‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 101 sur 191 · Hôtel de ville, P> Cierge · texte numérisé non relu

Hôtel de ville, P> Cierge

LE SIEGE DE LYON I9I

Le schisme constitutionnel semble n'avoir joui d'aucune considération, d'aucune attention même, durant le siège. Si l'on excepte la cérémonie du 10 juin, il cesse totalement d'avoir une action publique. A cette date, les autorités s'assemblèrent dans l'église cathédrale à l'occasion du service solennel qui fut célébré pour le repos de l'âme des morts de la journée du 29 mai. Lamourette prononça du haut de la chaire un discours étudié et éloquent. Ce fut le chant du cygne. « Combien donc, dit-il, sont dignes de notre vénération et de notre reconnaissance, de nos regrets et de nos larmes, ces excellents hommes, ces héros de la vraie et sage liberté, ces martyrs de la loi et de l'ordre public, qui sont morts en défendant la république contre les agitateurs qui bouleversent tout... Nous en étions en effet, chers concitoyens, nous en étions à ce point de dégénération et d'opprobre où c'était un crime d'avoir des lumières, où l'inculte et grossière improbité voulait engloutir toutes les fortunes après avoir englouti tous les pouvoirs, et où il fallait se cacher d'avoir une morale et se disculper d'être un honnête homme : il n'était pas jusqu'à l'artisan laborieux et paisible qui, en se jetant à la fin du jour sur sa couche pauvre et austère, n'y portât l'appréhension d'en être cruellement arraché pour aller expier au fond d'un cachot le tort d'avoir refusé de participer ou d'applaudir à un forfait... Citoyens, le mal que vous avez si heureusement retranché du milieu de vous n'est qu'un rameau d'une grande manœuvre ourdie et conduite sur les plans d'une perversité profonde et réfléchie : cette branche de dissolution et de scandale est tombée ; mais son trône et sa racine vivent et subsistent au foyer où les chefs des méchants trament leurs horribles complots, et d'où ils impriment leurs mouvements, à des époques convenues, à tous les agitateurs et à tous les scélérats subalternes qui sont dispersés sur tous les points de la République... »

L'évêque continue : « Il a fallu pourtant soutenir le mouvement révolutionnaire, il a fallu substituer les grandes agitations à la nullité d'une législation impraticable, il a fallu de nouveau faire couler le sang humain sous un autre glaive que celui de la loi, il a fallu encore se servir des méchants. » Il termine en montrant les progrès de l'anarchie : « Pour peu, dit-il, que les abus continueraient à s'avancer, bientôt la destinée de la France ne se trouverait plus con-

centrée que dans des mains teintes de sang et souillées de crimes ; car alors il n'existerait plus de vraie représentation nationale ; alors ces mandataires du vrai souverain ne seraient plus que les représentants de hordes incendiaires et meurtrières; alors toutes les lois se feraient au gré et, peut-être, sous le glaive de la faction la plus immorale et la plus corrompue du peuple ; alors l'anarchie dévouerait au fer et à l'échafaud la portion saine et vertueuse des envoyés de la Nation ; alors enfin tout serait à la discrétion de ces cohortes séditieuses qui, du fond de tous nos départements, vont grossir la foule des perturbateurs qui ne cessent d'agiter cette grande capitale de tout temps en possession d'être le refuge des méchants et le théiitre des grands crimes '. »

Ce fut à cette époque que, sur l'invitation du Conseil général, Lamourette envoya sa Lettre aux habitants des campagîtes. « Nous apprenons, dit-il, que des esprits turbulents, ennemis de l'ordre et de toute autorité, se répandent parmi vous pour vous regagner à l'anarchie et pour vous faire accroire que l'événement du 29 mai, qui a renversé une faction de brigands et d'assassins, est une victoire de l'aristocratie sur les patriotes. » Il s'efforce d'établir « que l'aristocratie, qui voudrait faire revivre le despotisme et ramener l'ancien gouvernement, ne saurait se réjouir de ce qui est arrivé dans les murs de Lyon, et qu'elle a, au contraire, le plus grand intérêt à entretenir et à propager des hommes dont l'audace et la scélératesse opéraient sourdement et très efficacement la contre-révolution. « Il est donc bien évident, dit-il, que la chute du despotisme, ce monstre menaçant et destructeur, dont nous sommes redevables à l'invincible courage de nos généreux concitoyens de Lyon, est une véritable déroute pour l'aristocratie, et qu'elle doit s'afihger de ce succès comme d'un contre-temps qui déconcerte ses vues et qui anéantit toutes ses espérances ».

Sous cette rhétorique compassée, comprenne qui pourra ce que pense l'évêque constitutionnel. Il joue sur les mots. En réalité la victoire du 29 mai fut le triomphe de l'ordre, triomphe obtenu par l'indomptable énergie des meilleurs citoyens sur la démagogie enva-

I. Voir Balleydier, Histoire politique du peuple de Lyon, III. Document XXI. Nous publions les extraits que Fouquicr-Tinville inséra dans son réquisitoire contre Lamourette. Archives nationales, W. 309.

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hissante : les vainqueurs seront surtout des membres de la bourgeoisie et de la noblesse : ils se mettront à la tête du mouvement. D'ailleurs, à qui fera-t-on croire que les chefs de la Montagne, Marat et Danton, préparaient la contre-révolution et l'avènement de l'aristocratie : la Terreur songea-t-elle à procurer la réaction thermidorienne ?

La religion fut exclue de la fête de la Fédération (14 juillet 1793) à Bellecour. Un vicaire de la métropole assista Chalier le jour de son exécution. Sur la fin du siège, le Comité de surveillance et de sûreté publique réquisitionna l'église Saint-Jean « pour en faire momentanément, et tant que les circonstances l'exigeront, le dépôt des subsistances de la ville (14 septembre) \ On enferma dans la cathédrale les gerbes de blé qui avaient été précipitamment enlevées dans les campagnes environnantes. Ce blé fut battu dans l'église même pour faire du pain qu'on réserva aux seuls combattants ^. Lamourette donna-t-il des soins aux blessés durant le siège ? Fut-il blessé lui-même ? Quelques historiens l'affirment : aucune preuve n'est venue appuyer de telles assertions.

Les défenseurs de Lyon en majorité demandèrent des prêtres insermentés. Voyant avec satisfaction cet élan pour la pratique de la religion, les vicaires généraux chargèrent plusieurs ecclésiastiques d'assurer aux combattants les secours spirituels. Beaucoup de soldats mirent sérieusement ordre à leur conscience ; les autres — trop nombreux encore — restèrent insensibles aux exhortations. Les oratoires des maisons particulières furent assez fréquentés par des hommes qui s'estimaient heureux d'assister de temps en temps à la messe. Pour satisfaire la piété des fidèles, les vicaires généraux permirent la bénédiction du Saint-Sacrement, après la messe, dans les maisons qui possédaient la Sainte-Réserve. Il y eut même de remarquables retours ci Dieu de la part d'hommes qui avaient négligé depuis plusieurs années de s'approcher des sacrements \

On peut affirmer dès lors que les événements de Lyon n'eurent rien de ce qu'on pourrait appeler une réaction cléricale. A-t-on le droit de les qualifier de mouvement royaliste ?

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