‹ L'eglise aux tournants de l'histoireChapitre 16 sur 18 · E. Bouraric, La France sous Philippe le Bel, p · texte numérisé non relu

E. Bouraric, La France sous Philippe le Bel, p

saint Louis : elle fut tout au plus celle de Frédéric de Souabe, c’est-à-dire, en dernière analyse, celle des Césars romains. En d’autres termes, ce fut la politique païenne faisant un nouvel effort pour enlever au principe chrétien la direction des États modernes.

J'ai déjà dit que cette politique a triomphé et j'ai indiqué, au commencement de cette leçon, quelles connivences elle a rencontrées de bonne heure dans le corps social. Je veux, pour finir, indiquer rapidement les résultats de | sa victoire.

Ce fut, tout d’abord, la destruction de ce qu'on a appelé la république chrétienne du moyen âge. L'Europe était jusqu'alors solidement unie, non seulement par l'identité des croyances religieuses, mais encore par celle des maximes politiques. Elle rattachait le droit à la morale chrétienne, et reconnaissait pour interprête de celle-ci le vicaire de Jésus-Christ. À partir de Philippe le Bel, il n’en fut plus ainsi. I n'y eut plus de république chrétienne, et l’on s’en aperçut par la disparition du grand fait qui la manifestait : les croisades. Saint Louis avait . été le dernier des rois chrétiens, il fut aussi le dernier des croisés. Et l'Europe, qui jusqu'alors avait porté l’étendard de la Croix à Jérusalem,

à Tunis, à Damas, recula devant le croissant. I fallut restituer à l'Islam Jérusalem et lui livrer Constantinople. Mahomet redevint l’arbitre de la Méditerranée et les Turcs la terreur du monde. C’est au néo-césarisme que nous devons de voir les plus beaux pays de la terre plongés dans la barbarie.

Voilà, au point de vue international, le bilan de la royauté absolue !

Au point de vue national, l’absolutisme des rois a rompu l'équilibre du corps social, concentré toute la vie dans la tête, atrophié les institutions libres et fait de la révolution le seul correctif possible de la tyrannie. Et ce n’est pas tout. Les nations chrétiennes arrachées à la direction de l’Église n’ont pas trouvé leur voie; ilsemble qu’elles soient condamnées à

traverser tout le cycle de l'erreur avant de se ressaisir.

Elles prêtent l'oreille tous les jours à de nouveaux systèmes qui font banqueroute l’un après l’autre. Philosophisme, libéralisme, socialisme, anarchisme, sans parler des doctrines intermédiaires, sont les héritiers légitimes de l’absolutisme royal : comme lui, ils trahiront leurs promesses.

Le malaise durera tant que la destinée des

nations chrétiennes sera aux mains d’une politique qui ne s'inquiète pas des principes chrétiens. Et l’Église catholique, assise au pied de la croix, attend tranquillement que les révolutions aient achevé de faire l’éducation de l'humanité.

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