Le saint Jean-Baptiste, près du maître-autel
Le Christ de Michelange.
général des Dominicains, qni pendant trente-quatre ans officia à la Minerve, crut nécessaire de lui faire couvrir le pied droit par une sorte de sandale métallique, parce que les dévots, et spécialement les devotes, en rongeaient le marbre de leurs baisers, comme ils en rongent le cuivre.
Les jeunes filles surtout viennent lui apporter leurs préoccupations matrimoniales, et celles qui ne sont plus aussi jeunes une demande de bénédiction pour leur mariage.
Ijes motifs de cette double dévotion n’étaient peut-être pas toujours d’ordre exclusivement spirituel.
On sait que Michelange avait sculpté son Christ dans un état de nudité absolue, mais que l'on voilait toujours avec un linge ou une riche écharpe. On raconte que par scrupule un Frère le mutila: le linge fut alors remplacé par une écharpe métallique.
Ceci se passait au xvni0 siècle. Nous opinons que ce vêtement fut imposé à la statue, lorsqite le brodequin vint chausser le pied droit, et cela par les soins du Père Cloche, maître général de l’Ordre des Dominicains.
§ 10. — L'abside.
La chapelle de l’abside est postérieure à l’église, qui primitivement était fermée par un simple mur; contre ce mur s’élevait un autel dédié à saint Antoine ermite, qu’avait construit Antonio dei Beneaccaduti.
erexerunt, cum tertia parte impensarum et dotis quae Metellus de suo suppléas, Deo opt. max. dicavit.
Et sur la face antérieure du piédestal: Ave Beniqnissime Jesu Salvator Mundi. Miserere mei.
Au-dessus de la tête du Sauveur, et dans l’auréole qui l’entourait, planait la colombe symbole de l’Esprit-Saint, accompagnée de ces mots: Ta es Filius meus dilectus: in te complacui mïhi.
C’est Fra Tommaso Strozzi, qui, en 1536, obtint le concours d’Alexandre Ier, grand duc de Toscane, pour la construction d’une chapelle absidale. Le rapport avait été fait par Baccio Bandinelli, qui désirait y installer les tombeaux de Léon X et de Clément VII.
Le grand duc répondit à u son honorable ami le rév. Fra Tommaso Strozzi, et accepta d’aider à l’entreprise par reconnaissance envers les deux pontifes, et parce que, dit-il, par la grâce de Dieu... mes affaires se trouvent conduites au point que je voulais „ .
La chapelle fut finie en 1540.
Mais il restait à construire l’arc d’entrée, et la même année les cardinaux Cibo, Salviati et Ridolfi chargèrent Mons. Baldassare da Pescia, “ chierico di caméra „ , de se procurer un devis pour l’exécution de la tribune, d’après les dessins de “ maître Lorenzo, sculpteur florentin „ .
Le travail ne se fit pas, et on utilisa cette chapelle telle qu’on la possédait. C’est dans cette abside que les papes tinrent chapelle pontificale chaque année, le jour de 1’ “ Annunziata „ , pour la distribution des dots aux jeunes filles, jusqu’en 1600. A cette époque, il fallut cesser la cérémonie, parce que la construction menaçait ruine.
La tribune fut faite en 1614, sur les dessins de Maderno, et aux frais des Palombara, dont l’un, FraPaolo, donna mille écus, et l’autre, Scipione, deux mille.
L’œuvre de Maderno a duré jusqu’en 1854.
Lorsqu’il fut question de remettre l’église dans son état normal, il fallut démolir non seulement l’arc en plein centre de Maderno, qui donnait accès à l’abside, mais encore toute la partie supérieure de l’abside elle-même, où régnait le style renaissance. On profita de la circonstance pour donner à toute la chapelle la forme absolument gothique, et créer les trois fenêtres géminées avec les lunettes qui les surmontent.
Bernardino Riccardi dessina, et Bertini, le verrier milanais, exécuta les vitraux qui remplissent ces fenêtres : an centre saint Dominique et saint Pie V ; à gauclie, saint Vincent Ferrier et saint Etienne ; à droite, sainte Catherine d’Alexandrie et sainte Catherine de Sienne.
Nous en avons déjà dit notre pensée: inutile d’y revenir.
Riccardi peignit également dans la voûte les quatre grands prophètes, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel et Daniel, puis le Père éternel et l'Annonciation, tandis que Filippo Balbi peignait sur les murailles latérales les quatre médaillons, qui représentent des saints dominicains.
Nous devons dire un mot des stalles qui entourent le chœur. Elles ne constituent pas un monument grandiose, mais elles ont leur noble simplicité, qui fait plaisir à voir. Ici l’utilité n’a pas été le prétexte à un entassement de beautés, mais l’utile lui-même y a sa beauté.
Primitivement le chœur était dans la nef centrale, et terminé du côté de l'abside ou chevet de l’église par le maître-autel, où était conservée une célèbre peinture de Fra Angelico, aujourd’hui égarée. Il fut transporté derrière le maître-autel, quand fut terminée l’ancienne chapelle absidale. Le chœur était alors une réminiscence du chœur des anciennes basiliques, placé en enclos devant le maître-autel f.
1 Les chapelles, semées dans l’église, soit comme simples autels adossés à l’enclos du chœur extérieurement, ou aux murs latéraux, ce qui longtemps se fit exclusivement le long de la nef de gauche, où la muraille ne pouvait s’ouvrir, à raison du cloître qui le longeait de l’autre côté; soit comme oratoires enfoncés, ce qui fut toujours possible dans la nef droite, étaient alors au nombre de vingt-deux. En voici l’énumération: 1° celle de saint Michel et de sainte Marie-Madeleine, près de la sacristie; 2° celle de saint Thomas d’Aquin, où est actuellement la petite entrée à l’église, près du chœur: 3° celle du saint Sacrement, construite derrière le maître-autel, par Bartolomeo Yitallense, de Corneto; 4° celle de sainte Catherine de Sienne; 5° celle de Tous les Saints; 6° celle de l’Assomption et de saint Thomas ; 7° celle de sainte Croix ou du Crucifix ; 8° celle de la Con-
§11. — Les monuments de la chapelle absidale ou du choeur.
Nous voulons parler des tombeaux de Léon X et de Clément VII, érigés dans le chœur de la Minerve, par ordre du pape Paul III. Quelques-uns veulent que ce pontife ait contribué lui-même à la dépense. Nous ne savons. En tout cas ce ne serait que par une contribution accessoire, car Clément VII avait laissé par testament une somme d’argent pour l’érection d’un tombeau à lui-même et à son cousin Léon X.
Après avoir songé d’abord à Sainte-Marie-Majeure, on choisit définitivement le chœur de la Minerve, comme emplacement: mais il fallait le reconstruire, et pour ce motif acheter les maisons voisines qu’on démolirait, afin d’obtenir l’espace nécessaire, de là sans doute un surcroît de dépenses, où Paul III dut avoir sa part de responsabilité et de générosité.
On peut admirer ici les vicissitudes des choses humaines. A Florence, les Médicis fondent San Marco, puis se brouillent avec lui, et c’est à San Marco que voudra être enterré le dernier des Médicis, de même que Lorenzo, après une forte mau-
version de saint Paul; 9° celle de sainte Catherine d’Alexandrie; 10° celle de saint Jacques; 11° celle de saint Pierre martyr; 12° celle de la sainte Trinité; 13° celle de saint Antonin; 14° celle de l’Assomption, dans la nef gauche, le long du cloître; 15° celle de la Visitation ou de saint Jean- Baptiste, du même côté; 16° celle de saint Sébastien; 17° celle de saint Vincent Ferrier, adossée au chœur du côté de la grande porte; 18° celle de la Vierge Marie et des apôtres Pierre et Paul; 19° celle de la Vierge, sur le côté, vers la chapelle de sainte Marie-Madeleine, bâtie par Giovanni Tartarini; 20° celle de saint Dominique, entre la sacristie et le campanile; 21° celle des saints Crépin et Crépinien, bâtie par ordre de la corporation des cordonniers, derrière le chœur, du côté de l’abside actuelle; 22° celle de saint Antoine, abbé, du même côté, construite par Antonio dei Beneaccaduti. Le saint Sacrement se conservait alors dans un petit monument ou tabernacle en pierre, appartenant aux Mezzatosti, derrière le maître-autel. Ce tabernacle disparut lors de la construction du chœur.
Monument de Clément VII.
L’Eglise de la Minerve
vaise humeur contre le Prieur de ce couvent qui ne lui obéissait pas et s’appelait Savonarole, voudra recevoir de lui sa dernière absolution. A Rome, les deux papes de la renaissance, Léon X (f 1521) et Clément VII (t 1534) reposeront un jour sous les arceaux de l’unique église gothique de Rome, où les idées de la renaissance avaient bien moins pénétré qu’ailleurs l.
Leurs tombeaux sont d’ailleurs d’une grandeur et d'une majesté dignes de leur mémoire, de l'époque qui les construisit, de l’art qui les inspira. Ce sont des arcs de triomphe.
Ils sont tous deux, on le voit au premier aspect, l’œuvre de Baccio Bandinelli, qui lit les monuments, les sculptures accessoires, les bas-reliefs, sauf pourtant les deux statues principales.
Ils se ressemblent de très près pour l’architecture, de même qu'étaient parents les illustres défunts.
Les deux papes sont assis, le “ grand manteau „ sur les épaules, et tiare en tête, sur des socles aussi simples que distingués, sous un grand arc ceintré, que flanquent deux niches de moindres dimensions encadrant chacune une statue d’évangéliste. Ces dernières statues ne sont pas caractérisées clairement parce qu’elles sont là plutôt comme motif de décoration : mais comme elles sont au nombre de quatre, notre pensée se reporte naturellement à une série de quatre admise communément, et nous opinons pour les quatre évangélistes, parce que les deux qui se voient au tombeau de Léon X portent à la fois un volume et un rouleau : ce qui semble indiquer des écrivains qui ont deux séries d’ouvrages: saint Luc et saint Jean, d’où, en face saint Matthieu et saint Marc qui ne tiennent qu’un volume. Quelques-uns toutefois ont pensé qu’il s’agit des quatre grands docteurs ou encore des quatre grands prophètes.
1 C’est également dans l’église de la Minerve que Paolo Griovio, le Vieux, lors du sac de Rome, fit cacher ses écrits dans une caisse de fer, afin de les soustraire à la sauvagerie des gens du Connétable de Bourbon.
L’Eglise de la Minerve
Léon X fut sculpté par Rafaello da Montelupo ; Clément VII, par Giovanni di Baccio Bigio, lui aussi artiste florentin. Ces deux statues sont excellentes, surtout par la sobriété distinguée du style. Léon X serre de la main gauche les clés souveraines, tandis que de la. main droite horizontalement ouverte, il en affirme l’autorité; Clément VII par contre donne une très onctueuse bénédiction.
Enfin quatre grandes colonnes corinthiennes, cannelées de haut en bas, encadrent les trois niches, dans chaque monument, et soutiennent un fronton à pans brisés, où trois bas-reliefs correspondant aux niches inférieures, expriment les faits politiques ou religieux de la vie des pontifes.
Dans le grand médaillon central du tombeau de Léon X est représentée, dit Vasari, la rencontre du pape avec François Ier à Bologne, en 1515. Le portrait du roi et surtout celui du pape sont assez ressemblants : à gauche le Baptême du Christ, où l’on voit la scène elle-même, et au premier plan un jeune homme tout nu, qui ne s’en soucie guère, tandis que dans le fond un autre lie sa chaussure, après la cérémonie : petit détail qui rappelle l’attention sur la parole du Baptiste: “Je ne suis pas digne de délier la courroie de ses chaussures „ . A droite on voit un personnage debout commandant d’un grand geste à un jeune homme de sortir d’entre les morts, dont les ossements l’entourent par terre.
Le personnage principal qui tient un livre est assurément saint Julien, le patron de Jules de Médicis qui devait être Clément VII. Saint Julien, premier évêque du Mans en France, disait-on, était célèbre pour avoir ressuscité un enfant : miracle qui amena plus de vingt mille conversions. Le geste élevé de la main droite exprime fortement l’ordre de revivre que donne le thaumaturge ; le livre qu'il tient de la gauche rappelle l'apostolat qu’il exerça dans les Gaules, où, d’après les récits anciens, il fut envoyé par saint Pierre lui-même.
Nous ne voyons pas d’autre fait que puisse traduire notre bas-relief.
Dans le médaillon central du tombeau de Clément VII est figurée, incontestablement, la réconciliation du pontife avec Charles V, à Bologne, en 1530. A gauche, saint Benoît recevant dans sa retraite montagneuse l’envoyé de Totila. La scène est connue : le roi des Goths, désirant expérimenter si vraiment le grand patriarche avait le don de prophétie, envoie Riggo, l’un de ses officiers, en costume royal, suivi d’une noble escorte que commandent les comtes Vult, Ruderic et Blidin, et il le charge de se faire passer pour Totila lui-même. Benoît connaît la ruse, et dit à l’envoyé: u Mon fils, laisse ce costume; ce n’est pas le tien „.
La scène se passe effectivement dans une grotte ; le j:>ersonnage principal a les cheveux coupés comme un moine; il porte un manteau qui rappelle la “ cuculla „ , et par son geste de l'index abaissé il traduit bien sa parole.
Cette scène est représentée ici en souvenir de ce que le pape Clément VII avait été abbé commendataire du Mont-Cassin.
A droite, saint Jean-Baptiste prêche dans le désert à la foule, lui montrant l’arbre qui va bientôt tomber sous la cognée, et dont quelques branches apparaissent déjà coupées.
Les deux scènes de la vie du Précurseur rappellent Florence, la ville du Baptiste, patrie des Médicis.
Telle est, nous semble-t-il, la signification de ces divers bas-reliefs.
On raconte d’ailleurs à ce sujet une méprise singulière.
Les deux monuments sont de dimensions identiques. Les ouvriers chargés de les monter, se trompèrent dans la distribution des petits bas-reliefs, et séparèrent les épisodes de la vie de Jean-Baptiste, qui devaient se trouver ensemble sur le monument de Léon X, Jean de Médicis, tandis que les deux autres devaient orner celui de Jules de Médicis ou Clément VII. Et on ne songea plus pratiquement à réparer l’erreur.
L’Eglise de la Minerve
Cette anecdote historique nous donne l’origine des réelles anomalies de disposition, difficiles à entendre autrement dans les bas-reliefs secondaires l. Le mal étant réparable, on ferait bien de le réparer.
C’est en 1642 seulement, vingt et un ans après la mort de Léon X, huit ans après celle de Clément VII, que les restes des deux papes furent transportés dans leurs tombeaux définitifs.
Ceux-ci n’ont pas d’inscriptions, et pourtant la place reste libre sur les socles des statues pontificales pour les y recevoir, et semble attendre qu’on pense à les y graver. Il conviendrait d’y transporter celles qui furent placées sur les tombes provisoires, et que l’on possède encore 2.
1 Vasari donne des interprétations différentes, mais clairement fantaisistes, ou celles du premier projet peut-être, plutôt que celles de la réalisation. Bandinelli songeait bien plus à recevoir l’argent de son travail qu’à donner le travail lui-même. Il se fit prier et même forcer pour l’achèvement de l’entreprise. Cf. Vite, édit. Milanesi, vol. YI, page 162 et suivantes.
Les exécuteurs testamentaires de Clément VII étaient les cardinaux Hippolyte de Médicis, Cibo, Salviati, Ridolfi, et messer Baltliazar Turini, de Pescia. Ils choisirent d’abord pour l’exécution des monuments le sculpteur Alfonso Lombardi, sculpteur ferrarais. Celui-ci avait déjà exécuté ses modèles, d’après les conseils de Michelange, lorsque mourut empoisonné, en 1535, le cardinal de Médicis. Bandinelli se fit alors adjuger le travail en recourant à Lucrezia Salviati, la sœur de Léon X, à qui il persuada que Lombardi n’y entendait rien.
Le contrat fut signé le 25 mars 1536, à la condition pourtant que pour l’architecture on suivrait le dessin déjà approuvé d’ Antonio da San Gallo, et que toute la partie encadrement serait confiée à Lorenzetti. On promettait à Bandinelli 600 écus pour chaque grand bas-relief, 300 pour chaque bas-relief moindre, 500 pour chaque statue de pape et 400 pour chaque statue d’apôtre.
Bandinelli prit l’argent, le mangea, et ne songea plus que par force à travailler sérieusement.
Antonio Dosio avait fait aussi pour la tombe de Clément VII un dessin conservé à la Galleria de Florence.
2 C’est le carme Pr. Lodovico, dans sa Bibliotheca Pontificum, qui
Avant de quitter le chœur et ses monuments célèbres, il nous convient d’y lire dans le pavé quelques noms de grandes ombres, si on nous permet de modifier de la sorte l’expression du poète.
Ces inscriptions sont les copies d’originaux qu’on a laissés, dit-on, sous le pavé, et qu’on n’a pas amenées ou laissées à la surface, afin d’éviter des inégalités toujours ennuyeuses. Il n’est pas impossible que plusieurs se conservent simplement sur l’autre face de la dalle que nous avons sous les yeux.
Seulement il est clair que la trop parfaite symétrie dans l’arrangement des copies doit nous interdire de croire que l’original existera toujours immédiatement au-dessous de la transcription, lorsque cette dernière se trouvera sur un autre marbre.
Il y a d’abord l’épitaphe de l’évêque dominicain Bartolomeo Carranza de la Miranda, célèbre par sa science théologique, ses malheurs, sa réhabilitation, sa vertu h
nous les a conservées. Voici celle de Léon X, que lui composa le cardinal Bembo :
Leonis X pont. max. depositum.
Deliciae humani generis, Léo maxime, tecum Ut simul illuxere, interiere simul.
Celle de Clément VII était bien plus simple:
Clementi Vil P. M.
Cujus invicta virtus | sola clementia superata est.
On a prétendu que des inscriptions se trouvent gravées sur les bases des monuments actuels, et sont cachées par les stalles du chœur. Il ne nous a pas été possible de nous en assurer: mais nous voyons là plutôt une induction hypothétique qu’un fait certain.
1 Son épitaphe fait de lui un éloge semblable:
D. O. M | Bartholomeo Carrancae Novarro | Dominicano archiepiscopo Toletano \ Hispaniarum Primati viro généré vit a \ doctrina concione al que elemosgnis claro \ magnis muneribus a. Carolo Quinto \ et Philippo Rege Catholico sibi commissis \ egregie functo animo in prosperis | modesto et in adversis aequo.
In te projectus sum ex utero.
Obiit an. Domini Cl J. D. LXXV1 die II maii. Athanasio et Antonino sacro. aetatis suae LXX11.
U Eglise de la Minerve
On y trouve l’épitaphe du cardinal Mazarin, de l’Ordre des Prêcheurs, le frère du grand Mazarin : on y énumère ses titres, sans dire qu’il les doit surtout à la grâce de Louis XIV, sinon à celle de Dieu, bien qu’il ait été d’ailleurs un religieux vraiment digne h
Là aussi fut enseveli le cœur du cardinal Casanate, le grand ami et bienfaiteur des Dominicains, à qui il donna la bibliothèque qui porte son nom 1 2.
On y trouve encore la tombe et la longue épitaphe d’un autre Frère-Prêcheur, le cardinal Thomas Howard, de Norfolk, dont la devise est à retenir : “ La gloire de la vertu c’est l’action „ , en latin: “ Virtutis laus actio „3.
Une autre tombe remarquable est celle du dominicain Fr. Egidio Foscarari, que le concile de Trente appelait son “ grand luminaire „ , lui appliquant le titre de luminare majus „ , que la Bible donne au soleil.
1 D. O.M. | Fr. Michaeli Mazarino \ Ordinis praedicatorum | Apulo Romanoq. Provinciali | Sacri Palatii Magistro \ Aquensi Archiepiscopo /S. R. E. | Gard. tit. S. Caeciliae \ Cataloniae proregi \ a Ludovico XIV Galliae rege | ad Innocentium X Pont. Max. | oratori electo \ immatura morte sublato \ haï. septemb. an. M. DCXLV111 \ aetatis suae XXXXI11 | Fratres S. M. S. Minervam \ fratri benefactori amatiss. pos.
2 D. O. M. | Eminentissimi S. R. E. cardinalis \ Hieronymi Casanatae \ cor \ pietati sacrum Deoque plénum \ effusae in Praedicatorum Ordinem \ beneficentiae fous | vota Deo precesque nuncupantibus \ grati ac pie memoris animi \ monumentum. MDCC.
3 Philippo Thomae Howardo \ de Norfolcia et Arundelia \ S. R. E. presbytero cardinali | tit. S. Marine supra Minervam \ ex sac. Famïlia FF. Praed. | S. Marine Major is archipresbytero \ Maynae Brittaniae protectori \ Magno Angliae Elemosg nario \ patriae et pauperum pu tri \ fiHi prov. Anglicanae ejusd. Ordinis \ purenti et restauratori opt. \ haeredes inscripti moer entes posuere \ annuentibus S. R. E. card. Emo j Paulutio de Alteriis \ Franc. Nerim | Galeatio Marescotto | Fabritio Spcida supremi testamenti Esecutoribus. \ Obiit XI T Kal. iulii an. Sal. M. DCXC1V aetatis suae LXIY.
Virtutis laus actio.
L’ Eylise de la Minerve
Il travailla à la réforme clu Bréviaire et du Missel romains, et surtout à la rédaction du fameux Catéchisme du Concile de Trente l.
Sa tombe était jadis près de la seconde colonne, du côté de l’épître.
Une autre tombe illustre se remarque dans la même abside, celle du cardinal Bembo, nom cher à tous les amis des Lettres, mais que l’on est surpris de retrouver sous les arceaux gothiques de la Minerve, quand on s’attendrait à le rencontrer sous quelque plein cintre en marbres précieux, avec ses voisins Léon X et Clément VII.
Xous n’avons pas à rappeler ses titres de gloire, tant ils sont connus de tous 2.
Le P. Mamachi, O. P., de la famille de Lusignan, nom bien connu des historiens et des archéologues, repose également dans ce sanctuaire. Sa gloire principale est d’avoir été l’un des principaux promoteurs et organisateurs de la science des antiquités chrétiennes 3.
1 Son. épitaphe raconte ces gloires : Fr. Egydio Fuscarario Bononiensi Ord. Praedicatorum Epo Mutinen \ religione innocentia liberalitate | praestanti \ prudentia ac scientia divinarum rerurn tanta | ut in publico Tridentino Concilie» \ patres uniti in ejus judicio conquiescerent \ qui Catechismo Missali et Breviario \ in quibus maxime omnium elaboravit compositis | Romae obdormivit in Domino \ anno Domini MDL~K.1V die XXII decemb. Vixit annos LV1I1 | Fr. Ferdinandus de S. Ambrosio | memoriae tanti viri \ obser. fecit \ XV octobris MDLXVI1.
2 Son épitaphe est également très sobre, ne voulant pas redire ce que tout le monde disait : Petro Bembo patritio | Veneto ob ejus singulares | virtutes a Paulo III pont. max. \ in Sacrum Collegium cooptato \ Torquatus Bembus P. \ Obiit XV Kal. feb. C1DDXLV1I.
Memoriae ^ | Fr. Thomae Mariae Mamachi \ domo Chio e regia stirpe lusignana \ hic doctor theologus ac praef. bibl. Casanat \ doctor decurialis physices \ in Lyceo Léo niano \ scriniarius ab actis Consilii librorum notandorum \ ac magister S. P. A. \ graecae latinae italicae facundiae laude \ omniumque litterarum gloria florentissimus \ cujus aequanirnitas \ conviciis insectatio-
Son épitaphe raconte ses mérites :
L’Eglise de la Minerve
D’autres personnages encore sont ensevelis près de ceux que nous venons de nommer, tels que les trois cardinaux Lorenzo, Roberto et Antonio Pucci ; les cardinaux Innocenzo Cibo, Gfregorio Selleri, O. P. ; Balthazar Quinonez, O. P. ; le théologien dominicain Tommaso Cerboni, etc. * l.
Devant le maître-autel, au-dessus de la marche d’escalier qui y conduit, on avait enseveli le cardinal Morone, le 1er décembre 1580. Son épitaphe, lors des dernières restaurations, fut transportée dans le pavé de la nef de droite, en face de la chapelle de l’Annunziata, où nous l’avons déjà rencontrée.
Nous ne saurions omettre de rappeler ici le souvenir de deux monuments qui jadis existèrent, mais qui ont aujourd hui disparu de l’abside de la Minerve.
Au sortir du chœur, du côté de l'évangile, on voit fixé dans le pilier qui soutient l’arc absidal, un petit tabernacle en métal doré, sous forme de portail avec fronton tracé en creux ou gra-ffite, et au bas, dessiné de même, le chien de saint Dominique, portant sa torche à la gueule, et au milieu l'inscription : “ Sanctum oleum „ , les saintes Huiles, qui en indique la destination.
Or, il en remplace un autre dont la perte est aussi douloureuse qu'irréparable, et qui était l'œuvre signée de Mino da Fiesole. Celui-ci était en marbre de couleur, surmonté d’une croix en relief, et le chien couché portant sa torche allumée.
nibus contemptis | magnis in contentionibus semper enituit \ religionis morumque dogmata \ Ecclesiae jura suique ordinis annalia \ egregie digessit nonis julii an. MDCCXC1I \ Centumcellas translatis cinerïbus | in aedern Fratrum Dominic. \ supremi ejusdem familiae redores \ ne sodali ubique gentium clarissimo \ débitas in ipsa urbe \ diuturna tant eximiae virtutis teste \ honos amplius deesset pietatis causa \ coenotaphium posuere anno Cl J. U. CCC. XXII.
1 Nous reproduisons les épitaplies de ces derniers dans le Nécrologe lapidaire de la Minerve. Forcella, Iscriz., nous en donne quelques-unes sous les nos 1710, 1724, 1730, 1737, 1976, 1992. Celle du P. Cerboni manque dans Forcella.
Au milieu on lisait: “ Oleum sanctum,,, et au bas la signature: u Opus Mini,,1, exécuté par Mino.
Au-dessous de ce monument, il en existait un autre, dont la valeur était pareillement incontestable. C’était un tombeau en marbre, avec une statue couchée, et deux petits anges soulevant une courtine aux pieds et à la tête. Le personnage enseveli dans ce monument si semblable à celui de Durand de Mende devait être considérable. Quelque inscription sans doute en fournissait le signalement : rien n’en a subsisté, qu’un pauvre texte de chronique très incomplète.
Peut-être les indications que nous donnons ici sur ces deux œuvres d’art serviront-elles pour leur identification dans quelque musée, où sans doute elles se trouvent déposées.
§ 12. — Les vieilles orgues.
Il y aurait tout un chapitre à écrire sur l’histoire des orgues à la Minerve.
Les premières mentionnées étaient installées au-dessus de l’ancienne chapelle de saint Dominique. Elles avaient été construites en 1562, par le magnifique chevalier u missier Yenarano da Loggici „ , gentilhomme vénitien, qui donna gratuitement son travail, tandis que les matériaux furent achetés avec les aumônes de tout le monde.
1 Voici le texte italien de la description que nous venons de traduire, en l’empruntant à un manuscrit intitulé: Chiesa délia Minerva , et écrit vers 1822: “Al pari dell’iscrizione (celle qui rappelait la consécration du maître-autel par Benoît XIII), nella prima colonna (le pilastre) si vede un pezzo di marmo di più colori, con la croce sopra di rilievo, et con il cane scolpito a giacere, colla torcia accesa in bocca, detta pietra di Tabernacolo, in mezzo del quale si legge «Oleum sanctum»,,. Et au-dessous la signature: «Opus Mini». Chiesa deïla Minerva , mss. p. 10; in Arcbivio O. P.
L’Eglise de la Minerve
Lorsqu’on voulut agrandir la chapelle de saint Dominique, en 1628, on songea à remplacer ces premières orgues par deux autres, qui seraient placées l’une au-dessus de l’entrée absidale, l’autre sur la chapelle du Rosaire.
Elles furent construites par Ennio Bonifazi, qui s’engagea à achever les premières dans le délai d’un an. Le grand tuyau devait avoir 11 pieds de longueur, dont 24 palmes seraient visibles ; le tout serait de la hauteur de 26 pieds l/2 .
Le prix fut de 1000 écus en monnaie: mais l’artiste reprenait les anciennes orgues pour 400 écus (elles n’avaient servi que 66 ans), de sorte que la dépense nouvelle ne fut que de 600 écus.
Le dessin des ornements est dû à Paolo Maruscelli.
Le second orgue, semblable au premier, fut construit dans des conditions analogues.
Le principal bienfaiteur fut de beaucoup le cardinal Scipione Borgliese, qui y dépensa, dit-on, une fort grande somme d’argent. Aussi, a-t-on pu placer sous les deux orgues, dans des cartouches de stuc, cette inscription qui ne ment pas, et que nous traduisons du latin: “ Scipion, cardinal Borghèse, Procureur de l’Ordre des Prêcheurs,,1. On a prétendu qu’il avait dépensé pour la Minerve 80,000 écus.
Ces orgues vont être remplacées, du moins pour la partie essentielle.
Elles ont pourtant leur gloire. On les appréciait beaucoup pour l'harmonie des sons, une suavité qui n'empêchait point, et qui soutenait le chant et la prière. Durant leur existence déjà longue, elles ont exprimé à leur manière bien des joies, bien des tristesses chrétiennes, des désirs, des craintes, des espérances, des triomphes, des actions de grâces, des louanges à Dieu: elles ont été l’âme de tant d’âmes!
Voici le texte latin : Scipio Card. Burghesius Ord. Praed. Procurator «
Puissent celles qui leur vont succéder exprimer longtemps et aussi bien des sentiments inspirés par la foi et la piété !
Nous ne pouvons nous empêcher de transcrire ici les réflexions que faisait le judicieux P. Labat, au sujet de celles qui vont se taire pour toujours : “ Il y a dans cette église (la Minerve) deux buffets d'orgues que l’on estime beaucoup. Ils sont placés dans des tribunes, à côté du chœur, dans la croisée (le transept). On s’en sert plus qu'en France; mais précisément pour la raison pour laquelle on les a introduits dans l'église, c’est-à-dire pour soulager les chantres, et non pour allonger démesurément l’office, comme on fait à Paris par une mauvaise coutume, dont il est plus aisé de se plaindre que d'y apporter remède. Les organistes italiens sont très habiles, et surpassent à mon avis infiniment les Français, quand ce ne serait qu’en ce point, que sans occuper plus de tems à jouer un verset que le chœur n’en emploie à le chanter en plain-chant, ils font briller la beauté de leur composition et la délicatesse de leur art,,1.
Aujourd’hui le mal est aussi grand à Rome qu’à Paris.
§ 13. - — La petite porte, près de l’abside.
Elle s’ouvre immédiatement sur la droite de la chapelle absidale, et donne sur le Collège romain.
Notons avant tout que ce couloir fut jadis une chapelle, imposée plus ou moins par les lois de l’architecture, une fois que l’abside fut construite.
Elle appartint successivement aux Rustici et aux Cenci, et fut dédiée à saint Thomas d’Aquin, dont on y admirait un très ancien tableau aujourd’hui disparu.
Voyage d’Espagne et d’Italie , chap. III.
C’est en 1600, à l’occasion du Jubilé, que cette chapelle fut transformée en passage à l’usage des fidèles, qui se plaignaient d’avoir à faire un trop grand détour pour arriver à l’église par la porte principale, ou même par la porte de flanc.
Il fallut d’abord l’autorisation du pape Clément VIII, pour répondre d’avance aux réclamations qu’auraient pu formuler éventuellement les familles propriétaires.
C’est le public lui-même qui voulut faire les frais de cette modification : frais assez considérables, puisqu’il fallut acheter des maisons voisines, pour l’ouverture de la ruelle aboutissante l 2.
La porte est simplement flanquée de deux colonnes en marbre que surmonte un fronton triangulaire et entrecoupé.
Lorsqu’on arrive à ce couloir de l’intérieur de l’église, on trouve d’abord sur sa droite le tombeau du cardinal Matteo Orsini, dominicain, et ce tombeau, d’après une inscription plus récente, doit rappeler aussi la mémoire d’un autre cardinal dominicain, de la même famille, Fra Latino Malabranca Orsini.
Le cardinal Matteo est couché sur son cercueil, mitre en tête, vêtu de la chasuble sacerdotale, les mains croisées sur la poitrine. Quelque inscription devait rappeler longuement les vertus du défunt : elle a disparu.
Il eut en particulier le mérite de créer l’une des plus anciennes chapelles de la Minerve, celle de sainte Catherine d’Alexandrie, qu’on appelle aujourd’hui du saint Sacrement, ou Aldobrandini. Il y fut enseveli l’an 1341 h
Le tombeau du cardinal fut transporté plus tard dans le nouvel oratoire de sainte Catherine, près de la sacristie. Lorsqu’on
1 C’est ce qu’atteste une inscription qui se lit sur la porte, à l’extérieur: Piorum eleniosinis publicae commodititi in hanc formam restituta. Anno Jubïlaei MDC.
2 Cf. Cronaca di Orvieto, édit. Girardin, p. 45.
Tombeau des cardinaux Latino et Matteo Orsini.
V Eglise de la Minerve
démolit ce dernier pour agrandir la chapelle de saint Dominique, le cercueil fut transféré on il se voit aujourd’hui, à l’époque où le P. N. Eidolfi (f 1650) était Maître général de son Ordre.
Le tombeau du cardinal Latino se trouvait d’abord dans la sacristie, au-dessus de la porte, en face de l’oratoire de sainte Catherine: dans les mêmes circonstances sans doute, il fut réuni au premier.
Au-dessous de la tombe du cardinal Matteo Orsini se voyait, jusqu’à une époque assez récente, une pierre sépulcrale portant l’image d’un personnage illustre, puisque deux anges soulevaient au-dessus une courtine pour le montrer. Serait-ce la tombe du cardinal Latino Malabranca, qu’on a remplacée, hélas ! par l’inscription récente, ajoutée sur le tombeau de Matteo, parmi des feuillages, avec les armes de la famille Orsini 1 ?
Nous le soupçonnons sans pouvoir le démontrer. C’est là peut-être que se lisait encore l’épitaphe métrique où on déclarait Fra Latino “ cantu dotatus, miro dictamine gratus „ : Il savait le chant, et charmait par son admirable parole ; éloge très adapté à celui qui composa et la poésie et le chant du terrible Dies irae 2.
Vient ensuite le monument du cardinal Pimentel, dominicain espagnol (f 1653), célèbre en son temps par sa piété, son savoir, son éloquence.
1 Voici cette inscription récente: Ven. mem. FF. Laiini et Matthaei Ursinorum Ord. Praed. S. R. E. cardinalium.
2 Nous donnons l’épitaphe entière, gravée sur son tombeau :
En doctor magnus, constans quoque mitis ut agnus,
Cantu dotatus miro dictamine gratus.
Tuscis et Lombardis legatus a papa fit décor atus ;
Ductus morte quidern Perusii finitur ibidem,
Post liée portata Rome sunt essa beata.
Cette pierre tombale est peut-être celle qui se voyait vers la fin du xviue siècle, dans le chœur, au-dessous du tabernacle pour les saintes huiles, et que nous avons signalée en passant.
L’Eglise de la Minerve
L’architecture bizarre indique immédiatement une œuvre de Bernino, qui dessina en effet le monument et les statues, mais sans les exécuter lui-même.
Le cardinal est agenouillé sur une immense urne de marbre noir, flanquée de statues à tous les angles. Sur l’avant, s’appuient les deux statues de la Charité et de la Justice, et celle-ci se cache la tête dans les mains et pleure : mais elle est caractérisée par le “ putto „ , qui tout effaré porte près d’elle le faisceau romain. A l’arrière-plan, sur les autres angles, et en très bas reliefs, se voient à gauche la Sagesse en Minerve casquée, et à droite la Religion qui prie et tient la croix.
La statue principale fut sculptée par Ercole Ferrata; celle de la Justice par Gfiovanni Mari; celle de la Charité par Antonio Raggi; le reste par les élèves de Ferrata, qui étaient Filippo Romano, Monsù Michèle, ou Michel Maille, et Francesco Mari h
Au-dessus de la porte de sortie, apparaît le monument du cardinal Carlo Bonelli (f 1676). C’était un petit-neveu de Pie Y. A ses mérites personnels, aux services rendus, au souvenir laissé par son grand-oncle, il dut l’honneur du cardinalat. Il avait été gouverneur de Rome, légat en Espagne, et s’était acquis une grande réputation d’habileté parmi ses contemporains.
Il choisit cette sépulture dans cette chapelle où reposaient déjà d’illustres personnages dominicains. Si de fait il n’ appartenait pas à l’Ordre, tous ses sentiments, toutes ses légitimes fiertés devaient l’en rapprocher.
1 Nous croyons utile de transcrire ici l’incription funéraire, qui contient l’éloge de Pimentel: Dominico S. R. L. tit. S. Sijlvestri presbytero \ cardinali Pimentel Ordinis Praedicatorum Hispano \ excellentissimi Comitis Beneventani filio \ pielate non minus quam üoctrina praestanti | Philippi 1 V regis catholici ad Urbanum VIII oratori \ episcopo primum Oxomensi, deinde (Jordubensi , demum archiepiscopo PLispalensi \ gui pauperum quamdiu vixit pater | eosdem moriens haeredes institua | obiit Romael V non. decemb. MDCLIII \ aetatis suae unnoLXIIl.
C’est le tombeau de ce personnage considérable que nous avons sous les yeux, et que le défunt lui-même avait fait exécuter de son vivant.
Carlo Rinaldi en conçut l’architecture et la composition dans le goût de Bernini.
Sur un fond de draperie en marbre noir, deux anges tout blancs portent en un médaillon de bronze le portrait du cardinal ; puis plus bas, les statues symboliques de la Charité et de la Religion qui se tiennent debout; de la Justice et de la Prudence qui restent assises.
Le motif principal est l’œuvre d’Ercole Ferrata, la Charité de Filippo Romano, la Foi ou Religion de Monsù Michèle, la Justice et la Prudence de Francesco Mari. Les autres sont d’Angelo Rossi et de Cosimo Fancelli.
L’épitaphe raconte ses titres, ses services, ses vertus h
A gauche, nous avons le monument du célèbre cardinal Alessandrino Michèle Bonello, neven de saint Pie V, et dominicain lui-même.
C’est Griacomo délia Porta qui en fut l’architecte et l’organisateur. Sur une belle urne oblongue “ d’africano „ le cardinal est à demi-couché ; sur les côtés se tiennent la Religion et la Prudence ; quatre belles colonnes élèvent au-dessus un fronton en arc de cercle, orné de “ putti „ pleureurs et d’écussons.
1 Voici l’épitaphe qui accompagne: D. O. M. | Carolo B. R. E. Presb. Card. Bonello. B. Pii V Pont. Max. sororis abnepoti | Michaelis card. Bonelli fratris nepoti \ sub Alexandro Vil Urbis Gubernatori \ mox in difficillimis Europae motïbus \ ad Philippum 1 V Hispdniarum Regem \ nuntio ad pacem pertractandam \ extra ordinem misso \ postea ordinario confirmato \ cardinali renuntiato iisdem egregiis artibus \ quibus purpuram méritas fuerat \ in ea apud cives et exteros apprime claro \ Michael dux Salicis et Antonius U. S. Ile fier e n da r i u s ) | fratris filii \ tumulo quem sibi vivens extruxerat \ moerentes incidi curarunt j Obiit an. sal. MDCLVI1. aetat. suae LXV.
L’Eglise de la Minerve
Toutes ces sculptures sont dues au ciseau de Silla Longo da Yiggiù, artiste milanais.
A noter, comme beaux marbres, “ l’africano „ de Turne, et le “ bigio brecciato ,, en deux des colonnes qui supportent le frontispice.
Ce tombeau fut érigé par les soins du cardinal Aldobrandini, qui fit sans doute l'épitaplie où il redit la fermeté, la piété et la prudence du défunt b
Il convient absolument de signaler encore dans ce corridor, à droite ou à gauche, les monuments d’Agapito et Paolo Rustici (f 1482), et celui de Cinzio et Marcello Rustici (j 1488) : deux ouvrages fort remarquables du xve siècle ; puis celui de Nicolô Ardinghelli (f 1606). Ils sont si peu bruyants qu’on serait exposé à les négliger si on ne les signalait, et ce serait grand dommage de les négliger: ils sont plus réellement beaux, dans leur élégante austérité, que ceux que nous venons de décrire.
Trois modillons supportent sur un socle le cercueil, ou plutôt la “ bara „ , la civière de l’évêque, qui est d’un effet tragique par sa simplicité même, rappelant le dénuement de la dernière heure, et est occupée par le principal défunt, l’évêque Agapito Rustici. A droite et à gauche les piliers portent sur les socles les armoiries du défunt, et la tige plate est ornée de fleurs fantaisistes et exquises. Les chapiteaux sont corinthiens, et soutiennent
1 En voici le texte: Fr. Michaeli Bonello Ord. Praed. \ S. R. E. card. Alexandrin o epo Albanensi | Pii V ex eodem Ord. Sanctissimi Pont. S ororis nepoti | ab eoque ad gravissima Sedis Apostolicae negotia mode r an d.a adhibito \ legato Sacri Foederis ineundi causa ad reges | in Galliam Hispaniam Lusitaniam \ cunctis a se pro rep. susceptis sirenue uc féliciter perfuncto \ religionis prudentiae integritatis eximiaeque virtutis laude praestantissimo \ Vixit annos LV1 mens. IV dies VI. Obiit /cal. april. M DXCV1II | Quod illi monumentum ob Joannem Aldobrandinum fratrem \ in Sacrum Collegium a Pio cooptatus | aliaque ejus avunculi in se familiamque suam mérita \ Clemens VIII Pont. Max. instituerai \ Petrus card. Aldobrandinus S. R. E. camerarius [ gratani patrui voluntateni secutus \ collègue opt. pos. an. MDCXI.
Tombeau d’Agapito et Paolo Rusticl.