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g 35. — La religiosité byzantine.
Une société qui a place pour de pareils vices ne représente évidemment pas l'idéal évangélique. Byzance est chrétienne pourtant; on peut même dire qu'elle a coutume d'agir au nom du Christ et que tout prend chez elle une couleur de foi et de piété. Mais le mal gît peut-être là. Que le christianisme y serve de simple enveloppe à l'universalité des hommes et des choses et que les éléments divers d'où elle est sortie, perdant leur physionomie native, se soient unifiés beaucoup plus sous des apparences que sous des réalités chrétiennes, est-ce un grand bonheur?
Cette juxtaposition du bien et du mal sous l'étiquette de l'Église explique le partage de la société byzantine entre de grands vices et de grandes vertus. Seulement, la juxtaposition ne s'est pas bornée, en groupant ensemble chrétiens vrais et faux, à mettre en contact des saints et des pécheurs ; elle a pénétré jusqu'à la conscience individuelle et a produit en exemplaires multiples ces âmes contradictoires, ou plutôt complexes et mal formées, en qui simultanément s'unissent iniquité profonde et sublime grandeur. Le même Byzantin a la force de prodigieux dévoûments qui se laisse aller par ailleurs aux pires excès.
Or, là où beaucoup d'âmes de cette sorte vivent à l'aise, là ne règne point la religion vraie. Une religiosité maladive en a pris la place. N'est-ce pas de la religiosité surtout que l'on trouve à Byzance? Certes, en ellesmêmes, toutes les œuvres matérielles, toutes les manifestations extérieures méritent d'être louées par où son peuple, généreux autant qu'expansif, aime à traduire la foi qui est en lui. Il faudrait seulement que, dans la
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pratique de la vie, tant do fautes grossières ne vinssent point démentir un christianisme si hautement professé et que, dans l'exercice de la prière, plus d'attention fût prêtée aux cérémonies comme aux formules.
Déjà, vers 530, saint Barsanuphe tenait à mettre en garde contre la machinale répétition des mêmes actes. « Si vous passez et repassez devant des reliques, disait-il, vous devez les saluer de la tête la première fois; vous pouvez les saluer la seconde fois aussi et la troisième, mais cela suffît ^). Et il ajoutait dans une autre circonstance : « Pourchasser la tentation, signezvous une seule fois ; signez-vous trois fois, si vous y tenez, mais pas davantage ». Barsanuphe est mort et le mal qu'il a dénoncé gagne chaque jour du terrain. Comme ce Nonnos qui récitait 500 Kyrie eleison à la file, comme ce Christophore qui se livrait à 1800 métanies par nuit, moines et simples fidèles ne cessent de multiplier les « Pitié, Seigneur! » et les prostrations \
Beaucoup paraissent croire qu'il suffit, pour faire honneur à son baptême, d'entrer dans l'église et d'y apposer force baisers sur les croix et sur les images. Peu leur importent la messe et la communion. Si l'évangile du jour est d'une certaine étendue, si les prières liturgiques se prolongent un peu au delà de l'ordinaire, si le célébrant montre quelque lenteur, ils aflîchcnt tous les signes de l'impatience et de l'ennui. Môme avec un prêtre qui ne traîne pas, l'assistance occupe parfois son temps à converser d'affaires, à médire de l'un et de l'autre. Les hommes n'y ont d'yeux que pour les femmes, les femmes y ont uniquement à cœur d'étaler leurs toilettes. Quelques-uns, plus hardis, restent bravement dehors jusque vers la fin du sacrifice, ne mettant le pied dans l'église qu'à la dernière minute comme
1 Bausaniphk, p. âlS, 21G; Mosciius, col. 2961, 296».
pour, dit le Sinaïte, happer la communion au passage. Excellents chrétiens , tout de même ; n'ont-ils pas baisé le signe de notre rédemption et les icônes des saints ^ ?
g 36. — La prière.
A part cet envahissement du procédé routinier, la vie priante de l'Eglise byzantine reste conforme à ses traditions. C'est à peine si la législation du concile in Trullo et diverses indications recueillies de ci et de là permettent de confirmer quelques détails connus ou de signaler quelques détails nouveaux.
Aucune règle positive n'existe pour faire une obligation de l'assistance à la messe dominicale. Mais une mesure est prise en 691 contre quiconque s'abstiendrait, sans motif plausible, de paraître à l'église trois dimanches de suite : le coupable encourrait la déposition, s'il était clerc, et l'excommunication, s'il était laïque ^.
Le vieil usage de ne point fléchir le genou le dimanche est sanctionné par un canon spécial du Penthecte. On restera debout, disent les pères, depuis les vêpres du samedi jusqu'à celles du lendemain. Cette obligation regarde aussi bien la prière privée que la prière publique, et un texte antérieur de quelque cent cinquante ans nous apprend qu'elle affecte, au dehors du dimanche, tout l'espace de temps compris entre Pâques et la Pentecôte. Prier debout a pour but, comme on sait, d'honorer la résurrection ^.
De son côté, la croix est honorée par les représentations qui en sont faites. Quelques-unes de ces re-