Mansi, t. XI, col
A L'APPARITION DE L'ICONOCLASME. 16 T
comme André de Crète et Germain de Cyzique, aient eux aussi, alors, trahi la foi^?
Le relèvement fut aussi rapide que la chute. Il suffît pour cela d'un pronunciamenLo, le 3 juin713. Les yeux crevés de Philippique saignaient encore, la couronne brillait à peine au front d'Anastase II que déjà tous les évoques étaient revenus au devoir. Le patriarche Jean VI, cette créature du dernier règ-ne, mit plus de hâte que personne à se rétracter. Sa lettre suppliante arriva au pape Constantin en même temps que la nouvelle de la révolution accomplie et Rome qui, pour avoir condamné le conciliabule de 712, s'attendait aux plus cruelles représailles, n'eut qu'à pardonner. Jean VI, d'ailleurs, se montra digne de cette miséricorde. Lui mort, Germain de Cyzique fut transféré sur le siège de Constantinople, le 11 août 715, et cet autre rallié sincère inaugura son patriarcat par un synode qui répara le mal fait trois ou quatre ans plus tôt^.
§ 15. — L'Église maronite.
Cette fois le monothélisme était bien tué, au moins dans Tempire. Au dehors, il se conserva cliez quelques moines obstinés, chez quelques montagnards têtus qui remployèrent comme signe de ralliement et réussirent ainsi, en constituant une petite Église indépendante, à constituer un petit peuple distiru;t.
Protégés par leurs montagnes, les gens du Liban n'avaient pas subi ces affadissants mélaiiges de races que chaque nouvelle invasion opérait dans la plaine. Un jour du vn« siècle, pour lutter contre Tenvahisseur
i. Mansi, t. XII, col. lO^^-lOG»; Chronograph., a.t«ii*. 2. Mansi, t. XII, col. lOS^-SOS»; Lib. pontif., t. I, p. 3^i9
musulman, Byzance transporta chez eux tout ce qu'elle put enrôler des rudes gaillards batailleurs du Taurus. Ces transplantés, moitié brigands et moitié soldats, firent merveille en Syrie. On les vit promener leurs armes partout, jusqu'aux portes mêmes de Jérusalem, et leur nom, le nom de Mardaïtes, devint la terreur de l'Islam *. Aussi, en traitant avec l'empire, Abdelmélek exigea-t-il que Justinien II les rappelât. Force fut aux Mardaïtes de se replier ^. Toutefois, si le gros de leurs effectifs alla s'établir dans l'Asie Mineure et la Thrace, beaucoup sur le nombre ne quittèrent vraisemblablement pas la Syrie, et les indigènes libanais, soutenus par leur concours, réveillés en tout cas par l'exemple reçu, continuèrent dès lors à se faire respecter des Arabes.
Par malheur, à ce moment, les Libanais étaient mal partagés au point de vue de la hiérarchie ecclésiastique. Dans la double tempête monophysite et musulmane qui éclaircissait les rangs de l'épiscopat orthodoxe et transformait les évêques melkites en pasteurs errants, ils ne virent d'autre centre religieux un peu fixe que le grand couvent Saint-Maron. Or, ce couvent était monothélite. Au vu** siècle ses moines avaient puissamment servi la bonne cause. En 629, lors de la rencontre d'Héraclius avec Athanase d'Antioclie, ils s'étaient, nous dit Bar Hebrœus ^, dévoués corps et âme aux vues de l'empereur, et ces vues n'étaient autres, on le sait, que l'adhésion des monophysites au concile de Chalcédoine tant soit peu amendé par Sergius. C'est alors, sans doute, qu'ils avaient embrassé le monothélisme. Une fois dans l'erreur ils y restèrent avec ténacité, pervertissant le peuple de paysans