta le siège du gouvernement. Tolède voyait ainsi assurée sa situation de méde ecclésiastique, Cette situation fut définie avec à plus grande netteté, dans un édit du roi Gonde-

byzantine, qui, favorisée par les insurgés, occupa une grande partie du pays. La population dont Agila avait

se maintinrent à Carthagène et dans les cités de la

appartint assez longtemps; c’est seulement vers l’an-

avec sa capitale Carthagène, resta longtemps au pou-

mppbene sétnae

mar (610-612). Quand les Goths reprirent Carthagène, ils la maltraitèrent tellement qu’elle cessa d'exister. De

ce côté, nulle revendication n'était plus à craindre. Mais Tolède n’était pas au bout de sa fortune re

%, el à

ligieuse. Elle était née, à devenir, en même temps que la capitale de l’Espagne entière, le centre d’une église nationale. Toutefois, pour qu’une-telle situation devînt possible, il y avait à franchir une étape diffi-

cile, celle de la fusion des maîtres ariens avec leurs sujets catholiques.

Les Wisigoths étaient restés attachés à ce que l'on appelait communément l’arianisme; c’est à dire à la confession de foi arrêtée, en 359, par le concile de Ri- | mini. Cela ne les empêcha pas, depuis Alaric II, de + È

vivre en paix avec leurs sujets romains et catholiques “ La situation était la même qu’en Italie, sous les ostrogoths. Quelques froissements se produisaient po tant, surtout dans les cas de mariages mixtes, et il y en. avait jusque dans la famille royale. Le fils d’Alaric IT, Amalaric, épousa Clotilde, fille de Clovis; plus tard, le roi Athanagilde maria ses deux filles Galswinthe et Brunehaut, aux deux rois Chilpéric et Sigebert. Plus tard encore, Ingonde, fille de Sigebert, et Rigonthe, fille de Chilpéric, furent, l’une mariée à Herménépgilde, l'autre fiancée à son frère. Reccarède. Les princesses espagnoles qui se mariaient en France ne tardaient pas à se faire catholiques; les princesses franques établies

1 P. L., t. LXXX, p. 181. ni

Docnusxx, L'Église au VI siècle.

: LS en Espagne, ne se laissaient pas convertir à l’arianisme. La fille de Clovis fut accablée d’outrages, à propos de

convertir et parvint à la rebaptiser de force.

Le clergé arien semble avoir été nombreux: lors de la réunion de 589, il comptait plus de huit évêques. De sa communauté de race et de religion avec la classe

faudrait pas croire que Groth et Arien fussent des termes synonymes : il y avait des Goths catholiques. Le métropolitain d’Emerita, Masona et le chroniqueur Jean de Biclar, qui furent persécutés sous Léovigild, étaient | de race gothique.

Sur les Suèves, après le ol où s’arrête la chro- 1e d'Hydace®, nous n'avons guère de renseignements; on ignore jusqu'aux noms des rois successeurs de Remismond. Vers la fin du V° siècle ou le commencement du VI*, une colonie de Bretons émigrés s’installa sur la côte nord et donna lieu à la fondation d’un diocèse appelé Britonia; à sa tête, en 572, se trouvait un évêque, Mahiloc, dont le nom est assez significatif.

1 Ce fut la cause ou le prétexte de la guerre entre Childebert et Amalaric (531), qui se termina par la mort de celui-ci (Greg. Tur., Hist. Fr., III, 10; cf. les chroniques de Sarragosse et d'Isidore, M. G. Auct. ant., t. XI, p. 228, 283).

* Hist. anc. de l’Eglise, t. IX, p. 588. En dehors d'Hydace nous connaissons un roi suève, Veremundus (485), par une

scription galicienne (Hübner, Inscer. Hispaniae christianae, 3 ° 135).

sa religion, par son époux Amalaric !. Ingonde eut beaucoup à souffrir de sa belle-mère qui s’acharnait à la |

bte Cnil semis de di

dominante, il tirait grand avantage. Cependant il ne …

L'atelier TE or ge gg Sn rs md tm me one ge à

Bnsfo gs be mnt Ex 2 es cape.

L'EGLISE D'ESPAGNE à : L 563 à a

En 538, le métropolitain de Braga, Profuturus, écrivit au pape Vigile, pour le consulter sur certains points de discipline et de liturgie‘. On voit par la réponse

que le clergé galicien avait toujours affaire, non seulement avec l’arianisme, mais aussi avec le priscillianisme, mal endémique en ce pays.

Vers l’année 550, on vit arriver à Tours des envoyés

du roi suève Cararic, qui venaient demander des ne, ques de saint Martin: le fils du roi était gravement

* malade et, pour le guérir, après avoir épuisé toutes les ressources de la médecine, on thaumaturge. Cararic et son fils étaient ariens. C’est seulement au second voyage qu’ils éprouvèrent la « < vertu >» du saint. Les envoyés galiciens placèrent un soir sur # son tombeau une étoffe qu'ils avaient préalablemen pesée, puis ils passèrent la nuit en prières. Le € main, la soie pesée à nouveau, accusa un poids eau coup plus fort que la veille ?. Les galiciens repartir et après une heureuse navigation, prirent terre au port à de Galice (Oporto). Le jeune prince était déjà guéri; il vint au-devant des saintes reliques. On déposa celles-ci dans une basilique construite tout exprès pour elles. Il se fit, par leur vertu, de grands miracles en Galice ; la lèpre, qui sévissait, disparut rapidement; le roi et toute sa famille se convertirent et reçurent le saint-chrême.

1 J, 907; P. L, t. LXXXIV, p. 829. Noter bien que la finale de cette ietite. sur la primauté de l’église romaine, est une interpolation du faux Isidore.

2 Sur l’usage de la pesée, v. Greg. Tur., G1. M., 21.

Su tp NO UAT au TE + <

Or le jour même où les reliques de saint Martin étaient parties de Tours, un moine appelé Martin $’embarquait en Orient pour venir en Galice; le jour- où elles débarquaient à Oporto, le moine y arrivait de son côté: on le promut à l’épiscopat. Ainsi raconte Grégoire de- Tours. En ce qui regarde le moine Martin, nous savons que, comme son homonyme le grand thaumaturge de Gaule, il était originaire de Pannonie. Pourquoi avait-il séjourné en Orient et à quelle fin avait-il pris, sur le tard, le chemin de la lointaine Galice, nous

ne saurions le dire. Vers le temps où nous sommes,

deux Grecs, Paul et Fidèle, occupèrent successivement le siège métropolitain d'Emerita ?. Dans l’entourage de Martin, nous trouvons un diacre, Paschasius, qui, comme son maître, savait fort bien le grec.

Martin, bien accueilli à la cour suève, fonda, dans les faubourgs de Braga, alors capitale du royaume, au lieu appelé Dumio, un monastère qu’il gouverna, comme

prêtre et abbé, pendant plusieurs années.

+ Virt. S. Martini, I, II. Ce récit est déjà légendaire. Il est clair que pour venir en Galice, soit de Pannonie, soit d’un lieu quelconque de l’«Orient», il fallait plus de temps qu’en partant de la côte d'Aquitaine, surtout si cette dernière traversée se faisait navigio prospero velociter, comme le rapporte Grégoire.

Celui-ci paraît croire (cf. Hist. Fr. V, 87) que Martin fut aus- .

sitôt installé comme évêque, chose plus qu’invraisemblable.

? Paul de Mérida, De vita PP. Emeritensiuni, 4, 5 (P. L., t. LXXX, p. 128 et suiv.). C’est le temps où Justinien cherchait à prendre pied en Espagne; bien que ses lieutenants n’aient occupé que la partie orientale de la péninsule, il était naturel qu’ils eussent des intelligences dans la partie occidentale, où dominaient les Suèves, rivaux traditionnels des Wisigoths.

C'était non seulement un saint homme et un sage,. mais encore un fin lettré. En Orient il avait visité les Saints Lieux et aussi les plus fameux solitaires. Son diacre Paschasius traduisit sur son ordre deux recueils de leurs sentences !. C'était de la littérature ascétique destinée, je pense, aux méditations des moines de Dumio. Pour le commun des hommes, Martin écrivit divers petits traités de morale, dont le plus connu: Formula vitae honestae, composé à la demande du roi Mir, rappelle tout à fait la manière de Sénèque, si bien. qu'on finit par.l’attribuer à cet auteur. Martin était un oracle ; on s’adressait à lui pour tous les besoins littéraires du clergé, catéchèse, comput pascal, explications sur la liturgie. De son temps se tinrent en Galice deux conciles, en 561 et en 572, dont il fut l’âme. Sa réputation s’étendait au loin: Grégoire de Tours faisait de lui le plus grand cas. Dans le petit cénacle du mo. nastère de Poitiers, la sainte reine Radegonde et l'abbesse Agnès s’entretenaient de ses vertus et se délectaient de ses écrits; Fortunat le célébrait en prose et en vers ?. L

Comment s’accomplit la conversion du peuple suève ? Nous n’avons sur ce point aucun détail. Le roi, persuadé par Martin, se rallia à l’Eglise catholique (v. 560);

1 Verba Seniorum, LP. L., t. LXXIII, p. 1025; Ægyptiorum . . PP. sententiae, p. 381.

2 Cependant Jean de Biclar, contemporain, n’en souffle mot dans sa chronique (567-590). Isidore, au contraire, en fait le plus grand éloge (Hist. Suev., 91).

LEA NL.

Page 1