ChronoQfaph., a. eo
mais d'avoir à leur tête en dépit des empereurs * . Sous Héraclius, quand la domination byzantine était à la veille de prendre fin, ces pasteurs hérétiques dirigeaient, semble-t-il, quelque 6.000.000 d'âmes, tandis que le patriarche orthodoxe, mis là pour officier devant des uniformes, ne groupait guère que 200.000 fidèles 2. L'Egypte se perdait, on le voit, l'Egypte était perdue pour l'Église byzantine, et le royaume d'Axoum ou d'Abyssinie avec elle.
La situation n'était pas meilleure sur l'Oronte. Dès 531, les sévérités de Justinien ameutent la populace hérétique d'Anlioche contre le patriarche Ephrem. Celui-ci, mort en 545, reçoit une longue suite de successeurs non monophysites. Les sévériens, qu'il a condamnés en un synode de 132 évêques, n'en restent pas moins très puissants même dans la ville patriarcale, comme le prouve encore leur sédition de 561. Quant aux provinces, ils y commandent en maîtres. Sévère, écarté d'Antioche depuis 518, continue à diriger de loin tous ceux qui ne veulent pas être les coreligionnaires du basileuset Jean de Telia, destiné à périr dans les tortures en 548, conquiert au monophysisme 170.000 adhérents ^. Quand Sévère meurt, le 8 février 548, on peut croire que personne ne prendra sa place et que les monophysites s'éteindront faute de hiérarchie, car Justinien, pour leur rendre impossibles les ordinations épiscopales et sacerdotales, a fait enfermer en des couvents sûrs tous les évêques suspects. Mais l'Impératrice est là. Elle accueille à Constantinople les deux moines Théodore et Jacques Zanzalus, puis, à la requête du ghassanide Ilarith ibn Djabala, roi des Arabes alliés, elle s'empresse de faciliter leur con-
i. Chronograph., a. 60'»7.
i. EUTYCHIUS, col. 1105.
3. Malaus, eol. 081 : ZACiunic, IX, 20; X, li\ Chronograph., a. 6053.
i L'ÉCRASEMENT DE LA PERSE. 83
sécration clandestine comme évêques, l'an de Bostra, avec juridiction sur l'Arabie et la Palestine, l'autre d'Édesse, avec pouvoir sur la Syrie, la Mésopotamie et l'Asie Mineure (543). Du coup, l'hérésie d'Eutychès est sauvée^.
Si Théodore disparaît sans laisser de trace, Jacques, lui, ne réussit que trop à refonder cette Eglise monophysite qui s'appellera désormais à cause de lui jacobite. De 543 à 578, sous le déguisement de haillons qui lui vaut le surnom de Baradaï, il parcourt l'Orient tout entier. En Egypte, dans un couvent, il pénètre auprès de deux prélats incarcérés qui sacrent avec lui deux nouveaux évêques, et ceux-ci, investis de la plénitude du sacerdoce, l'aident à leur tour à créer toute une hiérarchie en Syrie. Le siège d'Antioche lui-même reçoit un patriarche en la personne de Sergius de Telia. Sergius meurt en 548. Son successeur, Paul de Beit- Oukamê, élu en 551, est déposé en 578 pour cause d'accointances avec les chalcédoniens^ et remplacé par Pierre de Kalliniké. Cette déposition cause un schisme au sein de l'hérésie et, jointe à des divergences dogmatiques, creuse entre les patriarcats monophysites d'Egypte et de Syrie un fossé qu'Athanase d'Antio che parvient pourtant à combler durant son voyage auprès d'Anastase d'Alexandrie en 618 ^. D'ailleurs, ces divisions intestines n'empêchent point l'écrasement de l'orthodoxie impérialiste. Ne peuvent l'empêcher, non plus, ni l'énergie antihérétique de saint Domilien sous Maurice (599), ni l'éloignement des évêques monopliy sites ordonné par Pliocas '. Que ne feraient point, pour ne pas être d'accord avec le basileus
i. Chron. eccL, 1. 1, p. 216, 218, 220; t. III, p. 98, 100.