‹ L'eglise au VI siecleChapitre 95 sur 105 · PL CURE · texte numérisé non relu

PL CURE

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son exemple fut suivi par tout ce qu’il y avait d’ariens dans le royaume’; l’arianisme disparut soudain sans laisser trace : il n’en est pas fait mention dans les conciles. De ceux-ci le plus rapproché de l'événement, celui de 561, témoigne de vives préoccupations à l’endroit des hérétiques ; mais ces hérétiques sont des priscillianistes, non des ariens. Ce premier concile de Braga s'était réuni sur l’ordre (ex praecepto) du roi Ariamir?; Lucrèce, métropolitain de Braga, en eut la présidence. Martin y assistait, avec six autres évêques ?. On traita d’abord la question de foi. Lucrèce constata que le priscillianisme, bien que condamné depuis longtemps, #6 séduisait encore en Galice, et spécialement dans les ré-

<s gions les plus éloignées de cette province, les esprits + des ignorants. Il rappela la lettre du pape Léon sur cette a) affaire et les pièces envoyées pas les évêques d’Espagne | à Balconius son prédécesseur . A ces documents lus & ot promulgués à nouveau, le concile ajoute une série de

dix-sept anathèmes, où sont réprouvées les principales

< es ! Isidore, Hist. Suevorum, 90,91:

Es £ Dans le protocole du concile, il est'nommé Ariamir ; | Theodemir est l'orthographe des, chroniqueurs Jean de Biclar et

TE Isidore.

* Deux de ces évêques reparurent au concile de 572; l’un È d'eux occupait le siège d’Iria Flavia, l’autre celui de Coïmbre. 3 * Hist. anc. de l'Eglise, t. III, p. 587. Lucrèce fait de Tur- % ribius un notaire du pape. Pour le reste il se fonde sur le titre de la profession de foi. Mansi, t. IT, p.1002; cf. P. L., t. LXXXIV, P. 333. Balconius y est nommé, Ce prélat est connu aussi par 43 la lettre d’Avitus de Braga sur l’Invention de saint Etienne

(Florez, España sagr., t. XV, p. 374).

doctrines et pratiques par lesquelles se caractérisait la secte priscillianiste. C’est le dernier renseignement appréciable qui nous soit resté sur cette hérésie.

Le concile s’occupa ensuite de la discipline ordinaire. Là encore son point de départ fut un document Son romain, la lettre du pape Vigile à Profuturus de Braga. S On décida que cette lettre, c’est à dire l’usage romain, ferait loi pour la liturgie eucharistique et pour celle du baptême. Comme le concile de Girone, celui de Braga paraît avoir eu à cœur d'établir, dans toute la + province, l’uniformité liturgique. LS

Cette province, à laquelle présidait, en 561, D à de Braga, comprenait tout le royaume suève, c’est à dire qu’elle débordait notablement, vers le sud, la Le k è de l’ancienne province romaine de Galice et s’étendait jusqu’au Tage. Martin, qui succéda à Lucrèce orne ; évêque de Braga, jugea qu’elle était trop grande pour une seule métropole et en fit établir une autre à Lugo Tel est l’état des choses, au second concile national, celui de 572, assemblé par ordre du roi Mir, succes- -seur de Théodemir. Cette fois, ce fut Martin qui présida, > en qualité de métropolitain de Braga, son évêché- mo».

La #

1 L'ancienne province de Galice sa ubäivisse p par Ar: les Romains en trois circonscriptions judiciaires, ou conventus + iuridici, dont les sièges étaient à Bracara Augusta (Braga), Locus Augusti (Lugo) et Asturica Augusta (Astorga); non loin de cette dernière ville était le camp de la Zegio VII Gemina (Leon). La division en conventus se maintint sous les rois suèves. La province ecclésiastique de Lugo comprenait les deux

conventus de Lugo et d'Astorga; dans ce dernier il n’y avait plus qu’un seul évêché: celui de Leon n’est que du IX® siècle.

nastère de Dumio ayant été réabsorbé dans la cité métropolitaine. On s’occupa exclusivement de la discipline intérieure; quelques points qui avaient besoin d’être réglés le furent expressément. Après le concile, Martin adressa à son collègue de Lugo un petit code, en 84 canons, tirés des anciens conciles grecs et autres, et

disposé dans un ordre systématique. C’est ce qu’on ap-

pelle les Capitula Martini. Un des’ canons du concile

de 572 prescrivait aux évêques de visiter chacune des

paroisses de leur diocèse et, après avoir consacré un

jour à la visite et à l'instruction du clergé, d’en em-.

ployer un autre à l'instruction religieuse du peuple, encore très encroûté dans son paganisme rural. L'’évêque d’Astorga, Polemius, ne se fiant pas à ses propres lumières pour la distribution de cet enseignement, recourut à l’infatigable Martin, qui lui composa une catéchèse détaillée, où se résume dans une sorte de synthèse historique, toute la doctrine catholique sur le monde, l’origine du mal, le paganisme, le salut, les pratiques religieuses. Ce petit écrit, sous le titre De correctione rusticorum jouit bientôt d’une grande vogue et demeura un des documents les plus curieux tant de la catéchèse ecclésiastique que de la survivance du “paganisme dans les populations chrétiennes

Aïnsi s’établissait en Espagne et se propageait au

loin la réputation de l’illustre moine. Fortunat®? n’hési-

* Voir l'édition publiée par C, P. Caspari, Christiania, 1883, avec une excellente étude sur Martin.

? Carm., V, 2, v. 9-18.

“à BR re à L'EGLISE D'ESPAGNE PAPE 000

“tait pas à le comparer aux apôtres. Ce que Matthieu avait été pour l'Ethiopie, Thomas pour la Perse, Barthélemy pour l'Inde, André pour l’Achaïe, Martin l’était

pour la Gallécie. Sous sa direction l’église catholique

reprenait force et vigueur dans la population romaine ;

entre elle et la nation dominante il n’y avait plus de

dissonance religieuse. L'Etat suève ne pouvait que ga-

gner en solidité à ce nouvel état de choses. Cependant

ses jours étaient comptés. Martin ne vit pas la catastrophe; il mourut en 580 et ce fut un grand deuil dans

tout le pays; cinq ans après il n’y avait plus deroyaume

suève,.

Athanagild était mort en 567. dore un interrègne de cinq mois, les deux frères du roi défunt, Liuva et Léovigild, se partagèrent le pouvoir, le premier gouvernant la « Gaule », l’autre l'Espagne ; puis Liuva étant mort quelques années après (573), Léovigild se trouva seul maître dans toute la monarchie. Celle-ci, sans parler de ses difficultés intérieures, était entourée d’ennemis extérieurs. Au nord les Francs, au sud les Byzantins ; à l’ouest les Suèves; dans les montagnes cantabriques,

des populations insoumises, remuantes, pillardes, avec

lesquelles la guerre ne finissait jamais, Léovigild évita de se brouiller avec les Francs. En Espagne il tint les Suèves en respect et guerroya beaucoup contre les Grecs et contre les montagnards. De notables conquétes agrandirent son domaine et renforcèrent le prestige royal, si bien qu’il parvint à mâter autour de

- lui l'aristocratie des seigneurs wisigoths. Ceux-ci te-

c'étais me 1

570 CHAPITRE XIV. HR. Fa naient beaucoup à leur privilège d’élire le souverain ; Léovigild entendait, lui, transformer la monarchie d’élective en héréditaire. Son activité s’étendit à la légis-. lation ; il renouvela le code des lois wisigothiques promulguées, un siècle avant lui, par Euric. Deux villes nouvelles Vittoria et Recapolis (maintenant disparue) furent fondées par lui en Cantabrie et en Celtibérie. En somme ce fut un grand roi.

Il avait marié son fils aîné, Herménégild, à Ingonde,

file de Sigebert et de Brunehaut; son autre fils, Rec-

carède, devait épouser Rigonthe, fille de Chilpéric. Ces

mariages francs le relevaient beaucoup. Malheureuse-

“4 Le

ment, le second finit par avorter et l’autre devint l’occasion d’un mouvement politico-religieux dans lequel son œuvre tout entière fut sur le point de s’abîmer. Sa seconde femme, Goswinthe, veuve d’Athanagild, était une arienne fanatique, qui entreprit de convertir la petite princesse Ingonde, et la fit rebaptiser de force.

Herménégild se fâcha; pour arranger les choses, on.

l’éloigna de la cour en lui donnant un commandement

à Séville. Là, sur les instances de sa femme et de

Pévêque Léandre, il se convertit à la foi catholique.

TS ec * 5 Cette conversion religieuse l’entraîna en de mauvaises

voies politiques: il se mit en révolte contre son père

et entra en intelligence tant avec les Grecs de Cordoue qu'avec le roi des Suèves. Léovigild se vit entouré d’ennemis. C'était, semble-t-il pour lui, le moment de

resserrer son entente avec les populations catholiques

d’Espagne, afin de pouvoir s’en aider en un, danger

| vers les convertis du catholicisme: la rebaptisation fut

pousser le plus de monde possible. Pour cela il eutre-

cations, exils, mauvais traitements, tout fut mis en

} pressant, Il se crüt assez Fo pour faire précisément

le contraire et pou | proposer aux catholiques de se. ranger en masse sous la bannière de l’église arienne.

Un concile des évêques ariens fut réuni à Tolède, en

580, en vue d’atténuer les exigences de l’arianisme en-

abolie. C’est cette formalité qui répugnait le plus !. Ayant ainsi élargi le passage entre les deux con-

fessions, le gouvernement de Léovigild entreprit d’y cours aux moyens d'usage : caresses, largesses, confis-

œuvre et non sans succès. Masona, évêque de Mérida,

et l’abbé Jean de Biclar furent du nombre des exilés.

Parmi les apostasies, on remarqua surtout celle de

l’évêque de Saragosse, qui alla jusqu’à se laïssér re-

baptiser®. Un moment on put croire que le roi en

était venu à ses fins et que l’unité religieuse s’était ac-

complie conformément à son programme. Le roi fréquentait les églises catholiques et les sanctuaires des

martyrs, il s’y trouvait chez lui, comme dans les églises

ariennes; on fit répandre en Gaule le bruit que gen

a be

était fait de l’orthodoxie en Espagne et qu'il n’y res-

tait plus que de rares chrétiens. Vérité officielle! Au

1 Il y avait aussi la question du Gloria Patri; le roi imposait la formule arienne, per Filium in Spiritu sancto. Cf. Grég. de Tours, Hist. Franc., VI, 40.

2 Sévère, évêque de Malaga, en territoire byzantin, écrivit un livre contre cet apostat. (Isidore, De viris ill, 43).

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