‹ L'Église catholique au dix-neuvième siècleChapitre 10 sur 23 · LA AE HE · texte numérisé non relu

LA AE HE

sans jamais la trouver ; quand, traînées de secte en secte, fatiguées et découragées elles se jettent à genoux et s'écrient : Ô Dieu ! ayez pitié de mon âme et envoyez-moi votre ange pour m'éclairer, l’église catholique se présente à elles, une, sainte, forte, immuable, la même partout et dans tous les âges, avec son infaillible autorité. C’est ce que le cardinal Gibbons appelle l’affraction de l'église catholique.

Cette évolution des âmes protestantes vers l’église catholique est d'ailleurs hâtée par d’autres circonstances.

Des échos puissants du mouvement d'Oxford ont traversé les mers et se propagent jusque dans les profondeurs du pays. De même qu’en Angleterre, le ritualisme a complètement métamorphosé l’église épiscopalienne des États-Unis. Le pasteur s'appelle prêtre ou père, et ce prêtre dit la messe, entend les confessions, distribue les communions et, à part l’infailibilité du Pape, prêche toutes les doctrines catholiques et établit de tous côtés des couvents de religieuses et des communautés de moines, comme celles de Sainte- Croix, de Nazareth et des Cowley Falhers d'Oxford, qui ont, aux États-Unis, plusieurs maisons (1).

(1) Le P. Mathurin, célèbre converti et prédicateur à Londres, a été longtemps Cowley Father aux Etats-Unis: Noustenons ce détail de sa bouche. Les autres faits nous

A lui seul, ce phénomène curieux nous promet toute une moisson de convertis d'élite et nous avons comme un gage de cette promesse dans un autre fait que nous signale un prêtre américain : le séminaire protestant de Chicago est devenu une pépinière de prêtres catholiques et on peut en dire autant de plusieurs autres séminaires protestants.

En dehors même de ces raisons particulières d'espérer, l'Église catholique, comme le dit l’illustre converti Brownson, éveille chez les Américains de profondes sympathies.

« Il ne faut pas s’y tromper, dit-il, la multitude et l’extravagance des sectes ne doit pas nous faire prendre le change : sous cette écorce épaisse d'erreurs et de préjugés, bat le cœur américain, respire l’âme américaine avide de connaître et d’aimer tout ce qui est beau, grand, fort et harmonieux ».

« Or, l'Église catholique est tout cela et fascinera facilement l’âme américaine ; mais à une condition, c’est que celle-ci ne dissimule rien de ses dogmes, de ses rites, de ses sacrements, de son autorité, de sa liturgie. Car, en vérité, tout cela est nécessaire à l’âme américaine pour la nourrir et pour satisfaire son besoin d'admirer et d'aimer ».

« Donc, conclut Brownson, moins de ces controverses ardues et irritantes et, en re-

les devons à desconvertis américains des classes les plus élevées et dont personne ne récusera le témoignage.

vanche, que l’Église catholique se montre dans toute l’ampleur et la forte liaison de ses dogmes, dans sa magnifique unité doctrinale, dans sa morale, dans la beauté de sa liturgie, dans la vigueur de sa discipline ! Tertullien parle quelque part de l’âme naturellement chrétienne, eh ! bien, si j’osais, je dirais que le peuple américain a une âme naturellement catholique (1) ».

« Les Américains, dit encore Brownson, sentent d’instinct que le Protestantisme est par sa nature, au point de vue intellectuel, une école d’anarchie et, qu’au point de vue moral, il est impuissant à créer dans un peuple les vertus sans lesquelles un gouvernement républicain va forcément à la dérive. Il peut avoir de belles inspirations sur les lèvres et dire parfois des choses fort justes, mais sa parole sèche et sans onction ne va pas pas au cœur, . ne régénère pas l’homme et ne dompte pas ses passions. Il n’a jamais produit un saint et les vertus qu’il se vante de faire germer, ressemblent trop à celles des héros de Plutarque. Il loue la Bible et passe son temps à étudier les classiques grecs ; il se targue de spiritualisme et n’a que des formules vides et froides, de vrais linceuls ! Pendant trois cents ans, il s’est montré ardent à niveler et impuissant

(1) Brownson’s Quarterly Review, avril 1835, Questions of the soul.

à rien construire. Ce qu'il a de bon, il l’a emprunté aux âges de foi, comme certaines de ses liturgies, bribes de la liturgie catholique ! Ses créations à lui, sont des bulles de savon ! Jamais il n’a su s'imposer à la nature et dire aux passions révoltées : taisez-vous ! Il endort la conscience par des formules de foi et de piété, il caresse la vanité et nourrit l’'orgueil par ses professions libérales ; mais il laisse les passions régner en maîtresses et son client devient leur esclave. Il ne sait ni dompter ni régénérer l’homme. En fait, sa civilisation n’est qu'un paganisme raffiné. Ce n'est pas qu'il n’enseigne beaucoup de vertus chrétiennes, n’écrive de bons livres et ne prêche de bonnes choses ; mais tout cela laisse les foules affamées, car il ne leur donne pas le pain de vie. Et comment le donneraitil, puisqu'il ne l’a pas? puisque, de son propre aveu, sur son autel ou plutôt sur sa table, il n’en a que l’ombre et le fantôme » (1).

Brownson termine en disant: « Des cenlaines de mille de nos concitoyens, bien que peu favorables au catholicisme, se rendent compte de ces impuissances du Protestantisme el les déplorent. Hundreds and thousands Among us see this el deplore it. They see the impotlency of Prolestantism. Eh bien ! ces réflexions qui viennent à l’esprit de tous les

(1) Brownson’s essays. — Naïive Americanism.

protestants intelligents, font la force et l’influence du catholicisme.

Ces leçons pénétreront les masses d'autant plus facilement que, partout, l'Église catholique aux États-Unis s’est fait une auréole de miséricorde et de tendre charité que personne ne lui conteste.

De l’aveu de tous, la charité protestante est cent fois éclipsée par les œuvres catholiques qui ont un cachet inimitable de largeur, de dévouement, d’abnégation, de tendresse et de stabilité. Les américains en sont très frappés et nulle part plus que chez eux, la sœur de charité n’est populaire et toute-puissante (1).

« L'Église protestante, dit le Vew-York Herald du 7 février 1876, est par trop aristocratique et elle accuse les différences de rang, au lieu de les atténuer. Le dimanche est le jour où les classes se séparent le plus. Ce jour-là vous voyez le pauvre cheminer vers sa misérable chapelle dans son faubourg enfumé, tandis que les riches en superbe équipage se rendent à la somptueuse église où ils offrent à Dieu leurs prières parfumées ». Les catholiques ont aussi de belles églises, mais le pauvre ya sa place gratuite, près du riche qui paie son banc ; et tous deux se retrouvent à la même table, pour y recevoir leur

(1) Cf. Claude JaneT, Les États-Unis contemporains, 2 vols in-12. Plon.

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Dieu. Quelle différence avec l'Église protestante !

Notre dernier motif d'espérance c’est la ferveur et la générosité des catholiques américains. Une église qui pratique ‘sa religion, dit M. le Vte de Meaux, comme je l’ai vu pratiquer dans une foule de paroisses prises dans les villes ou à la campagne, qui en outre entretient largement ses 12000 prêtres, construit dans un an jusqu’à 259 églises, dépense cent millions pour ses écoles primaires et soutient dans chaque ville avec magnificence ses œuvres de charité, de manière à frapper les protestants d’admiration, cette église-là « a certainement un bel avenir devant elle » (1).

Le peuple américain, nous voulons l’espérer, qui a si généreusement octroyé à l'Église catholique la liberté la plus large, en sera récompensé dans un avenir prochain par le don de la foi et la foi lui épargnera les fléaux qui châtient les peuples apostats.

Douze ans avant le concile du Vatican, en 1858, le neuvième concile de Baltimore disait

(1) Sur les sommes énormes dépensées annuellement par les catholiques américains en institutions de charité, consulter :

1° Nos statistiques. 2 De Meaux, l'Église catholique et la liberté aux États-Unis. 3° C1. JANET, les États-Unis. 4 Pastoral letter for the centenary 1889 — Sadler’s directory 1880.

En 1889, quatre évêchés furent érigés, et 158 églises furent achevées ou commencées. À New-York, les contributions annuelles de la charité catholique montent à 4 millions de francs (de MEAUXx, p. 2%).

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dans sa lettre d'envoi au Souverain Pontife : « St jamais on a senk le besoin d'une autorité qui décidât el d’une chaire où la vérité fat à l'abri de l'erreur, c’est aux États-Unis ».

« Ceux qui sont nés el ont grandi au sein du catholicisme, ne se doutent pas de la gravité des maux que le Dieu des miséricordes a voulu écarter de son Église en instituant la primauté de Pierre et de ses successeurs. Ces maux, ici, en Amérique, nous ne les voyons pas seulement, nous les louchons du doigt. »

À un autre point de vue, les américains ont parfaitement compris que cette autorité n’étouffe jamais l’initiative privée qu'ils adorent.

En effet, plus l'autorité est forte, moins les écarts individuels sont à craindre, puisque le remède est toujours là : on peut donc laisser à l'initiative individuelle tout son jeu, sans s'inquiéter outre mesure d’écarts momentanés.

En terminant cette étude, nous tenons à le déclarer, nous n’avons jamais songé à présenter la situation de l'Église catholique aux États-unis comme un idéal ; loin de là. Mais en même temps nous voyons dans les progrès de l’Église, en ce pays, malgré tant d’obstacles accumulés, une des plus éloquentes lecons que nous puissions méditer.

Dans une situation sans exemple, et qui fut souvent périlleuse, entourés de populations souvent hostiles, les catholiques américains n’ont désespéré ni de l'Église, ni d'eux-mêmes.

Sans jamais réclamer autre chose que le droit commun, sans rien demander à l'État, et par le simple jeu des libertés communes et surtout par la liberté d’association, ils se sont fait une situation digne d’envie. N’insistons pas sur l’enseignement qui se dégage de ce grand exemple.

L'Église catholique aux États-Unis jouirat-elle longtemps de la pleine liberté qui fait sa force? Quand ses enfants plus nombreux feront sentir leur puissance en jetant leur vote dans l’urne, les partis et les protestants ne se coaliseront-ils pas contre elle pour lui faire payer ses succès par la persécution ? C’est le secret de Dieu ; mais ce que nous savons, c’est que cette crise, si elle éclate, ne fera que la développer en la purifiant, et en suscitant en elle ces énergies cachées et ces ressources inespérées que toutes les persécutions révèlent dans l’Église de Dieu.

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