La gloire de la “Somme
Triomphe de saint Thomas: partie supérieure.
Un peu plus loin, à droite, un jeune religieux s’enfuit étonné au spectacle de l’extase, un “ arnorino „ battu et jeté par terre est menacé par un chien, le chien de saint Dominique, et indique du doigt Thomas son vainqueur, tandis que tout à fait sur la droite, un jeune homme raconte avec animation l’histoire dont s’édifient deux nobles femmes (l’une porte son chapelet), et dont s’étonne un juif opulent, incapable d'y rien comprendre. Le geste du narrateur est à remarquer, montrant de la gauche saint Thomas, et de la droite imitant le geste de l’expulsion signifiée.
On ne saurait trop admirer dans cette fresque la variété des costumes-, le réalisme idéalisé des expressions, la richesse et le symbolisme des détails, l’harmonie et la poésie de la composition.
Arrivons à la voûte de notre chapelle, qui fut peinte, disions-nous, par Rafaellino del Grarbo, ainsi nommé à raison de sa distinction exquise (“ garbo ,, veut dire politesse, amabilité). On retrouve chez lui toute la finesse florentine, comme chez Filippino, son collaborateur.
Il peignit dans les quatre compartiments de la voûte les quatre Sibylles assises, et il y mit tout le charme de sa composition, de son dessin et de sa couleur. Elles sont entourées d’anges ou de génies gracieux, portant des volumes et des banderoles où s’annonce la naissance du Sauveur. Les citations sont tirées de l’Ecriture, des Livres sibyllins, ou encore de la quatrième églogue de Virgile, qui fit allusion à ces oracles.
Un inconscient a malheureusement commis le sacrilège de les toucher de son stupide pinceau. Il y a de ces maniaques qui ne sont jamais plus tentés de commettre des attentats que devant les choses belles.
Toutes quatre elles annoncent le Messie. Leurs noms et leurs oracles sont peints dans d’élégantes banderoles : la “ Sibilla Cumana „ avec ces mots de Virgile: aJam nova progenies coelo
IJ Eglise de la Minerve
dimittitur alto „ : Une nouvelle génération nous descend du ciel ; puis la “ Sibilla Delphica „ , avec cet oracle : “ Propheta ex Virgine nascetur „ : Un prophète naîtra d’une Vierge ; vient ensuite la “ Sibilla Hellespontica „, avec cette prophétie: “ Jésus Christus nascetur de casta,,: Jésus-Christ naîtra d’une mère chaste; et à sa droite dans un volume : “ Jésus Christus Dei Filius Salvator „ : Jésus-Christ Fils de Dieu, Sauveur (c’est VI%dvg traditionnel) ; à sa gauche dans un autre volume : “ Flumina tune lactis ; tune flumina nectaris ibunt „ : Des fleuves de lait et de nectar surgiront ; enfin la “ Sibilla Tiburtina „ avec cette indication précise de l’avenir: “Nascetur Christus in Bethleem „ : Le Christ naîtra à Bethléem. C’est sans doute quelque docte moine qui aura fourni à l’artiste cette littérature si variée : on le soupçonne rien qu’à entendre cette surabondance de théologie.
Par un Bref du 19 mai 1493, qui se lit sur une plaque de marbre, dans la paroi de droite, au-dessous de la fresque, le pape Alexandre VI concède des faveurs spirituelles, et nous apprend qu’il “ avait visité personnellement cette chapelle, pour sa dévotion particulière,,1. Elle était donc à peu près finie.
Filippino Lippi s’éloigna de Rome.
Pour achever notre description de la chapelle de saint Thomas, nous devons dire un mot du tombeau de Paul IV.
Paul IV fut lui aussi un Caraffa.
1 Par ce Bref le pape invite les fidèles à visiter cette chapelle fondée, ornée, dotée par le cardinal Caraffa, en l’honneur de la Vierge dans son Assomption et du Docteur angélique. Dans les considérants, il parle comme un saint Bernard: “ Dum praecelsa meritorum insignia quibus coelorum Begina Virgo Dei Genitrix gloriosa sedibus praelata sidereis, quasi Stella matutina praerutilat, devotae considerationis indagine perscrutamur, dum etiam intra pectoris arcana revolvimus quod ipsa utpote mater misericordiae, mater gratiae, pietatis arnica et humani generis consolatrix, pro sainte fidelium qui delictorum onere praegravantur, sedula exoratrix et pervigil ad regem quem genuit intercedit, dignum, quin potius debitum arbitrainur ut capellas in honorem sui sacratissimi nominis dedicatas, gratiosis remissionum prosequamur impediis . „