Vil. Germani, ii
Pour la plupart, il est vrai, ces derniers saints ne sont plus des martyrs proprement dits. Comme Févêque | Hypace, le prêtre André ou le moine Georges Limniote qui ont souffert sous Léon III sans périr dans les tourments, presque tous les persécutés du ix® siècle survivent à leurs supplices et l'Église, au lieu de les déclarer martyrs, se contente de les nommev homologètes.
L'épiscopat fournit plus d'un homologète. Autour de saint Nicéphore en 815 se dressent Joseph de Thessaloniqae (f 15 juillet 832), Théophile d'Éphèse, Euthyme de Sardes, Michel de Synnades (f 23 mai 826), Émilien de Cyzique, Théophylacte de Nicomédie. L'Hellespont et la Bithynie présentent en outre à la même date Basile de Parion, Euskhémon de Lampsaque, Paul de Prousias, Eustathe de Kios, Pierre de Nicée (-f- 11 septembre 826), Jean de Chalcédoine. Lorsque Jean meurt vers 825, son trône épiscopal a déjà porté ou va bientôt porter deux autres pontifes iconophiles, saint Cosmas et saint Nicétas. Un homonyme de ce dernier, saint Nicétas d'Apollonias en Bithynie, conquiert également le ciel par sa générosité à défendre les images. En 815, Antioche de Pisidie s'enorgueillit de posséder en la personne de saint Georges un confesseur qui s'est trouvé aux assises de 787. Mitylène, dans l'île de Lesbos, a aussi comme pasteur en 815 un saint Georges qui meurt exilé à Cherson dès avant 821 ; elle reçoit en 843 un second saint Georges qui la gouverne deux ou trois ans. En 843, la métropole de Nicée est confiée à saint Théophane Graptos (fil octobre 845).
Du second Georges de Lesbos ne séparons point son frère l'hégoumène David, mort à la fin du viii^ siècre, ni son autre frère le stylite Syméon, parti pour le ciel en 844. De Théophane de Nicée ne séparons pas davantage son maître Michel le Syncelle, mort le 4 janvier 846, ni son frère Théodore Graptos, disparu quelques
années plus tôt. Syméon de Lesbos et les deux Grapti se sont rencontrés dans l'île d'Aphousia de 834 à 836. Au même moment, ce lieu de réclusion possède aussi saint Macaire de Pélécète, saint Jean de Cathares (f 27 avril 837), saint Hilarion de Dalmate (f 6 juin 845). Avec saint Lazare, moine peintre à qui un fer rouge est appliqué sur les deux mains, avec les Abrahamites, à qui d'atroces flagellations ôtent la vie dans un coin retiré du Bosphore, les internés d'Aphousia sont les plus illustres victimes de Théophile. Tous ces internés, comme aussi d'ailleurs saint Nicétas l'ancien patrice (-(- 838) et saint Jean le Psikhaïte, ont également subi la persécution déchaînée de 815 à 820. Derniers survivants de la génération d'hégoumènes qui vient de tenir tête à Léon V, ils ont vu mourir l'un après l'autre leurs principaux collègues de 815 : Théophane de Sigriane a fermé les yeux le 12 mars 818, Nicétas de Médikion le 3 avril 824, Athanase de Paulopétrion le 22 février 826, Théodore de Stoudion le 11 novembre 826.
Au couvent des Studites, dont il prend la direction en 798, le grand Théodore apparaît environné de saints. Neveu de Platon (-{- 4 avril 814), frère aîné de Joseph de Thessalonique (-[- 15 juillet 832), il a pour disciple Thaddée qui expire sous les coups de fouet (-j- 29 décembre 816), pour économe Naucrace qui le supplée et lui succède (f 18 avril 848), pour compagnon d'exil Nicolas qui partage ses flagellations et sera un jour hégoumène des Studites (-j- 4 février 868).
Et tels sont les principaux homologètes fournis par le monachisme sous les règnes de Léon V, Michel II et Théophile. A la même époque, le siècle compte sans doute aussi quelques héros de Ticonophilie, mais ceux-ci, faute d'un couvent qui fête l'anniversaire de leur mort, ne passent point à la postérité. Exception
est. faite cependant pour saint Sergius qui subit l'exil avec sa femme et ses enfants.
§ 46. — Autres saints.
Les saints par ailleurs ne manquent pas durant l'iconoclasme qui ne jouent aucun rôle marquant dans la querelle des images : le métropolite André de Crète (f 4 juillet 740) se fait surtout connaître comme orateur et mélode ^ ; l'archevêque Georges d'Amastris s'illustre comme pasteur à la fm du viii« et au commencement du ix^ siècle ; le propriétaire Philarète de Paphlagonie sème les aumônes dans sa province et dans la capitale où sa petite-fille Marie est montée sur le trône impérial (-]- 792) ; le fonctionnaire Eudocime remplit sagement de hautes fonctions avant de mourir à trente-trois ans sous Théophile; la veuve Anne de Constantinople se déguise en moine Euphémien et reconstruit vers 790 le vieux couvent des Abrahamites.
D'autres saints, tout en souffrant pour les icônes et en conquérant le titre d'homologètes, veulent plutôt être considérés comme de simples confesseurs. Homologètes et confesseurs peuplent surtout le district monastique formé par l'Olympe de Bithynie et ses environs au sud-est de la Propontide. Brille là d'un éclat très vif l'ermite saint Joannice le Grand (j- 3 novembre 846), dont un disciple, saint Pierre le Patrice, ira bientôt édifier Constantinople et y mourir (-j- 1*' juillet. 854). Un ami de Joannice, saint Pierre d'Atroa, multiplie les miracles au monastère Saint-Zacharie. Les Symboles, sans parler d'un saint Timothée mal connu, paraissent jouir d'un saint Théostéricte sous Théophile.
1. s. Vailhé, Saint André de Crète, ôslii^. Ech. d'Orient^ t. V, p. 378-387.
A Pélécète, illustré par les trente-huit martyrs de 766, le bâton liégouménal passe successivement entre les mains d'un autre saint Théostéricte, d'un saint Hilarion et du saint Macaire déjà signalé. Khénolaccos, fondé par saint Etienne au début de l'iconoclasme, compte plus tard parmi ses hégoumènes le silicien saint Méthode, patriarche de 843 à 847. Tri^lia, à cinq minutes de Khénolaccos, a un autre saint Etienne qui souffre pour les images sous Léon V. Médikion, qu'un saint Nicéphore construit ou restaure vers 780, grandit sous l'économat de saint Athanase et le supériorat de saint Nicélas (-[- 3 avril 824). Au couvent des Agaures, gouverné par saint Grégoire en l'an 800, commande son neveu saint Eustrate qui vivra jusque sous le patriarcat de Photius. Saint Nicolas, frère d'Eustrate, dirige les Autels d'iilie.
Gardez-vous de confondre Grégoire des Agaures avec saint Grégoire le Décapolite, compatriote de riiomologète Procope, peut-être aussi de l'homologète Basile, en tout cas père spirituel de saint Jean et de saint Joseph l'Hymnographe. Ne le confondez pas davantage avec saint Grégoire du cap Acritas, moine Cretois amené de Rome par saint Michel de Synnades en 811 ou 812. Grégoire le Décapolite meurt à Constantinople le 20 novembre 842; Grégoire d'Acritas expire sur la rive nord du golfe de Nicomédie vers la même date.
Loin de Constantinople et du mont Olympe, les têtes auréolées sont moins nombreuses. Celle de saint Jean de Gothie brille seule, de 755 à 790 environ, parmi les peuples à demi barbares fixés au nord du Pont Euxin. 11 existe pourtant dans la Palestine une maison religieuse singulièrement féconde : c'est la laure Saint- Sabas. Le fameux Jean Damascène habite là et il y meurt dès avant 753. Saint Cosmas, frère adoptif du
grand docteur, y compose de pieux canons jusqu'à son élévation sur le siège épiscopal de Maïouma; saint Etienne le thaumaturge, neveu du même docteur, y multiplie les prodiges jusqu'à sa mort [f 2 avril 794). La cellule d'Etienne le thaumaturge voisine, à Saint- Sabas, avec celle d'un autre saint Etienne, hagiographe et mélode, qui lui survit de quelques années. Entre les deux fleurit saint Michel le Syncelle, moine sabaïte depuis 786 et maître spirituel des frères Théodore et Théophane depuis 800. Douze ou treize ans plus tard, quand ils partent avec Michel pour le voyage qui doit prendre fin sur le Bosphore, les deux futurs Grapti laissent derrière eux, mort ou vivant, leur père saint Jonas devenu sabaïte et prêtre. Est sabaïte aussi le saint Théodore qui achève sa carrière au milieu du IX® siècle après quelques années passées à la tête de l'Église métropolitaine d'Édesse, Et n'oublions pas les martyrs sabaïtes déjà signalés : Christophore le 14 avril 789, vingt moines le 20 mars 796, divers autres en 809.
§ 47. — La littérature iconoclaste.
C'est parmi les saints, parmi les homologètes des VIII' et IX* siècles, que l'on trouve les principaux auteurs de l'époque. Il fallait en effet défendre l'orthodoxie, non seulement en souffrant pour elle, mais aussi en écrivant, car les iconoclastes, si portés qu'ils fussent à s'appuyer sur le glaive, ne manquaient cependant pas de recourir parfois à la plume pour répandre leurs erreurs.
Rien malheureusement ne reste de leurs productions littéraires, ou presque rien. Et la chose est facile à comprendre. D'une part, le neuvième canon de 787 réappliqué en 843 fit une obligation de remettre tous
les volumes iconoclastes au patriarcat ^ et là, après en avoir déposé une ou deux copies dans la bibliothèque, on s'empressa évidemment de détruire tous les autres exemplaires. D'autre part, une fois l'iconophilie définitivement triomphante, il ne se trouva personne parmi les Byzantins pour conserver les élucubrations dirigées contre les saintes icônes. Si nous connaissons encore quelques-unes des œuvres hétérodoxes de l'époque, c'est grâce aux mentions ou aux citations que les ouvrages catholiques en ont faites en les réfutant.
La très longue définition dogmatique du conciliabule assemblé par Constantin V en 753 se lit dans les actes du VII® concile œcuménique; celle, plus courte, du synode réuni par Léon V en 815 figure dans un des ouvrages de saint Nicéphore ^. Ce sont là deux pièces de la plus haute importance. Pour en préparer la rédaction et en justifier la teneur, les deux princes avaient eu soin de faire grouper sous forme de chaîne tous les textes de la Bible et des pères susceptibles d'étayerleur doctrine. Les théologiens de cour chargés de cette besogne en 752 s'en acquittèrent avec plus de zèle que de scrupule, ne reculant même pas devant le métier de faussaires. Aussi, en 814, les deux futurs patriarches Antoine et Jean eurent beau remuer ciel et terre, ils ne réussirent à mettre la main que sur des glanes insignifiantes. Ces deux recueils de ^r^^eiç, grâce à la très large diffusion qu'on en fit, jouirent d'une certaine vogue jusqu'en Occident. N'est-ce pas dans l'un d'eux que Charlemagne puisa les principaux arguments de ses livres carolins^, à commencer par l'histoire apocryphe de saint Épiphane de Chypre?
i. Syntagma, t. H, p. 58:».