DOROTHEE, col
dans la maison maternelle vers 550. Cet enfant pousse l'esprit de silence jusqu'à ne pas proférer un seul mot durant la première et la quatrième semaines du carême, lesquelles, avec la semaine sainte, sont encore, comme aux siècles précédents, plus austèrement gardées que les autres ^ .
Pendant les sept semaines, d'ailleurs, et même pendant la semaine de préparation qui précède, l'abstinence de la viande est complète et l'on n'en trouve plus en vente nulle part. En 546, année où le 14 de nisan tomba le dimanche 1®'" mars et où le peuple de Constantinople s'entêta, malgré Justinien et l'usage universel , à ne point retarder Pâques de huit jours , ces quartodécimans d'un nouveau genre se trouvèrent dans l'impossibilité absolue de faire gras pendant leur soi-disant semaine pascale et, furieux, causèrent une émeute qui faillit dégénérer en révolution 2.
Pour les moines, l'abstinence est perpétuelle. Elle varie d'austérité, hors de la vie cénobitique, avec le degré d'ascétisme atteint par chacun. Un jour 3, dans un couvent de femmes qui hébergeait Daniel le Scétiote et son disciple, la supérieure et l'assistante prirent place à table avec leurs deux hôtes. A Daniel, elles servirent quelques légumes simplement bouillis, quelques herbes crues, quelques dattes et de l'eau; à son compagnon, elles offrirent des lentilles assaisonnées, du pain et du vin trempé; quant à ellesmêmes, elles se partagèrent divers mets succulents, avec du poisson et du vin pur. Daniel trouva la chose mauvaise et, le repas fini, voulut gourmander la supérieure. Mais celle-ci reprit aussitôt : « Moine, nous
i. Vit. Euthymii, p. 12, 14, 49, 69; Vit. Cyriaci, n. îi; Vit. Sabee, n. 10, 22; Vit. Hypatii, p. 27, 54, 59; Vit. Theodori Sy/f., n. 10, 27. -2. Malalas, col. 700»; Chronograph., a. 6038. y. Narrât. Danielis Scet., p. 24.
VOUS avons donné le menu des moines; voire disciple, nous l'avons traité en disciple de moine; quant à nous, pauvres débutantes, nous avons mangé comme telles. » Mais il est bien entendu qu'en temps ordinaire, dans le régime cénobitique, l'abstinence est la même pour tous. Les séculiers nourris dans l'enceinte des couvents, hôtes ou domestiques, sont tenus presque partout, eux aussi, à cette abstinence. Parfois cependant les fondateurs tolèrent l'usage de la viande pour les étrangers aux deux ou trois fêtes annuelles où le monastère attire un concours très considérable de pèlerins '.
§ 47. — Les fêtes chrétiennes.
Le jour de la prière, et de la prière joyeuse, est le dimanche. Après lui, pour la prière accompagnée de jeûne et de bonnes œuvres, viennent le vendredi et le mercredi : c'est à l'un de ces deux jours, au choix, qu'une loi de Justinien fixe la visite hebdomadaire des prisons prescrite aux évêques; c'est à l'un et à l'autre de ces deux jours que saint Jean l'Aumônier s'assied devant la porte de sa cathédrale pour écouter les plaintes de quiconque se croit lésé^. L'observation du dimanche comporte la fermeture des tribunaux, la suspension des exercices militaires ^ et le chômage des travaux champêtres ^ Les quelques anciens désireux d'assurer aussi ce dernier honneur au vendredi n'ont point réussi dans leur tentative, malgré le suprême effort que saint Auxcnce a fait en ce sens de-