‹ L'Église catholique au dix-neuvième siècleChapitre 3 sur 23 · SAINTE-BEUVE · texte numérisé non relu

SAINTE-BEUVE

(3) Cité par M. TaurEAu-D'ANGIN, Renaissance du Catholicisme en Angleterre.

(4) Stalesman’s year Book.

(5) Cf. l'Allemagne religieuse par Goyau. Le correspondant du Times cité par le Tablet 18 oct. 1902, nous apprend de curieux détails sur la Pologne prussienne.

unie ; nulle part elle n’a fait plus de progrès qu’en Angleterre; tandis qu’à côté d'elle, rongées par les sectes qui pullulent et paralysées par une anarchie d'idées que rien n’arrêtera désormais, plusieurs religions rivales ne peuvent même plus prétendre qu’elles sont encore chrétiennes. Nous ne connaissons rien d’éloquent comme ces contrastes, qui servent à l'œuvre de Dieu d’ombre et de repoussoir, et la font d'autant plus admirer. Cantemus Domino quoniam magnifice fecit ! Pendant ce temps, dans toutes les sphères les plus grands hommes, éloignés d’abord du Christ, ont incliné leur génie devant lui, confessé sa divinité et suivi son Église. Napoléon I et Lamoricière, Ampère et Biot, Chateaubriand et Lacordaire, Tocqueville et Leplay, Littré, Augustin Thierry, Stolberg, Newman, Manning, Brunetière, Bourget, à côté des Cauchy, des Dumas, des Pasteur, des Faye restés toujours chrétiens, dédommagent magnifiquement l'Église de quelques apostasies et des bouderies de savants isolés et présagent un siècle où la science, de nouveau baptisée, s’entendra dire comme Clovis: « Fière infidèle, brale ce que tu as adoré, et adore ce que tu as méconnu » !

‘oi L'ÉGLISE CATHOLIQUE de EN ALLEMAGNE EN 1800 ET EN 1900

AU LE pol Ms

Dieu a fait de grandes choses dans son Église pendant le dix-neuvième siècle. Pour saisir toute la portée de cette proposition, il faut sortir des considérations générales et suivre en détail l’histoire des églises particulières.

La régénération de l’Église catholique en Allemagne est un des faits les plus remarquables du xix° siècle. En 1800, cette église était mourante : sans cesse balayée par les invasions françaises, désorganisée, ruinée par la guerre et d’ailleurs minée par le joséphisme, livrée à l'influence hostile de pouvoirs sceptiques, administrée par des prêtres sans vocation, elle paraissait vouée à une banqueroute prochaine, tandis que l’église Luthérienne, riche et puissamment soutenue, se promettait un avenir brillant.

(1) Consulter sur ces questions le bel ouvrage de Monsieur Goyau, l'Allemagne religieuse ; 2): les deux vol. du P. Wirmers, sur l’histoire ecclésiastique ; 3) : le Xirchenlexicon du cardinal HERGENRÔTHER, el son manuel de l’histoire de l'Église ; 4): Mazcocx, Doctrinal disruption.

Or, à la fin du siècle, contrairement à toute prévision, c’est l'église luthérienne qui s’effondre, tandis que l'Église catholique régénérée et rajeunie, nous étonne par sa vigueur. Contraste saisissant, dont je voudrais étudier les causes mystérieuses.

Monsieur Gabriel Monod écrivait récemment : le protestantisme n'est qu’une des formes religieuses de la libre pensée. I] faudra bientôt ajouter: une des formes religieuses du libre sentiment. Rien de plus vrai : Luther a remplacé l'autorité vivante de l'Église par l’autorité morte de la Bible, et ses fils l’autorité morte de la Bible par la raison. Voici maintenant que ses petits-fils disent à la raison : Taisez-vous et laissez parler le sentiment. C'est la logique des choses prévue par Bossuet: « On a trouvé moyen de dire que la foi commence par sentir les choses en ellesmêmes, et que, par le goût qu'on a pour les choses,on apprend aussi à goûter les livres où elles sont contenues. On accommode l’Écrilure à sa prélention, et on appelle cette prétention de son jugement une révélation de Dieu ». (1).

Les rationalistes du xvn° et du xvin° siècle

(1) Avertissement aux protestants.

admettaientencore certaines vérités communes à tous, comme l'existence de Dieu, l’autre vie et ses sanctions ; mais à partir de Kant, ces dernières colonnes menacèrent ruine. Si tout n’est qu’idée subjeclive, pour ne pas dire rêve, quoi d'étonnant que Lessing s’écrie : Ce n’est pas la raison, c’est le sentiment qui juge en dernier report : Laissez là la raison, qui n’est qu’une trompeuse et croyez-en votre cœur qui, lui, ne vous trompera pas ! Vous aimez Dieu et vous sentez que vous l’aimez et que vous lui êtes uni. Eh bien ! ce qui vous unit à lui, c’est la vérité religieuse. Voilà le dogme ! et comme le sentiment est infiniment variable, les formules du dogme le sont aussi. Kant a dit : Plus de vérité absolue, rien que la vérité subjective ! Lessing transporte au sentiment ce que Kant a dit de la raison etil conclut : Plus de vérité objective, rien que le sentiment subjectif ; il a inventé le Kantisme sentimental.

Schleiermacher y ajoute une nuance de Panthéisme : La religion, dit-il, c’est le sens intime de notre contact avec Dieu ; le sentiment religieux, c’est la conscience de cette fusion. Jésus plus que tout autre a eu ce sentiment et l’a propagé, et c’est pour cela qu’il est rédempteur. Croire en lui, c’est croire qu'il a eu cette conscience perpétuelle. Hégel définissait la religion : la conscience que Dieu prend de son être dans l'être fini ; Schleier-

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