TttÉora. Co.NT., ni
supprimer. On développe rornementation animale, végétale et géométrique, non plus pour lui demander comme autrefois des motifs accessoires ou des cadres charmants, mais bien pour l'installer à la toute première place; on emprunte à la flore et à la faune toutes sortes de formes réelles ou fantastiques; on multiplie les marguerites, les palmettes et les entrelacs ; on cultive les arabesques; on est sur la pente qui doit fatalement aboutir, comme dans l'Islam, au triomphe complet de l'art aniconique.
N'est-ce pas d'ailleurs à Bagdad que Ton va chercher des modèles? L'architecture est là pour nous le prouver. Nul monument, il est vrai, ne subsiste qui remonte aux iconoclastes et Thistoire ne rencontre, sous les règnes de Léon III et de ses successeurs, aucune de ces constructions grandioses qui méritent d'être signalées. Mais Théophile fait exception et les auteurs sont unanimes à vanter sa magnificence, son goût passionné des bâtisses. Or, ces auteurs aiTirment que Théophile entend reproduire à Bryas le palais des califes et qu'il impose à ses architectes d'en copier le plan, l'ordonnance et l'ornementation '. Ainsi encouragée, ainsi prescrite, jusqu'où cette imitation du style arabe n'ira-t-elle pas?
Elle prend fm avec la restauration de l'orthodoxie. Théophile mort, les architectes cessent de regarder vers Bagdad, tandis que les peintres et les mosaïstes coupent court avec la tendance qui allait proscrii'^ bientôt toute figure humaine. N'ayant pas les vagues aspirations l'^ligieuses de l'Orient ni ses idées métaphysiques, Byzance laissée à elle-même ne saurait lui emprunter son art ennemi des formes précises et des positives réalités.
i. Tujîopu. coNT., m, 0.
360 DE L'APPARITION DE L'ICOiNOCLASME
Aussi bien, Tart nouveau imposé par les souverains iconoclastes est resté dans le cercle des artistes officiels. Les moines, presque tous indemnes de son influence, l'ont combattu et ils ont tâché de remplacer toute œuvre détruite par une œuvre nouvelle analogue, multipliant surtout les icônes et les manuscrits. Qui ne connaît l'héroïsme du peintre Lazare? Qui ne sait l'activité des copistes et des enlumineurs studites ? Ce n'est pas une petite charge à Stoudion que celle de protocalUgraphe et de khrysophylaque'^ . Saint Nicolas, un des futurs supérieurs de ce couvent, excelle à manier la plume, et la retraite où il s'abrite contre la persécution lui voit copier, entre autres livres, un magnifique exemplaire des quatre évangiles qu'il termine en 835 et qui subsiste encore 2. D'autres saints hégoumènes rivalisent avec lui. Chaque année, pour sa part, saint Méthode sanctifie le carême en écrivant sept beaux psautiers, un par semaine ^.
Si les traditions artistiques de Byzance se retrouvent sauves après la tourmente, l'art religieux n'a que trop de pertes à déplorer. Beaucoup d'œuvres anciennes survivent pourtant. En 843, en effet, sortent de leurs cachettes mille et un objets que les iconophiles ont pu soustraire à la barbarie de leurs persécuteurs. En même temps, reprennent leur antique place d'honneur mille et un objets que les opportunistes de l'iconoclasme se sont contentés de masquer ou de reléguer dans un coin. Car, même dans les églises entièrement aux mains de l'hérésie, on n'a pas toujours martelé toutes les sculptures, ni brûlé toutes les icônes, ni fondu tous les vases, ni lacéré tous les manuscrits, ni détruit toutes les étoffes à qui leur genre d'ornementation méritait ce traitement.