‹ L'Église catholique au dix-neuvième siècleChapitre 5 sur 23 · RENE TAR · texte numérisé non relu

RENE TAR

Bientôt il devint impossible de dérober au peuple la vue de ce grand scandale, à savoir Papostasie de presque tout le clergé protestant. De toutes parts retentit ce cri: ils ne croient pas ce qu'ils préchent ! Des malades exhortés par les pasteurs, se tournent vers eux et leur demandent à brûle pourpoint:

Croyez-vous seulement ce que vous dites ?

Le résultat ne se fit pas attendre : de tous côtés apparurent les symptômes d’une apostasie nationale. Des millions d'Allemands ne mirent plus le pied au temple et ne firent plus baptiser leurs enfants. Ce phénomène explique la marche foudroyante du socialisme parmi les populations protestantes, pendant que les populations catholiques restent intactes.

Un témoin allemand écrivant dans une revue irlandaise, The Irish Ecclesiastical Record, de juin 1902, nous dit : les deux tiers des proleslants allemands ont abandonné leur for.

Dans un congrès de l'alliance évangélique de 1879, un pasteur allemand lut un rapport sur l’état du Protestantisme en Allemagne (1); on y voit ce qui suit :

« Partout la question se dresse devant nous:

quelle sera dans l'avenir la place du Christianisme dans la vie et dans les institutions sociales du peuple? Resterons-nous chrétiens, oui ou non? Mais en Allemagne le conflit est

(1) The Evangelical-Alliance. Edited by Rev. Murray. London, 1901. Cf. Pièces justificatives à la fin du vol.

devenu bientôt une lutte à mort. Le mépris de Dieu et de sa parole, l’antipathie contre le Christ et sa doctrine, la haine de l'Église n’ont jamais été si ouvertement professés...

Qui aurait jamais cru que le peuple allemand deviendrait à ce point adorateur de Mammon!

Qui aurait cru que la jeunesse allemande descendrait au niveau des Hôdel et des Nobiling? Les moyens que le Culturkampf a cru devoir employer ont produit l'effet opposé de celui qu'on cherchait: L'Église Romaine est intacte, et son unité plus compacte que jamais. Elle a sans doute reçu d’affreuses blessures, mais les coups les plus mortels à son adresse, ont atteint l’Église évangélique. Ainsi par exemple la loi sur le mariage civil a d’un côté révélé dans toute sa laideur la plaie des ménages irréguliers et de l’autre favorisé la tendance à se passer en tout du christianisme ».

Onavaitinutilement tenté d'enrayer le grand mouvement de scepticisme dont nous venons de retracer à grands traits le développement. Le pouvoir pensa qu'il pourrait au moins profiter des cadres de l’église officielle pour opposer au socialisme, dont les progrès l’inquiétaient, une barrière infranchissable.

C'était une illusion facile à comprendre.

En conséquence, au moment où Léon XIIT lançait sa bulle fameuse sur la condition des ouvriers, l'Empereur, le pape protestant, fit paraître la sienne. Seulement, à la différence

du Pape de Rome, il devait bientôt la retirer.

Il y prescrivait aux pasteurs de créer partout des cercles d’études pour désabuser et éclairer les socialistes. Deux cents cercles furent ouverts à grands frais; mais, Ô déception, sous l'influence des pasteurs, ils étaient tous devenus des foyers de socialisme !

I n’y avait qu'à faire machine en arrière, fermer les cercles et retirer l’ordonnance royale ; mais on le comprend, ce revirement n’eut pas lieu sans déchaîner une tempête.

Pendant plusieurs semaines, ce ne fut dans la presse protestante qu’un long cri de fureur. « Il faut en convenir, disait un des journaux les plus répandus, de pareïlles palinodies ne sont possibles que chez nous ; il ny a que nous à donner le spectacle d’une telle dissolution, tandis que l'Église catholique s’apprête à nous succéder » (1).

Pendant que le protestantisme allemand s'effondre, et que son substitut populaire, le socialisme doctrinaire, s’émiette en sectes rivales, le catholicisme allemand grandit | comme un géant.

Le spectacle inoubliable que nous a donné l'Allemagne catholique de 1872 à 1885, avec ses dix-sept millions de fidèles, étroitement

(1) Cf. Govau, l'Allemagne religieuse.

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