‹ L'Église de Lyon pendant la RévolutionChapitre 102 sur 191 · Correspondant, 1861, p · texte numérisé non relu

Correspondant, 1861, p

et aux angoisses des assiégés : « ... Nous éprouvons les horreurs de la guerre depuis le 18 août : le matin on tira le canon d'alarme, on battit la générale et on sonna le tocsin. Cette journée a été affreuse ; mais nous avons passé des nuits bien plus orageuses. Depuis ce temps, plus de la moitié de nos nuits a été employée par l'ennemi à nous bombarder et à nous tirer des boulets rouges : ils nous ont régalé une fois quatorze heures de suite. Pour l'ordinaire cela commence de neuf heures à dix heures et se termine à cinq heures du matin... Quoique les bombes et les boulets soient très meurtriers, ils auraient fait bien peu de mal si des mauvais sujets, qui sont dans la ville, n'avaient pas mis le feu... On emprisonne tous les jours des femmes que l'on trouve avec des mèches et de la poudre pour enflammer les maisons. L'hôpital, ce refuge des malheureux — dans tous les temps et dans toutes les guerres ces asiles ont été respectés — nos barbares ne se sont pas contentés d'y faire jeter des combustibles, ils l'ont criblé de bombes et de boulets. Enfin, c'est tout dire, le feu y a été mis quarante-deux fois dans une nuit et éteint de suite. Les pauvres malades sortaient à quatre pieds de leur lit et se .traînaient, comme ils pouvaient, dans les caves où on leur mettait des matelas. Au milieu de toutes ces horreurs, il en est très peu qui aient succombé. Les Frères et les Sœurs n'ont pas été blessés... \ » L'hôpital renfermait neuf cents malades. Médecins, religieuses, dames de la société, furent admirables d'abnégation et de dévouement : le plus grand nombre des malades fut transporté à l'Observance.

Durant le siège on instruisit le procès de Chalier et de Riard de Beauvernois. Chalier était au fond un véritable athée et un parfait matérialiste. M. Linsolas donne sur lui quelques détails qu'il prétend avoir recueillis de la bouche des gardiens chargés de sa surveillance : « Il s'amusait, dit-il, à faire de petites guillotines avec lesquelles il exécutait des oiseaux. » Il s'était fait apporter une colombe familière et s'entretenait avec elle comme avec une sœur. Dès qu'il eut appris sa condamnation, prenant la colombe, il lui dit : « Le même sort doit nous unir ; tout périt avec nous ; je ne veux pas que tu me survives. » Après ce discours, il porta l'oiseau sous sa guillotine et lui trancha la tête ^

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