COLLIER DE SÉRAPION
je crois, aussi embarrassés qu’au début, et tout ce que nous pouvons trouver alin de satisfaire ceux qui viennent tous les jours au Musée pour « voir Thaïs », c’est de leur dire qu’il n’est pas impossible que Thaïas soit Thaïs.
Quant à Sérapion, voici :
La momie rapportée par M. Gayet était revêtue d une robe de bure noire avec un capuchon rembourré d'un énorme coussin. Etait-ce pour avoir trop chaud, devoir de pénitence, ou pour se préserver des rayons du soleil d’Egypte, précaution hygiénique?
Sa taille était cerclée de deux grosses ceintures de fer de dix centimètres de large, placées à même la peau; chacun de ses bras, chacune de ses jambes portaient deux lourds anneaux de fer forgé sur le vif, huit en tout. Il avait au cou un collier de fer massif qu’il ne put mettre qu’en passant sa tête au travers, une forte croix de fer pendait au collier, mais cette grossière parure ne devait pas être un instrument de supplice. Dans les mosaïques de Saint-Vital à Ravenne, on voit les courtisans de l’empereur Justinien porter des colliers massifs tout à fait semblables, seulement ils sont en or : la croix de Sérapion devait être un insigne de dignité, d’autant que la croix et l'anneau rigide forment le chrisme (-2* ).
Une étole de cuir gaufré devait également indiquer un grade ecclésiastique. Enfin, la moitié d’un bâton pastoral garni de cuir et de clous marquait aussi une suprématie; l’autre moitié du bâton avait servi à faire des reliques. Sur un tesson de poterie, papier habituel des Egyptiens, était écrit Sapoonov KopvwcnroAou, Sérapion fils de Kornostalos.
Or un texte syriaque nous donne des détails intéressants sous ce titre : « Histoire des belles actions de l’ermite Sérapion qui fut moine. »
Il y est écrit : « ... A cette parole il rendit l’âme et aussitôt les frères descellèrent la porte de sa cellule, entrèrent et l’emportèrent. Quand on le dépouilla de sa robe pour l’oindre d’huile, on trouva que son corps était ceint crune ceinture cle fer qui avait causé sur sa chair de nombreuses blessures. Alors ils louèrent et bénirent Dieu de la constance du bienheureux et ils l’enterrèrent avec grand honneur, comme il convenait. »
A la nouvelle de sa mort, les gens de Rome et d’Athènes (les colons venus d’Europe) sortent de la ville avec une multitude de peuple et se rendent au désert; les monastères de femmes aussi se mettent en marche pour voir le sépulcre du saint. On essaye même de s’emparer de ses restes mortels pour les ramener dans la ville. « Ils se donnèrent beaucoup de peine autour du cercueil de pierre dans lequel le juste était placé, mais il n’y eut pas moyen de l’ouvrir. »
Nous avons vu que le tombeau découvert par notre archéologue avait été solidement construit.
Tous ces renseignements fournis parles textes nous confirment nettement dans l’assurance que c’est le vrai Sérapion dont nous avons la dépouille, et quels que soient les doutes qui subsistent au sujet de Païsie, Thaïs ou Thaïas, il faut reconnaître que les trouvailles de cet hiver étaient vraiment sensationnelles.
LES PORTRAITS D’ANTINOE
Pendant ces deux hivers ce fut encore le ministre de l'Instruction publique qui donna une mission officielle à M. Gayet et lit les frais des fouilles.
L'intérêt de ces deux campagnes fut plutôt à Antinoé qu’à Paris. Non que M. Gayet n'ait rapporté une abondante moisson de tissus, de portraits en plâtre, d’objets archéologiques précieux, destinés uniquement, je l'ai dit, à être répartis entre les Musées de France, mais il
attaqua un nouveau terrain de découvertes, il sonda les rochers de la chaîne arabique qui domine la ville, pensant avec raison qu’il devait y rencontrer des sépulcres de patriciens, ensevelis avec les soins qui rappellent les procédés de l’antique Egypte.
Ces rochers sont pleins d’excavations creusées de main d’homme. Tantôt ce sont d’anciennes carrières dont les salles, au plafond soutenu par des piliers mal équarris, ont quelquefois 6o mètres de long; tantôt ce sont de petits souterrains, exploités d’abord, mais ensuite utilisés comme caveaux funéraires, tantôt enfin des hypogées creusés spécialement dans la montagne pour recevoir la dépouille de quelque personnage de marque.
Toutes ces tombes étaient précédées d’une chapelle construite en moellons ou en briques crues, qui était, comme à l’époque pharaonique, le salon de réception du mort.
La difficulté pour le chercheur, c’est qu’il arrive le dernier et que tous ces caveaux n’ont cessés d’être ouverts, brisés, pillés; les anachorètes chrétiens en ont fait leur demeure et il est bien rare de rencontrer encore une sépulture inviolée.
Pourtant M. Gayet eut la bonne fortune d’en trouver intactes un certain nombre; je m’arrêterai à quelques sépultures particulièrement caractéristiques.
Un personnage entouré de bandelettes croisées rouges et jaunes. A côté de lui, on avait placé deux petites poupées en plâtre représentant des gens mangeant sur une table, lè triclinium sans doute, et chargées d’inviter le défunt à dîner. On ramassa aussi un buste de Minerve en terre cuite, un buste de Bacchus en bronze, peut-être le haut d’un bâton de commandement, car il peut s’emmancher, et un Bes guerrier en terre cuite. Le défunt n’était donc pas tout à fait un isiaque, puisqu’il vénérait les divinités olympiennes. M. Gayet pense que c était un centurion romain (?).
Un autre personnage, chrétien celui-là, richement vêtu, entouré de nombreuses écharpes et décoré d’un large ruban rouge supportant une médaille de saint Georges. Autour de lui, dans la maçonnerie de son tombeau, on avait placé beaucoup de vases peints de sujets religieux.
L’un d’eux, qui a été rapporté, montre d’un côté un poisson, dont on connaît le sens symbolique, et de l’autre la représentation d’un jardin suspendu en terrasse, avec une balustrade et une treille plafonnant; des fleurs, des arbres, des palmiers, poussent derrière la balustrade; des sortes de nuages en volutes, peints en dessous, font supposer que c’est une vue du paradis chrétien. Presque toutes les tombes de cette époque ont des parois ornées de fresques dont il ne reste que quelques fragments.