DENISE
unis à leurs prêtres, à leurs évêques et à leurs députés, contre la lyrannie d’un gouvernement sceptique et grisé de ses victoires, était pour surprendre ceux qui savaient l’histoire de l'Allemagne religieuse depuis un siècle.
Qui aurait pu deviner en 1800, ou même en 1830, que les sept millions de catholiques, dispersés à travers l'Allemagne par groupes épars sans cohésion, ni puissance, et abandonnés souvent par leurs propres évêques à l’influence d’erreurs dangereuses, deviendraient en 1871 cette masse compacte de dixsept millions de catholiques, si orthodoxes, si unis sous la main d’un clergé sans tache, et, politiquement, si savamment disciplinés par le centre, qui est maintenant, de l’aveu de tous, le plus puissant des partis allemands.
Comment cela est-il arrivé? Il n'est peutêtre pas inutile de Île dire.
Tout le dix-huitième siècle avait été pour l’église catholique, en Allemagne et en Autriche, une époque maudite; car dès 1711, l'épidémie gallicane et janséniste avait envahi ces pays, ainsi que la Suisse et les Pays-Bas, grâce à la connivence, pour ne pas dire à la trahison, des Princes évêques, et empoisonné l'esprit des hommes d'État.
À Louvain, l’enseignement erroné du janséniste Bernard d’Essen, avait attiré pendant quarante ans, au pied de sa chaire, nombre d'élèves des pays allemands et éveillé dans
ces contrées des échos sans fin. Le fameux Febronius, Nicolas de Hontheim, coadjuteur du prince évêque de Trèves et le tristement célèbre baron Dalberg, l’évêque illuminé et franc-maçon, furent ses élèves (1).
En 1763, Nicolas de Hontheim publia, sous le pseudonyme de Febronius, son ouvrage de statu Ecclesiæ et de legitima potestate Romani Pontificis ; la réfutation immédiate de ce livre par trois théologiens Jésuites n’entrava point sa vente et de tous côtés pullulèrent des manuels d'histoire et de droit ecclésiastique, rédigés sous le souffle de la secte, tandis que la théologie et les sciences catholiques restèrent paralysées et comme mortes jusqu’en
Bientôt Febronius monta sur le trône, dans la personne de Joseph II.
En effet, Joseph IT n’est pas une cause, mais un effet ; il est la résultante des idées régnantes en pays allemands, et, pour ainsi dire, Febronius fait empereur. Ce mélange de Gallicanisme et de Jansénisme, ce Voltairianisme narquois, qui mine tout ce qui est catholique, cet instinct sectaire qui déteste Rome et tout ordre religieux, ce despotisme qui met la main sur la formation des clercs et nomme des évêques sans vocation, c’est du Febronius tout court. Appelez-le Joséphisme ou Fébronianisme, peu importe, car
(1) Cf. HERGENRÔTHER, Kirchenlexicon.
ces deux termes sont synonymes; mais comme Joséphisme, il aura plus de prestige et laissera dans les chancelléries des gouvernements allemands une trace autrement indélébile.
Faire monter le Febronianisme sur le trône des Hapsbourg et l’affubler du manteau impérial, fut, de la part de Satan, un coup de maître.
Le mal qu'a fait à l'Eglise ce semi-calvinisme hypocrite, se comprend facilement quand on se rappelle que les princes-évêques de Cologne, de Mayence, de Salsbourg, de Trèves, de Coire, de Liège étaient presque tous des prélats mondains, des parents de l’empereur Joseph, inféodés à sa politique et imbus de ses idées. On le vit bien lors de la déclaration d'Ems (1786), signée par les princes-évêques de Cologne, de Trèves, de Mayence et de Salzbourg, et dont le conciliabule de Pistoie fut un écho.
La Révolution française balaya les princesévêques, et laissa derrière elle une longue tratnée d’anarchie et d'erreurs ; Carl Joseph von Erthal, archevêque de Mayence, mourut en 1802, Clément, prince-évêque de Trèves, en 1812, l’Archiduc Maximilien, archevêque de Cologne, en 1801. — Ils ne furent pas remplacés. Une partie des diocèses allemands restèrent longtemps sans pasteurs, livrés, sous l'intrusion despotique tantôt de Napoléon, tantôt du roi de Prusse, à des administrateurs in-
dignes comme Dalberg, ou à des vicaires généraux, qui ne valaient guère mieux, tous hantés par l’idée fixe, idiote et criminelle d'établir en Allemagne, sous le nom d'église nationale, un protestantisme bâtard (1).
La réorganisation de l’église d'Allemagne ne commença guère qu'en 1817 par le Concordat avec la Bavière et en 1821 par celui avec la Prusse. L’épuration et la formation du clergé étaient, après ce chaos, œuvre délicate et longue : qu'on en juge par ces faits : en 1827, le doyen de la faculté de théologie de Fribourg en Brisgau apostasia et se maria publiquement, et 200 prêtres du duché de Bade (même diocèse) signèrent une pétition publique qui demandait au Pape d’abolir le célibat des prêtres! ! (2)
En 1834, le comte de Spiegel, archevêque de Cologne, signa sans consulter Rome, au sujet des mariages mixtes, cause éminemment papale, une convention qui blessait les droits de l'Église, entraînant avec lui les évêques de Trèves, de Paderborn et de Münster.
Sans doute, ces évêques se rétractent dès qu’ils voient Rome froncer le sourcil, mais la facilité de leur séduction ne donne-t-elle pas leur mesure! Même après les premières réformes, les universités mixtes, ces étranges séminaires de la jeunesse cléricale, ne demeu-
(1) Cf HERGENRÔTHER, Æirchenlexicon, art. Dalberg. (2) Cf. WILMERS, op. cil.
rèrent-elles pas, souvent, des foyers d'erreurs et d’audaces théologiques sans cesse renaissantes et sans cesse frappées par Rome, et portant successivement les noms d'Hermès, de Günther, de Baader, de Bohme et de Déllinger ?
Heureusement, au milieu de ces défaillances, par une espèce de miracle, le peuple était resté bon, puisque, sur cent hommes, soixante-quinze pratiquaient leur religion et communiaient (1) et Dieu, par pitié pour cette église, suscita une pléiade de saints prêtres, comme Oversberg, Kôtercamp, les deux frères de Droste-Voschering, tous deux évêques, qui ranimèrent l'esprit de Dieu dans le clergé, tandis que d'illustres convertis comme le comte de Stolberg et des hommes de premier ordre, ralliés autour de l'illustre converti Gorrès, rallumaient le flambeau de la science. Appuyée sur ces éléments, Rome parvint à nommer partout des évêques dignes de ce titre et à modifier considérablement le recrutement, la formation et la discipline du clergé.
Dans l’enseignement supérieur, la réaction contre les idées joséphistes et le retour aux traditions catholiques ne se dessine etsi faiblement! qu’en 1822, par la publication de l’ouvrage de Walter, Der Lehrbuch des Kirchenrechtes — manuel de droit ecclésiastique.
En 1838, Gôrres publie son Afhanasius, où il défend courageusement les libertés de
(1) Cf Goxau, l'Allemagne religieuse.
l'Église, et autour de lui se groupe une élite de juristes, de philosophes et d’historiens, qui proclament la liberté complète de l'Église, condition sine qua non de la régénération de l'Allemagne.
De 1840 à 1880, les ouvrages de Philips, la Symbolique de Mühler, les deux grands ouvrages de Kleutgen S. J., Philosophie des Vorzeit et Theologie des Vorzeit, les œuvres du Cardinal Franzelin $. J., les apologies de Drey, de Hettinger et de Schanz, les œuvres de Denzinger et de Kaulen et, dans l’histoire ecclésiastique, les travaux de Dôüllinger, première période (1), les œuvres du cardinal Hergenrôther, de Hefele, de Janssen et de Pastor, rendent témoignage aux fortes études et à la pureté de la Doctrine de l’église catholique en Allemagne et je ne sache pas qu'ailleurs on
(1) DüzunGer, Paganisme et Judaïsme, trad. chez Casterman, Heidenthum und judenthum, Manuel d'Hortig.complété. — La Réforme jugée par les Réformateurs,3 vol. in-8.
HERGENROTHER (cardinal), Histoire de Pholius ; Manuel d'Histoire ecclésiastique en 3 volumes ; Æirchenlexikon ; Kirche und Staat, l'Église et l'État, trad. angl., 2 vol. chez Burns and Oates ; Anti-Janus ; — tous ouvrages remarquables.
JANSsEN, L'Allemagne et la Réforme ; Histoire du peuple allemand à la fin du moyen âge, trad. de Paris — Paris, Plon, 6 vol. in &.
HereLe, Histoire du Cardinal Ximénès ; Hist. des conciles.
Pasror, Histoire des Papes au sortir du moyen âge, trad. ‘en anglais et en français.
HerriGer, Apologie du christianisme, trad. Paris. Bloud eb Barral ; trad. en anglais. — Burns and Oates, London.
KLEUTGEN, S. J. Théologie des Vorzeit, Philosophie des Vorzeit, trad. française chez Gaume, 4 vol. in 8° du dernier ouvrage,
66 L'ÉGLISE CATHOLIQUE AU xIx° SIÈCLE
puisse mettre en regard rien de supérieur ou d'égal.
De 1827 à 1870, on ne peut en douter, un travail mystérieux et profond avait ramené l'Allemagne catholique à ses anciennes traditions de ferveur et de science. Mais cette renaissance religieuse ne donnait pas au corps catholique éparpillé sur un vaste territoire et trop peu nombreux l'importance nécessaire pour exercer une influence sensible. Qui donc va lui donner le nombre et la cohésion ? Qui ? Mais le prince de Bismarck.
Au premier abord, après la guerre de 1870, le catholicisme allemand semblait perdu.
L'unité allemande, née de l’unité italienne, qui fut faite en partie contre le Pape, semblait inspirée par le même démon : n’était-elle pas la suite directe de grandes victoires remportées par une puissance protestante sur deux peuples catholiques ?
Ces victoires furent suivies d’annexions considérables, e& c’est là que la Providence attendait M. de Bismarck. L’habile homme d'État ne se rendit pas compte d’abord que, par cet agrandissement précipité de la Prusse, il allait modifier considérablement le jeu de ses rouages et donner au Catholicisme une importance qu’il n'avait jamais eue.
Les catholiques allaient bientôt former, en comptant la Bavière, un corps de 18 000 000 d'âmes. Par l'annexion de la Bavière avec
4 500 000 catholiques, de l’Alsace-Lorraine avec 1 300 000 catholiques, du duché de Bade avec 1 200 000 catholiques, du Wurtemberg avec 700 000 catholiques, du Hanovre avec 300 000 catholiques, de la Saxe avec 200 000 catholiques, de la Hesse-Nassau avec 520 000 catholiques, du Schleswig-Holstein avec 30 000 catholiques, de l'État de Hesse avec 300 000 catholiques, des villes libres avec 34 000 catholiques, du duché de Brunswick avec 160 000 catholiques, la Prusse a changé de caractère : elle n’est plus le vieil état protestant d'autrefois, car les catholiques y forment plus du tiers de la population totale (1).
Ajoutez à ces faits un phénomène moins connu : la Pologne prussienne s’est trouvée le pays le plus prolifique de l'empire, au point que sa population déborda sur les provinces voisines. On à essayé, mais inutilement, de prussianiser la Pologne : l’histoire constatera que c’est la Prusse qui a été polonisée. En effet, de 1861 à 1900 les polonais de Poméranie ont passé de 677 à 14 200 — les polonais du Brandebourg de 16 unités à 17 000; ceux de la Prusse Rhénane, de 16 unités à 25 000 ; ceux de la Saxe, de 1 à 24 000. Les polonais sont 25 000 à Berlin et en Prusse dépassent deux millions (2).
(1) Siatesman’s year Book et Otto-Hübner, Statistiques.
(2). Cf. TaBzer, 19 juillet 1882. (Correspondant du Times à Berlin). Cf. aussi Orro Hugxer (Statistiques), il y a plus
Ce sont là des faits imprévus, qui déjouent les calculs des hommes d'État.
Pendant ce temps, les événements préparaient à l’Église catholique en Allemagne une alliée puissante, je veux dire la grande industrie.
Avant 1870, l’industrie ne comptait guère en Prusse, comme influence politique : mais, après les annexions, elle devient si importante, qu’il fallut bien l'écouter.
Aux grands industriels de la Westphalie, des provinces rhénanes, de Francfort et de Leipsig, vinrent se joindre ceux des Vosges, de l’Alsace-Lorraine, du duché de Bade, de la Bavière et du Hanovre. Cette entrée de l’industrie dans la vie politique de l'Allemagne était une révolution pacifique, mais une révolution.
Avant 1870, l’absolutisme royal, appuyé sur un militarisme un peu féodal et sur l’oligarchie territoriale, menait tout à sa guise, et si les conceptions modernes de liberté, de droit et d'égalité frappaient parfois à la porte du conseil royal, elles étaient prestement éconduites. Mais en 1871, il fallut changer d’attitude et on vit le vieil Empereur répudier la vieille Allemagne agrarienne, démodée et criblée de dettes, pour se tourner vers une Allemagne jeune et entreprenante, l’Allemagne industrielle.
de deux millions de catholiques dans le diocèse de Breslau, grâce à l’émigration polonaise.
Or cette Allemagne industrielle, avec ses idées plus larges, plus tolérantes, devait être en maintes circonstances, l’alliée de l’Église catholique.
Cependant, même après ces grands changements, l'Église catholique allemande manquait encore de cohésion, de solidité, de souplesse : les grands tronçons du corps catholique se cherchaient un peu comme les parties vives d’un serpent ; ce corps n'était pas encore cette force compacte et disciplinée que nous voyons. Qui l’a faite ce qu'elle est, cette force ? je n'hésite pas à répondre : monsieur de Bismarck. Et comment cela ? En persécutant les
catholiques.
Le cullurkampf, qui dura sept ans à l’état aigu et quinze ans à l’état légal, devait réaliser une des idées maîtresses de Bismarck :
l’unité morale de l’Allemagne par la suprématie de l'État. Il fallait fondre ensemble les éléments disparates de l'Allemagne nouvelle dans l’unité puissante de l'Empire et, par conséquent, se débarrasser du Pape infaillible, seul rival de l'État. C'était de la démence : comment la Prusse, cet état sceptique, qui n’a jamais pu étouffer une seule des innombrables sectes qui pullulent dans le Protestantisme, pourrait-il établir l’unité morale entre protestants et catholiques ? Et n’était-ce pas le comble du ridicule de prétendre arriver à ce résultat par la violence ? comme si la vio-
lence avait jamais réussi quand il s’agit de religion. La chose paraît incroyable et le fait que Bismarck, après tant d'expériences et si retentissantes en ce siècle même, l'ait crue possible, le rabaissera beaucoup aux yeux de l’histoire. Quoi qu'il en soit, grisé par tous ses triomphes inespérés, Bismark escompta le succès de sa politique brutale, suivi par les faux libéraux et par ces vieux entêtés qu'on appelait les conservateurs agrariens, restes altardés d’une féodalité qu’on ne retrouve qu’au nord de l’Allemagne. |
Ces hommes d’État, qu'on s’étonne de trouver si mal informés, avaient rencontré quelques prêtres réfractaires au concile du Vatican, un Dôllinger, un Hyacinthe, par exemple, suivis de quelques apostats vulgaires. — Voilà, s’écria Benningsen, qui remplacera l'Église catholique! Il n’y a plus qu’une forteresse à prendre d'assaut, c’est l’ultramontanisme !
Quinze ans d'efforts et de violences sans ombre de résultat, devaient leur apprendre ce qu'ils auraient dû savoir par l’histoire, que cette forteresse est imprenable.
L'orage qui s’abat sur l'Église d'Allemagne est effroyable : les lois arbitraires, la prison, l'exil, se succèdent comme des coups de tonnerre : Lutz en Bavière donne le signal, et fait voter deux ans de prison pour tout prêtre qui critiquera le gouvernement en chaire. En mai 1872, loi scolaire qui met tout l’enseignement,
même celui du catéchisme, entre les mains de l'État. Lois qui assurent à l’État le monopole de toute éducation, même des clercs, et la nomination à tous les postes ecclésiastiques (1).
Le 4 juillet 1872, expulsion des jésuites et de ce qu’on appelle les ordres affiliés.
En mai 1874, loi qui punit tout exercice non autorisé des fonctions ecclésiastiques.
— La Bavière, grâce à son concordat de 1821, échappe à cette nouvelle violence.
L'ensemble de ces lois formait un réseau de fer à mailles tellement serrées, qu'aucune institution humaine n'aurait pu résister à leur action: et en cela M: de Bismarck avait vu juste (2). CH
Mais ce qu'il ne savait pas, c’est que l'Église catholique n’est pas une institution humaine et que les persécutions, loin de la détruire, la raniment. Il devait l’apprendre bientôt.
Pour l’église d'Allemagne il n’ÿ avait qu’une alternative, ou se suicider en cédant ou lutter jusqu’à la prison, jusqu’au martyre. Elle n’hésita pas, elle lutta et commença par déclarer qu'il n’était possible à aucun ecclésiastique de prêter serment de fidélité à la constitution de l’Empire.
Bientôt, trois séminaires furent fermés ; l'archevêque de Posen fut jeté en prison et y
(1) Cf. LersbvRe Dé BERAINE, Léon XIII et le Prince de
Bismarck.
(2) Tbid.
resta deux ans ; le 7 mai 1873, l’évêque de Trèves l'y suivit et ne quitta la prison que pour mourir des suites de sa captivité ; le 31 mars 1874, Mgr Melchers, archevêque de Cologne, fut arrêté, ainsi que les évêques de Paderborn, de Münster et de Gnesen et des centaines de prêtres furent traités de même, pour avoir donné les sacrements sans permission. De 1873 à 1878, six évêques furent déposés et cinq emprisonnés, 2000 prêtres furent emprisonnés ou mis à l’amende.
On vit alors se développer dans l’église d’AIlemagne cette force incomparable de résistance qu’on a toujours admirée dans l’Église lors des grandes crises. Quelle force, me direz-vous ? Celle de se faire hacher en morceaux plutôt que de céder.
Cela n’a l’air de rien, ce pauvre prêtre qui va en prison et qui y meurt plutôt que de courber la tête ; mais en réalité, c’est une grande force et même la plus invincible de toutes.
« On est bien fort, dit admirablement Lacordaire, quand pour vaincre, on n’a besoin que de mourir ».
Les prêtres allemands eurent cette force-là:
ils seraient tous morts plutôt que de céder à M. de Bismarck.
On avait supprimé le traitement des prêtres qu’on n'osait pas envoyer en prison, car enfin, comment arrêter tout le clergé d’un pays !
Mais pas un prêtre ne recula. « Cette persé-
cution de la faim ne me fait pas peur, disait un bon curé, car je connais mes ouailles : il n’y apas dans ma paroisse une seule maison où il n’y ait un pot-au-feu dans lequel jepourrai plonger ma cuillère et prendre ma part ».
Eh ! bien, c’est ce pauvre prêtre qui a vaincu le chancelier de fer.
Or ce prêtre, il existe partout, en France, en Italie comme en Allemagne, et partout où on persécutera, on le rencontrera : on pourra l’emprisonner et même le tuer, mais après lui, on se trouvera en face d’un autre, également décidé à tout, plutôt que de céder. Que les gouvernements se le tiennent pour dit: on vient quelquefois à bout du prêtre en le flattant ; en le persécutant, jamais.
Mais l’Église catholique en Allemagne n'était pas seulement une force, c'était une force organisée et c’est là un des côtés les plus intéressants de ce grand spectacle, de cette lutte de quinze ans.
Les catholiques allemands estimaient avec raison que les Jérémie qui pleurent sur les ruines de leur église, sont les plus inutiles et les plus fâcheux des hommes ; inutiles, parce qu'il ne sert de rien de gémir si l’on n’agit ; et fâcheux, parce qu’ils découragent ceux qui voudraient agir. Au lieu donc de gémir, les catholiques allemands s’unirent pour agir. L'union et la méthode furent les grands secrets de leurs succès.
Dans les pays catholiques de la Prusse, le peuple était alors travaillé par des courants socialistes très prononcés et par un antagonisme très violent contre les patrons ; mais il était très attaché à sa foi.
Les industriels prussiens étaient alors presque tous des protestants et des juifs, ou des catholiques indifférents, inféodés au vieux conservatisme de Berlin et durs à l’excès à l'égard de leurs ouvriers.
N’espérant rien de ce côté, les prêtres se tournèrent vers les ouvriers et cherchèrent à les sauver du socialisme, en étudiant leurs besoins, en appuyant leurs revendications légitimes, en écartant les prétentions injustes et socialistes.
De là entre Le clergé et les classes populaires des pays catholiques un accord remarquable, qui se traduisit par de puissantes unions, composées d'ouvriers et d'employés, sur lesquelles on greffa nombre d'œuvres économiques.
À ce moment-là même, le comte de Schorlemer-d'Alst achevait ce réseau d’Unions agricoles de grands et petits propriétaires, qui enlaçait tous les pays catholiques et y groupait ici 16 000, là 20 000, ailleurs 25 000 propriétaires.
Ces unions furent l’origine du Cenire. Jusque-là, par une anomalie semblable à celle qu'on trouve souvent dans les meilleures provinces de France, les ouvriers et les proprié-
taires catholiques étaient représentés au parlement par des protestants et par des juifs ; mais tout à coup, d'un bout de l’Allemagne à l’autre, un cri retentit : pas de députés protestants ni juifs pour représenter les catholiques ! Le Centre était créé ; la persécution Jui servit de ciment.
Mais le Centre ne serait pas devenu ce qu'il est, c’est-à-dire le parti le plus influent des pays allemands, si la Providence ne lui avait envoyé un chef, un Leader, dans la personne du célèbre Windhorst.
Au premier abord, la lutte semblait absolument inégale entre M. de Windhorst et le grand chancelier. En les voyant aux prises, on se rappelait David et Goliath. Le chanceher se dressait énorme, dans sa cuirasse de colonel de cuirassiers et, d’une voix de clairon, dans un style piquant et imagé, établissait sa thèse, en apparence irréfutable, terminait par quelques phrases à effet et s’asseyait au milieu d’une tempête d’applaudissements.
Windhorst se lève à son tour, mais en face du chancelier, il paraît plus petit encore qu’il ne l’est réellement et sa voix n’est qu’un filet. Cependant il a retenu tout ce long discours, et le résume en quelques mots très clairs ; puis lentement mais impitoyablement, d’une voix faible, mais limpide, il renverse cet échafaudage, met à nu les points faibles, ramène tout à quelques proportions simples qu’il cul-
bute et piétine ; chemin faisant, il repose de son argumentation serrée par des malices ingénieuses ou par des sarcasmes cruels qui mordent l'adversaire en pleine figure. Furieux, le grand homme se lève, rouge de colère et s’éclipse.
Bientôt, sous le double effort du Centre et de monsieur de Windhorst, la majorité commence à s’effriter, et le chancelier, pour éviter des embarras inextricables, finit par s’avouer vaincu et par négocier avec Rome. Le vieil Empereur n’est pas étranger sans doute à ce revirement : 1l s'inquiète des grands progrès du socialisme parmi les électeurs protestants, se demande s’il a raison d’affaiblir le catholicisme, seul obstacle à la secte, et deux attentats en quinze jours, dont l’un le blesse grièvement, lui crient : qu'un gouvernementa mieux à faire qu’à persécuter des prêtres !
Bismarck ira donc à Canossa : mais en homme d'état retors, toujours prêt à reprendre l'avantage, ce qu’il médite d'accorder, c’est une paix boîteuse, pure condescendance de l'État, qui sous la menace des lois de mai toujours inscrites au code bien que suspendues, portera toujours la marque du Culturkampf. Or cela, ni le Pape, ni M. de Windhorst n’en veulent à aucun prix, et, pour éviter cette honte, dont la seule pensée le fait bondir, le chef du Centre poursuit la lutte à outrance et contre Berlin et parfois contre
EN ALLEMAGNE pr:
certains catholiques trop empressés à céder.
Cette énergie qui, pour le bien commun, se tournait au besoin contre des amis, n’est pas le trait le moins intéressant de cette physionomie. originale et puissante.
Le gouvernement n'accordait qu’un modus vivendi tolérable sous les lois de Mai : le Saint Siège et M. de Windhorst voulaient l’abrogation pure et simple de ces lois. La brillante campagne de Windhorst, l'union compacte du Centre, la faillite risible du vieux catholicisme, la résistance invincible des catholiques, décidés à ne céder que sur l’ordre exprès du Pape, la lassitude de cette persécution qu’on sentait partout, toutes ces choses réunies eurent enfin raison de l’orgueil du chancelier, qui eût été certes un plus grand homme s’il eût pris plus vite et plus généreusement son parti. Il fit enfin les premières avances, prêt à céder sur tout, excepté sur le retrait des lois de mai. Ce fut là ce qui fit échouer les négociations avec Mgr Mazella puis avec Mgr Jacobini,
nonce de Munich (1).
Enfin le 19 mai 1880, le Landtag fut saisi d'un projet de loi qui autorisait le gouvernement à prendre vis-à-vis du clergé telles me-
(1) Pour toute l'histoire du Culturkampf, rien de mieux à consulter que M. LEFEBVRE DE BÉHAINE, Léon XIII el Bismarck. Nous l'avons suivi pas à pas. Personne ne pouvait être mieux informé que cet homme distingué, successivement ministre de France à Munich et ambassadeur auprès du Vatican.
sures jugées nécessaires et à suspendre à son gré les lois de mai. L’effet immédiat de cette loi fut l'ambassade de M. de Schlœæzer auprès du Vatican. Bientôt, à force de patience et d'invincible constance, le Saint Siège fit disparaître toutes les traces du Culturkampf. On réorganisa les diocèses ; les lois de combat furent rapportées ; les étudiants en théologie furent de nouveau dispensés du service militaire ; on restitua les traitements confisqués ; on rappela les ordres religieux à l’exception des jésuites.
Cette victoire des catholiques allemands est d'autant plus mémorable que, depuis 1885, elle n’a fait que s’affermir et se développer. On sait que le Centre, devenu sans conteste aux yeux de toute l’Europe le parti politique le plus influent de la Prusse, a imposé son président au Reichstag, conclu par l’entremise du chancelier de Caprivi, qu’on avait surnommé le secrétaire de Windhorst, un véritable traité d’alliance avec l’Empire, et décidé souvent en maître des grandes questions financières militaires et sociales.
Le Centre n’est parvenu à jouer ce rôle prépondérant qu’en se faisant craindre, et il s’est fait craindre par la forte organisation de ses associations d'hommes. Ces associations devenues innombrables et répandues, non pas seulement en quelques grandes villes comme en France, mais dans tout le pays,
forment un réseau très souple et très solide, qui enveloppe l’Allemagne catholique tout entière (1).
L'association des propriétaires catholiques compte dans les différentes provinces des 20 000 et des 12 000 membres actifs. L'association des apprentis a organisé 763 filiales, qui se sont unies pour fonder et propager deux journaux, l’un avec 13 000, l’autre avec 30 000 abonnés. L'association des négociants catholiques a pour devise : honnéle dans le commerce et chrélien dans la vie; et compte 12 000 membres. L’A rberterverein, V'association des ouvriers, a 500 filiales et celle de l'Allemagne du sud a enrôlé 80.000 membres.
Il y a beaucoup d’autres associations de laïques, et au-dessus de toutes : la Volksverein avec 200 000 membres actifs, qui prépare, organise et contrôle toutes ces forces.
Chaque association se propose un double but : le premier, développer dans ses membres la vie chrétienne par l’union plus intime avec l'Église et le second, les préparer à la lutte politique et sociale.
Le second but est atteint en greffant sur l’association des œuvres économiques et des mutualités, en propageant la pressé catholique, en exerçant les membres à porter la parole en
(1) Cf. article du Correspondant, %5 mars 1903. Nous lui empruntons les chiffres que nous donnons.
public, à manier la plume, à discuter les ques tions brûülantes du jour.
Tous les ans, le congrès catholique, préparé et dirigé par des personnalités marquantes du Centre, convie les différentes associations à étudier les questions proposées et à lui envoyer des délégués.
On conçoit qu'appuyé sur ces institutions non pas éphémères et créées pour le besoin d’une élection, mais permanentes et enracinées dans le sol, le Centre ait obligé l'Empereur à compter avec lui et à reléguer au musée avec les vieilles armures l'antique dicton : Le Protestantisme par les Brandebourg !
Du reste, comment l'Empereur serait-il en mauvais termes avec le Centre catholique, puisque celui-ci entre à voiles déployées dans ce qu'on appelle ses grandes pensées?
Guillaume II rêve une grande Allemagne , le Centre aussi et jamais il ne refusera les crédits demandés pour le développement de la marine allemande, tant que l'alliance subsistera. C’est la politique dictée par le bon sens : Guillaume II rêve l'expansion coloniale de l'Allemagne, le Centre la veut aussi : N’est-il pas évident que, sans colonies, les cinquantehuit millions d'Allemands étoufferaient dans leur patrie et bon gré mal gré, porteraient ailleurs leur activité, leur savoir-faire et leurs capitaux ? Guillaume IT veut pour l’Allemagne
une influence mondiale, et le Centre catholique met à sa disposition deux puissants moyens d'action, les missions catholiques et la société St-Raphaël, qui a maintenant des agences et des comptoirs dans toutes les contrées du monde.
Dernièrement, Monseigneur Anzler, l’évéque catholique de la Mission allemande en Chine, essayait de faire comprendre à l’'Empereur que la meilleure carte dans son jeu serait de faire des dix-huit millions de catholiques allemands une pépinière de missionnaires allemands, émules futurs des missionnaires français.
Il faut avouer que l’évêque allemand est puissamment secondé par les circonstances.
Quand il voit la France, servie par une armée de missionnaires incomparables, qui lui font sa grande influence en Orient, car son commerce y compte pour peu, quand il la voit, dis-je, se ruer sur les ordres religieux, tarir leurs noviciats et renoncer de gaieté de cœur aux atouts merveilleux que la Providence a mis dans sa main ; comment ne serait-il pas tenté de s’écrier : Sire, assurez à l'Allemagne cet héritage acquis à la France par tant de héros et dont les insensés qui là gouvernent ignorent le prix.
L'Empereur est-il entré dans ces vues ?
Dans sa visite au Pape, vrai but de son voyage à Rome, a-t-il mis la force de l'empire
NL be TARA Le AL AMERS Le PER AMEN AT :
au service de l’Église catholique en Orient ? L'avenir nous le révélera bientôt.
Quoi qu’il en soit, le contraste entre Bismark ouvrant en 1871 l'ère du Culturkampf et l'Empereur inaugurant en 1903 le portail de la cathédrale de Metz devant un légat du Pape, est de toute façon saisissant et éloquent.
La France catholique doit y voir une espérance et une leçon.
Une espérance, car il enseigne que rien n’est désespéré pour des chrétiens qui ne désespèrent pas d'eux-mêmes ; une leçon, parce que pour elle comme pour l'Allemagne catholique, il n’y a de succès possible que par Passociation laïque catholique ; or, c’est à peine si en France on comprend cet enseignement.
Les associations catholiques y sont de maigres ébauches, réservées à quelques villes, tandis qu’en Allemagne elles sont innombrables et forment un réseau dont les mailles serrées enveloppent le pays. Les associations d’apprentis seules ont 763 filiales ! En France, elles se composent souvent d’éléments hétérogènes venus de tous côtés : en Allemagne elles se recrutent dans la même carrière, dans la même profession: ce sont de vrais syndicats.
En Allemagne, elles sont ouvertement, carrément catholiques et se proposent avant tout le développement de la vie catholique. En France, beaucoup, tout en étant catholiques, font peu de chose pour développer en elles la
vie catholique. — En Allemagne, toutes, contrôlées par le Centre, reçoivent de lui le programme net et précis de leur action.
En France, beaucoup n'ont qu'un programme très vague qui se résume à dire :
étudiez, cherchez ! Elles font des discours et protestent. Elles n’ont pas aux élections, d’action permanente, prévue, fixée d'avance et méthodique.
En Allemagne, il n’y a pas une association catholique dont le premier article d’action sociale ne soit la diffusion de la bonne presse, par la création d’un journal ou par la diffusion des journaux catholiques existants. De là des chiffres d'abonnés infiniment supérieurs à ceux des journaux catholiques français, à l'exception de la Croix.
En France, la propagation méthodique et constante de la presse purement catholique par les associations catholiques n’est même pas commencée. Chaque journal catholique se tire d'affaire comme il peut.
En général, on peut dire qu’en France l’organisation méthodique, permanente et universelle des forces catholiques n'existe pas. Et cependant il faut y arriver, car le salut est à ce prix. Ne copions pas l’Allémagne catholique car nous n'avons pas son fonds très riche et très fidèle d’électeurs catholiques, de. paysans et d'ouvriers catholiques, mais imitons-la en groupant, en organisant nos forces
et en leur proposant un but pratique et immédiat, et que ce but soit avant tout l’œuvre des Ê élections catholiques. DR AEN
Imitons surtout son courage et sa constance et répétons avec le célèbre et admirable a Windhorst : des catholiques qui ne dés. s pèrent pas d'eux-mêmes ne seront Jamais.
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Au moment de quitter Gênes pour aller découvrir l’Amérique, Christophe Colomb redit à ses amis ce verset d’Isaïe : ef in fines orbis lerræ exivit sonus eorum: le bruit de leurs pas a relenti jusqu'aux extrémités de la lerre et ajouta : « Je vais accomplir la prophétie ».
1] disait juste, et cependant l’oracle divin ne devait se vérifier dans sa plénitude que de nos jours.
Maintenant que l’Église catholique est si fortement établie dans l'Amérique du Nord, depuis l'Alaska et Terre-Neuve jusqu’au nouveau Mexique et, dans l'Amérique du Sud, depuis le Chili jusqu'aux extrémités du Brésil ; dans l'Australie et dans l'Océanie, dans l'Afrique entière et dans l'Asie, depuis la Syrie jusqu’au Japon, il n’y a plus à la lettre un coin de terre où n’ait retenti, renvoyée par mille échos, la voix des apôtres.
Quelle merveille, par exemple, en dépit des échecs partiels, et des défaillances inévitables,
que cette église des États-Unis, quand on pense à ses débuts en 1800 (1)! Elle comptait alors 1 évêque, 40 prêtres et 40 000 catholiques. Dès 1850, nous relevons 6 archevêques, 27 évêques, 1 800 prêtres, 1 800 000 catholiques et en 1900, 14 archevêques, 80 évêques, 11 817 prêtres, 10 000 paroisses et de 11 à 13 000 000 de catholiques (2).
Nulle part les catholiques ne sont plus nombreux qu'à New-York et à Brooklyn : on en compte 1 700 000, dont 500 000 à Brooklyn et 1 200 009 à New-York. Quelle revanche de la Providence ! New-York la puritaine, la persécutrice de prêtres au xvir° siècle, devenue au xIx° une des villes les plus catholiques du monde (3) !
Chicago, ville toute récente, compte plus de 150 paroisses et un grand collège, dirigé
(1) Catholic directory for the United States, 1900, Milwaukee.
(2) Cf. Le catholicisme aux États-Unis pendant le xix° siècle, par Mgr GABRIELS, évêque d'Oldensburg, Etats-Unis, art. du Correspondant, oct. 1901. Beaucoup de chiffres sont empruntés à ce travail, qui a la valeur d'un document officiel et est d'accord avec le Catholic directory officiel.
Pour toute cette conférence, nous renvoyons d'avance :
À M. CI. JANET, Les Etals-Unis, Paris, Plon ; k
Au duc de Noaizzes, Cent ans de République aux États- Unis ;
Au vicomte pe Meaux, l'Église et la liberté aux Étais- Unis, 1 vol., Paris, Lecofifre ;
À M. Bourcer, Outremer; à M. BRUNETIÈRE, le Caïholicisme aux États-Unis (Revue des Deux Mondes, oct. 1901).
(3) Dans quatorze Etats, dont plusieurs autrefois étaient les camps retranchés du puritanisme, les catholiques sont les plus nombreux.
par les Jésuites et plusieurs établissements catholiques d'instruction secondaire. Le Catholic directory enregistre aux États-Unis 45 ordres religieux d'hommes et 120 de femmes.
Comment s’est produit cet accroissement merveilleux ? sous quelles influences a commencé de grandir et de se développer cette magnifique église des États-Unis, qui, tout le monde le comprend, doit un jour jouer un rôle si décisif? Je me propose de le dire dans les pages qui vont suivre.
Dès qu’elle compta comme force morale, l'Église catholique des États-Unis fut aux prises avec des problèmes d’une extrême gravité, dont dépendait son avenir.
Avant tout, elle eut à régler son attitude vis-à-vis de l’État, et elle n’était pas sans inquiétude à cet égard ; car comment oublier que, tout récemment, en plein xvur° siècle, des prêtres avaient été emprisonnés pour avoir dit la messe, des citoyens américains catholiques expulsés de certains États ou exclus de toute position officielle. L'Église catholique fut donc agréablement surprise de trouver dans les pouvoirs publics établis depuis la
convention de 1787, une bienveillance sincère etune résolution arrêtée de laisser aux églises chrétiennes une entière liberté.
Avant la séparation d'avec l’Angleterre, chaque État de l'Union avait son église officielle et faisait des dogmes de cette église sa loi suprême, qu’il prétendait imposer de vive force aux dissidents.
Dominée par cette intolérance jalouse des divers États, la convention de 1787 inséra dans la constitution que le Congrès ne pourrait légiférer sur l'établissement ou l'interdiction d'aucune religion et que la question religieuse resterait l'affaire privée de chaque État. Or, chose curieuse, observe avec raison M. CI. Janet, cet article, arraché à la convention par les États en faveur des sectes locales, fut la sauvegarde du catholicisme. À ce moment-là même, une grande transformation s’opérait :
l'impossibilité d’écarter les dissidences qui pullulaient dans chaque église, la nécessité d’unir toutes les volontés contre l’ennemi commun, l'Angleterre, profitèrent aux catholiques. Le système volontaire de la liberté remplaça l’église officielle.
Mais cette métamorphose dura soixante-dix ans et n’arriva à son terme qu’en 1844 (1) et longtemps après la guerre de sécession, certains États, enlisés dans la vieille routine,