‹ L'Église byzantine de 527 à 847Chapitre 129 sur 270 · P. G., t. XCVm, col. 135-14C · texte numérisé non relu

P. G., t. XCVm, col. 135-14C

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Syrie \ le catholicos Ohannès III et sesévêques s'afiirmèrent une fois de plus fidèles au monophysisme.

§ 22. — Le patriarcat œcuménique.

Les tentatives de Constantinople vis-à-vis de Tvin auraient, si elles avaient abouti, singulièrement élargi le cercle d'action du patriarcat œcuménique. Repoussé de ce côté, le patriarcat œcuménique se trouva du moins dans les circonstances les plus favorables pour affermir sa suprématie sur tous les groupes ecclésiastiques de l'Orient grec.

Depuis cent ans passés, les pontifes du Bosphore voyaient les plus vénérables Eglises courber le front devant eux, domptées par le tyrannique vouloir des empereurs; au second quart du vn« siècle, ils les virent tomber à leurs pieds, brisées par la coalition des musulmans et des hérétiques. Et comment, en effet, les chrétientés orthodoxes du sud n'auraient-elles pas abdiqué pleinement ? Une fois les Arabes vainqueurs et les monophysites libres, elles n'étaient rien. Restées sans pasteurs résidentiels, tantôt avec des vicaires patriarcaux qui végétaient sur place en proie à mille difficultés, tantôt avec des patriarches de nom qui traînaient à Constantinople des jours vides et miséreux, ce n'est plus à des patriarcats autonomes qu'elles ressemblaient, mais bien à des missions précaires perdues en pays ennemi. Dans une pareille situation, il leur était bien difficile de sauvegarder les derniers restes de leurs antiques prérogatives. Inconsciemment, silencieusement, elles cédèrent à l'inéluctable nécessité et ne se trouvèrent plus être que d'humbles satellites autour du trône œcuménique.

i. Chron. ecci, t. I, p. 300-304.

Celui-ci grandit de toute la considération qu'elles perdaient. Seul maintenant à posséder un territoire où l'infidèle ne commandât pas et où l'hérétique ne se fût pas taillé de vastes diocèses, il absorba toute la vie religieuse du monde hellénique et, résumant en lui l'orthodoxie orientale entière, transforma définitivement l'Église grecque en l'Eglise byzantine.

L'Orient grec possédait encore, il est vrai, l'archevêché autonome de Chypre. Mais cet archevêché, dont la juridiction se bornait aux limites d'une île, n'avait évidemment pas une importance de premier ordre. D'ailleurs, il n'échappait qu'à demi aux causes de déchéance auxquelles venaient de succomber les trois groupes ecclésiastiques d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem. Si les titulaires intermittents de ces trois groupes étaient les hôtes de Constantinople, en même temps que les créatures de ses empereurs et les obligés de ses patriarches, les titulaires de Chypre avaient pour leur part à compter avec les invasions des califes et les caprices des basileis. On a vu dans quelles circonstances l'un d'entre eux, l'archevêque Jean, dut transporter son Jiglise insulaire sur le continent, à quelques heures de la capitale byzantine, dans une province asiatique dont cette capitale lui fit l'aumône. Ajoutons ici que peu après, au retour de l'émigration, force fut au primat cypriote de renoncer à Constantia détruite et de se créer un centre nouveau dans la ville très secondaire d'Ammokhoste. Au cours d'une crise si grave l'archevêché de Chypre ne pouvait jouer le rôle d'un rival vis-à-vis du patriarcat œcuménique et celuici, pour le redire, se trouva représenter toute l'Eglise orthodoxe d'Orient. Singulière destinée de ce patriarcat ! Lui qui devait son origine et sa fortune à la création d'une ville bâtie uniquement pour être la capitale de l'univers chrétien, les pires malheurs de la chré-

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tienté travaillaient eux-mêmes à l'élever et à le grandir!

§ 23. — Les diocèses du patriarcat byzantin.

La juridiction de Byzance, telle qu'on la saisit officiellement au milieu du vu* siècle, ne s'étend pas au delà des limites indiquées pour le règne de Justinien 1°'', si ce n'est du côté de l'Orient. Là, en effet, à la suite des modifications politiques amenées par l'écrasement de la Perse en 628 et le triomphe des Arabes en 634, la situation ecclésiastique a subi quelques petits changements : l'Eglise de Constantinople a gagné une province métropolitaine en Lazique, un diocèse autocéphale en Abasgie, deux diocèses de même rang en Isaurie. Voilà du moins ce dont témoigne le taktikon des environs de 650 parvenu jusqu'à nous sous le nom de saint Épiphane de Chypre, document précieux qui permet d'embrasser pour la première fois d'un regard d'ensemble toutes les divisions du patriarcat byzantin ^

Donc, pour ce patriarcat, le taktikon de vers 650 indique 33 métropoles, rangées Tune après l'autre dans l'ordre hiérarchique, avec le nombre et le nom de leurs suffragants respectifs. I Césarée, dans la Cappadoce première, a 5 suffragants; Il Éphèse, dans l'Asie, 36; III Héraclée, dans l'iuirope, 5; IV Ancyre, dans la Galatie première, 7; V Cyzique, dansTHollespont, 12; VI Sardes, dans la Lydie, 26; VII Nicomédie, dans la Bithynie, 8; VIII Nicée, dans la môme province, 3; IX Chalcédoine, également dans la même province, aucun ;

i, H. Gklzer, Ungedruckte und wigenilgend verdffentlichtt Texte der NotiHee episcopatuum, dans leg Abhandl. der U. bayer, Akadcmie der Wi89, T, Cl. XXI, Bd ni, p. 53i-54î).

X Sidé, dans la Pamphylie, 16; XI Sébaste, dans l'Arménie seconde, 5 ; XII Amasia, dans l'Hélénopont, 6; XIII Mélitène, dans l'Arménie première, 5; XIV Tyane, dans la Cappadoce seconde, 3; XV Gangres, dans la Paphlagonie, 4; XVI Claudiopolis, dans THonoriade, 5; XVII Néocésarée, dans le Pont polémoniaque, 4; XVIII Pessinonte, dans la Galatie seconde, 7; XIX Myres, dans la Lycie, 36; XX Stauropolis, dans la Carie, 28; XXI Laodicée, dans la première Phrygie pacatienne, 17; XXII Synnades, dans la Phrygie salutaire, 24; XXIII Iconium, dans la Lycaonie, 14; XXIV Antioche, dans la Pisidie, 18; XXV Pergé, dans la Pamphylie, 18 ; XXVI Mokésos, dans la Cappadoce troisième, 4; XXVIl Phasis, dans laLazique, 4; XXVIII Philippopolis, dans la Thrace, 3; XXIX Trajanopolis, dans le Rhodope, 2; XXX Rhodes, dans les Cyclades, 12; XXXI Andrinople, dans l'Hémimont, 5 ; XXXII Marcianopolis, dans la même province, 5 ; XXXIII Hiérapolis, dans la seconde Phrygie pacatienne, 5.

En additionnant le contingent de chaque province, on obtient un total de 356 diocèses suffragants. Mais au-dessus de ces derniers, il faut ranger la classe des diocèses autocéphales. Les diocèses autocéphales, que le taktikon mentionne au nombre de 34, se trouvent un peu de tous les côtés de l'empire. Leur titre officiel unique est désormais celui ^ arche{>êchès autocéphales.

Et donc 1 patriarcat, 33 métropoles, 34 archevêchés, 356 évêchés, tels sont les 424 diocèses qui se partagent vers 650 le territoire ecclésiastique de Constantinople.

Ceux d'entre eux établis sur les rives occidentale et septentrionale de la mer Noire ou sur la frontière byzantino-arabe de l'Asie Mineure sont les seuls à ne

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point sentir Tinfluence directe et constante de la capitale byzantine. Tous les autres, situés en terre impériale, ont sans cesse à compter avec les maîtres politiques du Bosphore, et cette circonstance n'est point faite pour diminuer l'influence et l'autorité du hiérarque assis aux côtés du basileus.

§ 24. — La primauté romaine et les Byzantins.

La situation créée par cet avantag-e, si haute fût-elle, ne parvint cependant pas à mettre le siège de la nouvelle Rome sur le même pied que celui de l'ancienne. L'Orient du vu*' siècle continua, comme celui des siècles précédents, à s'incliner devant les successeurs de saint Pierre, et il suffit de prêter l'oreille pour entendre ses représentants les plus autorisés proclamer très haut la suprématie du siège romain.

Écouterons-nous la grande voix de l'Afrique, alors province byzantine gouvernée par un exarque impérial? Ses évêques, après leurs conciles de 646, écrivent ceci au pape saint Théodore : « En l'honneur du très saint apôtre Pierre, ô père des pères, votre siège apostolique a reçu par décret divin, comme héritage spécial et unique, la charge d'examiner et de scruter les saints dogmes de l'Eglise ». Et plus loin : « C'est une chose établie dès l'origine que les pontifes du suprême siège apostolique condamnent le mal et confirment le bien. Les plus anciens canons posent cette règle : où que s'élève une question ecclésiastique, serait-ce dans les provinces les plus lointaines et les plus reculées, on ne peut rien examiner ni admettre définitivement, avant que cette question ait été déférée au trône apostolique ». Et les évêques africains terminent leur lettre en suppliant le pape d'user de son au-

torité suprême contre le patriarche Paul de Constantinople, « cette plaie incurable du corps de l'Eglise ^ ».

Mais voici la voix non moins retentissante de saint Sophrone, patriarche de Jérusalem. Un jour, au cours de sa lutte contre le monothélisme, Sophrone résolut d'envoyer un de ses évêques auprès du pontife romain. Il prit cet évêque, le conduisit au Calvaire et là, au nom du divin Crucifié, il Fadjura de faire ce voyage de Rome que l'invasion sarrasine lui rendait impossible à lui-même. « Traversez, ajouta-t-il''^, traversez tout de suite la terre d'un bout à l'autre, allez jusqu'au siège apostolique, où sont les fondements de la doctrine orthodoxe, indiquez avec exactitude aux très saints personnages de ce trône les questions agitées en nos parages, ne cessez de les prier et de les supplier que lorsque leur apostolique et divine sagesse aura prononcé la sentence victorieuse et détruit de fond en comble, canoniquement, la nouvelle hérésie ».

C'est à Etienne de Dora que saint Sophrone parlait de la sorte sur le rocher de la crucifixion. Etienne, émai, jura de remplir les vœux de son patriarche et il tint parole. Rome le possédait pour la troisième fois lors du concile de 649 ^. Là, devant le pape saint Martin, le prélat palestinien s'exprima par écrit comme il suit : « Je désirais dénoncer le monothélisme à la Chaire éminente, maîtresse de toutes les chaires, je veux dire à votre chaire supérieure et divine, alîn qu'elle guérît entièrement la blessure. Cela, votre chaii-e est habituée depuis l'origine à le faire avec empire par son autorité apostolique et canonique. 11 est bien évident, en effet, que ce ne sont pas seulement les clefs des ci eux que Pierre a reçues, seul entre tous. En dehors des clefs

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