Vit. Nicelœ Med., n. 23; Breviar., p
aux pauvres et d'aumônes plus on moins abondantes distribuées à la porte de l'église ^ .
Est-il besoin de noter que le chrétien mort dans l'hérésie n'a aucun droit à ces manifestations publiques? Les siens prieront en leur particulier et multiplieront les bonnes œuvres à son intention, mais c'est tout. L'hérétique défunt serait-il son propre père que le prêtre ne pourrait en insérer le nom au mémento du sacrifice. Il en va de même pour le suicidé : sa famille se contentera de la prière privée et de l'aumône, après avoir, si elle veut, érigé une croix sur le théâtre du crime ^.
§ 43. — Reliques, pèlerinages, fêtes, carêmes.
Au lieu d'attendre les suffrages des vivants, certains défunts s'empressent de leur obtenir des grâces, car les serviteurs de Dieu intercèdent au ciel tout de suite après leur mort. Constantin V a nié leur pouvoir; non content de proscrire leurs images, il a jeté leurs reliques à la mer. Après lui, Michel II a eu des idées analogues : il a, tout en canonisant Judas Iscariote, prétendu supprimer le mot ayioç de toutes les icônes. Mais plus ces empereurs et leurs émules se sont montrés hagiomaques, plus les iconophiles ont témoigné d'attachement au culte dulique. Ils en ont témoigné jusque sous Constantin V hors de l'empire, à Emèse par exemple, lors de l'arrivée dans cette ville, en 760, d'un chef plus ou moins authentique de saint Jean-Baptiste. Dans l'empire, avec le patriarche Taraise et les pères
1, Thkod. Stud., col. 9o3, 16eo% 1065''; Vit. Theodori Edess., n. 7; Ni- CÉPH. Patr.,co1. 389".
a. Thkod. Stl'd., col. 1477", loej"!.
de 787, ils ont réparé les sacrilèges commis par le Copronyme sur les vieilles reliques, exigeant en particulier leur réintégration dans les églises et sous les autels; plus tard, avec le patriarche Méthode et les restaurateurs de l'orthodoxie, ils ont recueilli les restes sacrés des récents confesseurs de la foi, transportant le corps de Nicépliore aux Saints-Apôtres, ceux de Théodore et de Joseph à Stoudion, celui de Théophylacte à Nicomédie ^ .
Avec les saints, les Byzantins vénèrent les esprits célestes et surtout la Reine des cieux. Que de fois les textes ne parlent-ils pas des anges gardiens! Chaque église a le sien, qui se retire dès qu'un hérétique monte à l'autel, et chaque individu a le sien aussi, qui le protège tout le long de la vie. Cette protection est-elle de trop, alors que le démon, vainement nié par Michel II, intervient sans cesse dans l'existence de ses pauvres coreligionnaires? Quant à Marie, les grossiers blasphèmes de Constantin V ont eu pour unique résultat de la rendre plus chère aux vrais chrétiens. De même que son divin Fils est le Seigneur, elle est la Dame par excellence et le langage de l'époque s'habitue à la saluer ainsi ^.
Le culte du Christ et de ses élus entretient l'ardeur des pèlerinages. Jérusalem, où les musulmans se rendent d'Egypte et d'ailleurs, reçoit aussi des chrétiens un peu de partout. Ceux-ci désirent baiser le sépulcre du Sauveur, dont la poussière transportée au loin opère des prodiges, baiser également le tombeau de
1. Naucrace, col. 1833''; Vil. Joannis Psich., n. 13; Chronographia^ a 62.V2, G-2rJ8; Tiii^OPii. Covr., II, 8; III, 10; Syntagma, L II, col. K80; Acta Sanct. marlii, t. II, p. 314-310; Viz. Vrcm., t. IV, p. 3:k5 ; t. X, p. 498 NICKIMI. Patr., col. 478.
2. TllÉOD. StUD., col. 11G4», l-iSa»», 1-297»», ISiO", lâG-i", 14;«'', l'tdi^, IG-W ; Mai, p. 2<), 47; Vit. Sb'phani Sab., n. M, g:>\ Tru.oi'ii. Cont., II, 8; Vit, Georgii Khozib., n. 33; MiraciU. Virg. Khozib., n. 4, 7.
la Vierge, que l'on montre à Gelhsémani. Pour satis* faire ce double désir, les vaillants arrivent des pays les plus éloignés, tel ce Jean qui vient du fond de sa Gothie, vers 757, et ils affrontent les pires dangers, tel ce Longin que les Arabes mettent d'abord en croix, puis en prison, vers 765. Hors de Terre Sainte, on va prier, au fur et à mesure qu'ils s'ouvrent, sur les tombeaux des héros de l'iconophilie, mais sans oublier les anciens lieux de pèlerinage : Joannice qui se prosterne devant les restes de saint Théophane le Chronographe, à Sigriane, vers 826, s'est déjà prosterné dans l'église de saint Jean l'Évangéliste, à Ephèse, vers 797 ' .
Autant et plus que les pèlerinages, les fêtes rendent, honneur au Christ, à la Vierge et aux saints. D'ailleurs, là où elles sont patronales, leur célébration amène une foule de pieux visiteurs. A l'effet d'en rehausser l'éclat, on invite les moines du voisinage et ceux-ci, après avoir partagé les fatigues de la pannykhis, partagent aussi les petites douceurs du réfectoire ^. Pâques, la reine des solennités, est encore l'objet de certaines erreurs de date : en 760, dans les provinces d'Orient, les orthodoxes la célèbrent le 6 avril et les hérétiques le 13; vers 824, à Constantinople, un empereur trouve que la fixation en est mal réglée. Parmi les solennités nouvelles en l'honneur de Marie, citons la panégyrie de l'Acathiste que le patriarche saint Germain a instituée pour remercier la Vierge de la protection accordée à Constantinople contre ses ennemis extérieurs. Les saints, ces prototokes ou premiers-nés de Dieu, voient leur mémoire commune, déjà ancienne, devenir
1. Vit. Stephani Sab., n. 99; Vit. Theodori Edess., n. 71, 85; Théod. Stud., col. 1161» ; Vit. Joannis Goth., n. 2, 7 ; Vit. Joannicii, n. 37, 42; Vit. II Joannicii, n. 12, 30.