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Tombeau d’Uberto Strozzi

que nous visiterons dans un instant, par le couloir qui conduit jusqu’à la Via Minerva , et ainsi de suite.

Au surplus, nous sommes de ceux qui n’apprécient nullement au point de vue esthétique ces greffages de chapelles sur les flancs des églises. L’édifice y perd toujours sous le rapport du style, de l'unité, de la majesté.

§ 4. ■ — La chapelle de sainte Rose de Lima.

Elle touche celle de saint Louis Bertrand. Peut-être n’est-ce point sans intention qu’on a rapproché les deux chapelles dédiées l’une au plus grand apôtre, l’autre à la. première sainte du Nouveau Monde.

Sainte Rose de Lima appartenait d’ailleurs elle aussi à l’Ordre dominicain.

La chapelle est ancienne et fut construite en commun par le cardinal Ubaldo Mezzacavalli et par dame Sigismonda Teobaldi, ou Tebaldi, vers 1450.

Elle fut placée successivement sous le patronat illustre des Teobaldi, des Albertoni, des Capizucchi et en dernier lieu des Colonna.

On la dédia d’abord à la sainte Trinité et au saint Nom de Jésus.

Deux tableaux y rappelaient cette double dévotion, tous deux peints sur toile.

Le premier, très loué en son temps, représentait le Père éternel tenant devant lui son Fils crucifié et portant sur la poitrine la colombe du Saint-Esprit, au milieu d’une grande couronne de saints et d’anges. C’était l’œuvre de Grirolamo Sicciolante.

L’autre figurait Jésus enfant debout sur les initiales de son nom et bénissant de la droite le monde qu’il portait de la gauche.

On y voyait également à cette époque un médaillon de la bienheureuse Lucie de Narni et de sainte Agnès de Montepulciano.

L’autel était tout entier en pierre noire, et à côté se voyait le tombeau du cardinal Jacopo Tebaldi (f 1466), souvenir de l’époque où la chapelle appartenait à la famille de ce nom.

En 1685, un dominicain espagnol, le Père Gonzalez, évêque de Caracas, la fit restaurer, avec le concours généreux des Colonna, pour la dédier à sainte Rose de Lima, dont il provoquait et hâtait la canonisation.

L’ancien pavé et l’autel en pierre noire furent remplacés par un pavé et un autel en marbres variés et brillants, tels que nous les voyons aujourd’hui.

Au-dessus de l’autel s’élèvent deux piliers plats ou montants en “ breccia corallina,,, supportant un fronton triangulaire, et encadrant un tableau de la sainte.

Ce tableau est l’œuvre de Lazzaro Baldi. La sainte y est représentée tenant l’Enfant Jésus entre ses bras, tandis que des indigènes de l’Amérique du Sud l’entourent et la vénèrent.

Au-dessus du tableau, des anges jettent des roses, des lis et des palmes à profusion.

Les peintures des parois sont du même artiste.

A droite, la sainte, sur l’ordre du Christ, brise les idoles ; à gauche, la Vierge, accompagnée d’anges, lui apparaît pendant son sommeil, et la trouve récitant- son chapelet.

Dans la voûte, sainte Rose est couronnée par la Vierge en présence du Christ, au milieu d’une ronde d’esprits bienheureux, tous très beaux.

Dans les pendentifs sont symbolisées clairement par leurs attributs la Charité, avec deux Uputti„; la Foi, qui tient de la gauche une croix et de la droite un gril, rappelant celui du martyr saint Laurent; l’Espérance recevant une couronne d’un ange, et accompagnée de la licorne, symbole de la virginité.

L’Eglise de la Minerve

Ces trois vertus sont des femmes d’une grande beauté : mais dans un quatrième pendentif, à la gauche du spectateur, apparaît à mi-corps une ligure d'homme, à peu près semblable au type traditionnel du Christ, ouvrant de ses deux mains son vêtement sur sa poitrine, et regardant la scène du couronnement de la sainte. Nous ignorons le sens de cette figure. Peut-être est-ce l'artiste lui-même qui s'est représenté de la sorte, figurant d’ailleurs les suppliants qui invoquent la nouvelle bienheureuse. Toutes ces fresques sont sobres et graves de composition, riches de couleur, et font grandement honneur à l’artiste.

Lorsque les travaux de restauration et les cérémonies de la dédicace furent terminés, l’évêque de Caracas transféra solennellement et authentiquement le patronat et la propriété de la chapelle à Lorenzo Colonna, qui l’avait tant aidé dans son entreprise, et le souvenir de ces faits fut gravé dans deux inscriptions qu'on peut lire encore aujourd'hui sur les parois de la chapelle h Lorenzo Colonna se complait dans la pensée que ses “ colonnes „ désormais dureront plus longtemps que celles d Hercule.

On peut voir près de l’autel, du côté de l’épître, une copie de la Vierge vénérée à Lima, devant laquelle priait sainte Rose. Elle se conservait autrefois dans une petite sacristie attenante

1 La première inscription se lit sur la paroi de droite: D. O. AI. \ In honorem B. Ilosar Virginis Limensis \ quant Clemens IX die XV aprilis A1DCLXV11 (in) Beatorum \ et A1DCLXXI Clemens X \ Sanctorum fastum intulit \ totiusque Americae universalem \ Patronaux elegit hoc sacellum \ Fr. Antonius Gonzalez episcopus Caracen. Ord. Praedic. dictae Virginis patriota I et apotheosis procurator extruxit I ornavit dicavit MDCLXX1.

La seconde est à gauche en face de la précédente: Atque id ipsum tutelae et patronatui \ ercellentissimae Columnensium stirpi \ addixit cessit praebuit \ quod acceptuns hodiernus d{ictae) familiae \ apex Laurentius Palliani Dux [ regni Neap. contestabilis \ cujus maximis impendiis stat opus | rite possessionem iniit | eligens in suam suoruxnq. descendentium praecipuam sepulturam \ ut suae columnae plus ultra herculeas \ hic sanctius perennent | in tholo Virginis Peruanae.

à la chapelle. Elle est intéressante comme souvenir pour les âmes pieuses ; comme couleur, pour tout le monde.

Les amateurs de beaux marbres trouveront ici de quoi se régaler.

Ils observeront d’abord dans le pavé des carrés de “ palumbino eburneo.,,, d’une blancheur d’ivoire antique; puis dans le gradin de l’autel des plaques de u breccia policroma d’Aleppo „ rouge, et de u cipollino marino „ , dont on admirera les veines flexueuses et parallèles, alternativement vertes, blanches et rouges. Et nous avons déjà signalé les deux belles colonnes en u breccia corallina „ de l’autel.

Il nous faut maintenant remarquer dans la paroi de droite le monument de Dona Isabella Alvarez de Tolède (f 1857). C’est un buste sculpté en beau marbre, dans un ovale, et au-dessous le cadavre de sa fille Laura, morte toute jeune à quelques mois de distance.

Le monument, de style corinthien, se compose de deux montants plats, en marbres de couleur, qui supportent un fronton arqué, avec les armes des Colonna, la défunte ayant épousé un Colonna. Les montants ou piliers s’appuient sur une base très forte, où se lit l’éloge funèbre. Sur le montant de gauche est écrit en lettres de marbre le mot u donec „ , sur celui de gauche la parole u veniat „. C’est l’espoir qu’un jour le Rédempteur apparaîtra.

L’épitaphe rappelle que la défunte fut “ par les qualités de son esprit une épouse et une mère de famille incomparable „ , et qu’elle mourut de la peste avec sa fille Laura, âgée à peine de cinq ans i.

1 Isabellae Alvariae de Toleto \ Palliani et Avellae principi \ ob eximias animi dotes \ uxori et matri fam. incomparabili | quae Asiana lue correpta \ cum Laura filiola quinquenni \ decessit Cynthiani V idus auy. an. MDCCCLVI1 \ aetatis suaeX.LV | Joannes Andréas Columna \ conjux et pater ad lacrymas relictus posuit an. MDCCC LIX.

Ce monument à la fois si simple et si noble est dû au ciseau de Gfiuseppe Lucchetti, dont le nom se lit à l’intérieur de la niclie, et qui se peut glorifier d'avoir réalisé une œuvre touchante et belle. Il en était lui-même content, et non sans motif.

Contre le pilier qui se dresse vis-à-vis du mur de séparation entre la chapelle de sainte Rose et la suivante, il faut donner un coup d’œil au monument d’Emmanuel Vizzani (f 1661), noble bolonais. C’est un buste dans un disque concave qu’embrasse le squelette de la mort en ricanant. Un tel sujet a sa place parmi ces Triomphes de la mort , dont l’expression la plus typique fut la fameuse Danse macabre , inaugurée par les Dominicaines de Bâle, au xive siècle, avec une popularité si universelle et si durable l.

§ 5. — La chapelle de saint Pierre Martyr.

C’est la troisième à droite.

Elle fut bâtie par Falco Sinibaldi, protonotaire apostolique, et dédiée à saint Pierre Martyr, à qui on adjoignit plus tard saint Charles.

En 1548, le patronat de cette chapelle passa en la possession des princes Giabrielli, dont on voit une sépulture dans le pavé 2, et qui en ont fait l'une des plus belles de notre église, bien qu'elle soit de moindres dimensions, à raison du passage qui s’ouvre dans le flanc de l’église comme porte latérale, et empiète sur le sol de la chapelle.

1 On trouvera son épitaphe dans notre Nécrologe lapidaire de la Minerve. On la peut lire pareillement dans Forcella, Iscriz., n. 1980.

2 Voici l’inscription de cette tombe, qui se réfère également à l’histoire de la chapelle: Marins Gabrielli princeps \ Proxendi Arcis Siccae et Pistertii | hoc saura suorumque monumenturn a majoribus positum \ ad raajus aedis et familiae decus | lapide exornavit \ anno sacro MDCCCXX V.

U Eglise de la Minerve

Sur l'autel, exécuté d’après les dessins de l’architecte Carlo Bizaccari, apparaît un grand tableau surmonté d’un fronton fantaisiste, sans architrave ou frise, et accosté de deux colonnes plates.

Les peintures sont de différents artistes, qui se sont tous d’ailleurs inspirés du Titien et de Michelange.

Le tableau de l’autel a été peint en 1688, par Ventura Lamberti, appelé le “ Bolognese „ . Il représente la mort du saint, qui est assailli et frappé en pleine campagne par un hérétique, tandis que des anges descendent du ciel lui apportant les trois couronnes de docteur, de vierge et de martyr. L’artiste avait certainement présent à la mémoire le tableau dn Titien représentant jadis le même fait à Venise, et incendié il y a un certain nombre d’années.

La composition et la couleur sont magnifiques.

Les fresques des parois latérales représentent, celle de droite la Naissance du Christ, celle de gauche sa Résurrection. Elles furent exécutées par Griovanni Battista Franco, artiste vénitien. Il y a mis la splendide chaleur de son école h

Dans chacun des arcs de droite et de gauche se voit un beau groupe composé d’un prophète et d’une sibylle, dans la manière de Michelange.

Les pans de la voûte portent l’Adoration des Mages, la Descente de croix, l’Ascension et la Pentecôte ; et dans les pen-

1 V asari nous dit que dans ces peintures cet artiste “ si porto molto bene e da maestro eccellente,,. Et après avoir décrit ou mentionné les peintures que nous venons d’énumérer, il ajoute: “ E finalmente nella facciata dell’altare, Cristo crocifisso, la Nostra Donna, san Giovanni, san Dornenico ed alcuni altri santi nelle nicchie,,. Cette dernière peinture a disparu. Vite, Giov. Batt. Franco.

Puisque nous venons de citer Vasari, rappelons qu’il loue beaucoup une “Déposition de croix,, peinte par Pierin del Vaga, et existant dans l’église de la Minerve, sans qu’il nous indique en quel endroit. A son époque le tableau était déjà fort détérioré, étant resté à moitié plongé dans l’eau, lors de l’inondation du Tibre qui suivit le sac de Borne. Vite, Pierin del V aga.

U Eylise de la Minerve

dentifs sont représentés les quatre Evangélistes. Ces dernières peintures sont de Grirolamo Muziani.

Dans le grand arc d’entrée et sur les piliers qui le portent, le même artiste, avec une imagination que hantait la chapelle Sixtine, a peint des pesonnages décoratifs, auxquels il a donné l’aspect de bas-reliefs en bronze.

La composition, le dessin, le coloris sont sobres, puissants et grandioses.

Ces dernières peintures ont d’ailleurs été retouchées en 1683 par Ciro Terri.

Si vous êtes curieux de marbres riches, vous regarderez, avant de vous éloigner, les deux colonnes plates et un soubassement de “ breccia corallina „ , avec fond rouge sang, où s'encadrent des fragments irréguliers de marbre blanc, parfois veiné de rouge.

A l’extérieur, contre le mur, on rencontre quelques tombeaux intéressants : celui d’un évêque polonais, Antoine-Joseph Valagin Manastyrsky (f 1869), évêque de Prémislaw, célèbre par son zèle et sa bienfaisance 1 ; celui du peintre Bernardino Riccardi (y 1854), qui travailla à la décoration des voûtes de l'église, lors des dernières restaurations ; celui de Grirolamo Ameto (f 1608), juriste fameux par sa science, sa piété et sa bienfaisance.

Contre le pilier de la nef, qui est en face, est à noter le monument d’Alessandro Valtrini (f 1637), loué pour son amabilité et sa bonté exquises.

1 Voici son épitaplie: A 12 \ Hic in pace quiescit Antonius JosephValagin Manastgrskg Johannis et Christianae Wisnienskae f(ilius) | domo Stanislavovia in Polonia nobili genere | episcopus Primis li en s i s ritus latini \ omnes curas studium omne contulit in populi \ mores ad virtutem fingendos \ Romae quo ad Concilium Vaticanum accitus vénérât morbo ex itineris incomniodis correptus \ decessit mense decembri a. MDCCCLXIX j a. n. LXV1 m. VI d. IV | Aemilia Zawoldska cum filiis Vladislao Josepho Antonio \ posuit fratri suavissimo.

Son tombeau n’est plus l’art si pur du quinzième ou seizième siècle, et pourtant il ne manque point de noblesse et d’élégance l.

§ 6. — Le couloir de la porte latérale, dans la nef de droite.

En sortant de 1a, chapelle de saint Pierre Martyr, on remarque une petite porte ordinairement fermée. Elle est suivie d’un couloir qui aboutit à une issue latérale donnant sur la Via Minerva , et qui contient des monuments d’un vif intérêt.

A droite, contre le mur, s’élève le tombeau célèbre de Giovanni Arberino.

Sur une base austère et nue repose un socle portant une inscription sobre et en très grandes lettres, et, aux deux extrémités, les armoiries du défunt 2.

Sur le socle est posée l’urne funèbre avec le mort gisant, vêtu d’une longue robe aux plis sans mouvement, coiffé d’une toque sans ornement, reposant la tête sur un coussin très bas. L’urne est embellie d’un splendide bas-relief grec, que l’on considère parfois comme l’un des trois seuls échantillons d’art grec vraiment authentiques dans Eome, et qui remonte, croit-on, au v° siècle avant Jésus-Christ. Ce bas-relief représente Hercule luttant contre un lion et l’étranglant.

A droite et à gauche de l’urne s’élèvent deux robustes piliers, où s’appuient deux anges debout, portant des torches

’ On trouvera les dernières épitaphes dans notre Nécrologe lapidaire de la Minerve , et dans Forcella, lscriz ., nn. 2011, 1881 (mais fautif), 1912.

2 Voici l’épitaphe: Joanni Arberino Jacobi f(ilio) \ nobilitate prudentiaque \ insigni ac b(ene) rn(erenti) \ Qui vixit annis LXXV rn(enses) VI d(ies) V | Jacob us Arberinus f(ilius) pat ri cariss. pos. et s(ibi) et s(uis)~

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