Tombeau de Benedetto Sopranzi
L’Eglise de la Minerve
Il faut apprécier surtout clans les deux monuments que nous venons de décrire, la simplicité de l’architecture, le goût exquis de l’ornementation, le naturel des figures, l'habileté de l’exécution, qui en font deux chefs-d’œuvres parmi les admirables tombeaux de cette époque.
On trouve là d’autres sépultures encore. Nous signalons celle de Natalia Komar-Spada (f 1860), très louée pour “ son génie, sa piété, sa bienfaisance, sa beauté,, * l. Le buste est de Tenerani.
Voici celle de Francesco Como de Puccivigni, un homme singulier, très lettré, excellent musicien, calligraplie célèbre en son temps 2.
Le buste indique le caractère du personnage, avec sa mine longue, allongée encore par la pointe proéminente de son bonnet carré, par le nez fort saillant et narquois qui coupe la ligne droite du profil. C’était un “ capo ameno,,.
Vivite mortales : curae \ quoi vivitis annis |
Non sit: sed vobis quant \ bette vita fluat.
Sur la seconde qui remplit le socle: Benedicto patritio V eneto ex ve | tusta Superantiorum \ familia \ archiepiscopo Nicosiensi \ Apostolico secretario Innocenta Y 111 I et Alexandri VI Rom. Pont, sacris \ Ceremoniis assistenti viro facundia ingeniique acrimonia claro | patriae cultu religionis observantia peritiss. \ Victor fratri B. M. pos. | Vix. ann. XLVI11 mens. Vil dies V | Obiit anno Salutis MCCCC | L XX XXV. VI non. juin.
1 Son mari lui a érigé ce monument, et dans l’épitaplie ajoute ces deux distiques, qui sont d’un sentiment vrai:
Optavi mihi quoi faceres dulcissima conjux Hoc tibi vir luctu perditus heu ! fado.
Te sine quae miserae quae jam solatia vitae O cito me tecum contegat ipse lapis.
2 Son épitaphe est intéressante : D. O. M. j Francisco Como de Puccivigni | sacerd. et nob. patavino cognomine \ il Premoro | a Pio V P. M. et Carolo V lmp. I virtutis ergo liberaliter \ excepto \ Hippolgti Esten. card. Ferrariue | familiari liberalium disciplinarum, musicaeque imprimis ac styli \ in quovis characteris genere \ egregie ducendi praes-
L’Eglise de la Minerve
On l’avait surnommé le u Premoro „ , abrégé de u prête moro „ , soit “ le prêtre maure „ .
On remarquera aussi à droite, dans le mur, le petit monument de l’abbé Pighini (f 1708), connu en son temps comme généalogiste et géographe; et celui de Vincenzo Porrata (f 1641), loué pour sa piété et sa bonté.
Le petit monument gothique d’Aloïsia et d’Alessandro Ruffini est l’œuvre d\i sculpteur Luchetti *, que nous avons connu à l’époque où Léon XIII lui confiait le soin d’exécuter son tombeau, comme pendant de celui d’innocent III, au Latran. Il est fort regrettable que la pensée du grand pape n’ait pas été entendue. Si on l’avait écoutée, nous n'aurions pas au Latran un grand œuvre de plus, je veux bien; mais nous aurions une laideur en moins, ce qui est déjà un avantage fort appréciable.
A la sortie, on trouve peinte sur la muraille, à droite, une jolie fresque représentant sainte Lucie et sainte Agathe, qui portent chacune sur un élégant plateau, leurs attributs traditionnels: Lucie ses deux yeux arrachés, Agathe ses deux seins amputés. C’est une très belle œuvre de Girolamo Sicciolante, de Sermoneta, bien qu’un document de 1706 l'attribue à Marcello Venusti.
tantia \ celeberrimo \ Vixit an. LXXXI ob a. sal. CID.I JVC1 | Martius Elephantuccius \ sororis filins \ avunculo opt. de se merito \ cum lacrymis p. \ anno Domini M.D.CI1.
Qui sim quaeris? Eram Morus. Praestantior alter Non fuit inflexos ore ciere modos.
Vivit adhuc, sine voce licet , vis indita cantus Et mea funebri carminé fata cano.
Scilicet incassum furit inclernentia mortis:
Dulce mihi sic est vivere dulce rnori.
Il semble que ces trois distiques, fort bien tournés d’ailleurs, sont de lui; on dirait même, d’après ce texte, qu’il avait composé sa messe funèbre.
Avis aux historiens de la musique religieuse!
1 On trouvera les épitaphes dans notre Nécrologe lapidaire de la Minerve.
L’Eglise de la Minerve
Devant cette fresque on avait placé jadis un monument en forme d'autel, ce qui permettait aux chroniqueurs de nous parler d'une chapelle des saintes Lucie et Agathe. C'était en réalité un monument à la mémoire d’Almerighi Alfonso et de sa femme Onesta Marsiliani.
Dans cette même muraille, au-dessus de la fresque, fut placée encore cette figure du Christ, peinte par Perugino, qui se voit maintenant dans la chapelle du saint Sauveur. Une inscription solennelle en faisait foi, et rappelait à la Confrérie de l’Annunziata son devoir de bâtir une chapelle, ayant accepté le testament qui l'y obligeait h
Tout à côté se trouve la tombe de Joseph Szismonowski (y 1867), le dernier descendant de Mathias Corvin. Le buste, qui est très beau, est l'œuvre du sculpteur polonais Czoznowsky.
Contre le pilier d:en face, on peut voir le petit monument de Wilfried Bronislaw, un zouave de Lamoricière mort en 1868, à la suite des fièvres contractées à Rome, au milieu des fatigues de son service militaire 2.
'Voici cette inscription: Saloatori liumani generis Jesu Christo Honesta Marsiliana sacellum ex testamento construi ljussit. Sodal. Annuntiatae faciund curav. Et elle se complétait par celle-ci: Alphonso Almericho et Honestae Marsilianae conjugibus Sodales Annuntiatae fecere anno MDL. Cette dernière se lit encore au-dessous de la peinture.
2 Voir les inscriptions dans le Nécrologe lapidaire de la Minerve.