Tombeau d’Arberino détails
funèbres, et qui soutiennent un arc cintré, orné cToves et d’une guirlande de fruits. Dans l’espace laissé vide sous l’arc, il manque une peinture, qui sans doute n’y exista jamais.
Il faut y remarquer la noblesse exquise de l’architecture, l’élégance des ornements, la beauté sobre des chapiteaux, les profils de l’urne et du socle.
La partie plus moderne du monument est attribuée à Agostino di Duccio, et appartient en tout cas à l’école florentine du xve siècle.
Un autre tombeau à considérer avec attention sur la même paroi est celui de Bernardino Nicolini Sinfic. Un buste dans une niche ronde, sur un socle orné au centre du lis florentin, et aux extrémités des armes du défunt, entre deux piliers toscans, qui supportent une architrave surmontée d’une frise et d’une corniche sans ornements. La base est également toute simple. L’inscription se lit au-dessous du buste sans rhétorique inutile. Le défunt était très aimé de Clément VIII.
Ce monument rappelle de très près celni d’Uberto Strozzi, qui se voit dans l'église : il est d’un sérieux et d’un goût parfaits.
On trouve encore tout à côté le tombeau du jeune savant de Pise, Pietro Scorni Magistri (f 1614) ; puis, contre le mur de gauche, ceux de Francesco Neri, secrétaire de Clément VII (f 1563), d’un fonctionnaire heureux, Anastasio Pezzati (f 1567), de Pietro Pierleoni (f 1692), connu en son temps par son érudition. Ces deux derniers sont malheureusement privés des bustes qui remplissaient les niches vides aujourd’hui h
Deux autres sépultures étaient autrefois à signaler dans ce passage vers la Via Minerva.
1 Voir les épitaphes dans notre Nécrologe lapidaire de la Minerve , et dans Forcella, lscris., nn. 1707, 1887, 1785, 1807, 1945.
L’Eglise de la Minerve
Elles ne diront pas grand chose aux profanes, mais elles parleront au cœur et à l’esprit de ceux qui aiment la théologie thomiste.
La première est celle du P. Massoulié (f 1706), dominicain, célèbre par son savoir, ses livres, sa piété et les jalousies de ses adversaires. Il mourut à Rome et fut enseveli dans le couloir dont nous venons de parler h
La seconde est celle de Jean de Tourreil (j 1715), qui voulut être enseveli tout près du P. Massoulié, son compatriote et ami. Il avait fondé deux chaires thomistiques à l’Université de Toulouse 1 2, avec cette condition, d’ailleurs très intelligente, que, puisqu’il s’agissait d’interpréter la pensée de saint Thomas, ces chaires seraient confiées à des théologiens de son école.
§ 7. — La chapelle de V Annunziata.
Elle fut fondée, ou du moins refaite et grandement embellie par le célèbre cardinal dominicain espagnol Griovanni Turrecremata, qui passa en faisant le bien sous toutes les formes possibles.
Le fondateur était grand ami des beaux-arts et il fit cou-' vrir la chapelle de peintures du haut en bas.
1 Voici son épitaplie: D. O. M. \ Hic jacet \ rever endissimus P. Antoninus Massoulié conventus Tolosani Alumnus \ eximia eruditione et singulari pietate \ conspicuus \ reverendissimi P. Antonini Cloche socius | cathedraticus et théologies Casanatensis | totius O. P. Vicarius generalis \ oh. Romae \ die XXIII jan. anno MDCCVI.
s Son épitaphe est à lire : U. J. D. \ Quiescit hic | illustrissimus Dominus | Joannes de Tourreil Tolosas \ inclitae famïliae inclitum déçus | Montis Bàsini prior dignissimus \ duplicis in Academia Tolosana \ S. Thomae cathedrae \ FF. Praedicatorïbus attributae | fundator rnagni ficus \ pietate et doctrina commendahilis \ ohiit Romae \ die XX decemb. anno MDCCXV.
Tombeau de Bernardino Sinfic
Cette décoration fut remplacée plus tard par des peintures de Nicolô Stabbia, et il faut le regretter, du moins au point de vue historique.
La chapelle fut reconstruite ou profondément modifiée par Carlo Maderno, qui a gâté tant de monuments dans Rome, à commencer par Saint-Pierre.
Nous la trouvons d’abord placée sous le vocable de saint Jacques : ainsi l'avait voulu le cardinal Turrecremata, excellent espagnol, qui tenait naturellement à répandre les gloires de son saint Jacques de Compostelle.
C’est là qu’il établit sa fameuse confrérie de l’Annunziata, dont le but était de procurer des dots convenables aux jeunes filles pauvres : institution qui fut bientôt imitée, et rendit d’admirables services h
1 Sur les cinq confréries instituées à la Minerve, celles du Rosaire, de l’Annunziata, du saint Sacrement, du Nom de Jésus et du Sauveur, les deux premières avaient comme but spécial de bienfaisance de procurer des dots aux jeunes filles pauvres: œuvre admirable de bon sens et de bon cœur, qu'il conviendrait tant de faire revivre à notre époque, sauf à y introduire les modifications requises par les circonstances. Voici comment en parle le célèbre P. Labat, qui les vit fleurir et fonctionner, avant qu'elles eussent été spoliées outrageusement: “(La Confrérie du Rosaire) donne pour l’ordinaire des dots à plus de deux cents pauvres jeunes filles, pour les marier, ou pour être religieuses, avec un habit de serge blanche, et un grand voile de gaze de même couleur, et un cierge.
“Toutes ces filles vont deux à deux le visage couvert de leurs voiles, conduites par des matrones romaines de la compagnie (confrérie), parmi lesquelles il y a des dames de la première qualité. Elles ont à leur côté une bourse de satin blanc, dans laquelle est la cédule qu’elles ont reçu le matin après avoir communié, qui porte intérêt à deux et demi pour cent, jusqu’à la délivrance de la dot, qui n'arrive que quand ces filles sont établies ou par les vœux solennels en religion.
“ La dot de celles qui se marient n'est que de cinquante écus romains ; celles qui prennent le parti du cloître ont le double ; elles ont aussi le pas d’honneur dans la procession, et on les reconnaît par une couronne de fleurs qu’elles ont sur la tête.
“ Il faut remarquer que les époux ne reçoivent point la dot de leur femme qu’en donnant caution de la rendre à la Compagnie, si le cas arri-
La confrérie nouvelle ne tarda pas à construire une autre chapelle en l’honneur de saint Jacques, pour donner son nom à celle-ci.
L’autel est surmonté de deux colonnes de marbre, supportant un fronton triangulaire et encadrant le tableau principal.
Ce tableau est du xve siècle, sur bois, avec fond d’or. Il fut peint manifestement pour cette chapelle. Le sujet représenté est l’annonciation de Marie, l’archange à gauche, la Vierge à droite, dans le haut le Père éternel qui bénit; puis enfin entre la Vierge et l’archange, le cardinal lui-même à genoux, peint d’après nature, présentant trois gracieuses jeunes filles à la Mère de Dieu, qui leur passe une bourse toute pleine.
vait qu’ils fussent obligés de la rendre, et qu’on ne la pajœ aux religieuses qu’après quelles ont prononcé leurs vœux solennels.
“ Ces dots paraissent peu de chose, et ne suffiraient pas en effet pour marier une fille ; mais il y a à Rome un si grand nombre de compagnies qui en distribuent, qu’une fille qui a assez d’amis pour en obtenir dans toutes se trouve un millier d’écus et plus, quand elle est en état de se marier, et le double quand elle prend le parti du cloître.
“ Au reste, elles ne peuvent avoir qu’une seule fois une dot d'une même compagnie, à moins d’une très puissante protection, dont on voit rarement des exemples.
“ Le seconde compagnie de la Minerve est celle de l’Annonciation de la sainte Vierge.
“ Elle doit son origine au célèbre cardinal Turrecremata, espagnol, religieux de notre Ordre, qui laissa tous ses biens à cette compagnie, afin de placer des filles pauvres, et les empêcher de se perdre. Cet exemple a été suivi de tant d’autres personnes, que cette compagnie est très riche et en état de donner tous les ans des dots à plusieurs centaines de filles.
“ Elle fait ces pieuses distributions cinq ou six fois chaque année, le jour de la nativité de la sainte Vierge, le second dimanche de mai, le jour de saint Valentin martyr, le jour de sainte Praxède et le jour de l’Annonciation de la sainte Vierge. Ce dernier jour est le plus célèbre. Le pape se rend en cavalcade avec le Sacré Collège à la Minerve; il y célèbre, ou, s’il est incommodé, il y entend la messe, et donne à communier à toutes les filles qui doivent recevoir leurs dots, ou pour le mariage, ou pour entrer