‹ L'Église byzantine de 527 à 847Chapitre 60 sur 270 · Vit. Dosithei, n · texte numérisé non relu

Vit. Dosithei, n

est connu que jouait la mosaïque dans les somptueuses maisons gréco-romaines : appliquée rarement à la décoration des parois, elle servait d'une manière courante au pavement des cours, des parvis et des salles. Dans les églises byzantines, au contraire, la mosaïque tend à quitter le sol. Elle ne l'a pas encore abandonné complètement au vi' siècle, surtout en pays syro-palestinien, et la preuve nous en est fournie à Madaba, dans la Transjordane, par l'œuvre originale où un mosaïste de cette époque étendit sous les pieds des fidèles toute une carte de l'Egypte et de la Terre Sainte. Mais enfin, et depuis Constantin déjà, la mosaïque préfère briller aux coupoles et sur les murs.

Les sujets qu'elle traite sont ceux-là même que traite la peinture. A Ravenne, par exemple, l'église Saint-Vital terminée en 547 unit les scènes du passé à celles du présent : on y remarque Abel et Melchisédech offrant leur sacrifice, Abraham hébergeant les anges, Isaac immolé par son père. Moïse gardant ses troupeaux et posant sa chaussure devant le buisson ardent, Moïse encore recevant les tables de la loi; mais l'on y remarque aussi Tévêque fondateur qui offre son église au Christ, et l'on y remarque surtout Justinien et Théodora qui s'avancent au milieu d'une cour brillante, les mains chargées de présents. Ces grandes compositions, celles moins importantes qui les entourent, d'autres conservées ailleurs permettent de juger les mosaïstes du VI* siècle. Ce sont au point de vue technique des maîtres habiles et d'un goiU très sûr; avec un petit nombre de couleurs simples et franches, qu'ils opposent violemment sur un fond de bleu intense ou d'or éclatant, ils obtiennent tout ce qu'il faut pour une œuvre destinée à être vue de loin, c'est-à-dire un ensemble où la distance dépouille les heurts de toute dureté choquante, mais où la vivacité des tons mis en contraste

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vaut aux figures de s'accuser vigoureusement et de s'enlever comme en relief. Peut-être, au point de vue de l'ordonnance, y a-t-il quelque excès dans la recherche de la symétrie et dans l'immobilité hiératique des poses, mais ici encore il faut admirer le soin où sont les artistes de ne pas entasser leurs personnages et de prêter à chacun d'eux cette majesté sereine qui sied si bien aux maîtres de la terre et aux triomphateurs des cieux. Quant à l'uniformité des œuvres, quant à l'incessante répétition de scènes identiques et de sujets analogues, n'est-ce pas la nature même de la décoration religieuse et l'esprit essentiellement traditionaliste de rÉglise orientale qui l'imposent aux mosaïstes du VI* siècle, aux peintres et aux sculpteurs aussi, et pareillement à tous les représentants des arts secondaires ?

§ 39. — Arts secondaires.

Ces derniers veulent être signalés à cette place, bien qu'ils se tiennent sur la limite où l'art se distingue mal de l'industrie. En effet, qu'ils soient calligraphes ou miniaturistes, qu'ils travaillent l'ivoire ou l'or, qu'ils historient même des étoffes, ces gens concourent puissamment à la décoration des édifices du culte en les dotant de livres et de meubles liturgiques, de vases et d'ornements sacrés.

Pour leur part, les calligraphes préparent les rouleaux liturgiques, les lectionnaires, les bibles, les psautiers, les recueils d'offices et de pièces hagiographiques. Patiemment, au fond des couvents qui abritent leur existence, ils sillonnent le parchemin d'une main ferme et sobre et leurs pages les mieux remplies, tout en occupant les yeux longuement, ne les fatiguent pas.

A L ECRAS£iMEINT DE LA PERSE. «

D'ailleurs, pour le plaisir de ces yeux, les miniaturistes ajoutent ici et là de charmantes compositions, tantôt créant eux-mêmes leurs sujets, tantôt les copiant sur des miniatures antérieures, sur des fresques ou des mosaïques. L'évangéliaire d'Echmiadzin, Tévangéliaire de Rossano, la bible syriaque de Florence, qui fut terminée par Raboula en 586, tels sont les principaux manuscrits illustrés de l'époque. On peut en rapprocher quelques autres monuments : la Genèse de Vienne, un peu antérieure à Justinien ; le Josué de la Vaticane, point écrit avant le vii« siècle, mais reproduisant des miniatures plus anciennes ; deux ou trois exemplaires de Cosmas Indicopleuste copiés, croit-on, sur un original du vi* siècle. Dans ces œuvres, où romementation animale, végétale et architecturale tient souvent une grande place, presque toutes les scènes traitées dérivent directement des livres saints et beaucoup, sur le nombre, ne manquent ni de vérité ni de grâce.

Un éloge aussi est dû aux ivoiriers. Comme leur travail réclame plus de patience et de dextérité que de hardiesse et de vigueur, ces artistes échappent à la décadence où tombent les sculpteurs sur marbre et produisent des œuvres réellement exquises. Ce sont des diptyques, des couvertures d'évangéliaires, des trônes épiscopaux. Qu'il suftise de citer le fauteuil de l'évêque Maximien à Ravenne, dont il reste encore dix-huit bas-reliefs avec saint Jean-Baptiste, les quatre évangélisles et différentes scènes empruntées à la vie du Christ et à l'histoire de Joseph. Peut-être les orfèvres ne le cèdent-ils pas aux ivoiriers. On ne peut l'affirmer pourtant, car les objets d'art sortis de leurs mains ont disparu au cours des siècles, victimes de l'humaine cupidité. 11 est certain du moins que les besoins d'un culte chaque jour plus riche et plus gran-

diose font la part très belle aux orfèvres de Byzance. Épris des mêmes idées de magnificence que Justinien, avides comme lui de faste et de luxe, les Byzantins qui admirent Sainte-Sophie entendent que les églises bâties à leurs frais ou dotées par leurs soins se rapprochent autant que possible de ses éblouissantes splendeurs. Or, à Sainte-Sophie, Tautel de 537 défie l'imagination par sa richesse : une table d'or, rehaussée d'émaux et semée de gemmes. Au-dessus de lui, porté par quatre colonnes en argent doré, s'étend un ciborium étincelant qu'une grande croix d'or surmonte. La barrière est en argent massif qui marque la limite du sanctuaire. L'ambon debout au centre de l'édifice est une folie de prodigalité où l'or, constellé de pierres précieuses, enchâsse des marbres infiniment rares. Jugez après cela si l'on se montre avare dans les pièces d'orfèvrerie proprement dite, dans les vases sacrés, dans les encensoirs, dans les objets du luminaire.

L'art ou, si Ton préfère, l'industrie des tissus historiés mérite une mention pour les sujets pieux qu'exhibent, tantôt peints et tantôt brodés, les étoffes de luxe. L'usage pour les riches chrétiens de porter des vêtements ainsi décorés se constate dès le iv« siècle et continue aux siècles suivants : dans la mosaïque de 547, à Ravenne, les mages s'étalent avec leurs présents au bas de la robe de Théodora. A plus forte raison trouve-t-on de pareils sujets sur les ornements sacerdotaux, sur les voiles et les rideaux qui pendent aux portes des églises, sur les nappes qui recouvrent les pierres d'autel. Un de ces rideaux, signalé à Jérusalem par un pèlerin, représentait le Sauveur et ses douze apôtres. Une de ces nappes, offerte à Sainte-Sophie par Juslinien, montrait le Christ entre saint Pierre et saint Paul, le tout encadré par des scènes qui retraçaient les miracles de l'évangile ainsi que les

bonnes œuvres de l'empereur et de l'impératrice *. Tels sont, d'un mot, ceux des arts byzantins qui regardent les édifices du culte et leur mobilier. Mais plusieurs de ces arts, il faut le répéter, ne trouvent que très peu à s'exercer dans le grand nombre d'églises et surtout d'oratoires qui ne présentent ni aucun caractère ni aucun style.

§ 40. — Les sacrements.

Dans les oratoires, comme leur nom le donne à penser, la prière seule est permise, nullement la célébration des saints mystères. A plus forte raiscn est-il interdit d'administrer la plupart des sacrements à domicile, hors de tout sanctuaire. Le concile tenu àConstantinople en 536 n'a pas assez de réprobation pour les hérétiques sévériens coupables de baptiser ainsi chez les particuliers ^,

Le baptême se confère de préférence aux grandes fêtes, par exemple aux solennités de Noël, de l'Epiphanie, de l'Ascension, de l'Assomption ^, surtout à Pâques, et il se confère par immersion triple dans un bassin tantôt monolithe et tantôt maçonné déjà nommé colymbétJira ^. On ne baptise parfois les enfants que durant leur seconde année, mais en revanche on les porte à l'église le quarantième jour après leur naissance'*. Le baptistère, ce lieu sacré où l'on « renonce à Satan, à ses pompes et à ses œuvres », est tenu en

1. Paul Sil., Sophia, v. 770 80-2; cf. Thkod. Stld., col. 181G«.

2. Nov. LVIU; CXXXI, 8; Vit. Joannis Elecm., p. 77; Mansi, t. Vni, col. 8î),';«, 898*, 893», 91S«, 9G8".

3. Breviar., p. 9; Chronograph., a. 6104, 6105; Malalas, col. 659»; Bar- SANUPIIE, p. 377, 378.

4. Vit. Euthymii, p. »ÎJ; MoscHus, col. 3108; Vit. Eutychii, n.8, 44. «. Vit. m Symeonis Thaumastor., n. 6, 9.

si grand honneur qu'il est défendu aux simples catéchumènes de s'en approcher ^ Durant la cérémonie baptismale, le néophyte est assisté de son parrain appelé anadoque ou syntecnos ^. Encore vers 600 à Alexandrie, encore en 620 à Jérusalem, le nouveau baptisé s'habille de blanc pendant huit jours ^.

Du baptême n'est point séparée la confirmation. Celle-ci pourtant constitue une cérémonie particulière et s'administre seule à presque tous les hérétiques, dûment baptisés, qui reviennent à l'orthodoxie, et cela bien qu'ils l'aient déjà reçue en recevant le baptême dans leur propre secte. La forme en est de quelques mots à peine : « Sceau du don de FEsprit-Saint ». Cette forme accompagne les onctions faites en forme de croix, avec le saint chrême, sur le front, les yeux, les narines, la bouche et les oreilles.

Depuis le patriarcat d'Atticus nul ne parle plus de pénitence publique, tout au moins à Constantinople ; mais la pénitence secrète existe, et l'on commence, dans le but d'en faciliter au prêtre le ministère, à rédiger des manuels qui indiquent la satisfaction requise pour chaque sorte de péchés. Le plus ancien livre connu de ce genre est le pénitentiel qui porte le nom du patriarche Jean IV le Jeûneur. Dans k même ordre d'idées, notons la loi du 15 mars 559 qui enjoint aux sodomites de Constantinople d'aller avouer leur crime au patriarche avant les fêtes pascales pour recevoir de lui giiérison et salut. Notons aussi que saint Jean l'Aumônier placé devant une femme qui n'ose dire son péché de vive voix lui permet de l'indiquer par écrit ^.

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