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TAPISSERIE : CUBISME ET PAONS

LES FOUILLES

Les sujets appartiennent au répertoire du symbolisme primitif des catacombes. C’est l’Orante, les bras levés : souvenirde l’âme égyptienne paraissant devant Osiris, le juge infernal ; c’est le bon Pasteur, la colombe, le paon, les arbres du jardin paradisiaque, les ponts de l’enfer persan.

D’autres figures qu’il est malaisé d’expliquer, il ne reste que les pieds, auprès desquels viennent se coucher des lions ou des chacals (Orphée ou Daniel).

La croix enfin, soit seule, soit nimbée d’une couronne pour former le est placée entre des candélabres et des tiges de lis.

Détail singulier, au moment de murer le caveau, toutes ces peintures avaient été recouvertes d’un lait de chaux. Pourquoi? Est-ce une survivance du badigeon blanc des chambres funéraires des pyramides de Dachour, où même le précieux granit rose est peint en blanc? Est-ce pour mettre les images dans une sorte de lointain magique, où l’âme seule peut les apercevoir ?

Sur les murailles d’un tombeau donton a ramené la momie, l’on voit l’homme aux lions et le bas d’un autre personnage élégamment drapé à l’antique, avec une large étole barrant le costume, et, sur la droite, une toute petite femme qui prie, les mains baissées en avant.

La défunte, dont le corps est assez bien conservé, est couronnée de fleurs, la tête posée sur un coussin de haute lisse, orné d’un paon et d’une colombe. Ses cheveux blonds lui descendent jusqu’aux genoux. Sur une écharpe sont brodées des feuilles du Ficus religiosa , très bien caractérisées. C’est l’arbre sous lequel Çakia-Mouni est devenu Bouddha.

mir et des tapis persans.

A côté de la morte on avait déposé des branches de palmier, de saule et une belle palette à prières ornée de points ronds, pour compter, comme le petit escalier de Thaïas, et montrant au centre une petite croix de nacre dans une arcade, la porte de l’au-delà.

Citons en passant deux dignitaires byzantins, vêtus du lourd manteau que nous connaissons, en bourre de soie pourpre et orné de soieries sassanides. C’est pour ainsi dire un uniforme.

La dame Sabina avait avec elle une pierre gnostique, un poisson d’ivoire, un vase de verre avec la croix et les lettres a et co. Très richement vêtue d’une robe rose, d’un mantelet rouge, portant un collier de perles et d’améthystes, elle était enveloppée d’un immense châle de pourpre, dans lequel on avait fixé des appliques multicolores représentant des groupes de petits amours dans toutes les positions et de toutes les races, car il y en a de nègres

Dans les angles, des bandes montrent d’autres amours, jouant, dans les lotus, avec des dau

Cette feuille stylisée est devenue la palme des châles de cache-

LES PORTRAITS D'ANTINOÉ

pliins; elles accompagnent quatre carrés, avec un médaillon central, racontant l’histoire d’Apollon. Voilà donc un vêtement païen porté par une chrétienne.

Mais un des carrés nous montre Daphné, changée en laurier et qui présente au dieu une Heur cruciforme en faisant avec le pouce et l’index un rond qui figure le Ÿ renversé. Quant à Apollon, il répond que, lui aussi, est chrétien en prenant dans son carquois une flèche d’un geste identique. Il faut donc en conclure que, au moment où vivait Sabina, si le répertoire ornemental des tisseurs de châles était toujours le répertoire païen, ils savaient, par d’ingénieux symbolismes, satisfaire la foi de leurs riches clientes.

Myrithis était noyée dans un lit de feuilles odorantes. M. Gayet l’a surnommée la magicienne (?).

Elle avait un fragment de grimoire incompréhensible écrit en grec sur parchemin, un petit tambourin et un curieux miroir en verre convexe, dans lequel on se voit tout petit ; la monture en ivoire est élégante et a la particularité d’avoir un double fond percé de trous tout à l’entour, et dans l’un se trouvait une petite cheville mobile qu’on pouvait déplacer d’un trou

à l’autre. Etait-ce un jeu ? Peut-être un

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compte-prières, comme celui de Thaïas. Et pourtant Myrithis n’était pas chrétienne.

Line des tombes les plus importantes fut celle de Lioukaiônia dont voici le plan et la coupe.

C’est une momie blanche étonnamment conservée. Dans la vitrine où elle repose avec ses prunelles d’or, pointées de pupilles noires, elle est vivante. Sur sa tête une couronne de feuilles de cédratier, dans sa main un bouquet formé de feuilles de vigne roulées en boules; dans un petit panier de terre cuite, des lichens sacrés venus de Grèce. Dans l’épaisseur des murailles de son caveau, une cachette contenant son laraire, exclusivement composé de figurines égyptiennes en terre cuite. C’était une isiaque de la secte de Rome. Un jeu de quinze petits modèles de coiffure complétait le mobilier. J’ai déjà donné de tout cela des explications auxquelles je renvoie (1).

Un jour, en repassantà l’endroit où il avait trouvé la tombe de Thaïas, M. Gayet remarqua que le terrain avait des efflorescences salines. Ce n’est qu’à de grandes profondeurs que l’on trouve ces couches de sel. Il fallait donc qu’en explorant les tombeaux de ce quartier on ait ramené à la surface des parties salées qui, elles-mêmes, avaient été extraites de stratifications plus basses, fl en conclut qu’il y avait là deux nécropoles superposées. En effet, des sondages tirent découvrir dix-huit corps de femmes placés au niveau de la sépulture de Thaïas qui avait été trouvée à 3 m. 5o au-dessous du sol. Les femmes devaient faire partie d’une confrérie, elles portaient une sorte d’uniforme, avaient été enterrées avec des palmes et des suaires portant des monogrammes avec le p non déformé : donc, des chrétiennes.

Sur les bandelettes qui les entouraient on avait écrit dans tous les sens Eu^u^t Av-tvos,

(1 ) Annales du Musée Guinict, t. XXX \3e partie), Symboles asiatiques.

Antinoé

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