Tombeau de Durand de Mende
L’Eglise de la Minerve
minique, dont les deux noms sont écrits verticalement sur le fond doré. C’est de l’art encore très byzantin.
Aux extrémités sont représentés deux chandeliers allumés, rappelant l'idée de la mort, ou de la chapelle funèbre.
Le socle qui supporte le tombeau est orné dans sa partie supérieure d’une frise formée avec l’écusson répété du défunt : système aussi ancien que nouveau, et d’ailleurs très décoratif.
La partie inférieure est couverte par une longue inscription métrique, où sont racontés avec rhétorique les mérites de l’évêque de Mende. On faisait beaucoup d’éloquence factice alors, et Fra Giiovanni Balbi, dans le traité de beau langage placé en tête de son “ Catholicon „ , énumère vers cette époque 156 figures de rhétorique, toutes à conseiller ! Excusez du peu ! 1
1 A raison de l’importance du personnage, nous transcrivons son épitaphe, quoique très longue:
f Roc est sepulchrum Dni. Guiglielmi Duranti epi. Mimatensis Ord. Praed.
Hic jacet egregius doctor praesul Mimatensis \ Nomine Duranti Guiglielmus régula morum \ splendor honestatis et casti candor amoris | Altum consiliis speciosum mente serenum \ liunc insignibant. 1mmotus turbine mentis \ mente plus sermone gravis gestuque moclestus \ Exstitit infestas super hostes more leonis \ Indomitos donnât populos fer roque rebelles \ impulit Ecclesiae victos servire coegit | comprobat officiis paruit Romania sceptro | belligeri comitis Martini tempore quarti | Edidit ille in jure librum quo jus reperitur \ et Spéculum juris Patrum quoque Pontificale \ et Rationale Divinorum patefecit \ Instruxit clerum scriptis monuitque Statutis \ Gregorii déni. Nicolai scita perenni \ Glossa diffudit populis sensusque profundos \ scire dédit mentes corusca luce studentum \ Quem memori laudi genuit Provincia dignum | et dédit a Podio Missone diocesis ilium \ Inde Biterrensis prae signis carica papae \ dum foret Ecclesiae Mimatensis sede quietus ] Hune vocat octavus Bonifacius altius ilium \ promovet. Hic renuit Ravennae praesul haberi \ Fit cornes invictus simul hinc et marchio tandem \ Et Romani rediit Domini sub mille trecentis \ quatuor amotis annis tumulante Minerva \ Subripit hune festiva dies et prima Novembris j gaudia cum sanctis tenet omnibus inde Sacerdos \ Pro quo perpetuo datur hac celebrare capella.
f Johs. filius magri. Cosmati.
Gamillus Ceccarini restciurari fecit anno D. MDCCCXV1.
L’Eglise de la Minerve
Ce tombeau est l’œuvre d’un artiste romain fort célèbre, Griacomo Cosmati. Il n’avait pas des conceptions aussi variées que saines : on peut voir à Santa Maria Maggiore le tombeau du cardinal Glonsalvo, qui n’est guère qu’une réplique de celui que nous avons sous les yeux.
L’artiste eut toutefois raison de signer son œuvre et dans l’original et dans la réplique.
Quelques guides prétendent que Durand de Mende était dominicain, et une inscription le dit sur son tombeau ; le fait n’est pas démontré. Il est certain seulement qu’il eut une grande dévotion envers saint Dominique et envers son Ordre, et il voulut, dit-on, être enseveli dans le costume dominicain, comme firent à cette époque Jacques de Vitry, Eudes de Châteauroux et tant d’autres. C’était une dévotion alors fort à la mode autour des Ordres mendiants, et souvent les légendes sur certaines affiliations aux Tiers-Ordres différents n’ont pas d’autre signification.
Au-dessous du tombeau de Durand de Mende se voient la tombe et le buste d’Onofrio Camajani (1571) : on peut leur accorder un coup d’œil, surtout pour remarquer la beauté typique de ce dernier b
§ 5. — La chapelle de Tous les Saints
Elle est située dans le flanc gauclie du transept, à l'extrémité de droite.
C’est l’une des plus anciennes de la Minerve, puisqu’elle existait à l’époque où Durand de Mende y fut enseveli.
Elle souffrit beaucoup, comme toute l'église, des inondations du Tibre : les dégâts furent réparés par deux familles romaines,
1 L’épitaphe se pourra lire dans notre Nécrologe lapidaire de la Minerve. On la trouve aussi dans Forcella, Iscriz., n. 1819.
L'Eglise de Ici Minerve
en particulier par les Vittorii, qui en possédèrent ainsi le patronat *, et s'y firent jadis ensevelir, ou dans le voisinage.
Plus tard, elle appartint à la famille Altieri, qui l’embellit avec magnificence, et, malgré les dimensions exiguës, en fit, surtout pour les marbres, l’une des plus riches de la Minerve 1 2.
Clément X, de la famille Altieri, chargea le docte cardinal Massimo de dessiner un projet, pour en restaurer l’architecture, et sans doute ériger un nouvel autel 3. Nous pouvons dire que le projet fut riche, avec prétentions au style corinthien, mais il ne nous est pas permis d’ajouter qu’il fut beau. La richesse n’a jamais fait l’art dans un monument: il y a plus d'art dans une statuette en terre cuite de Tanagra que clans telle statue en argent massif, grandeur nature.
L'autel est flanqué de deux belles colonnes de “ vercle antico minuto ,, , qui offrent un fond vert sombre d’émeraude, mêlé de petits fragments anguleux de bleu et de noir, et soutiennent un beau fronton triangulaire au-dessus du tableau central.
Ce tableau fut primitivement une peinture de Pomarancio représentant le triomphe des élus, parce que la chapelle était dédiée à tous les saints.
Plus tard il fit place à celui de Carlo Maratta, qui s’y voit aujourd'hui, et représente saint Pierre conduisant à la Vierge
1 On. lisait effectivement jadis dans cette chapelle l’inscription suivante sur une poutre de bois doré: Hoc sacellum violentia Tyberis conquassatum M. I... Angélus Phis. et Bernardinus de Victoriis sibi posterisque suis commuai titulo instauravere.
2 Au pied du tableau de l’autel, sur une base de bois doré qui le supportait, on lisait jadis: Aemilius Alterius ornarnento mandavit L nircntius Alterius fuciendum cu(ravit).
3 Pour ce motif sans doute on voyait jadis sur l’arc de la chapelle, en dehors, les armes de la famille Altieri, et au-dessus de la fenêtre on lisait: Clemens X Pontif. Max. anno MDLXXI (ou MDLXXII).
les cinq nouveaux bienheureux canonisés par Clément X et au premier rang sainte Rose et saint Louis Bertrand.
Ce tableau fut très estimé dès la première heure, et suscita des jalousies chez d’autres artistes qu’on accusa de l’avoir abominablement détérioré peu de jours après sa mise - en place.
Les peintures qui au-dessus de l’autel représentent le Père, le Fils et le Saint-Esprit, sont de Baciceio.
Les revêtements de marbre ont fait disparaître d’anciennes peintures sur les parois latérales : et nous les regrettons d’autant plus que ces marbres n’enthousiasment guère au point de vue esthétique. Qui sait si elles ne subsistent pas au-dessous de tous ces placages !
Plusieurs membres de la famille Altieri, il va de soi, ont ici leur sépulture. On remarquera très spécialement dans les parois latérales, entre deux colonnes de marbre blanc et noir antique, les bustes de Lorenzo Altieri, le père de Clément X, mort en 1672, et du cardinal Giovanni Battista Altieri, frère du pape, décédé en 1654 : ils furent sculptés l’un et l’autre par Cosimo Fancelli en 1672, sur l’ordre et aux frais de Clément X.
On peut voir sur la droite une pierre tombale avec bas-relief, couvrant les restes d’un Altieri Corraducci, qui mourut en 1431, avec le bel âge de 110 ans; puis tout près à gauche la pierre tombale avec portrait entier d'Angelo Altieri, évêque de Sutri, qui mourut à l’âge de 90 ans h
1 On pourra lire les épitaphes de tous les membres de la famille Altieri, ensevelis ici, dans notre Nécrologe lapidaire de la Minerve , et aussi dans Forcella, Iscriz ., sous les numéros suivants: 1583, 1602, 1603, 1687, 1688, 1689, 1825, 1935, 1936, 1986, 2000. Mais il faut corriger les erreurs du texte de Forcella.
Tombe d’Altieri Corraducci.
Tombe d’Angelo Altieri.
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§ 6. — La chapelle du Rosaire.
Elle est située entre la chapelle de Tous les Saints, et la chapelle absidale ou le chœur de l’église.
Elle ne porta pas toujours le nom qu’elle porto aujourd'hui, car elle fut d’abord dédiée à sainte Catherine de Sienne, dont le corps y reposa sous l'autel, jusqu’en 1855. Elle ne devint que plus tard la chapelle du Rosaire, dont la Confrérie, instituée à la Minerve depuis 1481, avait pour autel celui qui de nos jours est dédié à saint Hyacinthe.
Le cardinal Capranica, vers 1470, obtint pour lui et pour les membres de sa famille le patronat de la chapelle. Les Capranica l’embellirent princièrement et la firent ce que nous la voyons aujourd’hui.
• C’est en 1639 que Camillo Capranica fit orner l’autel de ses beaux marbres b Le pavé fut également refait en marbre.
On voyait du côté de l'évangile la statue de saint Dominique, en marbre, avec le mot : u Lumen Ecclesiae „ sur le socle ; du côté de l’épître, celle de sainte Catherine de Sienne, avec le titre de “ Virgo Serafica „ .
Camillo Capranica fit élever en outre dans la chapelle du Rosaire, à gauche, un tombeau à sa femme Lucrezia Ceccliina et à son fils Aloisio, morts le même jour. Sur ce tombeau, et en manière d’autel, se voyait jadis une belle Madone du Rosaire, aujourd’hui disparue.
L’autel comporte deux splendides colonnes de 11 giallo brecciato „ , soutenant un fronton triangulaire, et au milieu le tableau du Rosaire, dont nous parlerons plus loin 1 2.
1 Deux écussons de la famille furent placés sur le socle de l’autel, à gauche et à droite; sur le premier on lisait: Camïllus Capranica ; sur le second: Fecit anno MDCXXXIX.
2 Une inscription gravée sur une plaque de marbre nous donne cette indication historique: Benedictus XIII Pont. Max. Ordinis Praedica-
L’Eglise de lu Minerve
Au-dessus de la corniche qui fait le tour de la chapelle, on fit peindre les Quinze Mystères du Rosaire. Le travail fut exécuté à fresque par Marcello Venusti et ses disciples, sauf le Couronnement d’épines, qui fut peint à l'huile par Carlo Saraceni, surnommé le “Veneziano,,.
Toutes ces peintures sont excellentes.
Au-dessous de la corniche, le peintre Giovanni de’ Vecchi del Borgo rappela très artistiquement les faits principaux de la vie de sainte Catherine de Sienne, dans l'ordre suivant, quand on va de gauche à droite, comme l’exige la chronologie: Catherine, encore jeune fille, soigne les malades ; Catherine voit dans une vision saint Dominique qui lui montre un lis, symbole de sa vocation préférée ; Catherine contracte ses fiançailles spirituelles avec le Christ ; Catherine harangue le souverain pontife ; Catherine est en extase ; Catherine reçoit de la main du Christ la communion pendant un ravissement, puis à l’arrière-plan apparaît expirante sur son lit de mort.
Chaque scène est accompagnée le plus souvent d'une ou de plusieurs scènes accessoires, indiquées autrefois par des inscriptions peintes au-dessous des fresques. La scène d’évanouissement extatique est empruntée au Sodoma, à qui d'ailleurs nous préférons Giovanni de’ Vecchi * l.
torum sacelli hujus Capranicae Familicie arum, Deiparae Virgini Rosarii dicatam XX 1 novembris anni Jubilaei MDCCXXV solemni ritu consecravit , eodenique die plenariam, et in anniversario consecrationis, quinquaginta annoram indulgentiam, illam pie invisentibus concessit.
1 Pour ceux qui tiendraient à connaître les indications peintes jadis au bas des fresques, nous en donnons ici les textes italiens. Du côté de l’évangile: “La santa fra tutte le altre religioni elegge l’abito del Padre san Domenico — Beve al costato di Nostro Signore Gesù Cristo — Facendo orazione, una colomba le stava sopra il cepo — La Madonna la eiba col proprio latte — Santa Caterina vede sopra la chiesa il Signore accoinpagnato da santi — Dona una crocetta d’argento a un povero, non avendo altro — E riportata alla città sopra una nuvoletta, essendo fuggita in una spelonca per star solitaria — E tentata e molestata dai de-
L’Eglise de la Minerve
Le tableau de l’autel, dont nous parlons en dernier lieu à raison de son importance fort relative, représente la Vierge assise, tenant debout sur son genou gauche l’Enfant Jésus qui bénit le monde. On l’a pris pour un tableau byzantin, et à ce titre des princesses d’Orient lui faisaient des cadeaux; d’autres, en plus grand nombre, y ont vu un Fra Angelico, ou encore, parce que notre peinture est sur toile, la copie d’un Fra Angelico aujourd’hui perdu.
Cette Vierge offre en effet de grandes ressemblances, sauf le style, avec une Vierge du Beato, qui se voit à San Marco de Florence, dans un corridor de dortoir.
Mais la vérité est avant tout que nous avons là, exécutée à une date récente, la copie d’une fresque autrefois fort connue à Rome, dans la chapelle des saints Domenico et Sisto, au dernier autel de gauche. Cette fresque appartenait à l’ancienne chapelle des Dominicaines de ce nom. Lorsqu'on remplaça l’antique et humble chapelle par celle plus somptueuse qui s’y voit aujourd’hui, elle fut cachée derrière une copie très médiocre de la Crucifixion de Lanfranco, et avec le temps resta complètement oubliée. Plus tard elle fut retrouvée, et le concours des fidèles recommença : mais par ordre supérieur, et pour des motifs que nous n’avons pas à énoncer ici, peut-être aussi parce que la
moni». Du côté de l’épître on lit: “Santa Oaterina tramortita per il gran dolore e sollevata fra le suore — Santa Caterina riceve le Stimmate di Cristo Crocefisso — Santa Caterina stando alla messa, è communicata da Cristo — Essendo morta è posta nella cappella di san Domenico di questa chiesa, operando molti miracoli, e l’anima sua santissima è raccolta in cielo dal Signore, festeggiante tutto il Paradiso
Sauf dans l’épisode emprunté au Sodoma, sainte Catherine porte le véritable costume des Sœurs de la Pénitence de saint Dominique : un voile blanc sur une longue tunique blanche, serrée par une simple courroie dont l’extrémité descend jusqu’aux pieds. Le scapulaire n’existe pas: la ceinture de cuir est la livrée de l’Ordre de la Pénitence de saint Dominique, comme la corde est celle du Tertiaire de saint François.
Dante appelle saint Dominique le “correger,,. Tous les anciens monuments s’accordent en ceci, et contredisent certaine littérature moderne.
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gloire de l’original aurait éclipsé celle de la copie, elle fut cachée de nouveau et de nouveau mise en oubli.
Ayant rencontré, il y a quelque vingt ans, des documents relatifs à cette histoire, nous fîmes des investigations, et retrouvâmes la peinture, toujours belle, malgré le double fléau des retouches et des mutilations. Nous la fîmes graver, en l’attribuant à Benozzo Gfozzoli, ou, hypothétiquement, à Era Angelico lui-même, qui l’aurait exécutée dans son style agrandi à la suite de son séjour à Rome.
Nous n’avons pas de raison nouvelle pour nous montrer plus décisif aujourd’hui.
Les amateurs de beaux marbres connaissent et admirent beaucoup les deux colonnes de l’autel, l’une de “ breccia rossa „ , fond rouge clair, tendant au violet, où s’encadrent des fragments de diverses nuances et couleurs ; l’autre de la très rare “ breccia dorata,,, fond violacé, chargé de fragments jaunes ou dorés.
Les Romains eurent toujours et conservent encore une grande dévotion au Rosaire, qui rappelait à leur mémoire la victoire de Lépante, la délivrance de Vienne, le triomphe de la Chrétienté sur l’Islam.
On voyait en effet, dès 1717, à l’entrée de notre chapelle, le plus grand des trois étendards envoyés au souverain pontife par Eugène de Savoie, au nom de l’empereur, comme trophée enlevé aux Turcs.
On conservait autrefois dans cette chapelle un tableau de saint Dominique fort loué par les chroniqueurs: de nos jours il a disparu. Nous ignorons et son origine et son sort.
Il y eut aussi une Annonciation de Fra Angelico, aujourd’hui perdue.
Avant de quitter la chapelle du Rosaire, n’omettons pas de voir, à droite, la tombe du cardinal Domenico Capranica (1470).
C’est un monument des plus remarquables, que lui érigea son frère le cardinal Angelo Capranica.