‹ L'église de Chamalières-sur-LoireChapitre 12 sur 15 · PEINTURE APPARTENANT A M. LE CURÉ DE FLEURIEU · texte numérisé non relu

PEINTURE APPARTENANT A M. LE CURÉ DE FLEURIEU

LES PORTRAITS D’ANTINOE

afin de rendre le vent produit par la course dans l’air, et la descente rapide de l’envoyée céleste. Lorsque les peintres du moyen âge peignaient une Annonciation angélique, ils indiquaient par des ondulations du bas de la robe de l'ange Gabriel, que cet être divin descendait du ciel. Or, les ondulations de la robe d'isis nous montrent que les Isiaques d’Antinoé situaient de même les dieux qui président à la vie éternelle tout au-dessus de leur tête; l’enfer égyptien se trouvait déplacé. Ce n’est plus cette succession de couloirs sombres remplis d’eau, ce n’est plus le pays d’Ialou vaporeux et lointain, c’est le zénith lumineux. C’est le paradis chrétien ouvert sur des horizons éclatants. Le bel adolescent pour qui on a peint tous ces sujets symboliques, pour qui on a pris toutes ces précautions, afin de lui assurer l’immortalité, est sûr de parvenir au séjour des élus, c’est bien le croyant à l’âme heureuse : EihJ^i Mapstoç Avxtvoe.

Cette enveloppe de momie nous impressionne, non seulement par sa beauté, par sa richesse, par ses vives couleurs et ses dorures somptueuses, mais par les pensées religieuses qu'elle nous dévoile. Elle nous fait connaître l’état d’esprit des habitants de l’Egypte romaine. Ils croyaient encore aux vieux riles osiriens, ils croyaient tout au moins prudent de les continuer ; ils avaient une notion déjà épurée, presque sublime du paradis des âmes, et par certains détails étaient, on le voit, en contact avec le christianisme naissant.

La peinture de la momie figure 05 nous montre un jeune homme à figure énergique, type méridional. Il porte la robe blanche à bandes brunes, son épaule gauche est drapée d’une légère étoffe blanche, sa main gauche est fermée avec le pouce et l’index réunis, ce qui pourrait être un geste mystique, mais, d’après les répliques que nous donnent les portraits de plâtre, indiquerait simplement que sa main devait tenir un rituel funéraire roulé qu’on a oublié de peindre; sa main gauche tient la guirlande de fleurs roses et de feuillage en forme de sa tête se détachesur l’auréole carrée figurant l’entrée du ciel dont on voit l’architrave formée du disque ailésurmonté d’une frise de huit uræus; au-dessus de la frise et sur le crâne du mort, on a peint une couronne de fleurs multicolores; sous le buste, encore le disque ailé surmonté de dix uræus dont les disques sont en relief doré; le bas du corps est entouré du réseau de bandelettes blanches sur fond rouge; les vides sont ornés d’étoiles d’or et des groupes formés par le soleil et les planètes; au-dessous du réseau on aperçoit le bas des jambes nues et l’extrémité de la robe sur lequel devait être écrit le nom du défunt, mais onne peut lire que lemot« Antinoé » (PI. XXXVIII).

Les flancs de la momie sont ornés d’une double rangée de scènes funéraires; le drame osirien est ici un peu incohérent : les scènes ne se suivent plus normalement comme pour Marcos; on devine que les traditions égyptiennes s’oublient et s’estompent de plus en plus; pour remédier à cette imprécision des sujets, on a peint à profusion dans le champ des tableaux de faux hiéroglyphes, des cartouches royaux qui ont des zigzags au lieu de lettres, des ankhs chrétiens à boucles rondes formés du y et du p (ï) et des serpents dressés.

On voit, en commençant par en bas, à gauche le monstre hybride qui assiste au jugement de l’âme, cet animal fantastique, moitié hippopotame, moitié chienne, qui attend les morts au moment de la psychostasie pour les dévorer en cas de non-justification (PL XLI, A, B).

Sur les cercueils, il a souvent l’aspect d’une truie ; le porc-truie est un ennemi d Osiris qui a dévoré l’œil d’Horus où se trouve l’âme d’Osiris [Livre clés morts , ch. xii). Ici 1 animal a les mamelles de la truie et un museau de chienne ; en face, à droite, un chien noir est peut-être encore Anubis ou déjà Cerbère.

Ensuite, il y a quatre tableaux à chaque registre: d’abord la balance, Horus vêtu de noir

AnTUNOL

l'L. XXXIX.

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LES PORTRAITS

la fait fonctionner ; la déesse Ta-mât (Thémis), la justice, en robe rose, est assise sur le fléau (C) ; après se présente le génie Douaounmoutef à tête de chacal, klaft jaune et gris, linceul rose à réseau vert, puis on voit Anubis broyant dans un mortier la nourriture du mort ou préparant un breuvage d immortalité ; je reparlerai de ce sujet à propos de « l’homme à la branche » : encore Anubis transportant la momie (D).

Plus haut Pacht, linceul rose, manteau vert, la figure couleur de chair, la tête nimbée peut-être à l’imitation des dieux bouddhiques. C’est alors un prêtre isiaque (?) coiffé du klaft rayé, il tient un sceptre : cela pourrait être aussi Osiris sous la forme romaine : son vêtement a des raies inclinées roses et violettes (E). Après vient un sujet très endommagé, le corps d’une déesse au torse nu: Isis ou Nephthys à jupes noires (E). Ici interviennent les quatre génies funéraires à linceuls de couleurs variées. Douaounmoutef a une tête humaine au lieu de sa tête de chacal ; sous les premières dynasties, les quatre génies avaient des têtes d’homme (G). En face, Isis, le bras drojt appuyé sur une table, et Thot à tête d’ibis, au corps rose armé du sceptre et du ankh: tous deux sont assis sur des trônes (H).

Sur fond noir, personnage indéterminé au torse nu; sur des fonds roses, Isis et Nephthys se regardant, elles ont les bras munis des ailes protectrices ; « elles protègent le corps d’Osiris et de tout mort en étendant les deux bras (souvent ailés) » derrière la momie ( Livre des morts, ch. xvm, I. 33). Sur fond noir, autre personnage peu distinct (I, J).

Un jeune homme vêtu seulement de la schenti, ornée de la queue de girafe, tient le fouet ; un autre vêtu de même sorte, coiffé du klaft, tient le kherp et la canne ; ce sont peut-être des prêtres officiants ; « les officiants au moment de prononcer la formule du sacrifice », « le roi donnant l’offrande » ( sonten di hot pou ) ont presque toujours en main une canne et une massue, avec laquelle ils touchent les offrandes ; ce coup (hou) « consacre » ce qui est touché [Du caractère religieux de la royauté pharaonique, p. 171, fig. 3a et 36) (K). Personnage assis avec la coiffure de Neith et encore Anubis sur son trône (L).

Alors Anubis prépare la momie placée sur son lit en forme de lion ; elle n’a pas encore la mitre d’Osiris, mais au tableau suivant « le mort ressuscite en Osiris, représenté debout dans un suaire lumineux d’étoffe changeante rose et bleue aux bandelettes blanches (M). En face deux personnages dont l’un a disparu et l’autre est le jeune Horus tout nu, le dieu renaissant, symbole de la résurrection du défunt : « Le mort, pour devenir dieu et habitant du paradis, renaît à une vie nouvelle, comme un enfant sort du sein de sa mère il est enfanté par Isis ( Livre des morts, ch. xvii, 81) ; d’où le fait que le mort, tout en étant Osiris, est assimilé à Horus fils d I sis et peut être représenté par la figure juvénile de ce dieu » ( Livre des morts , ch. Lxvm, lxxviii, i3) (N).

Enfin, tout en haut, 1 T sis rayonnante de joie lève une main en l’air pour montrer qu’elle a sauvé l’âme du jeune homme (O). Sur la droite, Anubis est de nouveau représenté, emportant la momie (P).

Sous les pieds et sur la tête on a peint des couronnes de fleurs de toutes les couleurs.

Fig. 66. — Cet enfant, fils d’un colon latin, porte au cou la bulla d’or dont on ornait les jeunes Romains (PL XXXIX).

Il est vêtu d’une robe ajustée garnie de broderies brunes en forme de médaillon et de larges galons identiques aux robes nombreuses que M. Gayet a trouvées sur les momies. Sa main droite est placée sur sa poitrine et sa main gauche lient la boucle de fleurs.

LES PORTRAITS D’ANTINOÉ

Il a le milieu du corps enveloppé du réseau symbolique figuré par des triangles blancs ajustés en croix transversales et de losanges noirs représentant des croix verticales. Dans le champ des losanges, un point et quatre larmes donnent encore un motif cruciforme.

Le petit personnage n’a pas seulement la tête encadrée par la porte du ciel, c’est tout son corps qu'on a enchâssé entre les colonnes; l’architrave a le disque ailé. Cette porte ne pourrait tenir debout, car les colonnes, épousant la forme de la momie, vont en se rapprochant vers la base et présentent un monument qui n’est pas d’aplomb. Les colonnes ont des rainures en spirale dont la direction change à chaque assise.

Les pieds portent des sandales blanches.

Un tableau dont le sujet est effacé avait été peint au-dessous des réseaux.

Tout autour de l’ensemble circule une guirlande de fleurs qui s’arrête en haut et en bas au milieu du tableau pour faire place à des groupes de points stellaires au nombre de neuf.

Quoique fort abîmées, les représentations symboliques inspirées du Livre des morts nous donnent des renseignements utiles.

C’est, en commençant par le bas, à gauche, une tète de mort entre deux ankhs chrétiens à boucle ronde; à droite, un édicule avec deux escaliers et quatre colonnes. M. Moret voit là le pavillon d’Osiris : « L’édifice à quatre colonnes rappelle le pavillon des fêtes Sed qui se compose d’un double naos soutenu par des colonnes, élevé sur une plate-forme à laquelle donne accès un double escalier (Voir pavillon des fêtes Sed ap. Petrie, Royal Tombs, 1, pi. VIII, 7). Le pavillon apparaît de l’époque archaïque aux derniers siècles de la civilisation égyptienne (exemples réunis dans A. Moret, Du caractère religieux, p. 288-263 et 277). On installe dans cet édicule les dieux, les rois, les morts pour lesquels on célèbre les rites de la renaissance osirienne (A. Moret, Mystères égyptiens ) ; on couronne le dieu, le roi, le mort avec la couronne du Sud et du Nord dans les naos du Sud et du Nord. Le pavillon à colonnes s’appelait de divers noms : Zadou , ou bien l’escalier Khetid; parfois Khend désigne aussi le pavillon auquel l’escalier donne accès. Dans la représentation étudiée, l’édicule semble être une figure légèrement déformée du monument où se célèbrent les rites qui aboutissent à la renaissance du mortet à sa réception au ciel par les dieux qui l’acclament. »

Au-dessus à gauche, la balance; adroite, le défunt devenu Osiris assis sur le trône portant le fouet et le crochet. Son linceul est brun, il est coiffé du klaft.

Plus haut à gauche, un sujet peu lisible ; à droite, Anubis porte la momie dans ses bras et présente la tige.

Puis à gauche, sujet effacé; à droite, le mort en Osiris lumineux couvert du vaste manteau d’or debout entre deux "TL

Alors interviennent Isis et Nephthys aux bras ailés : « Ces deux sœurs d’Osiris sont les deux prêtresses de son culte et du culte de tout mort; vêtues de deuil, chevelures flottantes, elles se lamentent sur son cadavre et l’arrosent de libations (Livre des lamentations d’Lsis et de Nephthys, existe déjà en substance dans les livres des Pyramides; sa rédaction, d’époque postérieure, a été éditée par de Horrack d’après un papyrus de Berlin). D’autre part, elles protègent le corps d’Osiris et de tout mort en faisant l’acte de protection qui consiste à étendre les deux bras, le plus souvent ailés, derrière la momie (. L . cl. M ., ch. xvm, 33, et Chabas, Hymne à Osiris). »

Les bras sont ailés parce que les deux déesses sont assimilées, dès les textes des Pyramides,

Antinoé.

Pi . XL — Pag k IL',.

Astinoé.

Pl. XIJ. — Page 35.

LES PORTRAITS

à deux oiseaux qui accourent près du corps d’Osiris (Moret, Rituel du culte divin , p. 1 3, 3/().

Enfin, tout en haut, Isis et Nephthys triomphantes, une main sur la poitrine comme le jeune défunt qu’elles sauvent et l’autre levée en signe de victoire. « Attitude d’acclamation caractérisée surtout par un bras levé en arrière, prise par les dieux quand ils acclament un autre dieu, le soleil levant, Osiris triomphant ou le mort divinisé (stèle C i5, du Louvre). En particulier, les esprits d’Hiéracopolis à tête de faucon prennent ces attitudes dans ces circonstances. »

A côté des déesses, sont deux urnes contenant sans doute l’eau pour les libations libératrices.

« Une gradation des tableaux est ici apparente. En bas, le cadavre et le pavillon d’Osiris; puis psychostasie devant les dieux ; rites d’Anubis, intervention des déesses ; victoire de l’âme. La représentation de la tête de mort est rarissime, b

Le personnage de la figure 67 a la physionomie pensive et réfléchie ; ses yeux regardent au loin, il contemple l’au-delà et voit le paradis (PL XL11).

La main droite tient une branche d’olivier (?), sa gauche est armée de la boucle de fleurs.

11 est. vêtu d’une robe cousue et ses pieds sont ornés de sandales. Le bas du corps est enveloppé du réseau symbolique de bandelettes blanches croisées (PL XL).

Sur les côtés on a peint des scènes isiaques.

C’est, en commençant par en bas, deux fois le monstre hybride, puis, à gauche, Tliot à tête d’ibis assis, sceptre en mains ; à droite, Anubis debout tenant le sceptre ; ils sont, avec Horus, les dieux qui assistent au jugement de l’âme (A, B, C, D).

Puis, deux fois représenté, la taureau Apis lancé au galop, emportant la momie (E).

Ici une peinture curieuse montrant Anubis broyant quelque chose dans un mortier. Si l’on consulte un égyptologue, il dit qu’Anubis écrase le grain pour la nourriture des morts; si l’on s’adresse à un sanscritiste, il déclare qu’Anubis écrase la plante du « Sonia b, liqueur d’immortalité ( Amirta , ambroisie). Pour choisir entre ces deux explications, il faut se demander si les croyances funéraires de l’Egypte à l’époque romaine s’accordent mieux avec l’une qu’avec l’autre, et je me permets de rappeler ce que j’ai écrit dans les « Symboles asiatiques b ( Annales du Musée Guimel , t. XXX, p. 146) (F, G, II) :

« Cette suppression des croyances anciennes surprend d’autant plus qu’il s’agit de rites funéraires et que le culte des morts a été le souci presque unique des dogmes égyptiens ; mais les nouveaux venus avaient d’autres aspirations spiritualistes que la vie future d’un défunt dans l’Amenti d’Abydos, enfer plein de dangers, de pièges, de surprises; Champs-Elysées où il fallait pendant des siècles cultiver la terre, voyager en barque d’hypogées en hypogées, chanter continuellement, sans repos, les textes interminables du rituel des morts avec la crainte apeurante de se tromper d’un mot, de se tromper d’une note et de compromettre à tout jamais son éternité. Et le rôle mesquin de l’esprit du cadavre, du double égoïste et gourmand, devait être repoussé avec dégoût par ces lettrés qui avaient lu Platon, b

En effet, je ne crois pas qu’on ait trouvé à Antinoé une seule tombe où l’on ait recueilli de

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