PEINTURE A LA CIRE. LES DEUX FRERES
LES PORTRAITS D’AN Tl NO E
Ce fat encore la direction du Palais du Costume qui, cet hiver-là, fit les frais des fouilles d’Antinoé. Les résultats, exposés deux ans plus tard au Musée Guimet, en furent très importants, car ils aidaient à préciser des époques et donnaient des dates.
Ce fut d’abord la momie d’une dame romaine dont le portrait était peint en pied sur la toile stuquée qui l’enveloppait. La coiffure, les bijoux représentés, le style de la peinture, les scènes figurées sur les côtés, tout cela rappelle l’époque d’Hadrien. Les gestes de la morte, qui ramène les bras sur la poitrine, peuvent être isiaques ou chrétiens. La robe, qu’elle est censée porter, est ornée des médaillons monochromes à dessins géométriques, qui sont les précurseurs de l’art arabe et sont devenus la caractéristique de l’art copte. On peut donc se demander si elle était païenne, isiaque ou chrétienne. Comme c’est là un des types les plus intéressants pour nos études, nous y reviendrons à la fin de ce travail.
Dans la vitrine où se trouvait ce corps de femme, on avait mis des étoffes chrétiennes trouvées dans les mêmes régions. C’était le dauphin alternant avec la corbeille, l’arbre de vie (emprunté à la Syrie) flanqué de la croix, la rose cruciforme, etc...
Puis la sépulture d'une femme dont le nom était Eutpeg'.av. Elle était entourée de robes, de manteaux, de suaires, de riches coussins, et c’est probablement elle-même qui avait fabriqué et brodé cette collection d’étoffes, car elle possédait tout un mobilier de bobines, de peignes à serrer les tissus, de tambours à dentelles, de quenouilles, d’aiguilles en bois ou en ivoire. La morte portait un collier de pierres précieuses : ce n’était donc pas une ouvrière, mais une grande dame artiste et aussi un peu philosophe, car elle était de la secte gnostique ainsi que le montre une amulette en ivoire placée sur sa poitrine et la devise écrite en or sur ses babouches : « Sois en paix », dont les upsilons sont barrés comme un ankh dont on aurait enlevé le haut de la boucle et cela donne une croix. Ces détails nous portent vers l’an i5o ou 200 de notre ère.
Le corps avait été mis sous scellés. Les empreintes donnent une figure de femme tenant un vase et au revers les caractères : AN-TL Sans doute le sceau officiel de la ville d’Antinoé.
Je dois signaler aussi tout un jeu de plaquettes carrées en bois percées d’un trou à chaque angle. M. Capart, le conservateur du Musée de Bruxelles, a fait remarquer que les Antélins se servent encore de plaquettes semblables pour exécuter certains tissus.
Enfin M. Gayet avait rapporté le mobilier d’Aurélius Colluthus et de sa femme Tisoia. C’était un document de premier ordre, d’abord par l’abondance des riches étoffes qu’on y a rencontrées et surtout parce qu’on y a recueilli quatre papyrus écrits en grec et dont trois sont datés.
L’un est un contrat de vente. Aurélius donne à sa femme Tisoïa une villa moyennant 9 écus d’or payés comptant; la moitié du puits et la moitié de la cour, qui sont indivis avec sa sœur Taurounia. L’acte est rédigé dans le jargon encombrant qui sert encore aux notaires
de nos jours : « et ceci je le confirme, moi le vendeur et les miens, à toi l’acheteur et
aux tiens, par toutes garanties quoi qu’il survienne ou soit survenu, quelque réclamation
A ivriNoÉ.
Pi. VII.
Pagi; h