‹ L'église de Chamalières-sur-LoireChapitre 13 sur 15 · MEUNIER DU DIEU · texte numérisé non relu

MEUNIER DU DIEU

D’après Gardiner ( Ægypt . Zeitschrift).

la nourriture pour le mort ; il y a bien des sépultures chrétiennes comme celle de Thaïs, où Ton rencontre des verres à boire, une corbeille à pain ; mais il s’agit ici de l’eucharistie, c’est le pain de l’âme qu’on offre au défunt. Est-ce que c’est Anubis qui peut préparer le corps de Jésus? Non, les cadavres d’Antinoé n’ont pas besoin de nourriture, mais les âmes ont soif d’immortalité ; tous les symboles ont la même signification : lumière, éternité.

L'éclectisme des Egyptiens romains des bords du Nil peut bien avoir choisi le mortier à Sonia pour satisfaire leurs aspirations d’outre-tombe.

M. Weill, l’historien des premières dynasties, m’a fait remarquer que l’attitude d’Anubis penché en avant, les jambes séparées, indique que non seulement il écrase, mais il agite, il baratte, il prépare la liqueur mousseuse qui est devenue ensuite le Zambaion (Zaëaioç). S’il s’agissait d’un broyage pénible comme celui du blé, le corps devrait être vertical, ainsi qu’on

voit au Caire les nègres qui broient le café avec un lourd pilon.

Autre observation : c’est que, en écrasant le grain dans un mortier, on mêle le son et la farine et il faut pouvoir, en soufflant, séparer l’un de l’autre. C’est ce que font les « Meuniers du dieu » dans les statues de l’ancien Empire; à genoux devant une pierre incurvée, ils écrasent le blé avec le rouleau qui laisse retomber les grains fins et retient les gros morceaux qu’on reprend; par l’haleine fortement envoyée, on trie les différentes qualités et Ton élimine le son (Capart, Recueil de Monuments, Jl, 79).

Ce genre d’outil est encore utilisé en Espagne pour le chocolat.

Sur l’enveloppe qui nous occupe, le mortier est figuré trois fois, et dans deux des tableaux le vase a une forme ronde avec une anse, ce qui exclut l’idée du broyage, car le vase est en terre.

Dans le premier tableau, la forme est exactement celle dont se sert, dans les représentations chinoises et japonaises, le petit lapin, parfois l’écureuil, qui est censé préparer dans la lune la liqueur d’immortalité (1).

Les autres vignettes sont des répliques et nous montrent alternant, la balance de lame, la chienne dévorante et Anubis broyant (I, J).

Enfin tout en haut, Isis et Nephthys, mais assises par terre, le torse nu, la main relevée sur la tête ou sous le menton, dans l’attitude des pleureuses. Pourquoi ces déesses ne sont-elles pas victorieuses comme sur les autres enveloppes? Ce sera peut-être difficile à expliquer (K, L).

L’ensemble des peintures n’est pas, comme à l’ordinaire, entouré de guirlandes de fleurs, symboles d’immortalité, mais d’une torsade à deux cordons sans fin. Ce motif ornemental, qu’on retrouve sur les mosaïques de l’époque, est donc interchangeable avec les fleurs? Ceci nous indique que ces enroulements ont un sens de vie future.

En examinant la façon dont a été préparée cette toile stuquée, on remarque que le portrait (!) Sonia = lune; lapin — lune.

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