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Tombeau de Girolamo Butigella

et la chapelle appartint successivement aux Ilperini, aux Amiclei et aux Dominicains de la Minerve.

Dans le début elle fut de très humbles proportions : peu à peu elle s’agrandit, et elle est devenue la plus spacieuse chapelle de la Minerve.

En 1628, on enleva les orgues, placées au-dessus de la vieille chapelle, parce qu’on avait déjà l’intention de démolir cette dernière, afin de la reconstruire plus ample et plus monumentale.

La démolition eut lieu en 1649, et on commença une construction nouvelle sur les dessins de Martino Lunghi, architecte alors célèbre. Mais les travaux marchèrent lentement, et cessèrent tout à fait en 1656, faute des ressources nécessaires. Les huit belles colonnes de marbre blanc et noir que nous y admirons aujourd’hui, datent pourtant de cette reconstruction inachevée. Elles avaient été fournies par le marbrier Donato Gralbi, de Porto Yenere. En attendant qu'il fut possible de les utiliser définitivement, on les couvrit avec des stores.

On reprit les travaux en 1676; mais on voulut faire la chapelle plus grande encore, d’après les projets et dessins de l’architecte connu Fra Oiuseppe Paglia, convers de la Minerve. Dans ce but on démolit un oratoire du Rosaire et celui de sainte Catherine d’Alexandrie G qui se trouvaient sur l’arrière. On ne put pas encore achever la chapelle : on la couvrit de planches, et les murs restèrent sans crépissage jusqu’en 1690 : alors fut terminé le travail d’une façon à peu près con-

1 Une première chapelle avait été érigée en l’honneur de sainte Catherine d’Alexandrie dans l’église de la Minerve, par le cardinal Matteo Orsini: celle qui est devenue plus tard la chapelle Aldobrandini. L’Ordre des Frères-Prêcheurs eut toujours une dévotion à part pour la sainte, qui devint comme une personnification de la Philosophie. La chapelle primitive fut remplacée par celle dont il est ici question.

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venable, mais pauvre, puisque l’autel n’était encore qu’en briques.

Un vieux livre de visite apostolique nous apprend que l’ancienne chapelle de saint Dominique était “ ornée de peintures religieuses, mais vieillies et en partie effacées Ces peintures furent détachées des murailles, lorsque la chose fut possible, et nous en avons retrouvé quelques-unes dans la chambre de sainte Catherine de Sienne.

La situation en était là, lorsqu’en 1725, le pape Benoît XIII fit modifier et embellir la chapelle d’après les plans de l’architecte Rauzini b

Celle-ci est maintenant un édifice quadrangulaire à angles tronqués. Au fond, un autel sur lequel quatre colonnes en marbre noir veiné de blanc soutiennent un fronton en arc de cercle et brisé. Benoît XIII en fit les frais et le consacra lui-même 1 2. Aux angles du pourtour, se dressent les huit superbes colonnes en marbre noir de Carrare, qui avaient appartenu à la première chapelle restaurée 3.

1 Cette date est donnée par une inscription qui se lit sur l’arc d’entrée

de la chapelle, au dehors: Anno Jubilei MDCCXXV.

3 C’est ce que rappelait l’inscription suivante: Benedictus XIII Ord. Praed. altare hoc erexit et consecravit die 11 augusti MDCCXXV.

3 Le P. Labat raconte une anecdote qui trouve ici sa place : “ La chapelle dédiée à saint Dominique est à côté de la porte de la sacristie. Elle est grande et très capable de recevoir tous les ornements qu’on voudrait lui donner. Un prélat voulut en faire la dépense quelques années avant que je fusse à Rome (avant 1709). Il fit apporter dans la place devant l’église une bonne partie des marbres qu’il y voulait employer. Il avait même déjà fait placer dans la chapelle huit colonnes de marbre noir très belles, lorsque nos Pères s’avisèrent mal à propos de lui dire qu’ils souhaitaient que ce fût l’architecte du couvent qui conduisît l’ouvrage. Le prélat prétendait avec raison que celui qu’il avait choisi, et qui avait commencé, continuât; et comme on se raidit de part et d’autre, le prélat fit un beau matin enlever tous les marbres qui étaient hors de l’église, et n’y laissa que les colonnes qui étaient placées, parce qu’il ne put les faire emporter. Ainsi échoua la décoration de la chapelle de saint Dominique. Evénement rare chez les religieux italiens, toujours sages et fort éclairés dans leurs

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Le tableau du maître-autel reproduit plus ou moins la pauvre image du saint Dominique de Soriano, avec quelques anges qui l’entourent : c'est une œuvre du peintre Paolo de Mattéis. Nibby y vit encore en son temps une peinture représentant l’embrassement de saint Dominique et de saint François.

Les fresques de la voûte, qui figurent le Saint-Esprit entouré d’anges sur fond d’azur, puis, dans les pendentifs, l’Espérance et la Charité, sont du chevalier Roncalli.

Toute cette décoration, y compris les stucs accessoires, coûta au pape la somme de 200 écus.

Le même pontife dépensa encore 6000 écus pour revêtir de marbres amenés dé Naples, les murs qui n’étaient qu’en simple crépissage; il donna la lampe d’argent qui brûle devant l’autel, fit repaver la chapelle et toute l’église h

La balustrade est une œuvre très remarquable, par la richesse du marbre et du dessin.

Dans les pans coupés des angles, Benoît XIII fit placer encore quatre statues en marbre blanc, qui sont de son époque, mais dont nous ne connaissons pas l’artiste ou les artistes. Ce sont quatre évêques dominicains illustres, dont on a bien mal fait de supprimer les noms qui se lisaient naguères encore sur les socles. A droite, du côté de l’épître, nous avons Albert le Grand, évêque de Ratisbonne, et le vénérable Andrea Franchi, évêque de Pistoia, le protagoniste des Sept œuvres de charité exécutées par les Délia Robbia, à 1’ u Ospedale del Ceppo „ ; du

affaires, mais que la politique avait abandonné cette fois-là. D’autres religieux profitèrent de la perte que nos Pères avaient faite. Le prélat orna leur église magnifiquement. Je crois même qu’il s’y ruina pour avoir le plaisir de faire enrager nos Pères „. Voyage d’Espagne et d’Italie,

chap. III.

1 II obligea en cette circonstance les propriétaires des chapelles de l’église à y faire exécuter les réparations convenables, afin que tout fût comme remis à neuf.

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côté de l’évangile, saint Antonin, archevêque de Florence, et le bienheureux Agostino Casotto, évêque de Lucera.

Tout l’ensemble a un grand air de dignité et de magnificence.

Il nous reste à parler maintenant du tombeau de Benoît XIII lui-même, que nous voyons dominer à notre droite, en entrant.

Dans le bas, c’est une grande urne sépulcrale en marbre noir, ornée d’un bas-relief en marbre blanc sur la paroi antérieure, et flanqué à droite et à gauche des statues de la Prière et de la Pureté; au sommet, dans une niche ouverte entre quatre colonnes de vert antique, la statue en marbre blanc du pape, à demi- agenouillé, tourné vers l’autel de la chapelle.

Le dessin est de Carlo Marchionni : c’est du beau baroque. La statue du pape fut sculptée par Pietro Bracci, qui fit également la statue allégorique de la Pureté.

Toutes les deux sont techniquement irréprochables ; celle de la Pureté est de plus intéressante par son symbolisme: elle repousse du pied la couronne terrestre : ainsi avait fait Benoît XIII renonçant à son héritage princier pour devenir simple moine. La statue de la Prière à gauche, tenant son bel encensoir, est de Baccio Pincellotti, et rappelle les longues prières que faisait le saint pontife.

Le bas-relief, fort remarquable, qui orne la face antérieure du tombeau, représente le célèbre Concile de Rome, convoqué et présidé par Benoît XIII. On y voit le pape au milieu de l’auguste assemblée, écouter pour discuter et décider en dernier ressort. Il fut exécuté par l’architecte même du tombeau, Carlo Marchionni, qui sculpta pareillement les deux anges soutenant dans le haut les armes du pape.

De l’ensemble, il se dégage fortement une impression de grandiosité pieuse, malgré la rhétorique à la mode en ce temps-là et jusqu’à nos jours dans ces sortes de monuments.

Benoît XIII mourut en 1730, et fut d’abord enseveli au Vatican. En 1738, et conformément à ses dispositions dernières,

72 — Tombeau de Benoît XIII.

73. — Groupe de la Vierge avec son Fils et les deux saints Jean,

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il fut transféré à la Minerve, dans un tombeau provisoire en stuc, et enfin, dans son tombeau définitif, en 1768.

Le saint pape reposait, selon son vœu, au milieu des religieux ses frères, dans cette église qu’il avait tant aimée et embellie de son mieux.

On remarquera en face du monument de Benoît XIII, et comme entreposé momentanément, un groupe en marbre blanc, de dimensions restreintes, qni représente la Vierge assise, tenant son Enfant sur ses genoux, puis debout devant elle les deux petits saints Jean, le Baptiste et l’Evangéliste, caractérisés l’un par son vêtement de peau poilue et par la croix traditionnelle, l’autre par son aigle portant au bec une grande plume à écrire, tandis que l'Enfant divin bénit d’avance, pour en chasser la mort que figure un serpent, la coupe empoisonnée qu’Aristodème offrira plus tard au Voyant de Pathmos.

Sur le socle est sculpté un bas-relief figurant la Nativité de Notre- Seigneur.

Le groupe est l’œuvre de Francesco Grassia, appelé aussi Franco Siciliano. Il le donna en 1670 aux Dominicains de la Minerve, qui en échange lui concédèrent un emplacement pour sa sépulture dans leur église. Une inscription qui se lit sur le bord du vêtement de la Vierge rappelle cette munificence du sculpteur l.

Le piédestal qui supporte le groupe ne lui appartint pas à l'origme. On y lit le nom de Riccardo Mazzatosta 2, à qui l’on doit sans doute le joli bas-relief de la Nativité.

Quelques artistes trouveront des défauts à cette sculpture. Mais où n'en trouve-t-on pas? Michelange en corrigeait chez Raphaël, Leonardo chez Michelange. N’importe! Nous signa-

1 La voici: Francisons Grassia Panormitanus don. jecit an. I(i70 (?).

2 Riccardus Mazzatosta M CX X. Il s’est fait des armes parlantes dans ce lion debout qui porte une “mazza,, ou massue.

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Ions ce groupe comme très digne d’attention, et on ne peut plus sympathique et distingué. Il rayonne une sorte de charme, à raison de l’idée et de la composition franchement et simplement comprises.

Pendant longtemps, et jusqu’au jour où, en 1868, on plaça le Jean-Baptiste d’Obici près du maître-autel, du côté de l’épître, comme pendant du Christ de Michelange par ressemblance, notre groupe avec son piédestal remplissait au même endroit un rôle analogue par dissemblance.

Un agenouilloir était toujours installé sur l’avant, pour l’usage des dévots, comme devant le Christ de Michelange h

En quittant la chapelle de saint Dominique, rappelons un souvenir.

C’est devant cette chapelle que fut enseveli le célèbre, et peut-être incomplètement expliqué, Annio ou Nanni, de Yiterbe, qui fabriquait des inscriptions antiques ; comme tant d’autres aujourd’hui, ce qui est bien plus nuisible, fabriquent de vieilles statues, de vieux meubles, du vieux vin, etc. 1 2 3.

1 Un vieux document affirme que ce groupe avait amené la dispari¬

tion du “ tabernacolo „ de Mino da Fiesole.

3 On trouvera son épitaphe dans notre Nécrologe lapidaire de la Minerve. Eorcella l’a reproduite dans ses Iscriz., n° 1663, mais avec la continuation de ses lamentables erreurs. Il écrit “ Divi. mar. „ au lieu de “ divinar(um) „ .

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