Tombe de Battista Frangipani
§ 14. — La chapelle de la Madeleine.
Cette chapelle fut placée dès le xive siècle sous le patronat commun des Frangipani et des Maddaleni-Capiferro, dont on voit encore quatre tombes dans le pavé.
Les Frangipani y célébraient solennellement la Saint-Michel en septembre, et les Maddaleni la Sainte-Madeleine en juillet.
Plus tard elle appartint aux Capranica.
Les peintures sont de Francesco Parone, de Milan, et représentent à l’autel sainte Marie-Madeleine, à droite ou du côté de l’épître, sainte Françoise Romaine, accompagnée de son ange traditionnel ; à gauche, saint François d’Assise.
Derrière le tableau de sainte Madeleine se trouvait jadis, et doit se trouver encore, sans doute, une vieille peinture représentant sainte Marie-Madeleine qui reçoit la communion des mains de saint Maximin, l'un des soixante-douze disciples, comme on disait alors.
Qui sait si dans les parois latérales, au-dessous du crépissage on ne peut plus bourgeois qui les enduit de nos jours, il n'y subsiste pas encore d’anciennes peintures décoratives que mentionnent certains documents du passé?
Les pierres tombales qu’on remarque dans le pavé sont intéressantes par leurs dates. Plusieurs appartiennent au xive siècle. Elles intéressent aussi par le souvenir des puissantes et illustres familles qu’elles évoquent: celui surtout des Frangipani, des Maddaleni et des Capiferro *, et enfin par le caractère à la fois noble et simple des pierres sépulcrales.
1 Dans notre Nécrologe lapidaire de la Minerve on lira ces épitaphes, aux noms que nous venons d’indiquer. On les trouvera, quoique parfois très fautives, dans Dorcella, Iscriz., n03 1866, 1661, 1812, 1643, 1572.
L’Eglise de la Minerve
§ 15. — La sacristie.
Puis qu’en sortant de la chapelle de sainte Madeleine nous avons devant nous la porte de la sacristie, entrons-y : elle nous intéressera.
La sacristie fut modifiée à diverses reprises, en particulier lorsqu’on reconstruisit la Bibliothèque placée au-dessus, qui s’est appelée plus tard la Casanate.
La lumière y fait un peu défaut, mais elle est spacieuse et convenablement organisée.
De grandes et belles armoires courent à l’entour pour le service du culte. Quelques-unes y furent placées dès 1619, par le prieur, Fra Vincenzo Candido ; Benoît XIII les fit restaurer et compléter.
Sur la porte d’entrée, Gfian Battista Speranza, artiste romain, a peint la fresque qui représente le conclave de 1431, célébré dans cette église, et où fut élu Eugène IV, comme y fut élu plus tard, en 1447, le grand pape Nicolas V.
Il a existé jadis, plus ou moins à la même place, une peinture de Nicolas Fouquet, qui représentait le même fait historique et émerveillait les Romains de l’époque, au dire d’un marchand de Rome, qui en écrivait à l’un de ses collègues parisiens. Aujourd’hui il n’en reste plus vestige, et elle a dû disparaître lorsqu’il fallut transformer la sacristie. Elle se conserva à sa place presque jusqu’aux temps de Yasari. Cette perte d’une grande peinture du célèbre artiste français est à jamais regrettable.
En 1709, le P. Labat écrit: “ Cette sacristie est fameuse par deux conclaves qui s’y sont tenus, où ont été élevez Eugène IV et Nicolas V, en 1431 et 1447. On voit ces événements dans un grand tableau au-dessus de la porte de la même sacristie. Je crois que c’est pour cette raison que cette église porte au-dessus
L’Eglise de la Minerve
de ses armes le gonfalon on ombelles, comme les églises patriarcales
Le Saint Dominique qui triomphe dans le centre de la voûte est du Bastaro ; les peintures en grisaille qui décorent le pourtour, sont d’un peintre flamand, dont le nom ne nous est point connu. Elles sont d’ailleurs remarquables, et représentent des personnifications de vertus accompagnant les images, en médaillons imitation bronze, de personnages illustres dans les sciences sacrées.
Au fond de la salle, et au-dessus de l’armoire principale, se voit, mais se voit peu par défaut de lumière, une grandiose Crucifixion d’Andrea Sacclii ou de son école. Le Christ est en croix, et des saints dominicains se tiennent debout à droite et à gauche. La peinture est belle et de noble facture.
Les anges qui portent les instruments de la passion au-dessus du Crucifix, sont du Bastaro.
§ 16. — La chambre dite de sainte Catherine de Sienne.
La sainte mourut dans la maison que le pape Urbain VI lui avait donnée à elle et à ses compagnes, à deux pas de la Minerve, “ Via Santa Chiara „ , et qui appartient aujourd’hui à la Congrégation de Charité.
En 1637, le cardinal Barberini fit transporter derrière la sacristie une partie des murs qui virent expirer l’illustre servante de Dieu.
C’était d’ailleurs la Confrérie de l’Annunziata qui avait acheté cette maison de la sainte, dont les murs furent transportés à
1 Voyage d’ Espagne et d’Italie, chap. III.
E Eglise de la Minerve
la Minerve, et constituent ce qu’on est convenu d’appeler la Chambre de sainte Catherine.
Ce n’est pas tout. Pour revêtir et orner ces murailles saintes, le même cardinal eut l’idée d’y transporter les peintures qui embellissaient le bras gauche du transept de l’église, l’oratoire de sainte Catherine d’Alexandrie et la chapelle primitive de saint Dominique.
On arrive aujourd’hui à la chapelle par un petit perron, où il faut remarquer sur le mur de gauche deux jolis médaillons en marbre blanc du xvne siècle. Ils sont anonymes, et représentent sainte Marie-Madeleine et sainte Marie Egyptienne.
La chapelle a les dimensions et la forme d’une petite chambre. Au fond se dresse un autel en marbre blanc, en forme de table, surmonté de la Crucifixion d’Antoniazzo, avec la Vierge et saint Jean-Baptiste à droite du Christ; saint Jean l’Evangéliste et saint Dominique à sa gauche. La jolie sainte Catherine en blanc, peinte dans un ovale, agenouillée devant le Crucifix et tournée de gauche à droite, est du Bronzino. Cette peinture a été popularisée par la gravure.
Sous l’autel on aperçoit une petite urne décorative, encore en marbre blanc, portant un bas-relief qui représente les fiançailles de sainte Catherine avec le Christ.
Quant aux autres peintures, elles sont absolument disparates entre elles, comme sujets : et il fallait s’y attendre, à raison de leur origine diverse.
Au-dessus de la porte d’entrée, un Christ debout, apparaissant à mi-corps dans son tombeau : sujet traditionnel à cette époque; à sa droite, sur la porte, saint Jean-Baptiste, et, sur la paroi latérale du même côté, sainte Catherine d’Alexandrie et sainte Apol Ionie; enfin saint Pierre, saint Paul, saint Dominique et un autre saint ensemble; à gauche du Christ, près de la porte, une femme vêtue de rouge et voilée de blanc, agenouillée aux pieds de saint Augustin, portant une banderole avec ces
L’autel de sainte Catherine de Sienne dans son oratoire.
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69. — Une image de sainte Catherine de Sienne dans son oratoire.
mots: “Credo in Deum, Patrem omnipotent em „ : Je crois en Dieu le Père tout-puissant ; puis sur la paroi, saint Antoine et saint Paul ermites, enfin l’Annonciation, qui rappelle de si près celle de la chapelle de l’Annunziata.
Toutes ces peintures sont d’un artiste véritable, et mériteraient l’attention des historiens de la peinture en Italie.
§ 17. — U ancien escalier de la Casemate.
A l’extrémité du couloir qui passe devant la sacristie se trouve le passage qui jadis conduisait à la Bibliothèque Casanate.
Il y a là quelques souvenirs intéressants, outre l'épitaphe de sainte Catherine de Sienne, que nous avons déjà reproduite en parlant des reliques de la sainte.
On y voit d’abord le tombeau du sculpteur Andrea Bregno, artiste excellent s’il en fut.
Le buste du défunt, très remarquable comme expression et comme art, est dans une niche ronde, flanquée d’instruments de travail élégamment agencés en faisceaux : compas, équerres, ciseaux, fils à plomb, etc.
Au-dessous on lit un bel éloge de l’artiste, qu’on appelle un nouveau Polyclète h
L’ensemble repose sur un socle et une base sans embellissements accessoires, sauf les armoiries du défunt placées sur les socles des piliers toscans, si gracieusement ornés. Les piliers sont surmontés d'une frise avec architrave, mais sans corniche et sans décorations d’aucune sorte.
1 Nous citons son épitaphe même, preuve de l’enthousiasme provoqué par l’œuvre de l’artiste: D. O. M. | Andreae Bregno ex Üsten. agri Comens. \ statuario celeberrimo, cognomento \ Polycleto qui primas celandi artem I abolitam ad exemplar major, in usum exercitacionemq. revocavit | Vix. an. LX XX V ni. V d. VI j Bartholomeus bollis regesti pont. | magister exec. et Catherina uxor \ pos. MD VI.
Ce monument fut transporté ici de l’intérieur de l’église, lors des réparations de 1850.
C’est l’œuvre du sculpteur Luigi Capponi de Milan, et elle lui fait le plus grand honneur.
ITne autre tombe également intéressante est celle de Girolamo Butigella.
Le buste du défunt se voit dans une grande niche ronde, et au-dessous l’inscription.
Deux piliers corinthiens supportent une frise ornée de larmes stylisées, et surmontée d’une cimaise en coquille que termine une croix.
L’épitaphe nous apprend que le défunt souffrit beaucoup et dignement, qu’il était juriste fort distingué, et mourut à la fleur de l’âge l.
§ 18. — La chapelle de saint Dominique.
Nous rentrons maintenant dans l’église, et nous poursuivons notre excursion par une visite à la chapelle de saint Dominique, qui termine le transept à gauche, entre la sacristie et le campanile.
Elle fut bâtie par Jacopo Alberini ou Albertini 2: mais sa famille ne pouvant plus la maintenir, vendit ses droits en 1639,
1 Nous imprimerons son épitaphe dans notre Nécrologe lapidaire de la Minerve. On la peut lire dans Forcella, lscriz., n° 1693. Nous n’en retenons ici qu’un distique: le distique est tant aimé des juristes:
Hic gemini Butigella jacet praestantia juris:
Cui dédit antiquum docta Papia genus.
2 C’est ce que rappelle l’inscription d’Hersilia Alberini, qui en 1644, par dévotion pour saint Dominique, veut être enterrée ad dicatum illi sacellum quod antea Alberinae gentis vetustissimum fuerat. Voir le texte entier dans notre Nécrologe de l’église de la Minerve, et dans Forcella, lscriz., n° 1919.