A.Î)TIN0É
Pl. XXXI
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Aminok. Pi,. XXXII. — Pack 2610.
Antinoé.
Pl. XXX1I1. — Page 27.
LES PORTRAITS
« Les oreilles sont minces, décollées fortement de la tête, les tempes sont creuses, les sourcils très hauts et très arqués.
« Les yeux démesurément ouverts et élargis transversalement, la paupière supérieure mince et saillante, les pupilles très dilatées, surtout la gauche (admirablement rendue par la plaque de verre convexe et peinte). Les pommettes paraissent très saillantes du fait de l’amaigrissement des muscles du maxillaire inférieur et du creusement des joues. De ce fait aussi l’angle de la mâchoire paraît plus saillant également. Le nez est amaigri, semblant allongé. Il est pincé. Les narines sont largement ouvertes. La lèvre supérieure est plus forte que l’inférieure et relevée avec saillie de la partie médiane. Ces caractères expriment fort bien la bouche entr’ouverte avec lèvre supérieure relevée du malade respirant difficilement. Les lèvres ont été fortement colorées en rouge; ce sont les lèvres injectées que l’on observe chez certains malades chroniques.
« Ces quelques remarques montrent avec quelle précision, quelle justesse d’observation et quel soin l’artiste a exprimé les caractères morbides les plus minutieux de son modèle et avec quelle habileté il a su les traduire sur le plâtre qu’il modelait. Il est en effet très facile, du fait de cet examen, déporter un diagnostic précis. Il s’agit de la représentation d’un phtisique chronique, arrivé, après une longue maladie, à la période cachectique, après disparition de presque toutes ses réserves graisseuses.
« C’est la première fois, je crois, que les caractères pathologiques d’un sujet sont exprimés d’une façon si nette avec une matière se rapprochant autant du modèle vivant. »
11 faut remarquer aussi qu'aux commissures des lèvres on a figuré des traces sanguinolentes : le malheureux crachait le sang.
N’est-il pas curieux de se trouver face à face avec un tuberculeux d’il y a dix-huit siècles?
Fig. 61. — Pour ne pas rester sur une impression triste regardons ce garçon bien portant qui est à l’Académie de Maçon (PL XXXII),
Fig. 62, 63 (Louvre). — Parfois le masque de plâtre est remplacé par une peinture à la cire sur bois. Les nécropoles du Fayoum ont livré un certain nombre de ces portraits qu’on plaçait sur le cadavre avant l’emmaillotage. On disposait les bandelettes de façon à laisser la peinture à découvert, et lorsque M. Gayet pénétra dans les tombes, les défunts semblaient avoir écarté leur linceul pour saluer l’archéologue.
Les costumes sont romains. Le jeune garçon a l’étole violette et, derrière la planchette, l’artiste a dessiné un croquis du tableau qu’il allait faire.
Ces momies à portraits peints sur bois sont antérieures aux momies à masques de plâtre.
Nous allons, pour finir, examiner les momies recouvertes de toiles stuquées et peintes nous donnant les portraits des défunt. Je les ai déjà signalées dans l’historique des fouilles, mais une étude plus attentive sera profitable.
PL XXXIV, Fig. 6/t. — C’est le portrait d’un beau jeune homme à la tête intelligente, au regard pensif, dirigé vers l’au-delà. La figure se détache sur l’auréole carrée qui indique très nettement la clarté du paradis aperçue par l’ouverture monumentale et richement ornée de la porte du séjour céleste.
L’architrave montre le disque ailé, surmonté d’une rangée de treize uræus en relief et dorés. Les montants sont deux colonnes formées d’assises alternées de lapis et d’or.
LES PORTRAITS D’ANTINOE
Le jeune homme est vêtu de blanc avec deux bandes foncées passant sur les épaules. Il est coiffé d'une couronne de feuillage, probablement de l’olivier, attachée par des rubans roses.
Sa main droite est levée, la paume en avant, dans un geste d’adoration que nous retrouvons souvent. La gauche tient la guirlande recourbée, signe d’immortalité, formée de fleurs et d’un feuillage à déterminer. Elle tient aussi une sorte de bâton noir qui pourrait être un papyrus recouvert d’étoffe, le rituel funéraire qui lui servira de passe-port pour l’éternité.
Le portraitest arrêté au-dessous de la poitrine et supporté par une seconde rangée d’uræus en relief doré surmontant le scarabée ailé. Au-dessus des uræus, le nom du défunt écrit en lettres d’or :
ET'FTXI MAPXOS ANTINO E
Les jambes sont censées enveloppées d’un réseau de bandelettes, que le peintre a stvlisées de telle façon qu’il serait impossible d’y retrouver le thème primitif, si l’on n’était guidé par la comparaison avec d’autres momies peintes. On n'y voit au premier abord que des dessins géométriques, des carrés, des hexagones, des étoiles à quatre branches, le tout obtenu par l’enchevêtrement. des circonférences qui se croisent. Au milieu de chaque hexagone, on a collé des pièces d’or, figurées par des moulages dorés.
Pour retrouver le tilet de laine blanche, qui a été le point de départ de cet ornement compliqué, il faut examiner ce décor sur d’autres peintures.
De tout temps, les momies ont été enveloppées de longs rubans d’étoffe, parfois ornés de textes des rituels. Le métrage sans fin de ces bandelettes devait être un symbole de vie éternelle.
Dans toutes les religions préhistoriques, assyriennes, bouddhiques, coptes, chrétiennes, on trouve des lignes d’éternité qui servent d’ornement et qui n’ont ni commencement ni fin.
Les croisements de ces écheveaux de fil blancs attachés à intervalles égaux sont une indication de pureté, de lumière et d’immortalité.
Le réseau de la momie figure 65 (PL XXXVI, A) est peint sur fond rouge; il représente des écheveaux blancs, serrés aux croisements et ornés, à l’intersection, d’un épais bouton doré, dont il ne reste que quatre.
Dans les vides, on a figuré, tantôt des étoiles jaunes, tantôt des groupes de ronds au nombre de huit, rappelant le décor sassanide et archaïque grec du soleil entouré des sept planètes. Dans ces ornements, tout est lumière.
Dans le réseau delà momie figure 72, les bandelettes sont bleues sur fond rouge. L’idée de lumières est indiquée par des croix blanches tracées à l’intersection et par des boutons dorés collés dans les vides. La réunion de quatre segments décrit une circonférence exacte où l’on peut retrouver l’idée du soleil (PL XXXVI, B).
Sur le décor de la momie figure 68, le filet orange sur fond bleu forme des circonférences entre-croisées ; les vides sont remplis par des groupes cruciformes de cinq ronds avec un point au centre. La croix, les disques, les circonférences, tout cela a un sens lumineux (PL XXXVI, C).
La figure 76 nous montre encore les circonférences entre-croisées du filet rouge sur fond vert foncé; les vides sont occupés, tantôt par des swasticas dextres, signe de lumière et d’immortalité, par des fleurs à quatre pétales, par des swasticas senestres, très stylisés, et par des points solaires entourés de petits points stellaires (PL XXXVI, D).
Antinoé.
Pl. XXXIV.
Pack 28.
Marcos.
Antinoé.
I’l. XXXV. — Paue 281.
LES PORTRAITS
Le décor de la figure 76 est singulièrement déformé; on peut suivre les losanges en diagonale formés par les éclieveaux noués. Ils sont roses dans un sens et jaunes dans l’autre, leur intersection forme une croix; ils sont disposés de telle sorte qu’ils figurent d’autres losanges noirs se croisant dans le sens perpendiculaire et le sens horizontal, de façon à représenter aussi des croix (PL XXXVI, E). Sur chaque losange noir on a peint une étoile jaune à quatre branches : toujours les symboles de lumière.
En examinant l’ornementation de la figure 77, on a de la peine à retrouver les lignes des bandelettes; elles sont rouges et les losanges sont séparés par des rectangles mi-partis rouges et bruns ; ou milieu du losange est un carré mi-parti jaune et brun ; le dessin est disposé de manière à former des hexagones alternativement verts et jaunes; au centre de chaque hexagone, un aulre hexagone brun contenant le groupe de points symboliques, et les losanges en se croisant forment des croix. Tout autour, une bordure à volute jaune sur fond gris, séparée par les points peints en rouge. Ce qui est particulier, c’est que les points satellites sont au nombre de six au lieu de figurer les sept planètes. On sent du reste, dans l’ensemble, une dégénérescence des idées isiaques, ce qui n’est pas étonnant, puisqu’il s’agit de la « Dame à la croix d’or » qui était certainement chrétienne (PL XXXVI, F).
Enfin, nous revenons à la momie de Marcos et maintenant nous pouvons comprendre que ses décors géométriques ne sont pas de simples ornements, qu’on y retrouve le croisement des éclieveaux et tous les attributs de la splendeur éternelle.
Au-dessous de celte enveloppe fictive, on aperçoit le bas de la robe blanche ornée des deux bandes brunes. La peinture, très endommagée, ne permet pas de voir les chaussures, mais sur le bas des jambes qui sont nues, on reconnaît les attaches croisées, relevées d’un bijou à chaque pied (PL XXXV).
Le grand intérêt de cette couverture de momie est dans les représentations mythologiques dont elle est enrichie. D’abord au-dessus du réseau, sur un registre à fond noir, dont malheureusement la moitié de droite a été détruite, 011 voit trois divinités dessinées en or. C’est d’abord Osiris assis sur son trône dans son attitude hiératique, coiffé de la mitre à plume, armé du fléau et du crochet, Isis sous la forme d’Hathor, avec sur la tête le disque et le serpent déroulé et non dressé selon l’usage, mollement appuyée sur le dossier d’un fauteuil à la grecque ; elle n’a rien de la raideur des représentations égyptiennes. Enfin Anubis à tête de chien, tenant un sceptre de la main gauche et de la droite le ankh à boucle ronde qui forme ainsi le monogramme du Christ: et pourtant Marcos est franchement isiaque. Une étoile devant le dieu sert à le déterminer, c’est Sirius, l’étoile du Chien, l’astre de la canicule; cette assimilation est grecque.
A droite et à gauche de la momie, on a peint quatorze sujets religieux qui ont trait à la pérégrination de lame dans l’autre monde, d’après les réminiscences du rituel funéraire. M. Moret, le savant égyptologue, a pris soin d’étudier et de déterminer les scènes représentées ; je m’aiderai de son travail, en mettant entre guillemets les emprunts que je lui ferai.
Ce sont, à gauche du spectateur, et en commençant par en has, deux anneaux bruns au milieu desquels on a placé, sur fond vert pâle, deux croix blanches. Puis un faucon, emblème d’Horus, et un Ibis, emblème de Thot; ces deux divinités sont les assesseurs d’Osiris, pendant le jugement de l’àme ; au-dessus, justement, nous voyons à gauche un animal à la gueule béante qui doit être une déformation de Thouéris, l’hippopotame femelle qui assiste
LES PORTRAITS D’ANTINOÉ
toujours au jugement, et à droite Anubis, dieu noir à tête de chien qui pèse l’âme des défunts sur une balance en mettant dans un plateau la déesse Mat, justice et vérité, et dans l’autre un vase en forme de cœur qui figure l’âme. Nous avons là tous les personnages de la psychostasie.
Puis, c’est I sis sous la forme d’Hathor à peau jaune, coiffée du disque, ornée de cornes et du serpent déroulé. Elle tient deux vases à libation en bronze ; derrière elle est une table d’offrande sur laquelle est posé le vase d’or qui sert à remplir les burettes d’eau sainte; dans l’angle, un disque solaire. La robe de la déesse est rouge et recouverte d’une gaze blanche à pois noirs; devant elle, le faucon lumineux portant le disque sur la tête; si ce symbole est égyptien, le peintre a eu une réminiscence romaine, car l’oiseau avec sa tête retournée et ses griffes puissantes rappelle l’aigle de Jupiter; cela, du reste, ne change rien à la signification. « Le faucon symbolise soit : i° Horus en qui se réincarne le défunt, 2° soit l’âme du défunt qui peut se transformer en faucon d’or » ( Livre des morts , ch. lxxvii, lxxviii); l’aigle de Jupiter enlevant Ganymède pour servir l’ambroisie aux Dieux prend une valeur de vie éternelle utilisée notamment sur les représentations des tombeaux de Syrie. C’est toujours l’immortalité qui est en jeu. En face, le défunt assimilé à Osiris, coiffé de la mitre et enveloppé d’un linceul rouge à réseaux blancs, est couché sur un lit en forme de lion; l’animal est couvert d’une sorte de chabraque à rayures multicolores, bleu, rouge et blanc, que traversent les pattes de devant; Anubis pose sa main gauche sur le cadavre et lient de sa main droite un sac qui peut contenir les parfums de l’embaumement. Ce sac renferme parfois des pierres précieuses de couleur rouge ; c’est en l’approchant de la ligure du mort qu’Anubis fait l’Ap-ro, l’ouverture de la bouche, c’est-à-dire lui donne la vie ; le défunt 11’est encore qu’un cadavre dont il faut faire un dieu; « Anubis, frère d’Osiris, dit M. Moret d’après le rituel funéraire, prend la momie, la ceint de bandelettes; au papyrus Rhind (Brugsch, Die Aegyptologie,p. 190), il est qualifié de Choachyte. C’est pour cela qu’on le voit penché sur la momie, les deux mains étendues sur elle quand celle-ci est couchée sur le lit funèbre » ( Livre des morts , ch. cli).
Maintenant interviennent les quatre génies funéraires : Douaounmoutef, à tête de chien, camail rose, enveloppe des jambes grise, réseau noir ; Hapi à tête de cynocéphale, camail noir, emmaillotage rose, réseau noir; Oebehsenouf à tête de faucon, camail blanc, enveloppe brune retenue par des boutons blancs ; Amset à tête d’homme, camail jaune, emmaillotage bleu, réseau noir. « Les quatre enfants d’Horus sont quatre dieux préposés tout d’abord à la garde d’Osiris ( Livre des morts , ch. xvii, 82, 36), puis à la garde des viscères contenus dans les quatre vases canopes. Ici ils coopèrent aux rites osiriens. Ils sont représentés momifiés. »
Chacun a un disque sur la tête; ils sont tournés du côté du défunt qui, dans le tableau d’en face, est représenté en Osiris, couvert d’un linceul blanc à bandelettes rouges; ce qui indique bien que c’est le défunt lui-même qui a pris la forme d’Osiris, c’est qu’il a en mains la pioche en bronze (ascia) et la pioche en bois (méri) avec lesquelles il doit cultiver les Champs Elysées ; « derrière lui Horus hiéracocéphale fait le Sa de la main droite et, de la gauche, tient le ».
Plus haut nous retrouvons tout le personnel du jugement de l’âme: Osiris, Anubis, Thot, Horus; Horus à peau grise, à tête de faucon, coiffé du pschent complet, couronne de la haute et de la basse Égypte, fait le Sa et tient le ankh; Thot à peau jaune, à tête d’ibis, tient le sceptre et le ankh : Anubis dont la tête est effacée, la peau noire, d’une main fait la libation, et de l’autre tient l’encensoir; une table d’offrandes est devant Osiris, maillot rouge, bandelettes
Antinoi-:.
Pl. XXXVI. — Pagi: :îo.
LES PORTRAITS
noires, robe de dessus verte; le dieu est assis sur un trône et porte en mains le fouet et le crochet. « La représentation d’Osiris devant la table d’offrande s’explique : i° parce que le mort peut être identitié à cet Osiris et recevoir le même repas d’offrandes; 2° pour que le mort puisse avoir des offrandes dans l’autre monde, il faut qu’elles aient été préalablement offertes à Osiris (Du caractère religieux , p. 198, 200). La libation qui purifie, l’encensement qui fait devenir dieu (sneter) sont les deux actes principaux du culte égyptien; ils résument et valent à eux seuls tout le culte » (Rituel du culte divin , p. 204).
Par conséquent, ce dieu qu’adorent les autres dieux, cet Osiris triomphant, c’est Marcos lui-même, et le dernier registre va nous montrer les divinités qui seront la société du nouvel élu.
A part l’isis qui est à droite, ces personnages célestes ne sont pas très définis ; on peut dire que ce sont des dieux, mais lesquels? On sent que l’artiste connaissait mieux l’enfer égyptien que l’Olympe des bords du Nil.
Une déesse coiffée du disque, qui est sans doute Hathor ou Isis vêtue des ailes croisées, lient de la main gauche le linge tordu en forme de ankh et la tige à crans, tandis que de la droite elle fait le Sa.
« Horus, Isis et d’autres divinités sont souvent représentées derrière Osiris ou le défunt, un bras levé comme pour projeter sur le dos de celui-ci un fluide magnétique. C’est ce qu’on appelle faire le Sa ou le Setep-Sa, c’est-à-dire l’acte de protection, de garde magique » (Du caractère religieux, p. 45, 47)-
La tige symbolise le renouvellement des années, chaque cran de la tige rappelant probablement le progrès annuel de la pousse. Les dieux ont fréquemment en mains ce signe symbolique. « C’est dire à l’élu, en le lui présentant, qu’on lui garantit des années si nombreuses qu’elles valent l’éternité. » Le second dieu a la peau grise et sur la tête un disque noir ; est-ce Osiris interprété comme soleil de nuit? Il fait une libation.
En face, un autre dieu fait aussi une libation ; il a la peau rouge et porte le pschent complet; il pourrait représenter Horus.
Enfin, Isis, coiffée du disque et du serpent déroulé, tient la tige à crans et le vase d’encens enflammé. La déesse porte un vêtement multicolore, ce qui aide à la déterminer; Plutarque, en effet, parlant de l’habillage journalier des statues d’Osiris et d Isis, explique que l’on donne à Osiris une robe d’une seule couleur, tandis que « les vêtements d’Isis sont teints de couleurs bigarrées, parce que son pouvoir s’étend sur la matière qui reçoit toutes les formes, qui est susceptible de subir toutes les modifications possibles, puisqu’elle devient lumière, ténèbres, jour, nuit, eau, feu, vie, mort, commencement, fin ».
Autre détail à noter, c’est le mouvement que le peintre a donné au bas de la robe d’Isis. Cette agitation de l’étoffe est pour nous une indication précieuse. Lorsque les sculpteurs d’Olympie ou de Samothrace voulaient représenter une Victoire envoyée par les dieux et descendant de I’01ympe, ils avaient soin d’appliquer sur le corps des plis poussés de bas en haut,
très définis ; on peut