‹ L'Église byzantine de 527 à 847Chapitre 181 sur 270 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DE l'apparition DE l'iCONOCLASME A LA MORT DE SAINT MÉTHODE (725-847).

§ 1. — Les débuts de l'iconoclasiue.

A peine remise de la secousse monothélite, encore prise entre la poussée des Arabes musulmans et l'infiltration des Slaves païens, TEglise byzantine devint la proie de Ticonoclasme. Ainsi le voulut un empereur chez qui le désir de tout réorganiser ne sut point se contenir en de justes limites. Léon III était un capitaine heureux et un politique avisé : il pensa que la réforme poursuivie par ses soins dans les questions d'ordre militaire et civil devait s'étendre également aux choses du sanctuaire et, frappé de l'importance peut-être excessive donnée aux icônes, il décréta d'en abolir le culte et l'usage.

Subit-il, comme on l'a prétendu, l'influence de l'Islam ou du judaïsme? Ni l'exemple du calife qui proscrivit les images, ni l'intervention de quelques Juifs que Léon III aurait connus de vieille date ne suflisent à expliquer l'iconoclasme. Le basileus réformateur obéit plutôt, semble-t-il, à la conviction personnelle qu'un long contact avec le paulicianisme avait mise en lui, contact de l'enfance et de la jeunesse, car il était l'église byzantins. 15

né et avait grandi aux extrémités orientales de l'empire, contact de l'âge mûr aussi, car il n'avait cessé de servir ou de commander au milieu de troupes recrutées presque uniquement dans les thèmes de la frontière asiatique.

C'est en 725 que l'hostilité aux saintes images se dessina. Le patrice Besser, renégat redevenu chrétien, parut d'abord en avoir l'initiative, d'accord avec les évêques Théodose d'iiphèse, Thomas de Claudiopolis et Constantin de Nacolia. Ce dernier, vigoureusement blâmé par son métropolite, descendit à Constantinople dans l'espoir de gagner le patriarche saint Germain. Il échoua, et force fut à l'empereur d'intervenir, de se découvrir, de se déclarer personnellement ennemi des icônes. Cette déclaration d'hérésie, bientôt connue, souleva un long cri d'indignation à travers l'empire. Des officiers mécontents en profitèrent pour lever l'étendard de la révolte au nom de l'orthodoxie. C'étaient Agallianos et Etienne qui exerçaient un commandement dans la Grèce et dans les Cyclades. Leur flotte força l'entrée de la Propontide, mais elle fut battue dans les eaux de la capitale, le 18 avril 726, et Léon se trouva libre de répandre son hérésie, rendue obligatoire par décret *.

§ 2. — La résistance orthodoxe.

Il la répandit avec des ménagements, par crainte sans doute d'une seconde prise d'armes pareille à celle des Helladiques, mais il la répandit sans relâche, et le jnur vint, le 17 janvier 729, où il put frapper un grand coup. Ce jour-là, dans une réunion de hauts dignitaires

1. Dreviar., p. 57, 58; Chronograph., a. 6218 sq. ; Mansi, t. XHI, col. 100-128; Vit. Germant, n. 16-18.

ecclésiastiques et civils, saint Germain fut mis en demeure ou d'abandonner la dignité patriarcale ou de contresigner le décret lancé contre les images trois ans plus tôt. Germain répondit en se retirant dans sa propriété de Platanion ^ Le syncelle Anastase, appelé à prendre sa place au patriarcat, n'était pas encore intronisé que, le 19, ordre fut donné d'abattre le Christ de la Ciialcé. Au moment où l'on exécutait cette besogne infâme, de hardies Constantinopolitaines se ruèrent sur Téchelle où se tenait le spathaire Jovinus, la renversèrent et provoquèrent une émeute. Mais cette émeute fut aussitôt réprimée dans le sang '^. Le dimanche d'après, 23 janvier, Anastase prit oiriciellement possession de son siège, et l'Eglise byzantine appartint dès lors à l'erreur.

Aucune des Eglises melkites ne suivit cet exemple. Comme leur situation en terre musulmane les soustrayait à Faction du basileus, elles proclamèrent la légitimité des vieilles pratiques iconophiles, rompirent avec les novateurs du Bosphore et laissèrent à Jean de Damas ainsi qu'à Georges de Chypre le soin de venger la vérité '^.

Tandis que ces deux voix retentissaient en Orient, celle des papes résonnait à Rome. Saint Grégoire II protesta contre l'iconoclasme dès qu'il eut connaissance de son apparition. Saint Grégoire III fit de même dès qu'il fut monté sur le siège pontifical *. Le concile romain de novembre 731, où fut condamnée l'hérésie, eut de très graves conséquences pour la papauté. En effet dès 732, furieux de la sentence qui le frappait, le prince hérésiarque s'empara des revenus que l'Eglise

4. Dreviar., p. KS; C/ironograph., a. (xHH ; Vit. Gennani, n. -Iti-Hl.

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