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Triomphe de saint Thomas: groupes de spectateurs

Ce jeune liomme placé à gauche, au second plan, entre Photius et Arius, est la répétition d’un portrait encore peu authentiqué, et d’auteur inconnu, qui se conserve aux Uffizi de Florence, avec cette seule différence qu’aux Uffizi il tient entre ses mains une médaille de Cosme de Médicis. Même pose, même costume, mêmes traits, même expression: la ressemblance est parfaite ; l’un est la réplique de l’autre. Or M. E. Muntz 1 semble avoir démontré que le portrait de Florence représente Pierre de Médicis, fils de Laurent le Magnifique. Nous aurions donc ce même personnage dans notre fresque, et la peinture des Uffizi, qu'on a attribuée alternativement à Andrea del Castagno, à Botticelli et à d’autres, serait l’œuvre de Filippino Lippi.

Les deux beaux éphèbes du premier plan, à droite, dont l’un montre à l’autre les livres confondus par le Docteur angélique et jetés à terre, appartiennent assurément à la famille des Médicis.

Celui de droite surtout ressemble à Pierre dont nous venons de parler. Ils sont certainement florentins, certainement chers à h artiste, et ils ont l'opulent costume d’hermine et de pourpre, les ornements de pierreries et d'or, avec les intentions manifestement princières telles que seuls les Médicis en affichaient à cette époque. Ce sont peut-être Jean de Médicis et son cousin Jules de Médicis, âgés alors l'un de 18, l’autre de 15 ans, qui devaient s’occuper de sciences ecclésiastiques, et devenir l’un Léon X, l’autre Clément VII, dont nous allons retrouver les tombeaux à la Minerve.

Enfin, derrière ces deux jeunes gens, se voient deux personnages, d'âge moyen, qui s’entretiennent sérieusement, l’un vu de profil, l'autre tourné aux trois quarts sur sa gauche. Le premier rappelle tout à fait le type de Pie de la Mirandole, le second semble être Marsile Ficin: tous deux savants célèbres, en ce temps-là.

Mais il est temps de revenir à Thomas d’Aquin.

Chronique des arts , an. 1888, p. 314.

L’Eglise de la Minerve

L'artiste a jeté un peu partout des inscriptions à la louange du Docteur angélique, afin d’éclairer encore sa pensée, qui est, on le voit, tout un poème.

Par terre, devant l’estrade du saint, sont jetés épars des volumes contenant les erreurs combattues et vaincues par le redoutable dialecticien, en particulier celles d’Arius et de Sabellius, indiquées en toutes lettres, comme nous venons de dire.

Il faut remarquer, en liant, derrière la tête de saint Thomas, le si joli motif de décoration, déjà signalé, qui représente la LL Somme ,, entourée de lis, avec le soleil symbolique resplendissant au-dessus.

Voilà un bel écusson pour une faculté de théologie.

Le fond du tableau repi'ésente des édifices fantaisistes ou arbitrairement entassés et modifiés. On y distingue pourtant des réalités historiques, par exemple la statue de Marc-Aurèle, maintenant érigée sur la place du Capitole depuis Paul III. mais alors installée par Sixte IV devant le vieux Latran, où on l’avait transportée du Célius plutôt que du Forum.

Quelques spectateurs apparaissent çà et là aux fenêtres et sur les murailles.

Dans l’arc qui termine la paroi, l'artiste a représenté, au-dessus d’une frise ornée de tous les instruments du culte, saint Thomas, tout jeune encore, priant à genoux devant son Crucifix, après avoir expulsé la femme de mauvaise vie. Deux anges, portant de grands lis, l’accostent à droite et à gauche, et adorent avec lui. Ils viennent de lui donner la ceinture symbolique, dont on aperçoit les extrémités très ornées.

A cette idée l’artiste a joint le souvenir de l'approbation donnée par le Christ à la doctrine du Docteur angélique, dont on aperçoit le résumé ou la u Somme „ déposée au pied de la croix.

Tout ce groupe est ravissant de piété et de pureté, et mériterait une large vulgarisation dans l’imagerie religieuse.

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