DIOCÈSE DE JOLIETTE
Non loin de Montréal, vers le nord, dans la vallée du grand fleuve qui finit aux premiers mamelons des Laurentides, un patriote bâtit naguère une jolie petite cité à laquelle son nom fut donné : Joliette, (6,000 habitants). Sentinelle avancée de la colonisation à travers les montagnes, on crut qu'il était temps de fortifier et de régulariser son action en lui donnant un évêque, 27 janvier 1904.
C'est que, en effet, le colon canadien, moins heureux que l'émigrant étranger qui s'installe dans les prairies de l'Ouest, doit conquérir péniblement le sol qu'il convoite sur la montagne et la forêt : deux ennemis que lui seul a le courage d'affronter.
Et encore faut-il que le prêtre l'accompagne et se fasse lui-même colon. Ce fut toujours l'honneur de
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notre clergé d'être demeuré chef de peuple, et de ne s*être point confiné timidement dans les seules occupations du ministère spirituel. Un protestant rendait naguère hommage à cette action du sacerdoce, en affirmant, en style d'homme d'affaires, qu'un évêque dans un district, valait trois chemins de fer. N'empêche que l'on attend avec impatience, dans le diocèse de Joliette, l'ouverture de la voie ferrée à travers les Laurentides qui doit ouvrir à la colonisation une vingtaine de paroisses.
PROVINCE ECCLÉSIASTIQUE DE MONTRÉAL
Diocèses Pop. totale Catholique Française
Montréal 528,059 434,498 386,330
St-Hyacinthe 127,331 111,156 109,641
Sherbrooke 113,753 71,693 68,153
Valleyfield 71,777 59,190 52,710
Totaux 840,920 676,537 616,834
Montréal 669,875 515,887 447,974
St-Hyacinthe 128,503 115,463 114,306
Sherbrooke 130,571 88,574 84,949
Valleyfield 67,803 56,086 51,838
Joliette, (1) 64,733 63,554 62,453
Totaux 1,061,485 839,564 761,520
(1 ) Détaché de Montréal en 1904.
Observation. 1° — Dans cette décade la population de cette province ecclésiastique s'est accrue comme suit : non catholiques, 57,538 ; catholiques non français, 18,341 ; français, 144,686.
2" Population de Montréal, de Maisonneuve et autres faubourgs, environ :
Protestants 88,000
Juifs 28,000
Divers 3,000
Total, non catholiques 119,000
Belges, Italiens, Polonais, Allemands, Autrichiens, Irlandais, Écossais, Anglais, etc., catholiques Ru-
thènes et Orientaux, etc 56,000
Français 314,000
Total, catholiques 370,000
Population totale 489,000
PROVINCE ECCLÉSIASTIQUE D'OTTAWA
Cette province est située, mi-partie, dans la province civile et catholique de Québec, mi-partie dans le protestant Ontario.
Lorsque, vers le milieu du siècle dernier, la province d'Ontario prit, grâce à l'émigration anglosaxonne, les merveilleux développements qui l'ont placée à la tête des provinces de la Puissance, l'on pensa un instant que l'avenir du catholicisme y serait lié aux destinées des fils de l'Irlande. Et cette opinion était fondée sur des faits, puisque, de 1830 à 1860, plus de deux cent mille catholiques de cette nationalité s'y établirent. Mais le sort a voulu que, depuis, le mouvement qui poussait ces émigrants sur nos plages ait presque complètement cessé. Des
— séjours meilleurs ont lui pour la malheureuse Irlande, et le peuple martyr se rattache au sol chéri de la patrie.
Il est donc providentiel que les Canadiens-français aient commencé d'entamer l'Ontario par toutes ses frontières, du nord au sud, de l'est à l'ouest, et que la fécondité de la race remplisse les vides créés par la stérilité volontaire de beaucoup de familles protestantes. C'est ainsi que la vieille forteresse orangiste tombera avec le temps au pouvoir des papistes.
La province d'Ottawa comprend les diocèses d'Ottawa, de Pembroke, du Temiscamingue et de Mont-Laurier.
1° DIOCÈSE d'oTTAWA
De toutes les villes canadiennes nulle n'est plus élégante et plus artistement bâtie que notre capitale fédérale. Ottawa, en effet, avec ses larges rues asphaltées, bordées d'érables, ses chalets aux fines pelouses, son fleuve superbe, (( chapelet dont les grains sont des lacs et la chaîne des rapides )), ses palais, ses ministères, son parlement, qui ne craignent pas la comparaison avec les plus beaux monuments de Londres et de Paris, ses squares, ses boulevards, ses rivières, ses canaux, mérite assurément d'être appelée sans raillerie la Washington du nord. Et, quoique les protestants par leur richesse y tiennent le haut du pavé, les catholiques, grâce à leur nombre et à l'ardeur de leur foi, imposent à tous le respect pour leurs croyances.
Ottawa (87,000 habitants) fut longtemps, sous le nom de Bytown, un simple dépôt de chantiers, un
rendez-vous de voyageurs. Sa prospérité date du jour où la reine Victoria la choisit, 31 décembre 1857 pour capitale de la Confédération dont on posait alors les bases. Mais, depuis déjà dix ans, elle avait été érigée en diocèse. Mgr Bourget, dont Tceil observateur perçait les ténèbres de l'avenir, avait prévu sa splendeur prochaine. Il voyait avec douleur les meilleures terres du pays tomber entre les mains des protestants, faute de prêtres pour diriger là nos colons. Il obtint donc que, le 25 juin 1847, Mgr Guignes, Provincial des Oblats, congrégation récemment arrivée au pays, fût mis par le Saint-Siège à la tête du nouveau diocèse.
Cet homme apostolique commença son œuvre avec six prêtres séculiers, quelques religieux oblats et trente-deux mille fidèles. A sa mort le diocèse comptait 96,000 catholiques.
Dès 1882, son successeur, Mgr Duhamel, éprouvait le besoin de se décharger sur les épaules d'un collègue d'une partie de son immense territoire ; en 1886, 8 juin, la Province ecclésiastique d'Ottawa fut créée en même temps que celle de Montréal ; en 1889, l'Université catholique recevait de Rome ses lettres d'érection canonique ; enfin, le 27 septembre 1908, la fondation du Vicariat apostolique du Témiscamingue consacrait définitivement l'autonomie de la nouvelle Province.
Le diocèse d'Ottawa est aujourd'hui, sans conteste, après Québec et Montréal, le plus important de la Puissance.
Cette Province ecclésiastique est établie, à cheval, des deux côtés de l'Ottawa, sur les provinces civiles de Québec et d'Ontario. Une telle disposition paraît étrange, au preinier abord, mais elle s'explique et
— assemble providentielle lorsqu'on réfléchit à quels besoins elle répond. Pour favoriser l'invasion pacifique des Canadiens catholiques dans l'Ontario protestant ne fallait-il pas unité de vue dans la direction et abondance d'instruments dans l'exécution ? Et le succès a bien prouvé la sagesse du plan, puisque, aujourd'hui, les comtés de Prescott et de Russell, le comté de Nipissing, et les territoires du Nouvel Ontario sont conquis complètement à notre foi, ou en bonne voie de l'être. Dans la ville même d'Ottawa, sur une population totale de 87,062 habitants, on compte 43,245 catholiques, dont 26,732 sont français.