Brem'ar., p. 37,50; Chronograph., a. 6j86, 6o
Ces petits côtés du monachisme lui vaudront les persécutions du pouvoir, dès qu'un monarque réformateur s'avisera de vouloir un peu moins de monde soustrait aux obligations de l'impôt et à toutes autres obligations politiques. Ils lui vaudront aussi les antipathies de la classe militaire, et cette haine éclatera dès que l'empereur n'y mettra point obstacle. En attendant, le peuple chérit ses caloyers. 11 se dit, lui, que les considérations surnaturelles doivent, après tout, entrer pour quelque chose même dans les vocations de la dernière heure et il ne trouve rien de plus beau, comme pratique de religion, que de porter l'habit noir.
§ 34. — Le paganisme dans la société.
Cette appréciation populaire témoigne d'une certaine foi. Au vrai, la foi du peuple se manifeste par les œuvres de bienfaisance qui se multiplient plus que jamais sur le terrain traditionnel et que des esprits éclairés dirigent du bon côté, disant par exemple aux personnes généreuses qu'elles doivent surtout visiter les familles surchargées d'enfants ou encore qu'elles doivent donner aux pauvres plutôt qu'aux églises ^ Malheureusement, l'action moralisatrice de l'Évangile paraît en arrêt, sinon en recul. Une croyance qui se traduit en manifestations matérielles mais qui ne fait ni les consciences délicates ni les mœurs pures, tel est trop généralement ce que nous offre la Byzance des Héracliens. Et la faute en est, pour une large part, à la pénétration des éléments corrompus que le paganisme a glissés dans l'Église en y glissant les derniers Hellènes.
1. Artiochcs, p. g. , t. LXXXIX, col. 1734»; Anast. Sihaït., col. 464*.
A L'APPARITION DE LICONOCLASME. 217
Elles se rencontrent partout, au vu* siècle, les pratiques venues de l'idolâtrie. Chez les étudiants en droit, leur tyrannique succession réclame beaucoup plus de temps que n'en prennent le Digeste et les Institutes : ces jeunes gens hellénisent dans leur costume, au théâtre, le long des rues, en prenant leur inscription, en passant d'un cours à un autre, en terminant leurs études, toujours ^ Chez les paysans, la foulée des raisins dans le pressoir s'accompagne d'invocations à Dionysos, et le soutirage du vin donne lieu à des rires superstitieux autour des tonneaux. A chaque lune nouvelle, des feux s'allument sur lesquels on saute devant les maisons et les magasins. Le 1*"" mars est un jour de foire mal famée. On s'amuse aux calendes, on célèbre Pan aux bota et Dionysos aux hrumalia^ on a des rites en l'honneur d'autres dieux encore. Ces fêtes, sans parler de leurs cérémonies antichrétiennes, sont caractérisées par des réjouissances peu conformes aux bonnes mœurs : sauteries obscènes où s'exhibent des créatures disqualifiées, danses des personnes de l'un et de l'autre sexe, déguisements qui travestissent les hommes en femmes et les femmes en hommes, port de masques comiques , satiriques et tragiques ^. Mettez que les plus grossiers de ces désordres soient l'exception, imputez-les à quelques districts arriérés, mal baptisés d'hier. Mais les danses hardies sur la scène, mais les représentations des mimes, mais les combats d'animaux, n'est-ce pas assez pour maintenir, en temps ordinaire et un peu partout, les inavouables traditions du passé ^?
D'ailleurs, tout un monde de superstitions court les
\. Synlagma, t. H, p. 470.