Tombeau d’Emilio Pucci
splendidement, puis la dédia à Thomas d’Aquin. Primitivement elle avait été consacrée en l’honneur de l’Annonciation et de l’Assomption. La décoration que nous allons étudier rappelle cette double dédicace l.
Le cardinal propriétaire adossa à la muraille du fond un autel en marbre, très simple, mais d’un goût exquis : une table élégamment ornée, supportée par quatre pieds en marbre, sans aucun gradin, ou avec un gradin très bas.
Malheureusement, en 1874, et cela pour le six centième anniversaire de la mort de saint Thomas, on écarta l’autel de la muraille; on le rendit de la sorte illogique, et il fallut y ajouter sur l’arrière un gradin fort maladroitement compris : deux misères pour une 2.
Le pavé en mosaïque est très beau, avec ses “ tessellature „ en porphyre et en marbres blancs et verts, distribués en dessins très bien disposés. C’est un échantillon excellent de ce qu’on appelle “ opus alexandrinum „ .
On remarquera dans la mosaïque, en face de l’autel, deux médaillons, dont l’un renferme un grand livre ouvert, le livre de la Loi, pensons-nous, que les Caraffa avaient aussi dans leurs
1 Sur l’arc extérieur de la chapelle on lit d’ailleurs cette inscription : Divae Mariae Virgini Annuntiatae et divo Thomae Aquinat. sacrum ; puis à côté des armes des Caraffa ces mots: Oîiverius Carrapha \ card. neap. | fecit.
2 Nous croyons devoir transcrire les deux inscriptions gravées sur marbre, dans la muraille, sur les côtés de l’autel, pour rappeler l’événement.
Du côté de l’épître: Sexto adventante saeculo j a transita divi Thomae Aquinatis \ sacellum hoc vetustate ac squallore obsitum \ FF. Praedicatores aere proprio \ adpristinam dignitatem exornandum curarunt | nouas martii AI D C GG L S XIV in ejus honorem solemnius celebraturi.
Du côté de l’évangile: Natalem Angelici Doctoris diem \ sexto ab ejus obitu saeculo \ sacra triduanae pompae solemnitatis \ Pi as IX P. M. insignes sancti Thomae lipsanas \ theca affaire exculpta inclusas \ devoto ac munifico animo D. D.
IJ Eglise de la Minerve
armoiries; l’autre une balance, avec ces mots: “Hoc fac et vives „ , faites cela et vous vivrez. C’est la Justice. Ce dernier symbole constitue, à proprement parler, les armes des Caraffa-Stadera, la balance se disant en italien “ stadera „ , du latin “ statera „ .
La balustrade, de très nobles proportions, est en marbre sévère, plus précisément en “ paonazzetto „ , et embellie d’une ornementation ravissante, qu’ici, comme dans toutes les œuvres d’art véritable, reste néanmoins l’accessoire, ne supplante ou n’offusque nullement l’essentiel, mais au contraire le fait ressortir et valoir davantage.
Nous arrivons maintenant à la décoration célèbre de la chapelle de saint Thomas d’Aquin.
Elle fut exécutée par ordre, aux frais et selon les intentions générales du cardinal Olivieri Caraffa-Stadera, qui y consacra deux mille écus d’or, sans compter la dépense pour les bleus ou azurs et pour le salaire des “garzoni,, , ou manœuvres. Les experts furent les peintres Lanzilago de Padoue et Antoniazzo Romano.
Le cardinal voulut une œuvre d’art florentin et fit ainsi preuve de bon goût. Lorenzo de Médicis, son ami, lui envoya deux de ses artistes les plus délicats, Eilippino Lippi e Rafaellino del Grarbo. Les parois furent décorées par Filippino Lippi, et les voûtes par Rafaellino del Grarbo, son élève.
Ces peintures, malgré les dégâts causés par le temps, par la fumée des cierges, surtout par le barbouillage des retouches, restent dignes de toute l’attention d’un ami des beaux-arts, et aussi du spectateur intelligent qui cherche une pensée dans une peinture.
Filippino Lippi avait peint les trois parois de la chapelle. Sur la gauche, il avait représenté, disent les historiens de la peinture italienne, la Foi faisant prisonnière l’Infidélité et l’Hérésie, l’Espérance confondant le désespoir, et beaucoup d’autres vertus triomphant des vices contraires. C’étaient sans doute les