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Les Sibylles de Rafaellino del Garbo

Le monument qui lui est consacré se compose d’une urne grandiose en marbre “ porta santa „ , que surmonte la statue assise du pontife portant la tiare et bénissant. Deux superbes colonnes de “ verde antico „ , reposant sur des bases d’ u africano „ , soutiennent de chaque côté et élèvent au-dessus du pape un noble fronton triangulaire.

Il fut exécuté sur les dessins de Pirro Ligorio, architecte célèbre au xvie siècle, dévoué de longue date à Paul IV, par les frères sculpteurs Giacomo et Tommaso Cerignola h

On fait remarquer l'habileté des artistes, qui employant des marbres de diverses couleurs, ont réussi à imiter parfaitement l’étoffe des vêtements pontificaux. C’est assurément un mérite, mais d'ordre accessoire.

Il faut observer avec bien plus d'attention encore la grandiosité de l’ensemble, la noblesse de l’attitude du souverain pontife, l’énergie et la bonté de ses traits, et l’impression de grand art qui se dégage de tout l’ensemble.

Paul IV mourut en 1559, et son cercueil fut transporté du Vatican à la Minerve en octobre 1566.

C’est saint Pie V, un homme au grand cœur, qui le fit exécuter, au prix de six mille écus.

Il avait vengé la mémoire du cardinal Carlo Caraffa, dont, en 1561, on avait amené dans cette église pour l’y ensevelir, le cadavre encore chargé des cordes qui avaient servi à l’étrangler; il avait puni de mort Alessandro Pallantieri, responsable conscient de ce meurtre juridique : il acheva son œuvre de réhabilitation en érigeant ce monument à la gloire de Paul IV, Caraffa, et à l’honneur de son nom.

1 Une vieille inscription, aujourd’hui introuvable, nous le disait dans un langage on ne peut plus mêlé: Pirro Ligorio invenit ; Giacomo et Tommaso Cassignola sculptum.

Il fonda un service funèbre qui se devait célébrer chaque année, et auquel devaient assister tous les cardinaux de la Congrégation du Saint-Office.

C’est lui sans doute qui composa et dicta la belle inscription qui se lit sur le socle de la statue : les sentiments de reconnaissance personnelle qu’elle affirme ne pouvaient être dictés que par Pie V : u A Jésus-Christ espérance et vie des fidèles, à Paul IV Caraffa, souverain pontife, illustre par l’éloquence, la doctrine, la sagesse, une rare innocence de vie, la libéralité, la grandeur d’âme ; au très juste adversaire du crime, défenseur intrépide de la Foi catholique, Pie Y, souverain Pontife, a érigé ce monument de sa reconnaissance et de sa dévotion,,1.

Nous ne pouvons nous empêcher de noter ici un cas singulier de réconciliation dans la mort. Paul IV avait fortement malmené, à raison d’accusations injustes, le cardinal Morone et le dominicain Egidio Foscarari, l’ami de Morone, et avait fait intervenir le Tribunal de l’inquisition. Après la, mort de Paul IV, Pie IV fait reviser le procès par les cardinaux Gfhisleri (futur Pie V) et Del Pozzo. Morone et Foscarari sont déclarés innocents. Pendant ce temps, les deux cardinaux Carlo et Gfiovanni Caraffa, neveux de Paul IV, sont injustement mis à mort. Pie V fait reviser leur procès et les réhabilite.

Or Paul IV, ses deux neveux cardinaux, Foscarari, Morone, Del Pozzo furent ensevelis à quelques pas les uns des autres dans l’église de la Minerve, et c’est uniquement parce qu’on ne respecta pas sa volonté suprême que Pie V n’y trouva pas son dernier repos.

1 Voici le texte latin: Jesu Christo spei et vitae fidelium \ Paulo 1111 Carrafae Pont. Maximo \ eloquentia doctrina sapientia singulari \ innocentia liberalitate animi magnitudine praestanti | scelerum vindici in tegerrimo \ catholicae fidei acerrimo propugnatori | Pius V pontifex maximus \ grati et pii animi monumentum | posait | Vixit an. LXXX111 mens. 1 d. XX obiit MDLIX \ XVIII kal. sept. pont, sui anno V.

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