‹ L'Église byzantine de 527 à 847Chapitre 121 sur 270 · Chronograph., a. G · texte numérisé non relu

Chronograph., a. G

A L'APPARITION DE L'ICONOCLASME. 17a

§ 18. — Les barbares du nord.

Entre temps, comme si les musulmans du sud et les infidèles de l'intérieur ne sudisaient pas, les barbares du nord s'agitaient sous les murs de Constanlinople, menaçant tout ensemble et FEglise et TEtat.

Ceux d'entre eux qui avaient investi la capitale le 26 juillet G26 restaient, après la chute des Perses, le plus gros danger devant Iléraclius. C'étaient les Avares et les Slaveo. De leurs cantonnements pannoniens, les Avares prétendaient mettre les terres impériales en coupe réglée : pour inquiéter leur flanc, le basileus sollicita l'appui des Bulgares du prince Kuvrat, qu'il fit patrice romain en 635 ; pour les contenir de front, il demanda le concours des Croates et des Serbes, qu'il installa vers la même date dans la partie septentrionale de l'Illyricum. Quant aux Slaves, ils s'étaient insensiblement glissés dans l'empire durant les quarante dernières années. Comme ils étaient à peu près les seuls maintenant à peupler la Mésie, la Macédoine, l'Hellade et le Péloponèse, on jugea bon de composer avec eux et de se les attacher en les traitant avec douceur, moitié comme des sujets bénévoles, moitié comme des amis indépendants. Mais était-ce bien conjurer le péril?

On s'aperçut du contraire aux énormes embarras bientôt suscités par ces sclavénies, par ces colonies slaves qui pullulaient du Danube au Tenare. Celles du nord obligèrent Constant II à marcher contre elles en 657. Celles du centre envoyèrent leurs guerriers assiéger Thessalonique quatve fois en six ans, de 675 à 681, et leurs pirates écumèrent l'Archipel dix années de suite. Constantin IV eut beau paraître en Macédoine

durant l'été 678 et sévir contre Perbound, roi des Runchines, les désordres continuèrent. Force fut à Justinien II, dix ans plus tard, de se remettre en campagne contre Runchines, Drégovitches, Strymoniens et Sakoulates. Vainqueur, le basileus contraignit 30.000 prisonniers de guerre à servir pour le compte des Byzantins dans un thème nouveau créé autour de Serrés et il en transplanta 30.000 autres dans le thème asiatique de l'Opsikion. La plupart de ces derniers devaient passer aux Arabes sur le champ de bataille de Sébastopolis (692), et beaucoup parmi les premiers étaient destinés à défendre assez mal l'empire contre les Bulgares.

Car rÉtat bulgare existait, tout proche : Ispérich venait de le fonder en 678, entre le Danube et l'Hémus, par-dessus les sclavénies mésiennes. Et même, à peine formé, cet État s'était mis à peser sur Byzance. Ses rois devaient- ils jamais cesser d'en agir de la sorte? En 705, ils renversaient Tibère III du trône impérial ; en 708, ils écrasaient une puissante armée de Justinien II; en 711, ils poussaient une pointe jusque sous les murs de Constantinople.

Ainsi funestes à l'empire byzantin, les Slaves et les Bulgares ne l'étaient pas moins à l'Eglise byzantine. En franchissant le Danube, les uns et les autres avaient apporté de nouvelles idoles là même oîi l'évangile finissait à peine de supplanter les anciens dieux indigènes. Ils avaient anéanti ou asservi les populations baptisées, brisé l'organisation ecclésiastique, pillé les édifices du culte et les maisons de la prière. Pour réparer ces ruines et prévenir de nouveaux désastres il fallait un vaste mouvement d'apostolat. De vrais chrétiens devaient-ils rester les bras croisés en face du mal accompli ? Et les empereurs eux-mêmes pouvaientils, surtout envoyant leurs armes impuissantes, ne pas

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recourir à la propagande religieuse? Ces ennemis qu'on n'était pas de taille à vaincre par la force, une politique bien entendue commandait qu'on cherchât à les réduire en les convertissant.

§ 19. — Les missions byzantines.

Héraclius, comme ses prédécesseurs, comprit le bien à tirer des missions. Lorsqu il permit aux Croates et aux Serbes de se faire une patrie dans l'illyricum, il les pressa d'embrasser le christianisme et pria le pape, dont les droits patriarcaux s'étendaient à cette région, de leur fournir tous les missionnaires latins nécessaires. Le pape ayant accepté, ses envoyés eurent la joie vers 641 de recevoir la conversion de ces barbares, conversion rapide qui ne devait malheureusement pas être durable en ce qui regarde les Serbes*.

Le soin d'Héraclius à promouvoir la conquête religieuse de ces peuples relativement lointains nous est une preuve qu'il s'intéressa également aux barbares plus rapprochés de sa capitale. Peut-être, il est vrai, trouva-t-il le clergé de Constantinople beaucoup moins empressé que celui de Rome à seconder ses vues. On a dit en effet que rien de sérieux ne fut tenté à cette date dans les milieux grecs pour régénérer l'ame des peuples nouveaux : si l'eau baptismale coula de temps à autre parmi les Slaves des Sclavénies, ce fut uniquement par la force des choses ; si les Bulgares d'Ispérich entendirent parler quelquefois du christianisme, ce fut seulement par les quelques Slaves baptisés de Mésie. Cette alïirmation, pour exagérée qu'elle soit, renferme du vrai, et l'on doit, à juger par les résultats acquis,

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